Archive for the ‘Psychologie’ Category

BanG Gang

2016/01/17

Ce petit film est très intéressant. Déjà, il pétille de la force de ses jeunes interprètes. Bon, le sujet est – a priori – immoral : une bande de lycéens qui se mettent à partouzer comme d’autres vont jouer au tennis. George, Alex, Nikki, Laetitia, Gabriel : 5 jeunes qui se tournent autour, plus plein d’autres. Un très léger soupçon de possible homosexualité. Beaucoup, beaucoup d’hétérosexualité, même si les filles s’embrassent. Et énormément de sexe, jusqu’à l’overdose et le retour aux réalités de la vie. Laetitia est vierge. Gabriel aussi probablement. Quant aux autres, ils semblent avoir déjà beaucoup « vécu » et avoir eu pas mal de partenaires, sauf George peut-être, qui n’est pas un garçon : c’est une fille mince, belle, aux cheveux longs et dorés, et presque sans poitrine. La mer, la liberté (relative), le soleil, la chaleur, du temps libre, un peu d’alcool et de drogue, et un grand espace (une maison avec piscine) sans adultes : tous les ingrédients pour la libération des corps. Qui se libèrent sans retenue. Ces jeunes flirtent, embrassent, et baisent, sans retenue, enivrés par leur liberté et la découverte des plaisirs que leur donne leur jeune corps. Un peu tristement quand même, et avec l’aide de pas mal de bières, de cigarettes, d’herbes moins communes, de quelques lignes blanches, voire même de quelques pilules qui devraient donner encore plus de bonheur mais qui n’y arrivent pas toujours. L’un fournit la maison. L’autre fournit les idées stupides et quelques accessoires hallucinogènes (avec modération). (Presque) tous ces jeunes ont des vies rêvées par des millions de jeunes d’autres pays, ceux où l’on pense d’abord à manger et à survivre. À part l’un d’entre eux, plus mature (avec une voix calme et posé), rendu plus mature par l’interruption de la vie de famille tranquille par la maladie du père : un peu de handicap et de malheur, ça vous calme et vous rappelle à la fragilité de la vie. Lectures, musique : il apprend et il crée (un peu). Et l’amour dans tout ça ? Il n’est pas (pas encore) chez Laetitia, qui joue avec son corps comme elle jouait aux poupées il n’y a pas si longtemps et qui avorte tranquillement. Il n’est pas chez Nikki, qui jouit et sourit de tout. Il est chez Alex, George, et Gabriel. George, une fille qui fait la liste des garçons intéressants, liste qui devient sans doute la liste des garçons avec qui elle couche finalement, longue liste qu’elle barre. Jouir n’est pas tout, s’il n’y a pas le désir, le désir du plaisir mais surtout le désir de l’autre, unique, particulier, qui donne la saveur fondamentale au baiser et au coït. Ce mystère qui fait qu’on est attiré par une autre personne. George est attirée par Alex, qui l’est aussi d’elle sans se l’avouer, mais qui s’est laissé embarquer dans cette histoire de Bang Gang avec les copains et copines, ou qui ne veut pas se laisser aller à des relations amoureuses avec une seule fille : peur de l’amour ? Refus de cette attirance qu’a l’autre envers soi et qu’on ne comprend pas très bien : « mais pourquoi vient-elle vers moi ? je ne comprends pas ! » Et il y a Gabriel, en retrait, parce qu’occupé par de tristes réalités de la vie, vierge sans doute, sans doute un peu plus timide que les autres. Gabriel, que Laetitia et George remarquent. Mais Laetitia glisse sur cette possible amitié ou amour et plonge dans la facilité et les plaisirs des baisers pour jouer et du sexe pour jouir sans trop penser, comme elle plonge dans une baignoire avec déjà deux garçons. Il faut la déception de George face à la non-réciprocité apparente des sentiments d’Alex pour qu’elle puisse remarquer Gabriel et que quelque chose de plus profond naisse entre eux, suite à un regard, un unique regard, dû au hasard. Mais le dépit amoureux pousse aux bêtises. Déjà qu’une partouze (tranquille) à 10 ou 20 partenaires, ce n’est probablement pas très sain, se donner sans compter à tous les mâles présents, ce n’est pas forcément intelligent ni la bonne façon pour se faire bien voir des autres, de celui qui l’attirait surtout mais qu’elle remplace désormais par Gabriel, à qui elle donne son premier plaisir sexuel, même si leur position n’est pas celle que j’aurais personnellement choisie pour une première fois. Et c’est là que la vie réelle resurgit, sous la forme de MSTs (blennorragie, syphilis), d’un début de grossesse, et d’images vidéo qui débordent d’un site Web privé pour apparaître dans YouTube, permettant à l’amoureux qui l’ignore encore de faire le chevalier servant, de dévoiler ses sentiments. La fête est finie. Les parents, l’école, la ville : tout le monde est au courant maintenant de cette bande de jeunes en pleine débauche. Et, que ce soit pour les MST ou la grossesse, une pilule, voire quelques piqures suffisent à tout régler : magie et merveille de ce monde moderne ! Cent ans plus tôt, leur vie aurait été abîmée, cassée, voire détruite. Le film se fait alors moralisateur, un peu. En oubliant de parler des risques de séquelles pour les filles : devenir stérile. Sans parler des troubles psychologiques de devenir le centre des regards d’une ville entière et le centre de la colère de ses parents. Mais la morale a bien évolué : le sexe n’est plus tabou ; finalement, hommes et femmes sont libres de leurs partenaires, tant qu’il y a respect de l’autre. La vie n’est pas simple déjà, avec des parents souvent divorcés, voire des situations en risque de déséquilibre. La fête est finie. L’été, et sa canicule, fait (presque) tout oublier. Le guide des mauvaises idées quitte la maison. Alex va trouver loin de la France un autre environnement. Gabriel et George partent (l’Amérique ?) en amoureux et commencent vraiment à vivre, loin des parents.

Un film intéressant, par la spontanéité des acteurs (et le travail pour rendre tout ça « naturel »). Même si ce genre de chose arrivent en France, ou ailleurs, ce n’est probablement pas courant. Et la réalisatrice n’en a pas rajouté : pas de coups, ni de violence, vols, viols, tournante, exactions, conneries graves, etc. Juste des jeunes (16 – 18 ans) qui se laissent aller à retrouver les instincts sexuels naturels des primates Homo Sapiens Sapiens : nous sommes faits pour le sexe : notre corps est en grande partie construit pour cela, à force de sélection naturelle, à force de promiscuité sexuelle. Restent les MSTs, qui cassent un peu l’ambiance. Finalement, sans les MSTs et sans les risques de grossesse, tout ceci serait (presque !) tout à fait naturel ! Sauf le désir de s’unir à un autre, unique, particulier, désir commun aux deux sexes. Même si, dans nombre de sociétés humaines d’avant, dont il reste quelques exemples encore (Na Xi), les femmes pouvaient être libres et ne pas s’enfermer dans un « couple », mais faire partie d’une communauté (femmes, fratrie) leur donnant l’aide et la sécurité nécessaires pour l’aider à élever des enfants.

Un film qui en rappelle un autre : « Et la tendresse, bordel ! » ! Avec le même « hélicoptère »… symbolique ? 😉

Finalement, ce film est libéré de la morale chrétienne, inexistante ici. Il n’y a que les réalités de la vie : les MSTs, les grossesses, la froideur du sexe pour le sexe, et l’amour – toujours aussi mystérieux – entre deux êtres. Faire l’amour à plusieurs, sans amour, n’est pas « mal ». C’est fun. Mais ça ne suffit pas pour être totalement, véritablement, humain. Le lien, l’attachement, avec un autre, est fondamental, indispensable à nos vies.

 

P.S. : Sur le site d’AlloCiné, on ne donne que l’âge de l’acteur (Finnegan) qui joue Alex (25 ans), pas celui de George (Marilyn), Laetitia (Daisy), et Gabriel (Lorenzo) ; tous français. En fouinant un peu, Daisy a aujourd’hui 22 ans et Marilyn 20 ans. Le film est sorti environ 1 an après son tournage.

Daisy a commencé jeune le cinéma, à 13 ans. C’est la première expérience pour Marilyn. Quant à Lorenzo, il suit le cours Florent ! ce qui explique sans doute sa voix particulièrement calme et particulière. 6 pièces de théâtre et 4 films déjà.

http://www.sortiraparis.com/loisirs/cinema/articles/104238-bang-gang-interview-de-l-actrice-marilyn-lima

http://www.june.fr/bang-gang-marilyn-lima-et-daisy-broom-interview-de-deux-revelations-du-cinema-francais-nos-june-girls-de-la-semaine-a489764.html

http://cheekmagazine.fr/culture/bang-gang-eva-husson-film-sexualite-ados

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C’est le biais !

2013/03/27

Le biais, c’est pas le pied ! 😉

Bon, c’est quoi un biais ? En fait, je parle du « biais cognitif » : celui qui nous fait penser de travers. De travers ? Mais de travers par rapport à quoi ?
« Un biais cognitif est un motif ou système psychologique, cause de déviation du jugement. Le terme biais fait référence à une déviation systématique par rapport à une pensée considérée comme correcte. » Dit Wikipedia.

Mais pourquoi parler d’un tel truc dans un Blog ? C’est le coup à faire fuir tous mes (rares) lecteurs !

Bon, tout simplement, parce qu’on en parle, dans les revues que je lis.

Dans « Cerveau & Psycho » de ce mois-ci, l’article « Vers une définition de l’émotion » se termine sur une question : « Saura-t-on concevoir des modèles qui intégreront les différentes composantes émotionnelles aux autres processus cognitifs en mettant en évidence les biais, compétitions et coopérations qui assurent les dynamiques de l’architecture fonctionnelle de l’esprit humain ? »

Il y a des biais, donc, lorsque nous pensons. Mais quels biais ?

Dans « Science & Vie » de février, il y a un petit « zoom » sur… les « erreurs de jugement, perceptions erronées ». Bref : « Apprenez à reconnaître vos biais cognitifs ». Car, oui, nous pensons mal. Au naturel, nous croyons pouvoir utiliser rationnellement les informations que nous recevons, mélangées à celles que nous avons déjà engrangées. Mais, heureusement, nous ne sommes pas des ordinateurs… et notre cerveau nous trompe, allégrement. Et plusieurs biais cognitifs perturbent nos processus de décision. Cet article est basé sur les travaux de Daniel Kahneman, prix Nobel d’économie en 2002, mais surtout psychologue du comportement et de la cognition.
Le biais de la loi des petits nombres : face à des informations statistiques tirées de petites quantités d’information, et qui peuvent donc varier très fortement, et ne pas représenter la réalité statistique qui serait tirée de grandes quantités d’informations, et même devenir aberrants par rapport à la « réalité », nous sommes assez crédules…
Le biais de la régression vers la moyenne : ce biais nous fait prendre des variations pour des tendances et, pire, nous associons des résultats à des causes imaginaires, simplement par la proximité des événements. C’est-à-dire que, pour déduire les conséquences d’une action, il faut avoir la patience d’attendre un peu, histoire de ne pas prendre un pic, négatif ou positif, comme la conséquence de l’action. Toute mesure naturelle a des variations. Ainsi, ce n’est pas parce que, 2 ou 3 années de suite, les hivers sont rudes, que cela signifie qu’il n’y a pas une augmentation des températures.
Le biais de négligence du taux de base : Soit une maladie rare qui touche une personne sur 10000. Mais le test pour cette maladie est fiable seulement à 99%. Vous passez le test et l’hôpital vous annonce que le test est positif. Devez-vous vous inquiéter tout de suite en pensant que la probabilité que vous soyez malade est de 99% ? Non, cette probabilité est inférieure à… 1%. 100 personnes ont reçu une lettre de ce genre mais seule une est malade. Mais il serait sage de repasser le test !
Le biais de la disponibilité en mémoire : nous prenons les événements récents pour plus fréquents qu’ils ne sont. Egalement, des événements qui nous sont émotionnellement forts nous en font amplifier l’importance, comme les accidents d’avion. Avoir subi une erreur judiciaire soi-même entraîne une plus grand baisse de confiance en la justice que si on lit cette histoire dans un journal.
Le biais de l’ancrage, utilisé dans les négociations. Par exemple, vous demandez un don pour une bonne oeuvre : vous recevez 50 € en moyenne. Mais, si vous demandez 5 € au minimum, le don moyen tombe à… 20 €. Et si vous demandez 400 €, la moyenne monte à 150 €. Lors d’un marchandage, soyez le premier à donner votre prix ! pour créer l’ancrage par rapport auquel il y aura discussion.
Le biais de la confirmation : lorsque nous sommes convaincus de quelque chose, nous effectuons un tri inconscient dans les informations que nous recevons : nous privilégions les informations qui confirment notre point de vue, et nous rejetons celles qui vont à l’encontre. Ceux qui croient en Dieu ou au surnaturel en sont un bon exemple ! Les médecins qui ont gobé le credo de l’importance de faire baisser le cholestérol pour se prémunir des AVC et infarctus se refusent à lire les bouquins des médecins qui, études à l’appui, réfutent ce lien de cause à effet. Lorsqu’on est convaincu de quelque chose, il faut absolument étudier les points de vue contraires, d’une part pour vérifier qu’on n’est pas dans l’erreur depuis des lustres… ou bien que la Science à avancé et a remis en cause nos certitudes, ou tout simplement pour connaître le raisonnement de l’autre afin de mieux le détruire. Bref, on a toujours intérêt à essayer de comprendre pourquoi l’autre pense le contraire de ce qu’on pense. Et, à mon avis, la « vérité » est peut-être bien une troisième voie ou un mélange des deux premières.
Le biais de l’aversion pour la perte : vous êtes un investisseur. Dans votre portefeuille d’actions, vous avez des pommes pourries et des actions « correctes ». Par peur de concrétiser la perte, vous gardez les mauvaises actions et vous vendez celles qui sont les plus performantes et progresseront encore probablement. La peur de perdre aggrave les pertes. Et on se convainc que la baisse d’un valeur est passagère et qu’elle se rapprochera nécessairement (un jour…) de ce qu’on considère être sa vraie valeur.
Le biais de cadrage : la façon d’énoncer un problème influe beaucoup sur la réponse. Ainsi, dans un pays nordique, 96% des gens sont donneurs d’organes, alors qu’ils ne sont que 4% dans le pays voisin. Pourquoi ? Dans le premier, il faut cocher la case « non » pour ne pas être donneur, alors que dans l’autre pays il faut cocher la case « oui » pour l’être…
Le biais de représentativité : ce biais nous fait fait baser notre jugement sur des informations « personnalisantes » et des stéréotypes. Exemple : Paul est réservé, timide, méticuleux. Est-il bibliothécaire, commerçant, ou pilote de ligne ? Vu sa personnalité, on le voit très bien comme bibliothécaire, non ? Ben non, la réponse ayant la plus forte probabilité est : « commerçant » ! parce que, tout simplement, ils sont bien plus nombreux que les autres…

Enfin, dans le « Philosophie Magazine » de ce mois-ci, il y a une interview de Daniel Kahneman, prix Nobel d’économie 2002 alors qu’il n’a jamais pris de cours d’économie ! Son travail a permis de démontrer la fiction d’un « Homo economicus » : non, les économistes ne sont pas toujours rationnels ; voire même ils sont souvent irrationnels. Kahneman a étudié les 2 faces de notre pensée : un Système I, intuitif, automatique, procèdant par associations, cherchant des relations de cause à effet et s’appuyant sur le particulier, et souvent trop sûr de lui ; et un Système II, raisonnable, laborieux, capable d’analyse logique et de critique de nos illusions, mais souvent distrait et ne se mettant en oeuvre que contraint et forcé. Si, lors de l’accident de Tchernobyl, seul le Système II avait pris les décisions, rien de grave ne se serait passé. Mais le Système II nécessite de grands efforts et fait consommer beaucoup d’énergie à notre cerveau, lorsqu’il compare deux scénarios contradictoires. Alors, le second système confirme souvent paresseusement les convictions trop vite élaborées par le Système I. L’exemple donné concerne le cancer du rein aux USA : les comtés où il y a le moins de cancer du rein sont ruraux. Les bienfaits de la Nature ! pensez-vous ! Mais les comtés ayant aussi le plus de cancers du rein sont aussi ruraux. La pauvreté et la difficulté d’accès aux soins ? Ben non. Tout simplement, ces comtés ruraux sont trop peu peuplés pour que les chiffres soient représentatifs : le hasard peut donner des valeurs bien en-dessous ou bien en-dessus de la moyenne et donc loin de la réalité. Les petits échantillons sont trompeurs : ne croyez pas aux sondages !
Bref, nous sommes victimes de biais cognitifs nombreux, qui nous font prendre des vessies pour des lanternes. Il y a aussi le « biais optimiste » et le biais d' »aversion aux pertes » qui se battent et jouent un jeu d’équilibre entre la témérité et le conservatisme. Mais, dans cet interview, ce qui surprend, c’est la capacité de cet homme à travailler avec d’autres, en particulier avec ceux qui pensent le contraire de lui. Ainsi, il a travaillé durant 8 ans avec le chef de file de l’école adverse et ils ont écrit à 4 mains un article intitulé : « Conditions d’une expertise intuitive : comment nous avons échoué à être en désaccord ». Avec l’humour ! En discutant ensemble, ils se sont rendus compte qu’ils ne parlaient pas de la même chose. Ainsi, souvent, nous nous méprenons sur ce que pense l’autre, faute de l’écouter, ou faute de sa part de bien s’expliquer. Communiquer… ce n’est pas facile !

En conclusion, nos jugements rapides sont probablement très souvent faux. Et, dans la plupart des articles que j’écris, ceux qui ne sont pas basés sur des articles scientifiques, je raconte très probablement plein de bêtises. Mais ce n’est qu’en voyant ses bêtises écrites, ce n’est qu’en faisant l’effort de les mettre en mots et des les expliquer aux autres qu’on voit là où elles sont fausses. Donc, merci de me servir de cobayes pour mes élucubrations qui me permettent de progresser (très lentement !) vers une meilleure compréhension de ma vision du monde que je courberai peu à peu (encore 2 ou 3 siècles d’efforts !) vers la vérité vraie ! 😉

Bonne lecture de ces 3 revues.

Adolescence

2013/01/29

Il paraît qu’on vient de redéfinir la fin de l’adolescence comme étant le moment où le cerveau de l’être humain a fini son développement : 24 ans…

Ca explique des choses pour mon fils de … 23 ans qui, effectivement, ne me semblait pas complètement « fini ». Plus qu’un an !

Comment être optimiste au XXIème siècle ?

2013/01/25

« Comment être optimiste au XXIème siècle ? » est un article de deux pages de Christophe André, psychiatre et auteur de livres réputés, paru dans Philosophie Magazine de Février 2013.
Voici quelques notes de lecture.

Goethe : « Le pessimiste se condamne à être spectateur ». Effectivement, sans optimisme, on a tendance à ne plus vouloir agir et à rester en spectateur du monde. Cela semble « négatif ». Mais, en se plaçant d’un point de vue oriental, observer le monde en folie est une position de sage. Donc, tous ceux qui regardent le monde agir sans eux ne sont pas pessimistes.

Ch. André parle de deux ouvrages, dont les auteurs se placent du « côté des opti-réalistes, c’est-à-dire des optimistes capables d’affronter les aspects sombres de la réalité ». La tournure est complexe, et nouvelle, mais ne s’agirait-il pas d’une forme de détachement actif ? Je veux dire que, face au bordel de ce monde, face à l’absurdité de nos vies, face à l’impermanence, bref face à la mort, on peut se dire que rien n’a d’importance et qu’on pourrait certes se laisser aller et ne plus rien envisager ou construire mais qu’il est quand même bien plus amusant de découvrir ce monde et de jouer, tant qu’on le peut.
Les optimistes, face à la vie, prennent plus de décisions exerçant une influence positive sur leur « destin » que les pessimistes. Bref, les pessimistes se laissent aller, et les optimistes agissent. Mais, bon, on peut aussi analyser le monde, et décider de se placer en spectateur, renonçant certes à beaucoup de choses, mais toujours en « acteur » de sa vie : on peut choisir délibérément de ne rien faire et de subir le hasard, non ?!

Clemenceau : « L’avenir, ce n’est pas ce qui va nous arriver, mais ce que nous allons faire ». Toujours cette vision occidentale de notre pouvoir de changer les choses. Bien sûr, c’est en réaction avec la vision religieuse des choses comme quoi « tout est déjà écrit » (par un Dieu, par un « destin » déjà écrit et qu’il ne servirait à rien de combattre). Mais on peut aussi décider de rester en retrait du monde, de l’observer, dans une vie tranquille, retirée, pour être au coeur de soi-même plutôt qu’au coeur d’une action brassant l’inutile.

« Des chercheurs en psychologie … ont montré que l’intolérance à l’incertitude est une dimension fondamentale de ce que l’on nomme l’anxiété généralisée, cette tendance maladive à se faire du souci à propos de tout, et notamment de ce qui est incertain, imprévisible et incontrôlable. C’est-à-dire, en gros, tout ce qui va arriver demain ! De fait, même si la plupart des personnes ne souffrent pas d’anxiété généralisée, le sentiment d’incertitude face à l’avenir, bien évidemment naturel et éternel, est peut-être devenu aujourd’hui plus intense que jadis, du fait même de la complexité croissante de notre monde. Notre problème viendrait-il aussi d’une dose excessive de complexité ? »
Hummm Une tendance de nos vies actuelles est de prévoir longuement en avance le futur : réunions, dates de livraison, vacances, etc. Autrefois, les Hommes se projetaient aussi dans le futur, mais dans un cycle, celui de la Nature et des saisons : une roue sans fin. C’est l’hiver, mais bientôt le printemps et l’été seront de retour ; il faut donc juste tenir et attendre, patiemment. Et c’est bien le calme et la patience qui nous manquent aujourd’hui, tellement nous sommes tirés en avant par notre travail, exigeant. Donc, je ne suis pas sûr que, « jadis », les Hommes avaient un tel niveau d' »incertitude face à l’avenir » : ils y pensaient peut-être moins ! Quand, dès le réveil, on doit se préoccuper de comment on va faire pour boire et se nourrir, comme c’est le cas dans de nombreuses zones (naturelles, ou pas) du monde, on ne pense pas au futur ! on ne pense pas au lendemain ! On est (coincé) dans le présent…
Ce qui est « incertain, imprévisible et incontrôlable », c’est bien « ce qui va arriver demain », mais pas forcément… Nous savons que nos vies sont un mélange de hasards (bons ou mauvais) et de choses planifiées, prévisibles et prévues.
Mais est-ce bien cette complexité qui génère cette « anxiété généralisée » ? Hummm Je n’en suis pas sûr. Quand on ne possède rien, on n’a pas peur de le perdre. Cela s’applique aux biens matériels, mais aussi à sa situation dans son ensemble. Si ma vie est déjà un enfer, l’avenir a peu de chance d’être pire ! 😉 Si je suis pauvre, mais que je me débrouille, chaque jour, à survivre, l’avenir ne m’est pas forcément anxiogène, non ? Bien sûr, la misère et la pauvreté favorisent certaines maladies mais, si l’on ne les anticipe pas, si on n’en a pas conscience, elles ne nous touchent pas tant qu’elles ne nous frappent pas, non ?
Donc, aujourd’hui, avons-nous peur de la complexité ou de la peur de perdre ce que nous avons déjà (et dont nous avons conscience que c’est un bien-être réel) ? Les deux ! Les jeunes ont certainement peur de ce monde complexe dans lequel il leur faut trouver leur place et qu’ils ont bien du mal à décrypter : trouver un travail, et donc avoir une formation. Evident ! Evident ? Pas forcément, puisque nombre de formations mènent aujourd’hui droit au chômage, du fait d’une désindustrialisation (en France). Quant aux « vieux » (notion toute relative) déjà « installés », ils craignent de perdre ce qu’ils ont eu du mal à acquérir, ils ont peur de perdre une stabilité bien agréable et de retomber dans un présent où leur avenir est à (re)construire, avec tous les efforts nécessaires et qui leur ont déjà beaucoup coûté en énergie et en souffrance.

Alors, puisque l’auteur est français et écrivant dans une revue française, on peut se demander si son interprétation n’est pas biaisée. En effet, quels sont les deux rêves principaux des jeunes français ? À mon avis, c’est : 1) devenir fonctionnaire, 2) foutre le camp de France. Des articles ont déjà montré que les jeunes postulent en masse aux concours de postes administratifs, qui constituent pour eux une solution idéale : un « bon » salaire, « peu » de travail, et une « grande » stabilité. En italiques, parce que ce n’est pas toujours le cas… bien sûr. Mais, bon, si la vie des fonctionnaires était un réel enfer, il y aurait moins de candidats… D’ailleurs, à mon avis, la seule solution pour trouver le bon niveau de salaire/travail est de baisser les salaires en gardant la même quantité de travail jusqu’à ce que le nombre de candidats à la fonction publique devienne « raisonnable » et que beaucoup se tournent vers le privé (dont plusieurs branches ont bien du mal à trouver du personnel). Mais, bon, ainsi, je vais faire hurler mes lecteurs, et je ne le dis donc pas… Mais on peut aussi jeter un coup d’oeil sur ce qui se passe dans d’autres pays, qui ont eu le courage d’externaliser nombre de postes de fonctionnaires, sans qu’il y ait d’émeutes… montrant que la France est un pays TRÈS particulier, inguérissable peut-être… Quant à « foutre le camp de France », il y a beaucoup de jeunes français qui vont découvrir comment ça se passe ailleurs. Une fois qu’ils y auront bien goûté, il est bien possible qu’ils reviennent… car, quoiqu’on en dise, la France a bien des qualités… malgré ses nombreux défauts. Mais je m’égare, un peu.

Ensuite, Ch. André continue sur son hypothèse de la « complexité » : nos ancêtres sont censés avoir eu un « certain contrôle » sur leur univers. Hummm J’aime bien le « certain », car ça me rappelle un sketch de Fernand Raynaud, hilarant de bêtise militaire. Je ne suis pas sûr que M. André ait bien raison. Certes, nos ancêtres savaient faire pousser du blé, mais ils ignoraient que ce dernier pouvait les tuer (l’ergot de seigle, champignon qui tuait encore dans les années 50 en France). Le « temps-jadis » n’avait rien d’idyllique, jamais. On y mourait comme des mouches, impuissants, et sans rien comprendre de ce qui se passait : cancer ? épilepsie ? infection ? empoisonnement ? peste ou choléra ou variole ? etc. Les maladies faisaient peur, atrocement. Aujourd’hui, on a peur de mourir, certes, mais on SAIT qu’on peut être soigné. C’est d’ailleurs l’une des raisons qui font que nombre de gens, alors même qu’ils savent que leur obésité et le tabac les tuent, continuent de se goinfrer, de ne pas faire de sport, et de fumer : ils ne font pas ce qu’il faut ? pas grave, « on » les sauvera ! Comme mes voisins du 3ème, qui fument comme des pompiers, et qui ressemblent, à 60 ans, à deux vieillards ridés et ratatinés.

Comme le dit plus loin Ch. André, l’impossibilité d’agir sur ce qui nous fait souffrir nous rend anxieux et dépressifs, générant une « démotivation persistante face à l’action ». J’ai été dépressif, et j’ai connu l’impossibilité d’envisager même d’agir à cause d’une perte complète de motivation. C’est affreux… Et, encore, face à des possibilités intéressantes, mais « risquées », je fuis, j’évite, je renonce : finalement, même si ma vie n’est pas extraordinaire, même si je pourrais l’enrichir de nouveauté, elle n’est quand même pas si mal… Raisonnement qui pousse à tourner en rond et à continuer à toujours faire les mêmes choses, rassurantes, mais nous tuant à petits feux. Car, la vie, c’est le changement, le mouvement, la découverte, et donc l’adaptation constante au changement. Rester à l’arrêt longtemps, c’est mourir. D’ailleurs, il me tarde de finir ce billet pour passer à autre chose ! 😉 Et vous aussi, sans doute. La capacité du français moyen à lire un texte étant faible, nombre de lecteurs de ce billet ont dû abandonner en cours de route ! 😉

Donc, je ne suis pas vraiment d’accord avec l’analyse de Ch. André. Mais, bon, comme il y a toujours moult raisons à toute chose, nous ne faisons peut-être qu’assigner des poids différents aux différentes causes.

Il dit : « Pourtant, les raisons d’espérer ne manquent pas ». « Alors qu’il nous semble que le monde est de plus en plus cruel, les historiens nous rappellent que d’un strict point de vue comptable, c’est l’inverse : il y a de moins en moins de victimes de guerres et de violences, ce qui est un progrès. Mais nous les admettons de moins en moins bien, ce qui est un autre progrès ». Oui, mais : est-ce que ça va durer ?!? Car, nous tous, nous nous foutons de savoir que, avant, c’était moins bien. Ce qui nous taraude, c’est : « j’ai l’habitude de vivre dans un certain confort et une certaine sécurité, mais est-ce que cela va durer ? » Aucune idée de la réponse… Mais, si j’étais « sage », j’irais tout de suite m’installer dans un pays d’Asie et vivre « tranquillement », vivant de mes « rentes ». 😉 Rêve idiot puisque l’écroulement possible du monde m’y rattraperait. Seule solution : toujours être en forme, en se levant le matin, pour affronter des catastrophes. Alors, puisque je possède déjà pas mal, il me faudrait être prêt, chaque matin, à devoir perdre beaucoup, et à accepter ce qui me restera. Idée insupportable !!! Mais qu’il me faudra bien vivre, de toute façon, puisque mon âge avançant va m’apporter de nouvelles avanies physiques et qu’il me faudra bien renoncer, peu à peu, voire brutalement, à plein de choses qui me semblaient jusque là « évidentes » ! Comme semblait évident aux malades vus hier en neurologie d’avoir pleine possession de leurs facultés physiques et/ou mentales avant de se retrouver soit errant sans but dans les couloirs soit essayant de rééduquer les membres dont ils ont perdu le contrôle. Merde ! Elle fait bien chier cette « condition humaine » ! Comment être optimiste alors qu’on sait (à partir d’un certain âge ou de l’accumulation de grosses « tuiles » sur notre gueule) qu’on va mourir, demain brutalement peut-être, ou après-demain de diverses maladies ou usures ? Zut ! Ce billet n’est vraiment pas optimiste ! 😉 Mais ça fait du bien ! Je me sens d’attaque maintenant ! 😉

Allez, bon courage. Tout est impermanent. Y compris ce Blog. Mais, bon, si je n’étais pas optimiste, je serais couché dans mon canapé devant une connerie à la télé ! 😉 Ha ha ha !!

Totem

2013/01/23

Article « Totem » de PhilosophieMagazine de Février 2013, page 75, de Tobie Nathan.
Dans cet article très court (trop court…), Monsieur Tobie Nathan déblatère autour du mot « totem ». Son explication ne m’a pas convaincu. Pour moi, un « totem » est une solution magique pour essayer d’expliquer quelque chose d’incompréhensible (avant) : d’où vient l’Homme ? et quel est son lien avec la Nature ?

Bonjour, je ne suis pas d’accord avec votre analyse sur le sens du mot « totem ». Vous y voyez un point d’origine où commencer le décompte de nos ancêtres. J’y vois plutôt une incapacité, chez les peuples primitifs mais aussi jusqu’à Darwin chez les peuples dits évolués, de concevoir l’accumulation de petits changements dans une lignée permettant le passage progressif entre des ancêtres simiesques et l’Homme. Pour eux, il y a un point de rupture magique : un « totem » d’où est sorti (par magie) leur lignée humaine, ou bien un Dieu qui a créé les Hommes. Ce « totem » est aussi, bien sûr, une histoire commune liant un peuple. Ce sont les prémices du parasite religieux qui enferme l’individu dans une société religieuse pour éviter l’éclatement de cette société et donc la disparition cette religion. Ou, plutôt, les religions/totems qui n’étaient pas assez forts pour contenir les forces de dispersion ou d’assimilation extérieure ont disparu. La notion de « totem » est un leurre qui a longtemps empêché les Hommes de comprendre les rouages psychologiques.
« Mon ancêtre est un caméléon » fait dorénavant partie du passé. Le monde est maintenant désenchanté. Il ne sert à rien de vouloir revenir à « avant ». Il faut accepter d’avoir continué de « croquer la pomme » de la connaissance. Après être sortis du Jardin d’Eden, nous avons tué Dieu et tous les totems. Reste à définir une spiritualité athée.
Ce que vous décrivez (« guérisseur », « source de la folie ») n’était qu’une façon de trouver une solution bancale et inefficace à un problème fondamental mais insoluble à ces époques, faisant souvent plus de mal que de bien. Maintenant, il nous faut accepter de vivre avec la pleine conscience de notre animalité fondamentale et de la disparition de la magie. C’est triste, mais c’est comme ça.
Cordialement

Texte original :

PM

Le Petit Chaperon Rouge

2012/07/01

Il y a, dans le numéro de juillet-août de Cerveau&Psycho, un article super-intéressant d’un chercheur suisse, docteur en neurosciences, sur le conte « Le Petit Chaperon rouge », que tout le monde connaît.
Mon analyse personnelle des contes (enfin, les contes d’avant l’époque moderne actuelle) est qu’ils sont destinés à transmettre à l’enfant une vision simplifiée de l’organisation de la société, indiquant à l’enfant quelle sera sa place (les filles à la cuisine, et les garçons à l’usine). Bref, à mon avis, les contes sont un moyen pour formatter l’enfant, pour le préparer à prendre sa place (imposée) dans la société : je n’aime guère…

Bien sûr, d’autres analysent les contes de façons bien différentes. Ainsi, le fameux Bettelheim a plaqué son délire psychanalytique sur ce conte, en disant que c’est un exemple du complexe d’OEdipe (d’Electre, pour une petite fille) : l’enfant désire séduire et être séduit par le parent de sexe opposé et se débarrasser de celui du même sexe. L’auteur décrit cette interprétation comme « excessive ou farfelue ». J’acquiesce. Depuis le scandale des livres de Bettelheim sur l’autisme, plaquant son vécu de victime des camps d’extermination d’Hitler sur le fonctionnement psychique des enfants autistes, je rejette tout ce qu’il a écrit, tant que quelqu’un n’aura pas fait le tri entre ses analyses correctes et sa folie psychanalytique.

Donc, cette interprétation du conte de Perrault par Debastian Dieguez analyse ce conte d’une façon nouvelle. Ce conte aiderait les enfants à développer leur « théorie de l’esprit ». La « théorie de l’esprit », c’est la capacité que nous avons à imaginer ce que l’autre pense. Ainsi, chez les enfants « normaux », il y a une transition, vers 4 ans. Avant, l’enfant pense que l’autre sait ce que lui-même sait. Plus tard, il arrive à imaginer que l’autre, ayant disposé d’informations différentes, a une vision différente du monde. Cela s’expérimente très simplement au moyen d’un objet qui est rangé, puis déplacé : un personnage voit qu’un objet est placé dans un tiroir puis il sort ; pendant ce temps, l’objet est déplacé ; tout ceci est observé par un enfant. Lorsque le personnage revient, l’enfant de moins de 4 ans pense que le personnage va chercher l’objet dans le 2ème lieu, puisque lui le sait, alors que l’enfant plus âgé a pris conscience que le personnage croit que l’objet est toujours dans le 1er lieu.
Dans le conte, l’enfant qui écoute l’histoire reçoit les points de vue de plusieurs personnages : le chaperon, le loup, la grand-mère. Le loup, ayant écouté parler le Petit Chaperon rouge, dispose d’informations qui lui permettent de tromper la grand-mère puis le Chaperon. Pour duper, il faut s’imaginer ce que pense celui qu’on veut duper, en lui donnant des informations qui le rassurent et le trompent (comme la phrase caractéristique de la grand-mère : « Tire la chevillette, la bobinette cherra » : il n’y a bien QUE la grand-mère qui puisse dire une telle phrase !). Ce contre prépare donc les enfants au monde de la fiction. Et les enfants redemandent régulièrement qu’on leur raconte ce conte parce qu’ils n’en comprennent les finesses que peu à peu, découvrant à chaque fois une nouvelle histoire, magique au début (le loup parle !), puis plus subtile ensuite, l’entraînant à comprendre la subtilité des interactions sociales. D’ailleurs, le Roman de Renard est aussi l’histoire d’un petit malin qui trompe les autres, profitant de leur naïveté. « Le Petit Chaperon rouge » serait donc un moyen pour préparer les enfants à comprendre que le monde n’est pas aussi simple et gentil qu’il paraît et que la tromperie et le mal sont courant. D’ailleurs, on devrait lire plus de contes aux enfants de communistes, ça les rendrait moins cons que leurs parents… mais c’est une opinion personnelle, et je la partage.
Bonne lecture de l’article, bien mieux structuré et clair que ce petit résumé !

Solidarité

2012/05/30

Lors des élections présidentielles récemment passées, il y a eu une discussion sur la différence entre Solidarité et Assistanat, la Droite reprochant à la Gauche de faire des Français un peuple d’assistés au lieu de développer un vrai sens de la Solidarité.
Traditionnellement, la Droite est Catholique. Et la Gauche est athée. Enfin, en gros… Je reprocherai donc à la Droite d’articuler sa vision de la Solidarité sur des notions religieuses catholiques. Et, pour ceux qui lisent ce Blog depuis longtemps, il est clair que, pour moi, religion rime avec connerie, et donc la conception de Solidarité poussée par la Droite m’insupporte (mais moins que l’insupportable assistanat mis en place par la Gauche). Mais, bon, comme il n’est pas de bon ton de dire des gros mots, et qu’en plus ça ne permet pas de voir clairement ce que je veux dire, je m’explique, même s’il faudrait des pages et des pages pour clarifier tout ça. J’abhorre les religions car, au fil du temps, elles se transforment et se figent dans un dogme en oubliant les idées premières et en les travestissant par un utilitarisme clérical : une élite décide de ce qu’il est bien de penser ou pas ; et un conservatisme sur de fausses valeurs se met en place. Bref, la Droite française est l’héritière de traditions judéo-chrétiennes qui pervertissent nos pensées sans nous en rendre compte. Ainsi, l’idée même de « morale ». La Morale est vue, depuis bien longtemps, comme une résultante de la pensée raisonnée, bref d’un cerveau raisonnant. La Morale aurait été apportée aux Hommes par les religions, par le Christianisme. Et, sans religion, il n’y aurait donc pas de Morale ; c’est d’ailleurs l’un des arguments premiers des croyants pour dénigrer les hommes libres (de toute croyance) : les hommes libres (les athées) seraient immoraux. Or, des études récentes montrent clairement que la morale est innée chez l’Homme, et que nos cousins primates sont à deux doigts de posséder une telle morale. Disons que, au lieu d’être up-down, la morale est bottom-up ; c’est-à-dire que, au lieu que la morale soit un produit de notre raison cognitive, la morale vient de mécanismes innés ancrés dans des centres émotionnels. La Morale vient de nos émotions. De la même façon, beaucoup de Philosophes ont tendance à imaginer une théorie (top) et à la coller sur les faits (bottom), au lieu de rassembler des faits et d’en déduire des théories à vérifier. Je met en doute la validité des réflexions de penseurs qui ont oubliés que, en premier, nous sommes des animaux, avec un corps, des sensations, et des émotions : la philosophie doit être reconstruite à l’aune des dernières découvertes.
Mais, quelle lien avec la solidarité ?
Prenons un chimpanzé un peu malin enfermé dans un zoo au moment de la distribution des fruits. Ce petit malin pousse délibérément le cri indiquant la présence d’un serpent. Alors, tandis que tous ses congénères s’enfuient dans le parc attenant, le petit malin profite de la situation pour manger les fruits abandonnés par terre. Ce n’est pas bien moral, et ce n’est pas solidaire : c’est de la tricherie, qui n’est donc pas le propre de l’Homme. Mais, s’il finit par prendre conscience des conséquences de son acte (des bébés ayant été bousculés, voire blessés, lors de la fuite), le tricheur va-t-il développer un sens moral et regretter son idée et de l’avoir exécutée, et donc en avoir de la honte ? D’autre part, si l’on distribue à des capucins des jetons leur permettant d’obtenir des tranches de concombres, et que l’on vienne à troubler leur sens de la justice en donnant des concombres à l’un mais du raisin (bien plus goûteux) à l’autre, on voit que le sentiment d’injustice énervent les capucins au point de leur faire renoncer à leur part de concombre ou de tout faire valser, concombre et raisins. Répétant la même expérience sur des chimpanzés, dans certains cas, celui qui obtient le raisin refuse d’y toucher tant que son camarade n’en obtient pas, manifestant un sens de l’équité.
Bref, dans la Nature, certains animaux, comme les « grands singes », manifestent une forme de solidarité entre eux, basée sur un besoin d’équité, alors qu’ils n’ont pas les moyens cognitifs pour concevoir une théorie de la Solidarité. Pourquoi ? À cause du lien social qui les lie. Ce lien est physique, car ils sont en permanence au contact l’un de l’autre, et relationnel, et ils ne sauraient vivre heureux sans leurs congénères. Comme nous, ils vivent, depuis des milliers de générations, en groupe. La Solidarité est alors « naturelle », issue du besoin de liens amicaux, solides, et cohérents, avec d’autres congénères : c’est-à-dire que chaque individu va, instinctivement et sans esprit de contre-partie nécessaire, aider son congénère, car il lui est lié. Mais cette solidarité ne franchit pas le groupe : face à un groupe de singes étrangers, il n’y a pas de lien et pas de solidarité, car ils ne partagent rien.
Alors, la Solidarité, et donc la Morale, existent chez l’Homme depuis bien longtemps. Et ce ne sont pas les religions (si récentes, et occidentales surtout : monothéismes) qui les ont crées, mais elles les ont récupérées, pour leur propre usage, et en faisant oublier leur origine naturelle.
La Solidarité naturelle est construite sur l’appartenance à un groupe lié par une proximité physique et relationnelle et sur la réciprocité. Etendre cette Solidarité naturelle à une Solidarité universelle entre êtres humains (et pourquoi pas entre êtres pensants ?) : pourquoi pas ?! mais il faut garder la notion de réciprocité qui, d’évidente car destinée à un proche, doit devenir réfléchie car destinée à une personne qu’on ne connaîtra jamais. Et, dans le cas de nos sociétés humaines, cela veut dire que celui qui reçoit doit avoir déjà donné ou être prêt à donner à son tour. Je veux bien être solidaire avec celui qui est tombé malade par hasard, ou celui qui a perdu son travail, etc ; mais je ne veux pas être solidaire avec celui qui, depuis longtemps, se laisse aller et ne fait pas d’efforts. Reste à déterminer s’il lui était possible, ou non, de se sortir par lui-même de sa situation difficile… Dire qu’un travailleur a perdu son travail parce qu’il buvait ou n’était pas assez efficace, ou faisait plein d’erreurs, c’est ignorer les causes de son « mal-être », peut-être dû à de « mauvais » liens avec les autres, ou à une éducation inappropriée, bref à cause de facteurs dont il n’était pas responsable… Mais, personnellement, je ne veux pas être solidaire avec les fumeurs qui tombent malades de leur cancer, ni avec les skieurs blessés en faisant du hors-piste, ni peut-être bien aussi avec ceux qui ont choisi une voie de formation aboutissant à un secteur d’emploi déjà saturé… Mais ce n’est pas à moi de décider, c’est à la structure à qui j’ai donné le pouvoir de prendre des décisions à ma place de décider : le Gouvernement. C’est donc à lui de faire respecter la Solidarité : des Droits et des Devoirs. Au lieu de croire que « tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil », il faut être réaliste et bien se rendre compte que l’Homme n’est pas mieux que le singe : lorsqu’il peut tricher sans se faire prendre et qu’il ne se sent pas solidaire envers les autres, il le fait. Et c’est bien la menace de punitions ou d’une réprobation de sa communauté, pouvant aller jusqu’à l’éviction du groupe, qui peut l’empêcher de tricher. Mais, alors, on peut aussi arriver à l’inverse : celui qui, se rendant compte de la dérive de son groupe, refuse d’agir comme un mouton et viole les règles qu’il juge iniques ; comme ces hommes et femmes de RDA qui voulaient fuir à l’Ouest.

Bref, la « Solidarité » est un sujet très complexe, touchant à nos origines animales. Et il ne suffit pas de brandir le mot « Solidarité » ; il faut aussi l’analyser, le comprendre, et le décliner sous toutes ses formes, positives et négatives. Bref : réfléchir. D’ailleurs, justement, il est temps que j’allume la télévision pour voir les informations qui m’empêcheront de penser et me distrairont de mes réflexions idiotes ! 😉
Bonne télévision !

Quant à moi, je ne suis pas bien content de ce que je viens d’écrire, inspiré par le formidable entretien de « Philosophie Magazine » de mai avec le primatologue Frans de Waal, qui révèle des choses que l’Homme se refuse d’admettre depuis longtemps : empathie, équité, solidarité, sont des notions vécues par nos cousins les « grands singes », et la morale est née de la « dynamique de l’évolution de l’espèce humaine », comme un « prolongement de la Nature ». Bref, il faudrait que je résume ses idées dans un billet au lieu de les (mal) utiliser.

Les Secrets de Famille

2012/03/25

J’ai repris la lecture du petit livre « Les Secrets de Famille » de Serge Tisseron. Intéressant… surtout pour les personnes qui comme moi ont été au coeur de plusieurs secrets de familles.
En lisant les conséquences possibles des secrets dont parle Tisseron, il me semble que j’aurais pu tourner bien plus « mal » ! Je vous laisse juge :
– père qui s’est suicidé au fusil de chasse : je ne l’ai appris que 15 ans après.
– pas de plaque avec son nom sur son tombeau (c’est moi qui en ai mis une).
– soeur qui est ma demi-soeur, mais on ne me l’avait jamais dit explicitement quand j’étais gosse.
– circonstances de la conception de ma demi-soeur (qui ignore toujours qui est son père) et qui ont fait que ma mère a été rejetée par sa famille (à moins que la honte ne l’ait faite s’éloigner).
– quatre autres demi soeurs et frère dont j’ai longtemps ignoré l’existence.
– ma naissance dans l’adultère.
– savoir avoir plein de cousins et de cousines, mais n’en connaître aucun (voir ci-dessus) et ne pas savoir pourquoi.
Sans parler d’autres choses pénibles ayant pesé : une grand-mère maternelle vigneronne ruinée par le Phylloxera, un père qui fait faillite deux fois, un grand-père devenu fou (genre « syndrome du Golfe ») suite à la guerre de 14-18, l’ignorance totale de la famille de mon père et de ses amis.

Finalement, mieux vaut parfois être donné à la DASS et être adopté sans rien savoir de ses origines ! 😉
Bon, c’est du passé tout ça… Mais, d’après Tisseron, ces secrets (s’ils ne sont pas bien « digérés ») ont des conséquences sur les 2 générations qui suivent. À moi donc de comprendre quels comportements chez moi, suite à ces secrets, ont pu avoir des conséquences sur mes enfants et ce que je dois faire pour arrêter la transmission délétère de ces secrets. Sans parler des secrets de ma famille… secrets entre moi et mon épouse, comme sa haine des « jaunes » (et que notre fille imitait sans en comprendre l’origine) : toute femme aux yeux bridés lui rappelait la femme de mon premier amour (foiré bien sûr), à laquelle j’ai pensé un peu trop longtemps…

Je vous recommande ce petit livre (peu de familles n’ont pas de tels secrets). Bon, Tisseron est psychiatre ET psychanalyste… mais, bon, ce qu’il dit me semble solide (en m’adossant à d’autres lectures), même si je me pose des questions sur la validité statistique des exemples fournis : s’il me semble évident que les Secrets de famille peuvent avoir de graves conséquences, il ne s’agit que d’un potentiel. C’est comme pour certains gènes rendant son porteur plus sensible à telle maladie : s’il peut contrôler l’environnement qui facilite l’émergence de la maladie, la probabilité qu’elle se produise reste dans la moyenne. Bref, j’ai l’impression que Tisseron ne montre que les cas les plus noirs engendrés par des secrets de famille : nombre de personnes (dont moi) ont pu, grâce à des personnes clefs dans leur famille ou autour, ne pas générer de troubles graves, faire des études, avoir un métier et prendre des responsabilités, fonder une famille, etc. Si ma façon d’être a été modelée par le passé de mes parents et m’a mal armé pour certaines choses dans la vie, par contre je n’ai pas ressenti dans ma jeunesse la majorité des troubles que Tisseron décrit, malgré la lourdeur des secrets qui m’ont entouré. C’est, principalement, la mort de mon père et la dépression de ma mère qui s’en est suivie qui ont eu le plus d’influence négative, contre-balancée par mon « adoption » par une autre famille, blessée elle-aussi, mais plus saine. Mais, bon, je ne me souviens pratiquement pas de mes 8 premières années… Il reste donc peut-être des choses à découvrir au fond de mes neurones. Ceci me rappelle les livres de Boris Cyrulnic, sur la résilience, où il analyse les raisons qui font que, parmi des enfants affrontant les mêmes épreuves épouvantables, certains s’en sortent alors que d’autres sont abimés pour toujours : le lien, le lien profond et réel créé avec une personne (parent, oncle/tante, professeur, etc) et qui a permis à ces enfants de se construire solidement et de pouvoir endurer l’horreur et en guérir ensuite. Dans mon cas, ce fut une deuxième « mère », et de nouveaux « frères » et « soeur ».

Bref, il faut lire ce genre de livre pour comprendre certaines choses mystérieuses de sa famille. Mais le pire n’est pas toujours au rendez-vous comme le laisse croire, à force d’exemples graves, Tisseron.
Et puis, l’humour noir est un très bon moyen pour dédramatiser. Ainsi, j’aime effrayer mes collègues en leur disant : « Quand mon père est parti, il n’avait pas toute sa tête », et en leur expliquant ensuite (mais je n’ai jamais su où il avait pointé le canon du fusil, et ça n’a pas d’importance) ce que cela veut dire. Moi, ça me fait rire. 40 ans après, on peut, on doit en rire. D’ailleurs, le philosophe Desproges le disait lui-même : on peut rire de tout ! (mais pas avec n’importe qui).

Bon, j’ai suffisamment de matière pour écrire un bon livre, non ?! Sauf qu’il vaut mieux sortir au soleil que rester enfermé des mois et des mois à mettre en mots ces maux et ces histoires.

Comportements alimentaires déviants…

2012/02/05

Hier samedi, je suis allé à une conférence à la bibliothèque Kateb Yacine : « Ados et comportements alimentaires », par Rébecca Shankland, maître de conférences en psychologie clinique et psychopathologie à l’Université Pierre Mendès France de Grenoble.
En bref, elle a parlé d’anorexie et de boulimie.
C’était, bien sûr !, très intéressant. Et cela est tombé à point suite à la polémique sur mes photos d’Ophélie.

Une personne est dite anorexique si elle est AAA : Anorexie (perte de l’appétit), Amaigrissement (IMC < 17), Aménorrhée. Cela touche essentiellement les filles, à deux périodes principalement : à la puberté, puis lors des études supérieures. Mais cela peut aussi arriver bien plus tard dans la vie.
Face à un corps qui change (seins, poils pubiens, règles, tissu adipeux) et une vie qui devient plus complexe (le regard des garçons, la sexualité), l'adolescente peut vouloir prendre le contrôle de son corps, et donc de son poids, souvent encouragées par des amies, voire la famille, au début. Cela se double aussi d'une angoisse face au futur. Avant, hommes et femmes n'avaient guère le choix, sinon de continuer le métier ou la vie des parents. Aujourd'hui, on peut naître pauvre dans une famille illettrée et ouvrière, puis passer des diplômes, et avoir de grandes responsabilités, en entreprise ou dans le public : on est libre de ce qu'on fait de sa vie. C'est formidable, mais c'est angoissant : c'est une responsabilité. Il n'y a plus de chemin à suivre : il faut trouver "sa" voie, et cela peut être effrayant.

La boulimie, ce sont souvent des anorexiques qui ont craqué : elles/ils ont un poids "normal" mais ils le contrôlent entre crise d'absorption énormes d'aliments et de calories, et vomissements.

La boulimie est bien plus dangereuse que l'anorexie : bien plus de morts et de dégâts.

Si l'anorexie existe depuis longtemps et dans de nombreuses civilisations, la boulimie est un phénomène qui n'est devenu important (en nombre) que récemment.

Mme Shankland a lu des textes de jeunes filles anorexiques. Elle a parlé de ce regard sur elle-même qui n'est plus réaliste : elles voient "correctement" la corpulence des autres, mais elles se voient énormes alors qu'elles sont trop maigres.
Heureusement, beaucoup de jeunes filles passent cette étape sans s'y enfoncer.
Il y a une origine génétique. Mais c'est comme pour tout : c'est l'environnement qui fait s'activer le risque.

Pour l'anorexie, il est certain que l'exemple des photos dans les revues pour femmes, des mannequins, et de tous ces régimes dont on leur rabâche les oreilles, c'est certain que cela les pousse à vouloir arriver à un idéal idiot de corps, avec une maîtrise du corps par l'esprit. Les hommes sont responsables, puisque ce sont eux qui regardent et qui jugent : trop grosse ! Mais, entre une photo montrant un "idéal" de minceur et la femme qu'ils voudraient tenir dans leurs bras, il y a une différence : il n'y a aucun plaisir à tenir un sac d'os dans ses bras. La femme idéale, pour moi, serait plutôt celle qui entretient sa musculature et son poids, dans un équilibre, évitant l'accumulation de rondeurs et le ramollissement musculaire, impliquant d'être toujours capable de faire du sport : piscine, marche, etc. Mais, avec les grossesses, avec les tentations alimentaires, avec une vie trop sédentaire et trop stressées, avec tout ce qu'une femme doit faire, avec les épreuves, et qui l'écartèlent, ce n'est pas facile… Et puis, il y a le corps, l'apparence, et – surtout ! – la personnalité.

Bon, je pense qu'il me reste encore un peu de ce délicieux chocolat à la menthe…

Synesthésie

2011/12/11

J’ai écouté une partie de l’émission « Sur les épaules de Darwin » de Claude Ameisen sur France-Inter hier. Certes, sa façon de parler est agaçante… mais cette émission était super-intéressante ! Comme souvent d’ailleurs.

La synesthésie, c’est un mélange de nos sens, comme lire et que les lettres ont des couleurs, ou écouter de la musique et la sentir dans son corps, ou dire que les mercredis sont bleus, ou comme cette musicienne qui distingue parfaitement la distance entre les notes sauf si elles sont distante d’un octave exactement, ou ces personnes qui sont sensibles aux pulsations d’un mouvement rythmique et les mémorisent bien mieux que les gens « normaux ». Cela me semble un enrichissement, une complexité supplémentaire, qui permet (comme pour Nabokov) de mieux mémoriser les événements de la vie. Ainsi, lire, c’est-à-dire créer des voix et du sens, est une forme (apprise) de synesthésie. Et, quand on regarde quelqu’un parler, on crée aussi des émotions en fonction de ses expressions, grâce à nos neurones-miroirs. Et il y a les musiciens qui, à force de travailler la musique, sont capables de comprendre la subtilité des émotions humaines rien qu’en écoutant quelqu’un parler.

Sur la page consacrée à cette émission, il y a une liste de références, dont un nouveau livre d’Oliver Sacks : « L’oeil de l’esprit », à paraître en 2012.

Sinon, dans Le Point, un article sur un livre « Dépasser Darwin » de Didier Raoult. Je n’ai pas bien aimé, car le titre du papier est « Et si Darwin s’était trompé… ». Freud s’était trompé, et a trompé des milliers de personnes, qui s’auto-trompent maintenant, en vieux éléphants dépassés et arriérés. Mais Darwin n’a fait que lancer une idée, révolutionnaire à l’époque, et à la mesure des connaissances de l’époque, et pour laquelle il a apporté des milliers de preuves scientifiques, qu’il s’agit de faire évoluer et d’adapter aux connaissances nouvelles. C’est un peu comme Newton : ses lois sont toujours valides pour la vie de tous les jours ; mais, dès qu’on s’intéresse à l’infiniment petit ou aux vitesses proches de celle de la lumière, cela ne marche plus. C’est pareil pour Darwin, me semble-t-il. D’ailleurs, même si je ne les ai pas toutes notées, il y a des phrases de Didier Raoult qui montrent qu’il n’a pas (bien) lu Darwin. Ainsi, il dit : « L’arbre darwinien n’existe pas. C’est un fantasme. L’idée du tronc commun avec les espèces qui divergent comme des branches est un non-sens. Un arbre de la vie, pourquoi pas, mais alors planté la tête en bas, les racines en l’air ! » Je ne comprends pas très bien… Au tout début de son voyage dans ses idées, Darwin avait dessiné un arbre ; puis, plus tard, il avait regretté l’image et aurait préféré un corail, dont seules les extrémités sont vivantes. Il ne pouvait pas imaginer, ne connaissant même pas alors le support génétique des espèces, que ces gènes pouvaient être échangés. D’autre part, Raoult interprète les idées de Darwin, en disant : « L’évolution vue par Darwin était forcément avantageuse : la sélection fait progresser les espèces, et tout évolue vers le meilleur, tout s’améliore. Darwin était trop optimiste. Les organismes survivants ne sont pas meilleurs que les autres, ils n’ont pas de meilleurs raisons de survivre. » Je ne comprends pas… Darwin ne faisait que dire que, dans un environnement donné (un éco-système), certaines espèces se développent plus que d’autres parce qu’elles utilisent mieux les ressources disponibles, aux dépends des autres espèces. Ainsi, si nos frères hominidés ont disparu, c’est plus par compétition alimentaire dans un éco-système que par destruction volontaire. Il dit aussi : « Une espèce qui a perdu la guerre du vivant à une époque et dans un contexte donné aurait pu la gagner en d’autres temps et d’autres lieux. » Darwin ne dit pas autre chose ! Je pense que Monsieur Didier Raoult devrait relire Darwin. Au lieu d’en abattre l’arbre, il devrait montrer là où l’ignorance de Darwin (1870 !!) l’a empêché de voir la complexité du vivant telle qu’on continue à la découvrir aujourd’hui et demain.