Archive for the ‘Mélancolie’ Category

Shirley : Visions of Reality

2014/07/01

« Shirley« , c’est un drôle de film qui met en images animées les tableaux d’Edward Hopper. Ce n’est pas un film d’action. Non. C’est même sacrément lent. Mais ce n’est pas un problème, à condition de s’y être attendu.
Le film est basé sur la vie de Hopper : il a vécu et aimé la France, il parlait français et pouvait citer du Verlaine, il a vécu dans les villes indiquées, il avait une maison à Cape Cod, etc. Mais le scénario du film ne met pas en images la vie de Hopper. La femme qu’on voit, Shirley, n’est pas l’épouse de Hopper. Celle-ci posait pour lui, mais Wikipedia dit qu’il était malheureux avec elle… Sans doute la raison expliquant la tristesse qui transparaît dans le film. Avant de voir le film, je recommande de réviser les tableaux de Hopper, afin de savoir à quel instant le tableau est « représenté » exactement. Pour ma part, je n’ai pas eu l’idée, ni le temps, de le faire. Shirley est une actrice, et l’on suit une partie de sa vie. J’imagine que les dates indiquées entre les séquences correspondent à l’époque où chacun des tableaux fut peint. À vérifier. Il se dégage une atmosphère de ce film, lente, douce, avec un personnage qui se cherche, qui change de lieu et de vie, et que l’on voit « au naturel », c’est-à-dire souvent déshabillée voire nue, puisque c’est le mois d’août, et qu’il fait chaud. Les quelques personnages secondaires sont inspirés de pièces, me semble-t-il, comme « The skin of our teeth », citation de la Bible. On retrouve une partie des remous du monde qui ont accompagné la vie de Hopper. Et la reproduction des tableaux est superbe. Une idée très originale, dont il ne faut pas attendre des merveilles, mais qui permet de baigner un peu dans l’atmosphère de Hopper et pousse à mieux le connaître.
Un film à aller voir en ce moment. À 3€50 la place, c’est idéal pour se rafraîchir les idées et oublier la coupe du Monde de … 😉

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Yungchen Lhamo

2013/12/14

Je marchais quelques pas en arrière de ma fille, dans une longue mais étroite rue « branchée » de Singapour (c’est-à-dire ressemblant à n’importe quelle vieille petite rue commerçante piétonne du sud de l’Europe, avec de petites arcades, mais rectiligne), où se sont installés récemment de nombreux petits commerces hétérogènes (boutiques, coiffeurs, restaurants, esthéticiens, etc) de chaque côté de la rue, dans des maisons anciennes et semblables d’un étage, lorsque, de l’autre côté du stand de Yoga qui s’était installé dans les cinq mètres de largeur de la rue, j’entendis les premières notes de – je l’apprendrai quelques instants plus tard – la chanson « Per Rig Chog Sum », suivies assez rapidement d’une magnifique voix féminine, mais grave et lente. Laissant ma fille continuer et lui faisant un petit signe de la main, je contournai les limites du tapis de Yoga pour chercher d’où venait la musique. Je vis ce qui, autrefois, devait être un magasin, et qui en conservait la grille de fer avec sa barre au sol dans laquelle je me pris le pied, et qui avait été transformé en petit bar, étroit, mais profond et sombre, manifestement indien, et je demandai au jeune serveur à la peau sombre et douce, sans doute le propriétaire, quelle était cette musique. Il me demanda de le suivre vers l’arrière de l’ancienne boutique et, sous un vieil escalier en bois, il me désigna un vieil IPod et, après quelques rapides manipulations, il me montra l’écran où s’étaient inscrits des mots sans – pour le moment – signification pour moi, manifestement la transcription en caractères latins d’une langue orientale, à part le titre de l’album : « Coming Home ». Je pris rapidement en photo l’écran, remerciai le jeune homme pour sa gentillesse, et ressortis rejoindre ma fille.
Ce n’est que plusieurs jours plus tard, enfin rentré chez moi après ce périple de 25 jours en Asie du Sud-Est, que je pus, en retrouvant la photo parmi les 3700 photos rapportées, découvrir le nom de cette chanteuse à la voix particulière : « Yungchen Lhamo« , une femme tibétaine qui, comme beaucoup d’autres, a fui son pays sous l’oppression chinoise pour se réfugier en Occident, où elle peut, enfin, chanter en toute liberté et déclamer sa tristesse et sa colère sourde, dans des textes qui me sont incompréhensibles mais qui, chantés ainsi calmement et avec une telle voix – comme dans « Happiness Is… » – exceptionnelle, me touchent profondément malgré tout, devinant tous les malheurs et souffrances cachés derrière. Ce CD « Coming Home » tourne en ce moment-même sur ma platine et, peu à peu, je m’habitue aux tonalités tibétaines et bouddhistes des autres chansons, mélange de traditions tibétaines et d’instruments divers, avec Peter Gabriel jouant de « bourdons », rappelant parfois certains passages de la musique du « 5ème élément », ou bien me rappelant ce moine qui – dans le plus beau temple de Luang Prabang, et après qu’un novice eut frappé le gong – jouait avec ses mains à faire chanter les vibrations en caressant le gong, et produit par Hector Zazou, artiste français iconoclaste et mort hélas depuis, ayant produit le fameux CD « Chansons des mers froides » où chante Björk et dont la plus belle chanson, absolument insupportable pour le commun des mortels, est « Annukka Suaren Neito« , qui donne la nausée à tous ceux à qui je la fais entendre mais qui, mélange également de traditions millénaires diverses et d’instruments électroniques modernes, vous prend aux tripes et qu’il est impossible ensuite d’oublier.
La vie est donc faite de hasards, que l’on provoque en sortant de chez soi, pas forcément loin, et en se mêlant à la vie, en ville pour multiplier les hasards, ou en campagne pour les rendre plus profonds peut-être. Hasards que l’on est libre de laisser filer, en poursuivant son chemin car inquiet ou pressé, ou bien d’attraper, comme un papillon, l’espace d’un moment, pour le regarder avec suffisamment d’attention pour se le remémorer plus tard et prolonger et faire fructifier peut-être cette rencontre, avant de le relâcher.
Il en va ainsi de nos vies, souvent trépidantes, et qui nous empêchent parfois de prendre le temps de regarder de près ce hasard, imprévu par nature, qui interrompt le cours « ordinaire » de nos vie et peut la faire basculer, la faire prendre une toute autre direction, que l’on n’imaginait pas. Je suis volontaire pour consacrer du temps à ces rencontres, musicales ou humaines, pour leur permettre de se montrer vraiment à moi, pour me permettre d’aller vers elles, avec toute mon imperfection et mes folies « ordinaires ». Parfois, bien sûr, la rencontre est décevante, ou bien l’on n’arrive pas à se détacher de ce que l’on pense être « beau » ou « bon », mais qui ne sont bels et bons que par ce que nos précédentes rencontres et nos choix précédents ont fait de nous, ou bien parce que la vitesse du moment nous empêche de nous arrêter, façon aimable de dire que nous n’avons pas le courage d’interrompre le cours forcené de notre vie pour « prendre le temps », ou bien parce que nous sommes « absent » de nos vie à cause de la fatigue que nous subissons. Il me semble donc qu’il faut être « ouvert » à tous les hasards, à toutes les rencontres, leur consacrer un minimum de temps, mettre de côté pour un moment ce qu’on croit savoir du monde et des Hommes, pour voir au-delà des apparences et prendre le temps de découvrir et de s’adapter à cette nouveauté, qui risque bien de nous transformer, de faire naître de nous un autre futur que celui que nous anticipions, que nous planifions, que nous bétonnions, pour nous rassurer, pour avoir l’impression de décider de ce que sera la suite de nos vies, au lieu d’être « ouvert » à la nouveauté, d’avoir le courage de s’enfoncer dans l’inconnu et peut être voir la vie d’une façon radicalement opposée à ce qui jusque là étaient nos convictions, peut-être simplement à cause d’une forte mais minuscule lumière au milieu d’ombres inquiétantes qui semblent des dragons, nés de notre imagination et de nos craintes. Souvent bien sûr, hélas, la vie trépidante que nous menons, ou des moments complexes, nous empêche de « prendre le temps » et d’approfondir ou de « réaliser » ce hasard, comme lorsque – dans la fin du film « La vie d’Adèle » – ce jeune homme charmant et timide, retenu dans la fête par des connaissances trop bavardes, sort bien après Adèle de l’exposition et, au moment de choisir si, par manque de temps et ne la voyant plus, il ira la chercher à droite ou à gauche, il court dans la mauvaise direction et s’éloigne d’elle. Peut-être, finalement, se retrouveront-ils, chacun ayant fait la moitié du pâté de maison ? chacun s’étant éloigné de l’autre pour de multiples raisons avant de se rencontrer de nouveau et se parler vraiment, pour se découvrir, pour se parler « en vérité », pour permettre à l’autre de parler et d’avouer ses peurs, ses douleurs, ses hontes, ses craintes ou ses espoirs, pour prendre le temps et la peine de l’écouter et le découvrir, dans sa vérité et sa beauté intimes camouflées par différents masques, erreurs, ou bêtises, trop humaines.

Mes proches sont trop loin

2013/10/25

Ce matin, ma psy a trouvé la formule pour résumer ce dont je souffre le plus : « vos proches sont très loin ». Je dirais même plus : « Mes proches sont trop loin ». Ce n’est pas une vie de ne voir ceux qu’on aime ou ceux qui comptent pour vous que de temps en temps, une fois par semaine pour l’amie, une fois tous les trois ou six mois pour le fils, une ou deux fois l’an pour les amis d’enfance, voire une fois par an pour la fille, ou même une fois tous les dix ans pour les amis d’Ecole. Même si l’email, les SMS, les coups de téléphone, voire les visios, permettent d’abolir pendant quelques instants la distance, c’est malgré tout si différent du contact, ou même de la conversation en direct, en vrai… La réalité physique de ceux que j’aime me manque, au jour le jour.

Parti

2013/09/06

Parti. L’oiseau s’est envolé. Il est repassé, l’espace d’un WE, pour prendre ses affaires les plus importantes. Il s’est fait couper les cheveux par son coiffeur-ami. Il a rendu une visite émue à la Cave de la Chartreuse ;). Il a mangé avec ses amis. Nous avons un peu parlé, traîné en ville, mangé vietnamien. Et puis, il a rempli sa Panda, et puis il est parti là-haut, tout là-haut, à Paris, avant d’aller plus loin encore, la tête pleine de soucis et de petits tracas : emmener la Panda chez Fiat, choisir les meubles pour son appartement, etc. Dans une semaine, il sera installé, avec sa belle, à Cherbourg. Et, alors, pour le voir, il ne me restera plus qu’à faire le « grand » voyage. À Noêl… Dans un peu moins de 4 mois maintenant. Faites des enfants, prenez en soin (ou pas), et regardez-les s’envoler, sans regard en arrière, oublieux, préoccupés par leur nouvelle vie, au loin, et vous laissant seul dans un grand appartement. Sniff. Bon, je n’ai pas le choix : c’est à moi de m’adapter.

Me libérer

2013/08/10

Je désire me libérer de toi. Je désire me libérer de l’emprise que tu exerces involontairement sur moi, malgré toi. Je désire me libérer de ce rêve, universel, qui était d’être aimé en retour, et qui n’est plus depuis bien longtemps que le simple rêve de recevoir de toi ton amitié, aussi légère fut-elle, comme Vilaÿ et Danielle l’ont fait avant toi, qui refusèrent avec douceur, fermeté et patience, l’amoureux et ses illusions mais qui acceptèrent avec tendresse, générosité et empathie l’ami, me permettant ainsi de me libérer et d’avancer. Je désire être libéré de ce rêve, qui me nuit et m’empêche d’être totalement dans mon présent. Bien sûr, je chéris ce rêve, que je sais impossible, car il est pour moi comme un désir d’Everest, un moteur, un moyen de m’arracher de ma stagnation et de me forcer à explorer le monde et à découvrir d’autres façons de voir le monde, à me renouveler, à changer ma façon d’être et de penser, à me surpasser en imaginant comment te faire changer d’opinion et faire tomber ce mur que j’ai maladroitement et consciencieusement construit, erreurs après maladresses, bêtise après bêtises, obstinément et avec persévérance, celui qui sépare ceux qui vivent dans deux mondes qui semblent différents, alors qu’ils sont si proches et si communs, le monde de ceux qui cherchent comment vivre cette vie absurde, avec la beauté et l’art comme outils, avec l’amour d’autrui et pour autrui afin de ne pas se perdre, de ne pas perdre son humanité, afin de se réchauffer ensemble, afin de cheminer vers le hasard et le néant final absurde portés par la force et la chaleur des liens. Ce rêve est un noir espoir qui me permet d’oublier le vide de ma vie, arrachée de tout tissu social qui pourrait l’abreuver, seul ou presque la semaine à Grenoble, en manque de liens profonds, concrets et proches, tangibles, disponibles, sans famille, en manque de mes amis de jeunesse, partis au loin, en manque de mes enfants aussi, partis trop loin pour continuer aisément à renouer les fils distendus de nos liens. Ce rêve me donne de l’énergie, ambivalente, qui me brûle et me consume plus maintenant qu’il ne me nourrit, et qui t’a blessée parce que tu n’as rien demandé et que tu voudrais toi-aussi être libérée de ce poids, de cette crainte de celui qui n’est pour toi qu’un presque inconnu, dont les élans t’ont effrayée et ont troublé ta vie, sans que j’en prenne conscience, sans assez mesurer le trouble créé, dans l’espoir idiot et vain, mais tellement humain, trop humain, de susciter un jour un intérêt réciproque, aussi mince fut-il, dans l’espoir de trouver en toi, que je ne connais finalement pratiquement pas, le chemin du coeur, de l’empathie et de l’amitié. Je désire me tourner entièrement vers le présent et mes possibles, prendre en main ma vie, ne plus espérer que ce que je peux créer par moi-même, cesser d’espérer ce qui ne dépend pas de moi et est improbable, sinon impossible. Je désire me consacrer à cette autre énergie, blanche, qui m’a accueilli, alors que la tienne m’est noire, et qui s’offre à moi, qui me prend tel que je suis, avec mes qualités et mes défauts, avec ma tendresse et ma bêtise. Je désire me sevrer de cette drogue qui m’aide à vivre mais qui me consume aussi et nuit à l’harmonie de tous. Aide-moi. Aide-moi à me libérer. Par la parole et la discussion. Plutôt que par le silence, qui a nié ma personne et mon humanité, qui me blesse, et me rejette au néant, et qui fut la cause de tout. Je désire retrouver ma sérénité, celle du temps où, maladroitement, mais plein d’énergie, seul mais heureux, j’apprenais à chanter, et où le plaisir de chanter suffisait à me rendre heureux, avant que je ne pusse plus chanter. Aide-moi à mettre fin à cette errance. Donne-moi généreusement un peu de ton temps pour, enfin, m’écouter et m’aider à me libérer des fers que j’ai moi-même créés, obstinément, encouragé par le hasard.

Saju

2013/08/09

En TE cherchant de par la ville, je suis tombé un jour par hasard sur Saju. Je savais que tu étais passée par là, en cette maison accueillant des artistes, alors je m’en suis intéressé et j’ai su, un jour, qu’un joueur indien de Sitar y venait jouer. Je me souvenais de ce CD magique, acheté il y a longtemps à Boston : « Tana Mana » de Ravi Shankar ; et j’avais envie de vivre de près, en vrai, une telle beauté, d’écouter un vrai concert de Sitar. Je me souviens du lieu, sous la montagne. La maison n’est pas si grande que ça. Les enfants de la maison jouent, en pyjama, parmi les « invités ». Je paye mon écot. J’attends, et je vois venir celui qui, un jour, m’appellerait gentiment « My brother » dans un SMS envoyé aujourd’hui depuis Varanasi, pour me remercier d’une générosité que je juge insuffisante pourtant. Il est habillé de son habit de scène, un vêtement beau et brillant, les épaules recouvertes d’une étole, les cheveux noirs et bouclés, la moustache courte et vive, calme et sérieux, les mains jointes pour saluer ceux venus l’entendre. Son élève et amie, Laure, l’accompagne. Avant la musique, j’entends la voix de Laure, et je vois son visage. Sa voix du midi me rappelle des souvenirs. Son visage mince et bien structuré aussi. Elle a un beau sourire, et une belle allure, qui me charment. Sa gentillesse et sa beauté intérieure se révèleront plus tard. Sa beauté est évidente, mais elle semble l’ignorer. 25 ans nous séparent, et jamais je ne réussirai à agrandir ce lien ténu plus loin que l’amitié, ce qui n’est déjà pas si mal. Mon insistance, au début, pour participer, l’intrigue, l’inquiète. Mais l’amitié se crée, peu à peu, car – manifestement – j’aime leur musique et être avec eux et j’ai envie d’être généreux avec eux. Je lui suis sans doute comme un oncle, ou comme un drôle de fada, capable de faire deux fois 300km pour venir écouter son maître dans le midi puis deux fois 150km en Savoie. La scène n’est que le salon des gens qui organisent le concert chez eux. Nous nous asseyons par terre, comme Saju. Saju, les jambes pliées d’une façon qui nous serait une torture mais qui est une habitude pour lui, procède à ses rites, se saisit lentement de son instrument, qu’il salue, et commence à l’accorder pour le râga qu’il a prévu de jouer, et s’échauffe. La chair des doigts de sa main gauche est profondément entaillée par les cordes métalliques. Peu à peu, il déploie son art et nous enchante ; je suis juste devant lui, à moins d’un mètre. J’irai l’écouter six fois cette année-là, Grenoble deux fois, Lyon, Montpellier, La Grand-Combe en plein air, pour finir à Anduze. L’année suivante, je suis allé en Avignon pour le revoir. Il avait un peu froid en octobre. Et il ne savait pas qu’il jouait pour moi, pour mon anniversaire. Ce jour-là, j’ai fait mes plus belles photos de lui, peut-être. À moins que ce ne fut celles faites à Anduze, ce jour où, fatigué, ralenti par le froid, il a renoncé à faire le virtuose et a donné toute la poésie dont il est capable, renonçant à la vitesse pour la profondeur. Je suis allé l’écouter au fin fond des Cévennes, dans une église moins grande que mon appartement. Je suis allé l’écouter en Savoie, dans un grenier, dans une maison aussi. J’ai passé un moment avec lui et ses élèves, dans une salle d’un bar très louche de Montpellier, découvrant le lien profond et spirituel qui l’unit à ses élèves. Six fois encore cette année-là. Son visage est souriant, plein de gaieté et de rire, malgré ses mauvaises dents. Ses yeux pétillent. Son accent anglais est typique des indiens, mitraillette difficile à comprendre. Mais, quand il joue, il est totalement concentré dans son improvisation, dans le Râga qu’il a choisi. Souvent il ferme les yeux, sourit parfois, et ouvre de temps en temps les yeux pour voir l’effet qu’il fait sur son public. Il ne viendra sans doute pas cette année, hélas. J’ai eu beau écrire à tous les festivals de France et de Navarre, profitant du temps que m’avait donné la convalescence suivant mon AVC, c’était trop tard pour cette été. Et Laure, revenue de Varanasi, son coeur triste d’être partie, mais son corps fatigué des souffrances qu’il y a endurées et ne voulant plus y retourner, n’a pas pu organiser une nouvelle tournée, prise aussi par sa vie, troublée par la difficulté à revenir dans sa « vraie » vie en France, essayant de vivre tout en continuant sa musique. Quand elle était en Inde, nous avons communiqué de temps en temps par email. J’ai essayé de l’aider, comme je pouvais, lorsqu’elle était moins bien, lorsque son dos lui faisait souffrir le martyre. Saju l’a sauvée d’une mauvaise maladie. Elle qui a vécu des moments si difficiles dans sa jeunesse, elle est partie là-bas je pense pour renaître dans un autre lieu, pour se confronter à un monde radicalement différent qui la forcerait à vivre dans le présent, dans l’inconnu et la découverte d’un monde à comprendre et assimiler, avec le Yoga comme instrument. Le hasard a décidé de son maître de musique, qui lui a appris l’art des râgas, qu’elle transmute sur sa clarinette. Saju, sur son Sitar, veut plaire, surprendre, étonner, montrer sa virtuosité, en plus du lien viscéral qui le lie à sa musique. Laure, à la clarinette, nous emporte dans les rêves. Jouer sa musique lui est un effort, elle transpire. Les yeux fermés, assise par terre en tailleur, elle ondule au rythme de sa musique, qui nous ensorcèle, par sa beauté et sa douceur, par ces notes qui, tournoyantes, semblent toujours semblables alors qu’elles développent le même thème de toutes les diverses façons qui naissent instinctivement en Laure, comme une hirondelle virevoltant dans le ciel autour de l’essaim de fourmis qui s’envolent. En France, à Marseille, elle m’a dit avoir joué en duo avec une accordéoniste. Dommage que Marseille soit si loin. En TE cherchant, j’ai trouvé autre chose, j’ai trouvé d’autres amis, éloignés. Ma quête illusoire de TOI a donné naissance à des liens, ténus, qui ont grandi. D’autres ont su voir en moi mon amour de la musique et de la beauté, et ma tendresse pour ceux qui m’ouvrent leur porte, pour ceux qui m’accueillent généreusement dans leur vie, qui me permettent d’offrir mon amitié, d’exprimer ma folie et mon enthousiasme, et qui partagent avec moi des moments de leur vie, créant des liens. Dans la quête, l’important n’est pas le but, mais le voyage et ses rencontres. La quête nous pousse à sortir de nos habitudes, à aller vers l’inconnu. Se confronter à l’impossible nous force à nous dépasser, à nous renouveler. La vie est mouvement, changement. Le présent doit engloutir le passé. Le futur doit se consommer doucement, au jour le jour. En musique. En regardant jouer Saju. J’espère qu’il pourra revenir en France un jour. Sa musique me manque. Il me manque. Ces moments magiques me manquent. Bien sûr, je ne le connaîtrais jamais vraiment. Mais qu’importe. Il a compris mon amour de sa musique, ma joie et mon plaisir de le voir jouer. Et son bonheur est de faire naître le bonheur par sa musique.

Cherbourg… c’est loin

2013/06/22

Mon fils, et son amie, ont choisi leur premier job. À Cherbourg… 1000km de Grenoble, 10h en voiture, 7-8h en train, et peut-être 5h en avion. Autant dire que je ne vais pas les voir souvent… La bonne nouvelle, c’est qu’il a, d’emblée, plus de congés que moi (…) et, à eux deux, ils gagneront bien leur vie ; bref, venir à Grenoble devraient leur être possible assez souvent. Egalement, ils pourront se loger dans un grand appartement, en centre-ville, ou à la campagne, comme ils le désirent, et avoir de la place pour m’accueillir.
Mais, bon, moi, Lyon, ça me serait bien allé… ou le midi. J’adore le soleil du midi. La grisaille de la Normandie, sa pluie, ça ne me dit pas trop… Bon, y’a plein de belles photos à faire ! Les falaises dans la brume, par exemple. Les tempêtes sur les rochers. Etc. Mais, bon, je ne rêvais pas de ça…

Le répondeur de mon fils m’émeut…

2013/06/18

Lorsque j’appelle mon fils sur son portable, j’espère toujours qu’il me répondra. Car, en guise de message, il y a sa voix indiquant ses nom et prénom, puis, au fond de la pièce, sa soeur qui dit une bêtise (« C’est à qui ça ? »), et leur mère qui se moque d’elle en reprenant la phrase avec une voix toute particulière, moqueuse mais gentiment, une voix douce qui sans doute est celle de l’adolescente qu’elle a mal été. Bref, l’entendre, par-delà sa mort, m’émeut encore… Et je ne sais pas si mon fils laisse ce message, vieux d’au moins 7 ans maintenant, exprès ou non, pour garder un petit quelque chose de presque vivant de sa mère morte. Et, cette voix, la tonalité qu’elle employait à ce moment-là, joueuse, coquine, moqueuse mais aimante envers notre fille, cela m’émeut profondément… tout en me faisant plaisir. J’aurais voulu être là, la prendre en photo, la filmer, les filmer, dans cette ambiance familiale de joie simple. C’était l’été sans doute… 2005 ? Combien de temps cette voix d’outre-tombe restera-t-elle enregistrée quelque part sur un disque dur d’Orange ? Un quartier d’orange, amère.

Que faire ?

2011/10/30

Que faire de cette journée ?
Il semblait devoir faire beau et, ayant mangé de bonne heure, j’étais prêt à aller dans le Trièves, faire des photos sur SES traces. Mais le temps n’est pas d’accord, et les nuages sont là de nouveau, amenuisant la lumière, insuffisante pour faire ressortir les paysages.
Que faire ? Je me sens vide… Pas de chat à caresser. Pas de chatte femme à caresser et embrasser. Bon, je blague… J’ai l’esprit ailleurs… dans un mal-être pénible, dans une mélancolie qui m’empêche d’être dans l’instant présent. Je n’arrive plus à lire. Je n’arrive plus à me bloquer quelque part pour un moment. Nulle envie de trier, tirer et retoucher mes photos en retard. Pas envie de regarder les 3 DVDs empruntés à mon CE ; j’aurais l’impression de perdre mon temps… alors que je le perds à tourner en rond. Faire quelque chose ou ne rien faire… That is the question ! Dans « Poulet aux prunes », Nasser-Ali tombe amoureux, puis s’enfuit quand il voit qu’il ne peut pas l’épouser, revient longtemps après, toujours vivant grâce à sa musique et sa douleur qu’il sait faire passer par son violon ; mais, lorsque ce violon est détruit, puis lorsqu’elle feint de ne pas le reconnaître, le voilà détruit, sans plus aucune raison de vivre, malgré femme et enfants qu’il a délaissés, et il se laisse mourir, sans plus de raison de vivre… Triste histoire. Bien romantique. À faire pleurer dans les chaumières. Comment vivre sans amour ? Sans amour, on n’est rien ! Oui, mais on aime quelqu’une, qui en aime un autre, et quelqu’une vous aime que vous n’aimez pas ! Mais que c’est compliqué ! et triste… « Vous ne voyez pas la larme qui coule, là ? » Putain de merde ! Que faire de cette journée, si douce ? Rien. Tomber dans le néant. S’abrutir de musique (pas trop fort quand même…) ? Se saoûler la gueule (pas bon non plus pour mes acouphènes, merde !!) ? Aller traîner dans les rues de Grenoble, comme un vieux con ? Se coucher sur le canapé en lisant de vieilles BDs à moitié oubliées ? Bon, voyons voir s’il y a des sorties OVS intéressantes, quand même. Quant au cinoche, j’ai bien du mal, seul…
Journée de Merde !
« Dites ces mots : Ma vie. Et retenez vos larmes » A.