Archive for the ‘Poésie’ Category

To the Wonder

2013/03/09

« À la Merveille » (« To the Wonder » en américain) est un superbe film.
Pourtant, hier soir, la salle et l’écran était petits… trop petits pour ces belles images.
Je n’ai pas (encore) lu les critiques, les commentaires, etc., sur le film. « The Tree of Life » avait déçu beaucoup de gens, alors que je l’avais beaucoup aimé, même si tout ne m’avait pas plu. Pourtant, lorsque « quelque chose » est extraordinaire, cela devrait bien éclipser ce qui est moins bien, non ? Dans « The Tree of Life », les gens n’ont pas aimé cette histoire décousue, incompréhensible. Moi, je n’avais vu que la qualité, unique, des images, et de certains plans, particulièrement beaux, fluides, inaccoutumés, nouveaux, prenants, si simples pourtant, de la beauté à l’état pure. Et je ne parle pas des images surprenantes, non, je pense à des images toutes simples, d’enfant qui court, de famille, de cheveux, d’arbres, de feuilles, etc. Pour « To the Wonder », il y a de nouveau une histoire dont Terence Malick ne donne que des bribes, avec très peu de dialogues, mais tellement de choses évoquées, suggérées, voire montrées, autrement. Plus d’images que de dialogues, c’est sûr. Et des images qui changent, brutalement, radicalement, de lieu, de moment, de personnages. Des images qui donnent une « impression » de la vie de ce couple, qui va et qui vient dans leur amour et désamour. Oui, ce film est « impressionniste » : il ne cherche pas à dire l’essentiel pour comprendre, il donne des pistes, sous forme d’images, de séries d’images, souvent animées et virevoltantes, pour comprendre ce qui se passe entre et dans ces deux personnes. On ne connait même pas leurs noms ; il me semble bien que jamais leur nom n’est dit. J’ai beaucoup aimé cette façon, unique, de montrer une histoire d’amour/désamour, par des images, belles souvent par la beauté des lieux filmés, mais belles aussi par la banalité, voire la misère, ou l’horreur, de lieux et de situations rehaussés par la quête spirituel du prêtre. Et oui… Malick aime bien parler de Dieu, de religion… ce qui est exaspérant, surtout pour moi. Mais, bon, ce dont parle ce prêtre, finalement, c’est d’amour, de ses doutes. Et ses pérégrinations dans cette Amérique « profonde » (ce qui veut dire : moche, sale, pauvre, etc) nous montre toute la Vérité de nos vies : la vieillesse, la maladie, les handicaps, physiques ou mentaux, et la mort. Ce film parle d’amour, mais pas uniquement de celui entre un homme et une femme. Il parle aussi d’amour entre tous les hommes, cet amour indispensable et nécessaire entre tous les Hommes, entre nous tous, voyageurs d’un voyage sans retour vers la mort. Les péripéties de l’amour des deux personnages, finalement, c’est du bonheur avant que la réalité et la dureté de la vie ne les rattrape, un jour. IL est faible, ne sait pas dire son amour. ELLE est pleine de vie, et de rêves. Et il va leur manquer quelque chose pour que leur couple se cimente, un élan naturel réciproque ? un enfant ? À moins que la petite fille ne soit de trop ? ou qu’ELLE est trop libre de son temps, sans travail, alors que lui bouge beaucoup, et visite les à-côtés, les poubelles polluées de cette Amérique, parfois belle, parfois horrible.
La forme de narration, plus par les images que par les mots, rend difficile la compréhension de ce qui se passe dans ces deux personnages. Peu de mots, donc. Donc il faut que le spectateur observe plus que d’habitude, il faut qu’il observe les paroles des corps, des regards, des mains qui se tendent, frôlent, touchent, un corps qui se refuse et s’éloigne. Il faut plus d’effort de la part du spectateur. C’est un film « impressionniste », un film au ralenti, presque un film muet, si ce ne sont quelques dialogues, et deux voix « off » qui parlent, en décalé avec ce que montrent les images. Un grand film, un très grand film, il me semble. Mais qui demande à s’habituer à une autre forme de cinéma, douce, chatoyante, plus images que dialogues, plus suggéré que dit, poétique. Bien sûr, les images sont belles : ondulation de l’eau, soleils couchants, prairies, bisons, chevaux, Nature, herbes hautes en épis ; même si d’autres images sont laides et montrent les dégâts faits par l’Homme : barrage, excavations, travaux, pollutions, usines, maisons-poubelles, souffrances des hommes par la faute d’autres hommes, blessures, stigmates de maladies, vieillesse, agonie, mort. Ce film parle du sens de nos vies, de l’importance de l’amour, et de notre difficulté à aimer, ou à être aimer, de notre difficulté à décider, à savoir ce qu’il faut faire, de nos souffrances, des aléas, des histoires d’amour qui vont, qui viennent, de la différence entre les hommes et les femmes. Bref un beau film. À voir. Absolument. Mais, bien sûr, vous risquez d’être comme ces peintres « classiques » du début du XXième siècle regardant les tableaux des « impressionnistes », et de trouver « horrible » un film qui simplement utilise un autre langage que celui auquel le cinéma nous a habitués. Il n’est pas toujours facile de voir et apprécier une oeuvre qui rompt avec l’esthétique apprise dans sa vie. Mais, bon, peut-être aussi que je suis un rêveur et que ce film fait écho en moi avec une sensibilité exacerbée dont tout le monde n’a pas le malheur d’être possédé ? Ou, tout simplement, ce film arrive à un moment particulier dans ma vie ou fait écho à une somme d’événements récents qui m’ont forcé à reconsidérer ce qu’est ma vie… puisque la mort, décidément, vient un peu trop souvent me rendre visite, je trouve. Et puis, quand on a aimé un film, on aime aussi beaucoup le fait d’avoir rencontrer de la beauté et d’avoir fait jaillir de nouveau de l’amour, ne serait-ce que pour un film 😉 .
Allez le voir, Go « To the Wonder », et voyez par vous-même l’effet qu’il fait sur vous. Oubliez tout ce que vous avez déjà vu. Et, si le film ne vous touche pas quand même, et bien… tant pis ! 😉

La cristallization !

2013/03/05

Ce petit film tourne en boucle à l’exposition de Dali, donc toutes les 48 secondes. Etant resté environ 1h autour de la borne, j’ai donc dû l’écouter une centaine de fois, au moihs. Attention ! Ca rend fou ! (du chocolat Lanvin !).

– Maître. Ce veston d’intérieur : habituel ?
– Je l’use uniquement dans des moments de très grand compromis sentimental. Le titre, c’est un veston aphrodisiaque, dont chacun des verres doit contenir du Pippermint. Et, à l’intérieur de chaque viscosité piperminesque, doit contenir une mouche morte, afin que, au moment de la cristallisation du pippermint, les yeux paraboliques des mouches restent gravés comme dans un fossile atavique.

Adonis أدونيس

2013/01/29

Il me semble que j’avais déjà entendu parler de lui. Il me semble…
Adonis, c’est « le plus grand poète arabe vivant », dit l’article du Point du 17 janvier. On parle de lui probablement parce qu’il est né Syrien, issu de la même minorité que Bachar el-Assad : les Alaouites ; mais aussi parce que le 2ème tome de son Livre vient de sortir (al-Kitâb).
Ne lisant pas l’arabe, je suis incapable d’apprécier sa poésie, mais ce qu’il dit sur ce qu’il faut aux peuples arabes me touche. Dès le départ de l’interview, il dit : « Je ne suis pas un homme de politique, je suis un poète. Ce qui m’intéresse, c’est la liberté de l’individu et la laïcité de la société qui permet la libération de la femme de la loi religieuse ». Tout est dit. L’essentiel, pour lui, c’est « la libération de la société du joug de la religion ». « Le problème est de savoir si l’être humain est là pour créer un monde vivable ou pour hériter du passé ». « Le peuple est une pluralité faite de conflits entre ceux qui veulent changer et les autres, qui restent dans l’obscurantisme et préservent leurs intérêts ». Dans son livre, il parle du plus grand poète arabe de tous les temps, Abū l-T̩ayyib Ah̩mad ibn al-H̩usayn al-Mutanabbī, qui se déclara prophète, et fut un « symbole de courage et de transgression, une figure de refus, de recherche, de dépassement ». « Il faut voir l’homme arabe à travers les textes des grands poètes marginalisés par la culture régnante, et non par la politique ». Il dit s’être senti, peu à peu, « fondamentalement areligieux et fondamentalement antimonothéiste ». « Les monothéismes sont fondés sur des principes révélés : le prophète est le sceau, la vérité transmise par ce prophète est l’ultime vérité, l’homme n’a rien à ajouter, il n’a qu’à croire et pratiquer… Et, si on pousse cette logique, Dieu lui-même n’a plus rien à dire, car il a donné sa vérité ultime à son dernier prophète ».

« En poésie, pour être Adonis, on doit en même temps être Sisyphe. Adonis, c’est Sisyphe. Créer, c’est espérer, même en plein désespoir « .

« Le pouvoir doit s’incliner devant le poète »

Divagations

2012/10/18

Je divague.

Le vin m’amène à divaguer,
M’emporte dans une divine vague.

Je dis : vagues !

Le VENT me pousse à m’envoler,
Me force à me réinVENTer.

Je mens, vole.

La mère m’entraîne dans sa folie.
La mer me roule, nu dans ses vagues.

Je mens, roule.

La vie jaillit dans mes idées.
Je joue ma vie osée aux dés.

Je joue, oui.

Je jouis des vagues de son plaisir,
Nées de la rosée sur mon dos.

Les yeux clos.

Je dis : vague !

2012/10/12

Je DIVAGUE.

Le vin m’amène à DIVAGUEr,
M’emporte sur une DIVine VAGUE.

Je dis : Vagues !

Taormina

2012/04/24

Taormina, c’est un CD de Jean-Louis Murat. J’ai essayé d’écouter plusieurs CDs de lui. Pour le moment, il n’y a que « Mockba » et « Taormina » que j’aime. Pour les autres, je ne suis pas encore arrivé à rentrer dedans. Peut-être que leurs textes sont aussi bels et bons que ceux de ces deux CDs, mais je coince avec leur musique.

Comme on ne trouve jamais sur le Web la transcription exacte des paroles des chansons, et comme même les textes fournis avec le CD ne correspondent pas exactement avec ce que chante JL Murat, voici ma transcription des paroles (avec sûrement quelques erreurs encore ! et une interrogation sur un mot qui semble juste sur la pochette, mais faux dans la bouche de Murat…) : Taormina.

C’est de la poésie. De la vraie, celle que je ne sais pas écrire. Un assemblage d’idées et de mots qui vont bien ensemble, qui évoquent des images, mais qui sont flous pour nous, mais qui prennent racine je pense dans la vie et les idées de Murat.

Je l’écoute depuis plus d’un mois maintenant, et je ne m’en lasse pas. Peu à peu, il y a encore des images nouvelles qui naissent des mots de Murat ; même si jamais je ne comprendrai le sens profond de ce qui lui est venu inconsciemment aux lèvres.

Taormina
Est-ce bien l’amour
Caillou
Au-dedans de moi
Accueille-moi paysage
L’heure du berger
Démariés
Le chemin des poneys

« Qu’il est bon de dire : je t’aime »

« Accueille-moi paysage
Fais de moi paysage
Un nuage aux cieux
 »
Texte qui parle de la mort, je crois.

J’aime, beaucoup.
Et je crois qu’ELLE l’aime aussi. Enfin, le saurai-je jamais…?

Aphorismes

2012/04/04

Petite tentative de ma part de créer des aphorismes. Ou, plutôt, des jeux de mots assez courts, parfois en 8, 10 ou 12 pieds de longs, et parfois rappelant et détournant des expressions fort connues, soit par des mots de forme proche ou par des sons. Il y en a deux ou trois que j’aime bien !
Bon, les thèmes sont noirs : mort, vie absurde, amour idiot. Mais, sinon, les poèmes sur les petits oiseaux et les jolies fleurs, ça me fait chier !! 😉

J’aime la beauté cruelle de nos coeurs nus.

Poubelle la vie.

La vie était là !

Silence ! On meurt.

On vous vole vos vies.

Au secours ! Ma vie s’enfuit ! Ma mort s’en vient !

Le chemin de la vie ? Tout droit, puis plus rien.

L’espoir est une drogue (qui) dure.

Recoudre les fils de soi par elles arrachés.

Vivre sans aimer à la folie n’est pas vivre.

Laissez-vous prendre aux pièges de l’amour.

Pas de vraie vie sans folie.

Feue la vie ? La vie en feu !

Tout foirer ! Sauf sa vie !

Dieu reconnaîtra les chiens.

Vivre ? Un voyage en absurdie.

La mort comme seule certitude.

Douter toujours comme seul remède contre les fausses certitudes.

Aimer pour combler son vide.

Aux larmes Citoyens ! Baissez vos pantalons !

Qu’un vent d’azur soulève vos jupons !

Une étreinte peut en cacher une autre.

Rien ne va plus ? La vie continue !

Sans toi, pas d’émoi, pas de moi.

Je suis passé par les larmes.

Attention ! Un rien peut te cacher à l’autre.

Périr par les larmes.

Le mâle est en nous.

Rester, c’est pourrir beaucoup.

Baisez-vous les unes les autres.

Les « Allez ! Va ! » de la vie.

Jeu d’amour, jeu de fou.

Mourir d’une belle dans la peau.

Grandeur et décadence de nos amours.

Marche puis crève.

La vie nous escroque.

Je twitte donc je suis (les autres).

Souris à la vie au lieu de faire la gueule !

Petit à petit, la vie fait sa nuit.

L’amour est une illusion indispensable à nos vies.

Malgré les pépins, croque la vie.

La vie est une salope. Embrasse-la !

Ni haine, ni colère.

Ma toile d’art est niée.

Vivre sans folie n’est pas vivre.

Les larmes sont le propre de l’homme !

Mon regard vole, hagard, sur la gare d’où tu pars.

Je regarde, hagard, ce corps qui me quitte.

SuperWoman

2012/03/18

Mamie SuperWoman était en ville hier. Elle profitait du soleil. Je lui ai demandé si elle voulait bien que je la prenne en photo. Elle a dit oui, mais pas de trop près. Nous avons discuté un peu ensemble : philosophie, Nietzsche ; très brièvement. Et puis, lorsque le soleil a été avalé par le Vercors, elle est partie.

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Sommets

2012/01/08

Peut-être avez-vous déjà éprouvé cela : marcher en montagne et, à un moment, voir un sommet au loin et vouloir l’atteindre. Il semble familier, mais il faut encore marcher pour le découvrir vraiment, pour en explorer des yeux et des pieds tous les détails et, en se retournant, découvrir autrement le paysage qu’on vient de traverser. Alors, se retournant de nouveau et faisant les derniers pas nous séparant encore du sommet, là, encore, plus haut peut-être, ou séparé de nous par un creux, on découvre un autre sommet qui, lui aussi, nous semble familier. Mais, là encore, il nous faut encore marcher pour le découvrir vraiment. Ainsi, sommet après sommet, on progresse vers le véritable sommet, le dernier, celui duquel on voit, en s’approchant au bord du gouffre, la vallée tout en bas. Devant nous, à même pas un mètre, 500 mètres d’à-pic. Un pas ou deux de plus, et c’est la chute, la fin. Derrière nous, on peut voir tout le chemin parcouru, tous ces faux sommets successifs qui se sont succédé, qu’on a franchis, un à un, chacun nous semblant être la fin de notre balade, une belle étape. Tout autour de nous, un mélange de roches blanches usées et de touffes d’herbes, avec quelques arbres de ci de là.

Il me semble qu’il en est de même lorsqu’on désire répondre au désir de connaissance d’un enfant. Devant sa question, à laquelle on pourrait passer des heures à répondre, pour tout lui faire découvrir, pour lui faire découvrir d’un coup tous les sommets, ou dont on serait tenté de donner la simple et claire réponse, il me semble qu’il faut juste lui parler du prochain sommet, à sa portée, en lui donnant des indices, pour que, de par lui-même, peu à peu, il en trouve le chemin et s’émerveille d’être arrivé là (presque) par lui-même. Alors, de tout ce qu’on sait sur la vie et le monde, et qu’il ignore, on ne lui fait découvrir que ce qui était juste à sa portée, on met de la lumière là où tout était encore dans l’ombre pour lui, juste autour de lui, pas plus loin que son esprit peut voir encore. On lui a pris la main pour l’amener juste un peu plus loin, dans un lieu, beau et nouveau, de la connaissance du monde, et donc de lui-même, qu’il va découvrir peu à peu, se l’appropriant, le faisant sien, y étant bien, avant qu’il ne songe à tourner la tête, encore, vers un autre sommet, en reposant sa question.

Il y a des choses qu’on ne peut pas apprendre à certains moments de sa vie. Il faut avoir trimballé sa carcasse de sommets douloureux ou vertigineux à d’autres sommets sombres ou en pleine lumière, en passant parfois par des creux profonds où se cachent de traîtres névés de printemps mêlant le blanc éclatant à l’ombre noire, avant de pouvoir aller plus haut encore.
Mais, pour quoi faire ?

La question ? « C’est quoi la vie ? »

L’un de ces sommets, qui nous apparaît peu à peu, dont on ignorait l’existence, car caché de nous par d’autres sommets, d’autres étapes, c’est – par exemple – le Pic St-Michel, où l’herbe abandonne la lutte à quelques pas du sommet, cédant la place aux cailloux. Il est si bon, arrivé là-haut au terme d’une rapide et facile balade, de s’y asseoir, au bord du gouffre, de regarder au loin le Mont-Blanc et en-bas la ville dans la poussière et l’agitation, et d’être heureux de vivre, tout simplement, la tête dans le soleil, les pieds sur le calcaire, avec quelques choucards qui se moquent de nous en tournoyant au-dessus de nos têtes, se posant à quelques pas de nous, à la fois craintifs mais si sûrs d’eux car si vifs et si prompts à se saisir du vent, avant de plonger, ailes noires et pattes jaunes repliées, dans le vide et puis de bondir de nouveau vers le ciel, libres.

Brumes matinales

2011/11/01

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