Archive for the ‘Livres’ Category

Pierre Rabhi : Vers la sobriété heureuse

2016/09/16

Je viens de lire ce livre « Vers la sobriété heureuse » de Pierre Rabhi.

À force d’entendre parler de lui, il fallait bien le lire, non ?

Son livre est … décevant.

Je suis d’accord avec lui que la croissance va forcément se heurter à un mur et qu’il faut donc choisir un autre mode de vie : la sobriété. Mais son livre ne dit RIEN des moyens à mettre en oeuvre pour qu’un pays ou une région s’y prépare. Il ne dit RIEN non plus sur la réalité de la possibilité de nous évader de ce monstre qui fonce, de plus en plus vite, vers le mur. Il ne dit RIEN non plus sur les conséquence psychiques et les efforts énormes d’adaptation que cela va requérir pour les hommes et les femmes les plus éloignés de la sobriété. Il ne dit RIEN non plus sur tous les lieux où, encore, des hommes et des femmes vivent d’une façon sobre et pérenne.

Sa vision du passé est « gentille » : tout était mieux AVANT. Dans son ignorance, il ne sait même pas que le passage de chasseur-cueilleur à paysan et éleveur a été une catastrophe pour les hommes et femmes, même si cela a lancé les « civilisations ». Il encense l’homme cultivateur et tous les peuples qui, comme les indiens d’Amériques d’avant et les aborigènes d’Australie, vivaient « en harmonie avec la Nature ». Foutaises. Les hommes, une fois arrivés en Amériques et en Australie, ont tout de suite commencé à exterminer les animaux génants car géants : la Mégafaune. Par exemple, le cheval, réintroduit par les espagnols dans les Amériques, avait été éliminé par les premiers hommes d’Amériques plusieurs milliers d’années auparavant. Et l’Australie d’il y a 500 ans n’avait RIEN à voir avec l’Australie d’avant l’arrivée des hommes, hormis les lieux impénétrables. La VRAIE vie heureuse, celle la plus proche de notre nature animale, c’est celle des tribus de chasseur-cueilleurs, toujours en exploration et découverte, et en destruction de la Nature aussi… Les agriculteur et éleveurs sédentaires ont rapidement souffert de maladies et de famines que ne connaissaient pas leurs ancêtres. Sans parler du pouvoir créé par des villages et villes de plus en plus grosses et volé par quelques uns.

D’autre part, sa pensée est toujours sous-tendue par la religion. Né dans l’islam tranquille d’une Oasis, adopté puis catolicisé par des Français, sa façon de penser est polluée par Dieu (dont le nom revient de nombreuses fois dans son livre) et par la « Création ». Les personnes de ce genre, aussi gentilles soient-elles, n’ont pas une vision RÉELLE du monde qui nous entoure. L’idée magique d’un Dieu, de la création, d’une vie possible après la mort, est insupportable et fait craindre que sa pensée ait été déformée et que les idées qu’il professe soient tachées de façon originelle.

Quant à être « heureux » parce que sobre, il n’en fait jamais l’analyse.

Bref, c’est bien que ce monsieur parle de sobriété. Mais son livre consiste à dire : la sobriété, c’est Bien ! Et tout le reste n’est que du bavardage vantant le but, sans jamais rentrer dans le coeur du sujet. Un livre superficiel. Mais TRÈS bien écrit, avec de grandes formules, très belles, mais très vide d’analyse… De la propagande naïve et gentille. Il en faut.

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Bruce Lee et « Le charme discret de l’intestin »

2015/10/08

Dans l’un de ses films (que j’ai dû voir entre 1975 et 1978), Bruce Lee se moque des anglais, conquérants d’une partie de la Chine. Devant manger dans un restaurant dont il est incapable de lire la carte, il prend des plats au hasard qui se révèlent être des soupes… Celles-ci l’amènent à devoir obéir à un besoin urgent. Mais, dans ce restaurant (ou ailleurs, je ne sais plus), il n’y a que des toilettes « modernes », c’est-à-dire des WC avec sièges, comme tout bon européen dispose chez lui et pense que c’est l’idéal pour … déféquer. Mais, comme il a mal fermé la porte et qu’un olibrius ouvre la porte (avant l’étape critique, je vous rassure), on peut voir que Bruce Lee, en train de défaire sa ceinture, se prépare à utiliser les toilettes d’une façon … particulière : perché sur le rebord de la cuvette. Dans cette scène, Bruce Lee voulait se moquer des anglais et de leurs manières stupides. Car, chier assis, ce n’est pas bon pour son organisme, ainsi que le décrit « Le charme discret de l’intestin (tout sur un organe mal aimé) » de Giulia Enders, publié l’an passé en Allemagne. Le Docteur Enders explique que, dans la position assise, un certain angle dans nos tripes n’est pas suffisamment « ouvert » pour permettre une défécation « idéale ». Se mettre en position acacassounée (comme on dit dans le midi, c’est-à-dire accroupi et les jambes pliées sous soi) est LA bonne façon pour déféquer, qui ouvre complètement cet angle et rend la défécation bien plus facile. Elle recommande donc de placer un petit banc (genre pour enfant) sous ses pieds, pour recréer cette angle. Sinon, si vous êtes constipé, vous avez peut-être là l’explication…

En conclusion : « Il est des circonstances dans la vie où l’homme, quel qu’il soit, obtempère à des raisons qui, bien qu’aléatoires, n’en sont pas moins intrinsèques et absolues », comme disait vers 1978 mon ami Alain. Bref, quand le corps l’exige, il faut foncer aux toilettes ! Mais en utilisant la méthode Enders ! Ha ha ha !

Sinon, n’hésitez pas à lire le livre de Giulia, pour chier moins sots. C’est le livre idéal à laisser traîner aux toilettes ! Mais, je vous rassure, le livre parle de TOUT le système digestif, de la bouche à l’anus. Et il est toujours bon d’apprendre un peu plus sur comment on « fonctionne ».

« Les identités meurtrières »

2015/02/06

Ce billet est pour ceux qui n’auraient pas eu le courage de lire le billet précédant jusqu’au bout.

Suite au massacre de « Charlie Hebdo » d’il y a presqu’un mois, je recommande la lecture de : « Les identités meurtrières » d’Amin Maalouf, qui analyse ce qu’identité et appartenance veulent dire, et leurs conséquences. Histoire de mieux comprendre le monde d’aujourd’hui, et la France d’aujourd’hui, et les autres et nous-mêmes.

Être ou ne pas être (Charlie)

2015/02/06

Un mois demain que le massacre a eu lieu. « Charlie » est toujours dans les esprits, mais la Terre a continué à tourner et, également, des dizaines de milliers d’autres personnes sont mortes prématurément et souvent brutalement, tragiquement, dans le monde, relativisant ce qui est arrivé à Charlie. D’ailleurs, tout le monde n’a pas « été Charlie » et il y a eu de nombreuses façons d' »être Charlie ».
J’ai acheté le numéro 1178, en deux exemplaires même, et je l’ai lu, consciencieusement. (Probablement que je l’avais déjà lu, voire même acheté, dans le passé, mais probablement une seule fois, comme la majorité des français.) Mais je n’ai pas lu que ça. J’ai lu tout ce que je pouvais de tous les témoignages et analyses qui ont été publiées, essentiellement sur le Web, mais aussi en papier, du « Canard Enchaîné » à « Valeurs actuelles », en passant par Libération, le Nouvel Obs (L’Obs ! pardon), et le Monde. Un nombre impressionnant d’experts (de véritables experts) ont été invités à s’exprimer, permettant de mieux comprendre l’Islam. Enfin… LES Islams. Celui de Daech ou celui du paysan tranquille. Et leur histoire, complexe, pleine de mensonges et de trahisons. Finalement, comme pour le Christianisme, l’Islam d’origine n’a certainement rien à voir avec ses différentes formes actuelles, même les plus extrêmes ou celles qui s’en réclament. Car, dès la mort de Mohammed, il a été récupéré et utilisé par des dictateurs de l’époque, voire même les descendants de ceux qui l’avaient combattu, pour asseoir leur emprise sur leur population et pour justifier les conquêtes. Bref, si Jésus n’a pas existé (son personnage fut probablement créé à partir de plusieurs personnes et beaucoup d’imagination), le prophète Mohammed a bien existé, mais son histoire véritable restera à jamais inconnue de tous, y compris de tous les « soi-disant » experts musulmans qui ne font que lire et relire toujours les mêmes livres écrits des centaines d’années après sa mort, et qui n’imaginent pas combien les recherches archéologiques révèlent sur la vérité historique (ainsi, bien peu de choses de la Thora sont prouvées par la véritable histoire et par l’archéologie). Mohammed et l’Islam sont des mythes, des inventions. Et on tue pour cela… Ou, plutôt, on utilise une histoire pour justifier sa haine, sa colère, sa volonté de tuer et de détruire, pour… pour rien. Tant de sang versé pour rien. Femmes violées puis crucifiées, femmes enceintes éviscérées, enfants enterrés vivants, pilotes brûlés vifs, prisonniers décapités, etc. L’horreur. Qui nous rappelle la St-Barthélémy qui a vu les « bons » Catholique massacrer les « mauvais » Protestants, hommes, femmes, enfants, vieillards. L’Islam, les Islams, sont en retard. Ou, plutôt, ils sont structurés autrement, de façon tribale, anarchique, dans des pays où l’analphabétisme est roi : ceux qui disent venger le Coran ne l’ont jamais lu, ils n’ont fait qu’entendre des prêches de moins illettrés qu’eux et qui n’ont lu et compris qu’une partie des textes, bien souvent les Haddiths, et n’en ont pris que ce qui soutenait leurs idées… Il y a de tout dans le Coran : de l’amour, du meurtre, et des guerres. Chacun y prend ce qui l’attire.
Bref, l’Homme reste bien un sauvage. Seule l’éducation peut lui permettre de mieux comprendre ce qu’est le monde.
J’ai beaucoup lu. Peut-être en ferai-je un chapitre d’un livre, sur un sujet différent : l’athéisme. Mais, bon, il y a loin de prendre des notes de ses idées, de recueillir les analyses des experts de tous bords, et d’en faire un livre promouvant une autre voie : l’athéisme. On verra bien. J’ai si peu de temps…

En attendant, s’il y a un livre à lire pour comprendre ce qui peut pousser de jeunes français d’origine musulmane à tuer et mourir pour des stupidités, c’est celui d’Amin Maalouf : « Les identités meurtrières ». Ce livre, écrit par un arabe chrétien du Liban, parlant l’arabe, naturalisé français, écrivain français, lui-même riche de nombreuses appartenances, est éclairant sur la complexité et la difficulté de nos vies, à tous, tous migrants, tous devant nous adapter soit à un autre pays, soit à une autre région de ce pays, soit à un pays qui a plus changé en 30 ans qu’en plusieurs générations. Notre « identité », nos « appartenances », qui font de nous des personnes écartelées entre différents mondes : le pays étranger que nous avons quitté, le pays de notre enfance qui a radicalement changé, et ce pays d’aujourd’hui, complexe et varié. Mais, bon, s’adapter au changement, c’est une preuve d’intelligence et de jeunesse ! Et c’est le propre de l’Homme. Le brassage des Hommes et des idées devrait amener à un nouveau monde, meilleur. Un jour peut-être… Mais pas sûr ! Vraiment pas sûr ! Car il y a d’autre dangers que les religions qui menacent les Hommes et notre planète. Il y a d’autres idéologies mortifères. Il y a plein d’autres façons de détruire la paix et la beauté. L’Homme est tellement inventif ! Demander donc aux Ukrainiens ce qu’ils pensent de Poutine, qui met de l’huile sur le feu sur un pays pour… pour quoi ? Occuper les russes pour qu’ils oublient qu’ils sont en dictature ? pour garder le pouvoir ? pour satisfaire à un rêve idiot : toujours plus ! Une Russie plus grande et plus forte ! Mieux vaudrait laisser les gens essayer d’être heureux… Déjà que, même sans guerre, nous arrivons à ne pas être heureux… Que les français qui se sentent malheureux en France (tous ceux qui n’ont pas les moyens de s’acheter un iPhone ! par exemple) aillent voir ailleurs ! 😉 Il y a des paysans qui, alors qu’ils ne pourront jamais se payer un médecin ou des médicaments, alors que leur vie est VRAIMENT dure, sont heureux malgré tout.

Je suis Charlie ! (mais… lequel ?)

Pourquoi les femmes des riches sont belles

2014/05/01

« Pourquoi les femmes des riches sont belles » est un livre de psychologie évolutionniste, ou evopsy en anglais. Ce livre parle, en se basant sur de nombreuses et très scientifiques recherches, des relations hommes-femmes, vues au travers de l’outil de la psychologie évolutionniste, qui consiste à déterminer pourquoi certaines particularités physiques et psychologiques ont été choisies par l’évolution.
J’avais déjà lu plusieurs livres de ce genre, mais jamais un qui soit autant basé sur des études scientifiques. Avec beaucoup d’humour (mais qu’en pense donc son épouse ?), l’auteur nous fait comprendre les mécanismes qui influent (sans que nous en ayons conscience) sur nos choix de partenaires (pour un soir ou pour la vie). Lors de l’évolution de nos lointains ancêtres, des comportements ont permis la transmission de gènes, alors que d’autres n’ont pas eu de descendance. Ces comportements ayant « réussi » ont donc été sélectionnés. En lisant le livre, on apprend pourquoi les femmes occidentales ont la peau si blanche, par exemple. On apprend aussi que, parce que de lointains ancêtres ont (comme les Bonobos ou les chimpanzés) vécu dans la promiscuité sexuelle, cela a entraîné des modifications importantes chez les organes sexuels des humains : vagin profond et verge longue et large, verge extracteur de sperme, etc. Ce fut la « guerre du sperme » ! Et bien d’autres choses qui nous permettent de nous voir autrement, et de prendre conscience que nous sommes, parmi tous les mammifères, les plus portés à la lubricité qui soient, à part les Bonobos (mais ceux-ci trichent, car ils ont un os pénien…). Vous y apprendrez aussi, bien sûr, pourquoi les femmes préfèrent les hommes riches que pauvres, pourquoi la ménopause existe (rare chez les mammifères), etc. Je n’ai pas tout retrouvé de ce que mes précédentes lectures m’avaient appris, mais ce livre explique les hypothèses évolutionnistes de ce qui a créé ce que nous sommes aujourd’hui : des êtres vivants adaptés à un monde qui n’existe plus et donc inadaptés à ce monde actuel. Mais l’évolution continue !
Et, en conclusion, si les rédacteurs de la Bible avaient lu « Pourquoi les femmes des riches sont belles » avant, ils ne l’auraient pas écrite ! Na !

Gilgamesh

2014/03/01

Hasard ? Hier soir sur France Inter, un écrivain parle de son livre qui reprend l’épopée de Gilgamesh. Et, ce midi, en feuilletant « Le Monde des Religions » (et oui, pour bien combattre l’ennemi, il faut bien le comprendre), je tombe sur trois pages sur cette épopée sumérienne (Mésopotamie) composée puis écrite entre 4500 et 3500 ans avant aujourd’hui. C’est pas jeune ! Et, déjà, la préoccupation de l’immortalité chez Gilgamesh, roi un peu dieu, puissant, mauvais (il use de son droit de cuissage pour violer les mariées la veille de leurs noces), mais à qui manque l’immortalité. Ce que j’ai lu et écouté me laisse penser qu’il y a dans ce texte bien des choses reprises dans la Bible, comme le Déluge, comme l’Homme Sauvage rendu civilisé par le désir d’une femme et le sexe (croquer la pomme !), ou une quête. Mais, même si ces textes sont plein de religiosité, la morale de cette histoire, c’est que l’immortalité est réservée aux Dieux (sauf UN homme), et que les Hommes sont nés pour mourir. Et, à la fin de la quête infructueuse de Gilgamesh (le seul Homme immortel le convainc que les Dieux ne réitéreront pas ce don fait à un humain), de retour chez lui, une femme lui dit qu’il n’a qu’une chose à faire : trouver une femme, et la chérir, et chérir ses enfants. Après un tour dans les rêves d’immortalité, le héros revient à la réalité des Hommes : vivre puis mourir.

Albert Camus : Le Mythe de Sisyphe

2013/08/10

Extraits


Je ne puis avoir de la liberté que la conception du prisonnier ou de l’individu moderne au sein de l’Etat. La seule que je connaisse, c’est la liberté d’esprit et d’action. Or si l’absurde annihile toutes mes chances de liberté éternelle, il me rend et exalte au contraire ma liberté d’action. Cette privation d’espoir et d’avenir signifie un accroissement dans la disponibilité de l’homme.
Avant de rencontrer l’absurde, l’homme quotidien vit avec des buts, un souci d’avenir ou de justification (à l’égard de qui ou de quoi, ce n’est la question). Il évalue ses chances, il compte sur le plus tard, sur sa retraite ou le travail de ses fils. Il croit encore que quelque chose dans sa vie peut se diriger. Au vrai, il agit comme s’il était libre, même si tous les faits se chargent de contredire cette liberté. Après l’absurde, tout se trouve ébranlé. Cette idée que « je suis », ma façon d’agir comme si tout a un sens (même si, à l’occasion, je disais que rien n’en a), tout cela se trouve démenti d’une façon vertigineuse par l’absurdité d’une mort possible. Penser au lendemain, se fixer un but, avoir des préférences, tout cela suppose la croyance à la liberté, même si l’on s’assure parfois de ne pas la ressentir. Mais à ce moment, cette liberté supérieure, cette liberté d’être qui seule peut fonder une vérité, je sais bien alors qu’elle n’est pas. La mort est là comme seule réalité. Après elle, les jeux sont fait. Je suis non plus libre de me perpétuer, mais esclave, et surtout esclave sans espoir de révolution éternelle, sans recours au mépris. Et qui sans révolution et sans mépris peut demeurer esclave ? Quelle liberté peut exister au sens plein, sans assurance d’éternité ?
Mais en même temps, l’homme absurde comprend que jusqu’ici, il était lié à ce postulat de liberté sur l’illusion de quoi il vivait. Dans un certains sens, cela l’entravait. Dans la mesure où il imaginait un but à sa vie, il se conformait aux exigences d’un but à atteindre et devenait esclave de sa liberté. Ainsi, je ne saurais plus agir autrement que comme le père de famille (ou l’ingénieur ou le conducteur de peuples, ou le surnuméraire aux P.T.T.) que je me prépare à être. Je crois que je puis choisir d’être cela plutôt qu’autre chose. Je le crois inconsciemment, il est vrai. Mais je soutiens en même temps mon postulat des croyances de ceux qui m’entourent, des préjugés de mon milieu humain (les autres sont si sûrs d’être libres et cette bonne humeur est si contagieuse !). Si loin qu’on puisse se tenir de tout préjugé, moral ou social, on les subit en partie et même, pour les meilleurs d’entre eux (il y a des bons et de mauvais préjugés), on leur conforme sa vie. Ainsi l’homme absurde comprend qu’il n’était pas réellement libre. Pour parler clair, dans la mesure où j’espère, où je m’inquiète d’une vérité qui me soit propre, d’une façon d’être ou de créer, dans la mesure enfin où j’ordonne ma vie et où je prouve par là que j’admets qu’elle ait un sens, je me crée des barrières entre quoi je resserre ma vie. Je fais comme tant de fonctionnaires de l’esprit et du coeur qui ne m’inspirent que du dégoût et qui ne font pas autre chose, je le vois bien maintenant, que de prendre au sérieux la liberté de l’homme.
L’absurde m’éclaire sur ce point : il n’y a pas de lendemain. Voici désormais la raison de ma liberté profonde.

… alors je dois dire que ce qui compte n’est pas de vivre le mieux mais de vivre le plus. …

Sentir sa vie, sa révolte, sa liberté, et le plus possible, c’est vivre et le plus possible.

Stéphane Hessel et les femmes

2013/02/27

Stéphane Hessel vient de mourir, à 95 ans. Personnellement, je ne l’ai découvert que récemment par l’entremise de son pamphlet « Indignez-vous ! » qui m’avait fortement déplu et que je ne suis même pas arrivé à terminer, tellement les idées qui y sont exprimées me semblaient moisies et basées sur des concepts dépassés issus des années de la seconde Guerre Mondiale : en presque 70 ans, le monde et notre façon de voir le monde ont radicalement changé et il est absurde de vouloir reprendre les idées de cette époque sans les avoir repensées et reformulées. Sa vie, décrite par Wikipedia, est un roman d’aventures, avec du « bon » et du « mauvais ». Il est intéressant de découvrir que sa mère Helen est le modèle de l’héroïne anticonformiste Kathe du film « Jules et Jim » de Truffaut, tiré du roman autobiographique d’Henri-Pierre Roché (Jim) avec le père de Stéphane dans le rôle de Jules, et que lui-même a eu une liaison de 30 ans en parallèle à son mariage avec sa première épouse Vitia : « Je pense que la façon de partager son amour entre plusieurs femmes est quelque chose qui m’est devenu naturel du fait même de la façon dont s’est développée la vie de ma mère. […] Elle a compris que deux hommes pouvaient aimer la même femme, et que cette femme pouvait avoir une relation forte avec l’un comme avec l’autre. C’est ce que Truffaut a repris dans ce film qui, d’ailleurs, vient de l’aventure même de mes parents, Jules et Jim. » Bref, vivre en couple non-exclusif, en trio, est un concept qui peut marcher à condition qu’il y ait soit une personnalité exceptionnelle soit des exemples passés et proches pour le rendre compréhensible et vivable, tout en tenant étouffés la jalousie et le sentiment de possession de l’autre. Mais notre culture judéo-chrétienne rend une telle approche bien difficile : on ne se libère pas facilement d’un modèle obligatoire : le couple, imposé officiellement par la société pendant des siècles. Et puis, ça ne doit pas être simple de vivre à trois… j’imagine. Mais, bon, entre le couple judéo-chrétien et les femmes sans mari des Naxi de Chine, il y a plein de formules possibles qui marchent ; reste à savoir quelles conséquences cela a sur chacun des deux sexes. Les femmes ayant suffisamment souffert pendant des millénaires, il serait temps de faire légèrement basculer l’aiguille de la balance (de Roberval) de l’autre côté.

Vivian Maier

2012/12/01

Je viens de recevoir un 2ème livre des photos de Vivian Maier, photographe énigme, « Out of the shadows » ou ici encore.

VM3

D’ailleurs, un article de Télérama d’avril 2011 sur elle s’appelle « Le mystère Maier« , dont la lecture fournit beaucoup d’informations.

Vivian, c’est elle : VM, ou encoreVM2.

Et, déjà, l’argent coule à flot pour ceux qui ont acheté à vil prix ses 100.000 négatifs : 850$ pour un tirage … qui n’est pas d’elle (puisqu’elle ne tirait pas, ou si peu, ses photos).

Une histoire incroyable. Mais de si belles images témoignages de lieux et d’époques et d’un regard particulier, unique.

Vérité et Histoire

2012/07/01

La « Vérité existe. Enfin, on peut l’imaginer, pour ce qui concerne les faits, comme l’enregistrement complet des propriétés de toutes les particules de toutes les composantes de ces faits réels, pendant un temps suffisant. Hummmm Mais même ça, ça ne permet pas de savoir à quoi pensent les protagonistes d’un épisode historique : allez donc savoir pourquoi un personnage principal « trahit » ! Soyons sérieux, la Vérité existe main nous est interdite, et la vérité qu’il nous faut espérer est une interprétation de faits par des observateurs : nos sens nous trompent, et notre histoire personnelle nous fait voir le monde autrement que d’autres le voient, agissant comme un filtre d’interprétation. Ainsi, certaines des batailles de Napoléon sont des victoires pour les deux camps… On peut donc juste imaginer différentes « vérités » (avec un « v » minuscules) correspondants à ce que différentes observateurs, placés en différents lieux de l’action, ayant des histoires personnelles différentes. En juxtaposant ces images différentes, on devrait ne pas être trop loin de la « Vérité ». On « devrait »… à condition qu’il n’y ait pas un biais commun entraînant une mauvaise interprétation, que tous les points de vue soient exprimés, ou encore qu’un point-de-vue n’ai pas occulté/écrasé les autres. Ainsi, il y a peu d’Indiens pour nous transmettre leur vision de ce que fut leur génocide en Amérique du Nord au XIXème siècle : les vainqueurs toujours écrivent l’Histoire à leur convenance. Dans ce cas particulier, on attend toujours que les USA reconnaissent que leur nation est née sur un océan de sang indien. Comme autre exemple, le « Nos ancêtres les Gaulois », et le coq en tant qu’oiseau représentant les Gaulois, c’est du foutage de gueule. Egalement, César avait bien réussi sa campagne de désinformation en décrivant les peuples vivant sur le territoire actuel de la France comme des « barbares » : son livre était plus un moyen d’étayer sa prise de pouvoir qu’une volonté de décrire la réalité. C’est vrai que les « Gaulois » de l’époque, des Celtes !, aimaient bien exposer les corps, têtes et corps séparés, sur leur remparts ou lieux de culte, histoire d’effrayer les touristes… mais, bon, c’était une pratique courante, dans le passé. César a omis de nous transmettre la richesse et la complexité de leur culture… tout simplement parce que les légions romaines étaient mieux organisées que les armées gauloises ayant tendance à se faire la guerre entre elles… Nous aurons aussi une pensée émue pour les historiens, communistes, soviétiques ou russes qui ont passé leur vie à changer le passé pour le rendre acceptable par le dictateur de l’époque. Et ainsi de suite…

Alors, je me méfie de l’Histoire « officielle », et j’aime bien lire des « loufoques » qui essayent de montrer un autre point de vue. Point de vue qui fait hurler les historiens « officiels ». Heureusement, grâce à l’archéologie moderne, on peut plus facilement dire ce qui a été. L’incendie d’une ville laisse des traces, par exemple. La phénoménologie, d’après ce que je commence à en comprendre, semble aussi vouloir voir par-delà les apparences ; mais j’ai encore beaucoup à apprendre dessus… Comme également les méthodes cognitivo-comportementales qui recommandent de comprendre les schémas de pensée que notre histoire personnelle (notre enfance) à mis en nous et qui nous font voir le monde d’une façon certes unique et singulière, comme le dirait tout bon psychanalyste répétant sa leçon, mais aussi d’une façon faussée et nous poussant à répéter les mêmes erreurs…

Alors, il faut laisser parler certains « historiens » non reconnus par les historiens diplômés qui ont surtout appris à répéter ce que leurs professeurs et les livres officiels leur ont transmis, en bons perroquet. Il est d’ailleurs marrant de voir que des érudits français continuent de publier des livres à la gloire de Napoléon alors que le reste de l’Europe le considère comme ce qu’il a été : un dictateur sanguinaire et fou ayant pas mal de ressemblances avec Staline ou Hitler, sans les camps. Ces « historiens » loufoques disent probablement plein de bêtises, mais ils peuvent aussi pointer du doigt certaines choses que nous ne voulons pas voir… Reste à savoir si ce qu’ils disent trahit ou non la « Vérité »… Et, donc, il y a certaines choses qui resteront à jamais inconnues. Comme le sexe des anges. Comme savoir si Jésus a existé (ou, plus précisément, s’il est la réunion de plusieurs personnages réels, sans parler bien sûr de son côté sur-humain). Mais, le « bon-sens » (mâtiné d’un profonde dose d’analyse basée sur de multiples sciences éprouvées) finit toujours par nous aider à dire ce qui est le plus « probable ».

Donc, dans ce cadre, je suis heureux d’avoir (enfin !) commencé le livre de Shlomo Sand, historien juif non pratiquant israélien, « Comment le peuple juif a été inventé », qui éclaire un trucage de l’histoire du monde : j’essaierai de le résumer dès que je l’aurai fini. Et je suis heureux d’avoir lu une n-ième analyse du conte « Le petit Chaperon rouge », qui l’éclaire d’une façon nouvelle : à lire dans le prochain billet.

Quant à ceux qui me reprochent de « trop » lire, je leur souhaite de lire beaucoup plus, et surtout des livres très diversifiés dans leurs origines, comme la vision de la guerre d’Algérie par un officier, un soldat, ou par un autochtone ayant subi la violence de cette époque. Pareil pour la guerre d’Indochine. Etc. On peut certes pénétrer la pensée d’une société différente en discutant directement avec eux, mais d’abord ça prend beaucoup de temps, il y a la barrière de la langue, et on a du mal à savoir s’ils ne sont pas en train de balancer leur propre vérité héritée d’un matraquage de propagande générée par le dictateur local. Et puis ça peut amener à des documentaires comme le dernier de BHL sur la Lybie, où il parle de lui-même essentiellement… BHL aime bien se masturber devant les autres. Et, hélas, certains journaux lui permettent de s’exprimer toutes les semaines, comme si un « vrai » philosophe était capable de continuellement dire des choses profondes dans le feu de l’actualité… Mais il y a certaines personnes, comme BHL et Onfray, suivant en cela Freud, qui ont bien compris que la postérité retient bien plus facilement le nom d’un mec ayant écrit de nombreux livres plutôt que celui d’une personne ayant fait avancer la pensée sur un point essentiel au moyen d’un unique livre. C’est le principe de la « guerre du sperme » chez certains animaux, comme les chimpanzés, où c’est celui qui « fout » le plus la femelle qui a le plus de chances d’avoir une progéniture qui transmettra ses gènes. Bref, c’est le principe du « plus j’en fous plein la gueule des autres, plus j’ai raison ». Mais je m’égare…