Posts Tagged ‘Philosophie’

Le temps

2015/10/23

« Ma mission est de tuer le temps, la sienne de me tuer en retour. On est tout à fait à l’aise entre assassins. »
Ebauches de vertige – Emil Cioran

Hope

2015/10/06

« Hope », c’est un film, qui porte le nom de son personnage principal, jeune Nigériane qui remonte de l’Afrique Noire pour essayer de rejoindre l’Europe. Une migrante, qui fuit… on ne sait pas quoi. La misère ? Une dictature ? Ou bien est-elle mue par l’espoir d’une vie « meilleure ».

Tous les acteurs de ce film (de Boris Lojkine) sont des migrants, qui se sont arrêtés au Maroc, coincés. Certains ont été battus, violées, dévalisés. D’autres ont violé, dévalisé, battu, voire tué, d’autres migrants qui étaient tout à fait semblables à eux.

Ce film est quasi-unique (à part d’autres films sur les migrants mexicains vers les USA) par cela : le film est joué par ceux qui ont vécu les mêmes expériences, ET le scénario a été entièrement refondu après que l’auteur ait parcouru ce même voyage ET les dialogues ont été retravaillés au contact des acteurs, qui disent ce que leur vécu les pousse à dire, plutôt que des paroles plaquées sur leur bouche par un scénariste.

Un film douloureux, prenant.

Nous sommes si bien, en France, dans notre petit nid douillet… Cela durera-t-il longtemps encore ? Ou bien la misère et la souffrance du monde nous retrouveront-elles bientôt ? Car rien n’est acquis.

Aucun de ces « acteurs » n’a pu mettre les pieds en Europe.
« Hope » vit toujours au Maroc.
« Léonard » est reparti chez lui, avec un projet.

« Sapiens, une brève histoire de l’humanité. »

2015/10/03

J’ai commencé à lire « Sapiens… » de Yuval Noah Harari. Les 115 premières pages sont très bien ! Certes, il ne parle pas de plein de choses que j’ai apprises par d’autres livres, d’anthropologues ou primatologues, comme la spécificité de la sexualité humaine, dont il ne dit rien, et je retrouve des connaissances que j’avais déjà découvertes, mais son livre est revigorant. Par exemple, il tord le cou à la fable qui nous fait croire que notre passage de chasseur-cueilleur à agriculteur et éleveur fut un bien pour les hommes (et les femmes). L’archéologie a montré que, avant l’agriculture, les hommes souffraient de moins de maladies. Et, avant l’agriculture, nos ancêtres ne travaillaient que 3 à 4h par jour. L’enfer du travail a commencé il y a 9000 à 3000 ans, selon les régions du monde, lorsque l’homme a arrêté de marcher et s’est installé. Harari tord donc aussi le cou à une autre fable : celle qui dit que l’homme vivait en harmonie avec la Nature. Aujourd’hui, nous vivons une 6ème extinction massive des espèces. Mais cette extinction a commencé bien avant l’ère industrielle. Déjà, lorsque l’agriculture et l’élevage ont permis à la population humaine d’exploser, nos ancêtres ont conquis et détruit des terres jusque là inviolées, et ils ont éliminé la concurrence, animale voire humaine (Néandertal, renvoyé au néant, et d’autres espèces d’humains). Mais, déjà bien avant, 45.000 ans auparavant pour l’Australie, 15.000 ans pour les Amériques, mais seulement 800 ans pour la Nouvelle-Zélande, nos ancêtres chasseur-cueilleurs ont envahi le reste du monde (libre d’hommes) et ont éliminé radicalement les 4 cinquièmes des grosses bêtes qui vivaient en Australie et dans les Amériques : plus de Moa, Chevaux, Mamouths, aigles géants, etc. Toute une méga-faune a disparu, victimes des sagaies et du feu. L’Homme, dès qu’il a su chasser et faire du feu, a été un destructeur de la Nature, éliminant les espèces, pour s’en nourrir jusqu’à les faire disparaître, ou pour éliminer la concurrence. Bref, nous sommes comme la peste. 😉 Il est toujours bon de se remettre à sa place. Et, loin des conneries de la Bible (Adam & Eve, le Paradis, Noé, etc), il est utile de nous regarder dans un miroir : nous sommes la pire chose qui soit arrivée à la Terre. Et il est paradoxal que, au moment où la vie commence à comprendre ce qu’elle est et pourquoi elle est, elle est en train de se détruire. Le Paradis, c’était avant.

Bonne lecture ! 😉

Que fait Onfray ?

2015/10/03

Onfray remue la merde qui stagne au fond des cerveaux des Français, comme la vénération stupide envers Freud, Lacan, et la psychanalyse. À force, une fois un peu liquéfiée, toute cette merde s’évacuera peut-être plus rapidement.

Pense-t-on mieux seul ou à plusieurs ?

2015/08/21

C’est le thème de « Philosophie Magazine » de Septembre.

Cela me semble un bon exemple de « la voie du milieu », qui n’est pas : penser à 1,5 personne 😉 , mais me semble être constitué d’allers et retours entre une pensée solitaire et une confrontation avec la pensée des autres. Seul, on peut explorer à son rythme un sujet, ses idées, des pistes, lire différents livres, avant de se faire SON idée. Bien sûr, on s’est déjà confronté à la pensée des autres en lisant ce que d’autres ont écrit. Mais les écrits sont aussi le résultat d’une pensée solitaire, condensé d’une expérience et d’une réflexion. Se confronter in vivo aux autres, qui n’ont pas forcément réfléchi au sujet, permet de comprendre comment on réagit a priori, sans y avoir réfléchi : le fameux « bon sens » populaire, qui n’est souvent qu’une resucée d’idées reçues et ingérées sans les avoir digérées. Se confronter à la pensée (ou la non-pensée…) des autres permet de mieux voir comment aider les autres à discerner les marches menant au point de vue où l’on est, qui n’est pas forcément le « bon » (s’il en existait un bon), ni forcément dans la « bonne » direction, mais qui a le mérite d’être le résultat d’une pensée personnelle. Et, si plusieurs personnes réfléchissent sur le même sujet chacune dans leur coin, puis se réunissent pour en parler, alors la confrontation peut être très intéressante. Mais qui s’amuse à ce jeu ? Il est bien plus amusant de regarder la télé, n’est-ce pas ? À quoi bon se poser des questions sur tout et n’importe quoi ? 😉 Hélas donc, certains se moquent de penser, ils préfèrent s’enrichir, accumuler, aux dépends des autres. Par exemple, ceux qui investissent dans les plantations de palmiers à huile se foutent complètement des conséquences des destructions des forêts vierges. À court terme, ils pourront s’offrir villas, piscine, voiture, biens de consommation, sans voir que, une ou deux générations plus tard, leurs descendants subiront les conséquences de leur cupidité et manque de compassion pour la vie. Il aurait alors bien fallu qu’ils pensent et discutent avec d’autres… S’enrichir un peu, oui. Accumuler des biens par la destruction, non. C’est ainsi qu’un fonds d’investissement norvégien a vendu ses parts dans les entreprises possédants une partie des sociétés qui fabrique de l’huile de palme… Par exemple, notre très cher président, roi des menteurs, n’a de cesse de penser seul que la croissance va revenir ! On aimerait lui suggérer amicalement d’arrêter de se masturber et de croire à la magie et de discuter, pour de vrai, avec ceux qui pensent que l’action est à porter dans un autre domaine : réduire les dépenses de l’Etat français obèse… Mais je m’écarte du sujet…

Abdennour Bidar : dangereux ?

2015/08/17

J’hésite à me prononcer sur Monsieur Bidar.
Encore quelqu’un qui impose ses idées parce qu’il est payé pour réfléchir et a le temps d’écrire, alors que d’autres ont juste le temps de travailler et d’essayer de s’en remettre et de jouir un peu de la vie…
Sans doute me faudra-t-il lire son livre…

http://www.lemondedesreligions.fr/culture/abdennour-bidar-comment-sortir-de-la-religion-15-05-2012-2510_112.php

– Le mot « religion » est plus large que la façon dont il est employé ici. Il existe de nombreuses religions sans Dieu.

– Notre athéisme manque de spiritualité. Le rejet des religions monothéistes a oublié le fait que nous naissons, vivons et mourrons, et nous le savons : c’est notre « condition humaine » de savoir que notre vie est courte et absurde.

– Les « grandes » religions (grandes sans doute parce qu’elles ont fait le plus de morts), essentiellement les religions monothéistes, sont comme une boule de merde qui a ramassé d’autres idées, bonnes, et qui les a salies. Il est extrêmement difficile pour un athée de culture chrétienne de se débarrasser totalement de toute la pollution mentale du christianisme dans tous les autres domaines : droit, sagesse, éthique, etc. Si l’athéisme survit aux fous de Dieu, il faudra plusieurs siècles pour nettoyer nos cerveaux, notre vocabulaire, et nos références, de toute cette pollution.

– Monsieur Bidar ne semble pas accepter le hasard et le bordel comme maîtres principaux de la vie des humains. Il oublie également que la Terre sera bientôt trop petite pour les cafards que nous sommes et que, ne pouvant plus nous nourrir sainement, nos petits enfants seront condamnés à voir leur capacités mentales régresser.

– Monsieur Bidar ne parlent jamais non plus de la « connaissance ». Notre connaissance, du monde et de nous-même, a explosé : c’est elle, et l’éducation, qui a détruit le socle qui soutenait les religions.

– « l’homme créateur » ? Mais les hommes s’en foutent en général de créer. Seuls certains se jettent dans la création pour faire semblant de devenir immortel, pour supporter leur vie de mortel. La plupart des hommes aujourd’hui veulent simplement pouvoir vivre « mieux » : pouvoir se nourrir, se soigner, vivre sa vie complète. Il voit le monde par ce qu’il est : il réfléchit et écrit et croit que tout le monde fait pareil. C’est le propre des intellectuels payés pour enseigner et qui ne vivent pas la vraie vie.

– Le christianisme, l’islam, et le judaïsme, sont à mettre dans un trou, profond, qu’il faut reboucher avec soin, tellement ça pue. Rien n’est récupérable de ce fumier qui a obscurci les esprits de certains et permis à d’autres de dominer les plus faibles, comme les hommes transformant les femmes en esclaves. Il est insupportable d’entendre encore des gens défendre les religions.

– la religion, au sens large, c’est la « pensée magique » (expliquer ce qu’on ne comprend pas encore par des idées stupides et irrationnelles) et c’est le refus de voir la réalité : nous sommes définitivement mortels, et c’est une horreur, absurde. Mais nous devons accepter notre condition et vivre quand même du mieux que nous pouvons. Bidar devrait relire l’oeuvre et la vie de Camus, homme libre et éveillé.

– les religions furent une étape. L’étape actuelle, c’est à la fois la désintégration des religions et leur réaction malfaisante du fait de centaines de millions d’hommes encore mal éduqués et malléables à souhait.

Prisonnier

2015/08/03

Parfois, il me semble être l’un de ces hommes qui, enfermés, survivent entre parenthèse dans l’attente de revoir, le temps d’un parloir, ceux et celles qui faisaient l’essentiel de leur vraie vie : leur famille d’avant. Un prisonnier.

Le cerveau en vacances. Et quelques petites pensées de ce matin

2015/07/30

« Le cerveau en vacances », c’est le titre du numéro de l’été de « Cerveau & Psycho ».
L’exposé qu’ils y font du fonctionnement du cerveau au travail et en vacances est très éclairant et me permet de rapprocher diverses informations scientifiques glanées de-ci de-là et que je vais essayer de résumer. Plus quelques réflexions.

Le travail nous impose une activité psychique particulière, surtout pour ceux qui travaillent en bureau, avec de nombreux objectifs et plein de choses à faire en parallèle et plein de dead-lines à respecter et à avoir donc en tête. Le travail active particulièrement certaines zones du cerveau (insula, amygdale, cortex cingulaire antérieur, cortex préfontal) qui consomment en quantité des neuro-transmetteurs (dopamine et autres). La fatigue ressentie en fin de journée, ou en fin de semaine, et surtout au bout de mois de travail sans « vraies » vacances, est la traduction d’une baisse de disponibilité de ces neuro-transmetteurs ainsi qu’un déséquilibre de distribution de ces mêmes neuro-transmetteurs. La consommation effrénée de ces neuro-transmetteurs par une partie de notre cerveau doit aussi « assécher » les autres parties de notre cerveau, les affamant, les empêchant de fonctionner « normalement ».

Au repos, par contre, notre cerveau active d’autres zones cérébrales (cortex préfontal dorso-médian, précunéus, cortex cingulaire postérieur, lobe temporal médian (hippocampe, etc), sillon temporal supérieur, gyrus temporal moyen) qui constituent un réseau dit « par défaut ». Cela a beaucoup surpris les chercheurs : quand on ne fait rien, quand on ne pense à rien de particulier, notre cerveau n’est pas à l’arrêt. Au contraire, il bouillonne ! Ne penser à rien montre un cerveau bien plus actif que si nous essayons de résoudre un petit problème.

En fait, lorsque nous ne sommes pas focalisés par une activité requérant notre concentration, notre cerveau est toujours très actif, mais autrement : il se met alors à brasser toutes sortes d’informations du passé, à penser au futur, à divaguer, avec le risque de se mettre à ruminer des pensées pénibles voire douloureuses. Ne rien faire du tout n’est pas bon pour le moral. Le mieux est d’occuper (raisonnablement) son cerveau, mais d’une façon différente de celle du bureau. Et faire fonctionner son corps aussi ! Au lieu d’avoir de multiples activités en parallèle et d’être préoccupé par de nombreuses choses dont nous sommes responsables et dont nous devons rendre des comptes et dans des délais définitivement définis, le cerveau en vacances se sent bien s’il est occupé par … une seule chose (simple) à la fois : le « hic et nunc » (ici et maintenant) des Romains. Cette focalisation réduite évite de trop penser à tout ce qui nous préoccupe et nous fait peut-être souffrir, sans rentrer dans la folie d’une journée de travail où nous courrons après le temps et pensons en parallèle à de multiples choses. En vacances, pas de contraintes, ni de choses à faire (DEVANT être faites), ni de temps défini et fini pour le faire. Plutôt : avoir une liste de choses possibles et sympas à faire et, si on ne les fait pas toutes ni complètement, ce n’est pas grave, c’est normal. Le « plus » est l’ennemi du « bien ». Au travail, limiter la dispersion et le travail en parallèle sur différents dossiers : une chose à la fois, autant que possible.

Face à des souvenirs pénibles et douloureux, il est donc tentant de se jeter à corps perdu dans le travail : celui-ci nous garantit d’être pleinement occupé mentalement pendant des heures, rendant impossible les pensées personnelles et nous protégeant des ruminations douloureuses. Mais cela ne résout pas ces pensées pénibles, qui resurgissent dès qu’on se relâche. Face à cela, il y a 3 solutions : 1) ne penser à RIEN !, 2) méditer, c’est-à-dire : laisser émerger ses pensées mais sans s’en saisir, 3) explorer ces pensées douloureuses dans un contexte thérapeutique.

1) Ne penser à RIEN ! Ce n’est pas possible !! Nous ne pouvons pas faire taire nos pensées. Mieux, il ne faut pas les faire taire, car la blessure, toujours là en nous, ne peut plus cicatriser alors. D’autre part, nous sommes faits pour vivre avec les autres et, pour ne penser à rien, il faudrait pouvoir s’isoler, ce qui est opposé à notre nature de primate social. Un philosophe (Montaigne ou Pascal ?) a dit que « tout le malheur des hommes vient du fait qu’il leur est impossible de rester tranquille en une chambre » : c’est stupide, car nous sommes faits pour être avec les autres, nous avons besoin des autres, même si leur façon de penser, de dire et d’agir est parfois/souvent en contradiction avec notre propre façon d’être et de voir le monde et que cela peut être pour nous une souffrance (« L’enfer, c’est les autres », disait cet abruti de Sartre qui, pour une fois, avait raison).

2) Méditer. Méditer est très à la mode aujourd’hui, en complément du yoga qui permet de calmer son cerveau par le retour sur ses fonctions corporelles premières (souffle). Il y a diverses formes de méditation. En gros, il s’agit de rester calme, mais bien éveillé, et d’observer ses pensées, sans les empêcher de naître, mais sans les « attraper », ni les juger. Observer. Et je pense qu’alors on observe l’activité de ce « réseau par défaut » que les chercheurs voient par IRM. La méditation permet de prendre conscience de ses pensées (de ce qui nous préoccupe et nous trouble) et de s’habituer à ne pas « saisir » ces pensées, c’est-à-dire : les laisser naître, les regarder froidement, et les laisser s’évaporer, remplacées par d’autres pensées qui vont surgir rapidement, comme des bulles qui naissent d’un marais, montent à la surface, puis éclatent, sans cesse. Et il ne faut pas juger ses pensées et ne pas laisser ses émotions s’activer face à ces pensées qui, souvent, sont des souvenirs douloureux, des préoccupations face au futur, ou – tout simplement – le fait qu’on a oublié ce matin d’acheter le pain et qu’il faudra le faire, sinon… 😉 Ou, plutôt que ne pas laisser ses émotions se réveiller, il faut les avoir sous son contrôle et penser aux causes de ces émotions, à leurs origines, se rendre compte de l’origine de nos souffrances et devenir (un peu) moins sensibles envers elles. La connaissance du monde, et de nous-même, nous permet de comprendre que nous sommes les marionnettes de nombre de mécanismes psychiques hérités (nos gènes, notre enfance) sur lesquels nous n’avons pas beaucoup de prise et dont nous ne sommes donc pas entièrement responsables ; même s’il nous est tout de même possible de changer nos habitudes et notre façon de penser et voir le monde, avec du travail (TCC). La souffrance (physique ou psychique) est un mécanisme créé par l’évolution pour prendre soin de notre corps et de ceux avec qui nous vivons (et sans qui nous ne pouvons pas vivre). Cela fait notre humanité, notre condition humaine : la souffrance fait partie intégrante de nos vies ; ne jamais souffrir nous rendrait inhumain. Il faut donc accepter la souffrance, mais chercher à la réduire. Le bouddhisme tend surtout à l’acceptation de la souffrance, renonçant à la réduire activement, ou à ne rien faire du tout pour ne pas souffrir (être moine, c’est facile ! Pas de femme, pas d’enfant, pas de « vrai » travail ni responsabilités). Il faudrait sans doute atteindre un équilibre entre les deux. On peut aussi méditer en marchant, comme je le fais, seul, et concentré dans chacun de mes pas dans la montée dans les cailloux et entouré par la Nature. Reconnecter son corps à son cerveau est un moyen pour ré-alimenter en neuro-transmetteurs notre cerveau profond, animal.

3) Nous avons tous des pensées douloureuses : regret de « mauvais » choix dans le passé, douleur face à des événements traumatisants du passé, angoisse face au futur, mal-être, etc. Ces pensées sont reliées par des neurones à notre centre des émotions : se remémorer certains moments de sa vie réactive l’émotion douloureuse qu’on a ressenti à l’époque (voire des moments heureux, comme la madeleine de Proust (le goût de la madeleine trempée dans le thé plutôt que sa vue)). Éviter de penser à son passé, à ces moments douloureux, ne résout rien : les connexions neuronales sont toujours là. Penser seul à ces moments douloureux ne fait que réactiver la douleur sans la réduire. Une solution consiste à repenser à ces moments douloureux, ou à ses angoisses, dans un cadre thérapeutique, avec le soutien et l’aide d’un thérapeute en qui on a confiance, qui comprend les mécanismes à l’oeuvre en nous, qui exprime de l’empathie envers nous, et qui peut nous aider à mettre des mots sur ce que nous ne comprenons pas ou ne réussissons pas exprimer en-dehors de son cabinet. Mais, surtout, le thérapeute nous permet de nous laisser aller à pleurer et à exprimer notre douleur face à ces moments douloureux du passé. Grâce à une présence humaine empathique, et avec le temps qui émousse les douleurs, l’expression de notre douleur nous en libère peu à peu, défaisant peu à peu les connexions neuronales entre ces souvenirs pénibles et le centre de nos émotions, jusqu’à un point où seule une évocation profonde de ce moment douloureux peut réanimer l’émotion et la douleur vécues dans le passé : on ne guérit jamais de son passé et de ses douleurs, mais on cicatrise. On « accepte » ce qui est advenu, et on se tourne vers le futur. Les centres du cerveau que nous utilisons pour revisiter notre passé sont les mêmes que ceux qui nous servent à penser notre futur : (en général) nous bâtissons notre futur à partir de notre passé ; d’où l’intérêt de « digérer » son passé pour ne pas retomber dans les mêmes erreurs ou pour ne pas souffrir de nouveau.

Bref, je vous suggère de lire « Cerveau & Psycho », « Philosophe magazine », et toute autre revue ou livre qui vous permettra de mieux comprendre comment le monde et vous-même fonctionnent. La jeunesse et tout ce qui remplit nos vies nous empêche le plus souvent de nous arrêter un moment et de réfléchir. Et il vaut mieux réfléchir avec l’aide de philosophes et de scientifiques, plutôt que seul. On peut penser qu’on peut vivre sans réfléchir à ce que c’est que vivre, à ce que vivre signifie : c’est prendre le risque de découvrir bien tard (voire trop tard) qu’on a vécu à côté de ses pompes, à côté de sa « vraie » vie. Sa « vraie » vie n’est, bien sûr, que celle qu’on décide consciemment de vivre. Vivre emporté par les événements, emporté par ce que désirent les autres, emporté par la fuite de ce qui nous fait souffrir, emporté par l’angoisse, emporté par un passé qui décide à notre place, ce n’est pas vraiment vivre « sa » vie. Mais, faire face à notre condition humaine, avec ses étapes et sa fin ultime, n’est pas forcément facile ni agréable. On peut préférer ne pas penser à la réalité et se bercer d’illusions ou repousser le moment d’y penser à plus tard. On peut. Mais, comme Albert Camus, il me semble qu’il est de notre responsabilité d’être-humain d’essayer de vivre « en conscience » : la compréhension et la conscience de ce qui se passe en nous. Sans non plus tomber dans l’obsession et le nihilisme. La vie est une tromperie, la vie est absurde, mais il est essentiel de la vivre du « mieux » qu’on peut (et c’est à chacun de nous de définir ce qui est « bien » ou « mieux », dans le cadre d’une vie en société s’entend, une vie entourée d’amis et de sa famille), et d’en rire le plus souvent possible. Finalement, la vie est une bonne blague que le hasard nous a fait, comme disait Cioran. Autant s’amuser autant que faire se peut. Vivre dans le présent, en ayant conscience de son passé sans le refouler ni en souffrir, et en pensant au futur – proche ou lointain – sans obsession ni angoisses pathologiques. La mort n’est rien, pour celui qui meurt. Elle ne fait souffrir que ceux qui restent. Dans cette plus ou moins longue vie que chacun de nous a à vivre encore (et ce qui est super, c’est qu’on ne sait pas combien il nous reste ! 😉 C’est fun ! ), il faut … trouver SA PROPRE voie, bien accompagné (amis, famille) parce que nous ne sommes pas faits pour « rester seuls au fond d’une chambre ». Nous sommes faits pour découvrir et comprendre le monde, par nous-même et par les autres, par la contradiction qu’ils nous opposent et qui nous force à éclairer et étayer notre pensée. Et, si ce monde évolue dans un sens qui ne nous semble pas « bon » (Daech, changement climatique, effondrement de la diversité biologique, pollution, sur-population, etc), chacun de nous a la possibilité de choisir sa route et de faire du mieux qu’il peut pour s’en sortir mieux que les autres, pour soi, pour ceux qu’il aime, et pour ses enfants, et sans écraser les autres au passage. Être « optimisme » signifie essentiellement ne pas vouloir voir la réalité en face et croire que tout va magiquement se résoudre. Être « pessimiste », ou plutôt « réaliste », consiste à continuellement essayer de comprendre ce qui se passe vraiment, froidement, à en déduire les conséquences pour soi (et à réévaluer régulièrement ces conséquences pour soi de ce monde qui change et des façons pour s’y adapter) et ceux qui comptent pour soi, et à agir. André Comte-Sponville a écrit un petit livre éclairant : « Le bonheur, désespérément ». Ici, « désespérément » signifie : ne pas espérer de ce sur quoi on n’a aucun pouvoir ; se focaliser plutôt sur ce qui dépend de nos choix et de nos actions. Mais, comme je suis comme le curé qui dit « faites ce que je dis ! et pas ce que je fais… » 😉 , j’ai bien sûr encore acheté un ticket de loto ce matin ! La probabilité de gagner le gros lot est infime ! mais pas nulle !! 😉 et, face à mon désir d’arrêter de m’abrutir encore au boulot (qui me fournit grosso-modo 8h d’évasion de moi-même par jour et suffisamment d’argent pour vivre « correctement », mais m’empêche de me « réaliser » vraiment), un peu de rêve (en sachant limiter le nombre de fois où j’achète un peu de rêve) m’aide, comme marcher en montagne, comme faire du vélo, comme faire des photos, etc. La sagesse, et les pensées philosophiques, c’est juste pour se donner une direction vers laquelle tendre. En réalité, nous sommes profondément humains, c’est-à-dire : bordéliques, souvent imprévisibles, erratiques, illogiques, impulsifs, et stupides. Mais, bon, pas tout le temps ! En fait, résoudre les problèmes et souffrances qui nous tiraillent en profondeur nous permet d’être plus spontanément « nous-mêmes » lorsque nous devons faire face à une situation. Penser, philosopher, réfléchir, c’est juste un moyen pour que ensuite, à chaque instant, nous soyons plus « proche de nous-même » et moins sous le contrôle de ce qui se passe sous notre conscience. C’est ainsi que, tant qu’on n’a pas analysé, remis en cause, et digéré vraiment tout ce que nos parents, notre éducation, notre culture nous ont transmis, nous n’agissons pas vraiment comme « nous-mêmes », et nous ne sommes que les porte-voix d’idées que nous avons avalées telles que et que nous n’avons pas faites nôtres. Cela demande une certaine révolte face à ce qui nous a été transmis, genre « crise de l’adolescence » en mieux et plus profond. Ré-éxaminer chacune de nos idées et « croyances » à l’aune de tout ce que nous avons appris depuis. Ainsi, par exemple, Napoléon n’est pas ce héros décrit dans nos livres d’Histoire. Napoléon fut un dictateur qui a saigné la France, bouleversé et ensanglanté l’Europe, pour (presque) rien. Bien d’autres des idées que nous avons intégrées, une fois confrontées à la vision qu’en ont des étrangers, sont bancales et stupides, voire fausses. Comme la place de la psychanalyse en France, qui a tourné à l’idéologie et à la connerie, à l’immobilisme, empêchant d’autres thérapies plus efficaces de trouver leur place. Certains nous parlent du passé « glorieux » de la France et de ses origines chrétiennes. Un regard plus distancié et froid montre plutôt un passé peu reluisant, sanglant, tortionnaire, absolutiste, enfermé dans des pensées stupides (Mélanchon : communisme mou, Le Pen : race et nation, etc). La vérité est inatteignable. Mais notre dignité consiste à constamment essayer de nous en approcher, sachant qu’elle fout constamment le camp, comme la physique fondamentale : après la Terre au centre du monde, après la Terre plate, après la révolution de Newton, puis celle d’Einstein, nous continuons constamment à découvrir des « cas particuliers » qui remettent en cause notre vision de l’univers physique qui nous entoure (matière noire, énergie sombre, monde quantique). Nous ne comprendrons JAMAIS parfaitement comment le monde fonctionne et comment nous-mêmes nous fonctionnons, mais la dignité humaine consiste à constamment essayer de s’en approcher, comme une courbe qui s’approche infiniment de son asymptote, que jamais elle ne rejoindra. Le monde nous est parfaitement inconnu : plus nous le connaissons, plus il nous échappe, plus nous découvrons de questions sans réponses : « plus je sais, plus je sais que je ne sais rien (pas grand chose) ». Mais rien n’est plus inacceptable que ne pas essayer de suivre cette explosion de nos connaissances. Entre nos ancêtres qui essayaient d’expliquer le monde mystérieux qui les entourait, ce qui les a poussés à inventer des explications magiques (esprits, dieux, etc), et nous-mêmes, il y a un monde énorme, rempli de milliards de milliards d’explications accumulées dans toutes les branches de la connaissance. Mais, pourtant, nous avons toujours le même cerveau… conçu pour rechercher de la nourriture et faire face (par la fuite !) aux dangers. Enfin… presque le même cerveau. Le même à la naissance, mais tellement transformé par l’éducation et par le monde que nous avons créé. Le monde et la vie sont formidables ! juste un peu compliqués parfois, et pénibles aussi.

Inconnu

2015/06/25

L’autre nous est inconnu.

En premier, nous le rencontrons par sa voix, ou par son apparence, ou par sa façon de se mouvoir ou de sourire. Ce ne sont que des apparences. Parfois, elles correspondent à ce qu’il ou elle est, parfois c’est juste un masque. Souvent ce n’est qu’une de ses apparences, une de ses façons d’être, différentes le matin de l’après-midi et du soir, différentes selon qu’il est en terrain ami ou dans l’adversité, différentes selon ce qu’il a mangé, ou bu, ou lu, ou dormi, ou rêvé.

L’autre nous est un inconnu.

Nous avons beau apprendre de lui, ou d’elle, nous avons beau le ou la côtoyer, nous avons beau écouter attentivement ses paroles, ou ses écrits, et nous avons beau essayer de comprendre ce à quoi il ou elle s’intéresse, l’autre nous sera toujours inconnu. Juste un peu plus inconnu qu’il l’est à lui-même. Car nous sommes tous changeant, fluctuant autour d’un point qui évolue doucement dans le temps, au fur et à mesure de nos expériences, de notre âges, et de notre compréhension du monde, des autres, et de nous-même. Il faut tant de temps pour – juste un peu – comprendre les rouages (les plus visibles) de ce monde. Et, si nous pouvons approfondir quelques domaines, tant d’autres nous échappent.

L’autre, cet inconnu.

Pour mieux connaître l’autre, il faut parler avec lui, ou elle, sur tout et sur rien. Il faut, de nombreuses fois, l’entendre parler d’un sujet, et se faire une idée du champ de sa façon de penser chaque sujet. Un long travail, infini. Même au bout de dizaines d’années de vie commune, on n’est pas vraiment sûr de connaître celui avec qui l’on partage sa vie. Changera-t-il ? en « mieux » ? ou en « pire » ?

L’autre, cet autre soi-même.

L’autre nous est indispensable pour nous construire. Nous ne saurions vivre sans les autres, connus ou mal connus. L’autre, par son point de vue différent, par tout ce qu’il a vu, lu, entendu, compris, mal compris, nous aide à remettre en question notre propre point de vue. L’autre nous est indispensable pour évoluer, par sa façon différente de voir le monde. A-t-il raison ? Ai-je tort ? La vérité existe-t-elle ? Qui, de lui ou de moi, est le plus proche d’une certaine version de la vérité ? Qu’importe. L’essentiel n’est pas de penser penser « juste », mais de toujours être capable de remettre en cause sa façon de penser et voir le monde.

L’autre est un inconnu.

L’autre, nous voudrions le connaître, dans ses détails parfois. Alors qu’il est pour lui-même un (presque) inconnu, surpris qu’il est, parfois, à s’entendre dire autre chose que ce qu’il pensait pouvoir/vouloir dire. Les mécanismes de nos pensées et de notre conscience sont plein de ressorts et d’engrenages complexes et mouvants, fluctuants, imprécis. Nous sommes changeant.

L’autre, cet inconnu.

Seules la rencontre et la discussion peuvent nous permettre de dépasser les apparences et de nous approcher du coeur de l’autre, de sa réalité. Il peut y avoir, chez l’autre qu’on croise parfois, plus d’inconnu à découvrir que chez l’étranger qui vit à l’autre bout du monde. Mais il est si difficile de franchir les barrières dressées par l’autre pour se protéger. Car, si l’autre nous remue et nous change, on peut vouloir parfois rester dans une certaine stabilité, ronronner avec ceux que l’on connaît (ou croît) connaître « bien ». Parfois, finalement, il est plus pratique et facile de ne pas creuser sous les apparences. Se confronter à la complexité de l’autre pourrait nous perdre un peu nous-même, comme entrer dans un labyrinthe oud des sables mouvants. Il est si bon d’avancer sur un terrain stable, qu’on croît connaître. Mais l’inconnu nous attire, toujours. La découverte de l’autre, la plus grande aventure de notre vie.

Blogum habeo, ergo sum ?!?

2013/10/26

« Blogum habeo, ergo sum ?!? » (J’ai un Blog, donc je suis ?!?).
De la même façon que « Je panse, donc j’essuie », ne faut-il pas se poser la question de savoir si, sans Blog, sans Tweet, sans page FaceBook, et sans SmartPhone, on n’est pas un peu mort ? Puisque qu’exister seul ne nous suffit évidemment plus, plus nous sommes connecté avec les autres, plus nous sommes !?! Et donc, si FaceBook est en panne, ou si la personne à qui je tiens beaucoup me supprime de ses amis, est-ce que je meure ? même virtuellement ? Cette addiction à la virtualité, ce n’est donc pas seulement un besoin de zapping, de toujours s’exciter le cerveau avec de la nouveauté ; c’est aussi/surtout un besoin d’être avec les autres, et d’être vu par les autres, d’une certaine façon… puisqu’il nous manque alors l’essentiel : la présence physique, sinon le contact. Finalement, les séances d’épouillage, comme le faisaient nos ancêtres primates, et que nos ancêtres hominidés ont arrêté, c’est bien ce qui nous manque : sentir notre réalité, nous sentir vivre, par le regard et le contact physique des autres. À quand la VRAIE réalité virtuelle, quand nous pourrons nous toucher à distance ?!!! 😉 😉