Archive for the ‘Femmes’ Category

À peine j’ouvre les yeux…

2016/02/12

« À peine j’ouvre les yeux » est un petit miracle de film. Tunisien. Ce qui n’est pas courant. La vie sous Ben Ali : la police, la dictature. Et la jeunesse qui ose protester, qui ose dire – en chansons – le poids de cette vie dans ce monde coincé, bloqué. Une merveilleuse actrice. Une magnifique musique. Des personnages bien joués. Un rythme, une atmosphère. Un dénouement plus ou moins heureux (jusqu’où sont allées les violences policières ?). Dans une dictature ferme, mais pas trop sanglante quand même. Franchement, après Bourguiba, les Tunisiens se sont faits avoir… Dommage.

C’est un très bon film, plein de fraîcheur, de conflits parents-enfants, de conflits entre la jeunesse qui goûte à la liberté et la tradition – pesante. Dans un monde où les filles souffrent, même si ce n’a rien à voir avec ce que vivent les femmes dans d’autres pays sous dictature musulmane.

J’ai vécu deux ans en Tunisie. J’ai une certaine tendresse pour ce pays. Même si j’ai vécu au sud (Gabès, Téboulbou), bien loin de Tunis. La beauté des paysages, les oliviers, le ciel bleu…

Excision

2015/10/15

Wikipedia présente les explications traditionnelles pour justifier l’excision, pratiquée essentiellement en Afrique mais également en Indonésie. Il me semble qu’il peut y avoir deux autres raisons à cette pratique qui a d’horribles conséquences pour les femmes qui en sont victimes.

Tout d’abord, il y a des cas où des enfants nés avec un sexe féminin développent à la puberté un sexe masculin, plus petit que la normale mais fonctionnel. Cela est assez fréquent dans un village de République Dominicaine et en Papouasie. Ensuite, il y a également des cas où le développement sexuel génère un mélange définitif des deux sexes : une vulve et un mini-vagin, et une mini-verge à la place du clitoris, avec un très faible développement de la poitrine. Il me semble que ces deux cas, bien que rares, ont pu traumatiser certaines tribus pour qui le mélange des genres était incompatible avec des croyances séparant parfaitement hommes et femmes. Face à quelque chose d’incompréhensible sans la connaissance de la genèse du sexe, ces gens ont dû inventer tout et n’importe quoi pour expliquer ce qui leur était inexplicable. Enlever le clitoris devait sans doute leur sembler LA solution pour éviter que des enfants nés avec une apparence féminine se transforment en partie en hommes. Il est à remarquer, bien sûr, qu’il n’y a pas la même explication possible pour la circoncision, puisqu’une verge n’évolue jamais en vulve.

Je rappelle, pour ceux qui l’ignorent, qu’hommes et femmes ont une vulve avant la différenciation sexuelle in-utéro. Cette différenciation est liée aux chromosomes sexuels, XY pour l’homme et XX pour la femme, mais également à l’expression d’autres gènes contrôlant les hormones, dont la testostérone.

Du point de vue du respect de la personne humaine et de son droit de choisir ce qu’il fait de son corps, excision et circoncision sont des mutilations extrêmement graves, pouvant entraîner la mort (par gangrène), la stérilité, l’incontinence, une importante augmentation de la mortalité à la naissance, des douleurs permanentes, en plus d’une suppression du plaisir pour la femme et d’une modification du rapport sexuel pour les hommes (puisque le prépuce joue un rôle lors du coït). Il est à noter qu’il n’y a qu’en France qu’existe une technique de réparation du clitoris, alors que – dans le monde entier – des médecins savent bricoler des verges pour les allonger ou les élargir, pour des raisons stupides et des résultats minables.

Au XXIème siècle, il est impensable que cette pratique continue.

L’hiver et les femmes

2015/01/05

Je n’aime pas l’hiver. Les femmes sont trop habillées.

Finding Vivian Maier

2014/07/03

« À la rencontre de Vivian Maier » me semble être une bien meilleure traduction du titre anglais du film que « À la recherche … ». Car, dans ce film, nous rencontrons vraiment un peu Vivian : non seulement ceux qui l’ont côtoyée – ainsi que l’unique amie qu’elle avait – parlent d’elle, en bien, mais aussi en mal, mais on entend sa voix, particulière, avec un léger accent français qu’elle semblait prendre exprès, et il me semble même qu’il y a quelques images d’elle, filmées par les parents des enfants. Il me semble que c’est son amie qui dit : « So sad, really ». Oui, c’est une histoire triste. Je me souviens de deux phrases d’elle rapportées par des témoins : « I’m a sort of spy », « I told you so ». La première dite à quelqu’un qui l’a prise en stop et à qui, comme à beaucoup d’autres, elle refusait de donner son vrai nom, et la deuxième qu’elle avait l’habitude de dire pour les choses tristes qui arrivaient. Les témoignages sont poignants, et nous la révèlent comme une personne très particulière, ayant des côtés très sombres, très bizarre, secrète, mystérieuse, excentrique. Certains enfants ont de très mauvais souvenirs d’elle, car elle était souvent plus que méchante avec eux : presque sadique. Alors que d’autres enfants ont eu de tels bons souvenirs d’elle qu’ils payaient le loyer du logement dans lequel elle a fini sa vie. Vivian collectionnait les journaux, par mètres cubes, essentiellement ceux parlant de crimes sordides, voire affreux : meurtres, viols, etc. L’une des femmes qu’elle avait gardée enfant a exprimé l’idée que Vivian avait très probablement été malmenée, brutalisée, voire violée. Ses remarques sur les hommes, ainsi qu’un témoignage, le laissent penser. Il y a probablement eu dans sa vie une brisure, une douleur, une souffrance, une cassure, qui l’a poussée à refuser le contact avec les autres, surtout avec les hommes. Alors, face à sa souffrance, peut-être que, au moyen de la photographie, elle cherchait à fixer et créer de la beauté, dont elle avait désespérément besoin ? Une beauté étrange, aux yeux de ceux qui la voyaient faire, comme de photographier les poubelles, ou l’enfant qu’elle gardait alors qu’il a été heurté par une voiture, un chat écrasé et les tripes étalées sur le goudron, etc. Comme aussi de photographier les choses communes, voire vulgaires aux yeux des gens « biens », comme : des personnes qui travaillent dans les champs, des gens blessés ou défigurés ou handicapés, des SDFs qui traînent dans les rues, etc. Les « choses de la vie », de la vraie vie, celles des humbles, comme elle. Bref photographier un peu de la laideur du monde pour en faire des témoignages que sa maîtrise de la photographie a transformés en œuvre magistrale. J’ai versé des larmes pendant le film, ému par son histoire. Cette solitude dans laquelle Vivian s’est enfermée, je la connais un peu, chez ma mère, et personnellement. N’avoir aucune relation avec sa famille. Changer de ville ou de banlieue de grande ville souvent et donc n’avoir quasiment pas d’amis. Mais elle avait la liberté ! Son choix d’être une « nanny » (une nounou) a probablement été motivée par la liberté que ce travail lui donnait : il lui permettait d’être dehors, dans la vie et dans l’action de la ville, l’appareil photo en bandoulière, l’œil aux aguets, prête à fixer un instant particulier sur sa pellicule, d’abord prenant des photos et ensuite s’occupant des enfants qu’elle « gardait », ou – plutôt – qu’elle traînait derrière elle, alors qu’elle marchait vite de ses grandes jambes. Oui, son travail lui permettait juste de « joindre les deux bouts », mais il lui donnait le temps et la matière pour exercer son « art ». Sont art, car les expositions de ses photos dans le monde entier sont un succès : les gens aiment ses photos, car on y voit qu’elle est proche des gens, qui – souvent – la regardent dans les yeux alors que son Rolleiflex, par en-dessous, fixe la scène sans même qu’ils s’en rendent compte, donnant à la photo, prise de bas-en-haut, une force particulière, inusitée. Oui, Viviane Maier était une formidable photographe, certainement un peu folle, conséquence probable d’un traumatisme dans sa vie. Une femme qui a voyagé tout autour du monde (Asie, Proche Orient, Amérique du Sud, etc.), seule, à une époque encore où cela n’était pas sans risques, et qui en a ramené des milliers de photos de grande valeur artistique. Une femme extraordinaire, à qui il aura manqué une rencontre décisive pour l’aider à oser se dévoiler, même sous un faux nom sans doute, comme V. Smith. Oui, cette histoire me touche, me rappelle celle de ma mère, et me rappelle une période récente de ma vie où, moi-aussi victime d’une grande souffrance et d’une dépression, j’ai moi-aussi recherché la beauté (poésie, chant, musique, etc.) pour me sauver, avant de revenir à la photographie, que j’avais aimée jeune, en abandonnant les nombres premiers et le Lucas-Lehmer Test, pour aller vers les autres plutôt que m’enfermer dans une beauté qui ne peut pas se voir facilement et est réservée à quelques personnes dans le monde. À cette époque, où j’étais seul, perdu, j’ai eu la chance de faire quelques rencontres, que j’ai recherchées ardemment contrairement à Vivian (pour autant que nous le sachions), d’autres comme moi souvent perdus et blessés, et avec qui j’ai, pendant quelques temps, fait un bout de chemin, avant de me retrouver seul de nouveau, avant de, peu à peu, retrouver la lumière. Dans ces moments là, certaines personnes prennent une importance extraordinaire : on les pare de toutes les vertus, elles semblent être la clef magique permettant de s’échapper de cette noirceur, qu’elles éclairent d’une lumière particulière et véritable, mais que le besoin intense de créer un lien amplifie et exagère. Il est alors d’autant plus douloureux d’être rejeté par elles sans même avoir eu la possibilité de dévoiler son moi intérieur, caché sous les apparences, sous le masque, ou noirci par le besoin intense de créer des liens et la douleur de ne pas réussir à prendre contact, à nouer un lien fut-il temporaire et lâche. Vivian s’est enfoncée dans sa solitude. Sa seule amie, pendant dix ans, elle l’a perdue de vue. Et lorsque, par hasard, trente ans après, elles se retrouvent, et que Vivian supplie son amie de prendre le temps de parler, alors que celle-ci est pressée de continuer son chemin par ses amis et les enfants qui l’accompagnent, et que son amie s’éloigne, elle perd le dernier lien qui la retenait. Cette amie, dix-sept ans après, devant la caméra, regrette de ne pas avoir pris le temps de lui donner un peu de son temps, de l’avoir laissée, et de l’avoir perdue, définitivement. John Maloof, l’homme qui a permis au monde de découvrir Vivian, n’avait que 25 ans lorsqu’il a ouvert le carton de pellicules qu’il avait acheté aux enchères pour 300$. Certes, ce jeune homme touche le pactole en produisant des livres sur Vivian, des expositions, ce film, sans parler des tirages qu’il vend (cher) sur le Web. Mais son souci de la perfection, son goût prononcé pour l’histoire, sa détermination, et son empathie pour Vivian, ont été essentiels pour que Vivian sorte de l’ombre, alors que les institutions officielles, comme le MOMA, refusent toujours d’accepter l’œuvre de Vivian, sous prétexte que les tirages exposés ne sont pas d’elle ; alors que nombre de photographes célèbres n’étaient pas doués pour tirer leurs photos, ou n’aimaient pas cela, ou n’avaient pas le temps, et le faisait faire par des tireurs professionnels, voire n’avaient jamais développé/tiré les dernières pellicules de leur vie. Ainsi pour Jeanloup Sieff, qui avait détruit au développement les négatifs de sa première mission de reporter photographique et faisait tirer ses photos. Et Vivian n’était pas très douée pour tirer ses photos. Et, exigeante, elle n’était pas satisfaite des tirages faits aux USA, au point d’imaginer faire tirer ses photos en France, dans « son » village. John Maloof, dans ce film, exprime l’ambiguïté de sa situation : révéler au monde une œuvre que son auteur rêvait sans doute de voir révélée, mais qui n’aurait certainement jamais voulu voir associée à son nom. V. Smith, ou V. Mayer, oui. Vivian Maier, non. Dans un sens, il l’a trahie. Dans un autre, il lui donne l’hommage posthume qu’elle mérite. Femme, rare femme photographe, différente, particulière, presque étrangère à son pays (elle est née à New York), son histoire est émouvante, du fait qu’elle photographiait ceux à qui elle craignait de ressembler un jour : misérables, abîmés, seuls, vieux, abandonnés. Elle a mis en photo notre condition humaine, en montrant les côtés brillants et surtout les côtés sombres, voire noirs et sordides, de nos vies. Elle repose en paix là où elle avait semblé être le plus heureuse : dans un coin de nature préservée, mais pas très loin de l’agitation urbaine qu’elle affectionnait pour y capter des étincelles de la vie grouillante où elle aimait se mêler et s’approcher de près, jusqu’à une « certaine » limite. On aimerait qu’elle eut pu faire une rencontre déterminante. On aimerait que quelqu’un, empathique, altruiste, voire amoureux d’elle, malgré tous les efforts de Vivian pour interdire l’entrée dans sa vie privée (« privée de tout » aurait dit Muriel Robin) et pour paraître et être une personne difficile et repoussant toute approche – même amicale, ait pu l’aider à sortir de son enfermement volontaire. Mais cela ne s’est pas fait. Et, si cela avait pu arriver, elle n’aurait plus photographié comme avant peut-être. Qu’importe. Regarder ses photos nous plonge dans le passé et dans l’essence de notre vie : éphémère, vaine, et absurde ; mais unique et formidable malgré tout ! À condition de mieux voir en soi, d’être soi, de se créer soi-même consciemment, libéré de nos souffrances passées et des graines mauvaises qu’elles ont semées en nous, et qu’il faut arracher, patiemment, en nous ouvrant aux autres, dont nous avons désespérément besoin. Libre, mais perdu. La vie de Vivian Maier est celle d’un humble qui a essayé de capter l’essence de nos vies, tout en restant caché. De quoi ?

Shirley : Visions of Reality

2014/07/01

« Shirley« , c’est un drôle de film qui met en images animées les tableaux d’Edward Hopper. Ce n’est pas un film d’action. Non. C’est même sacrément lent. Mais ce n’est pas un problème, à condition de s’y être attendu.
Le film est basé sur la vie de Hopper : il a vécu et aimé la France, il parlait français et pouvait citer du Verlaine, il a vécu dans les villes indiquées, il avait une maison à Cape Cod, etc. Mais le scénario du film ne met pas en images la vie de Hopper. La femme qu’on voit, Shirley, n’est pas l’épouse de Hopper. Celle-ci posait pour lui, mais Wikipedia dit qu’il était malheureux avec elle… Sans doute la raison expliquant la tristesse qui transparaît dans le film. Avant de voir le film, je recommande de réviser les tableaux de Hopper, afin de savoir à quel instant le tableau est « représenté » exactement. Pour ma part, je n’ai pas eu l’idée, ni le temps, de le faire. Shirley est une actrice, et l’on suit une partie de sa vie. J’imagine que les dates indiquées entre les séquences correspondent à l’époque où chacun des tableaux fut peint. À vérifier. Il se dégage une atmosphère de ce film, lente, douce, avec un personnage qui se cherche, qui change de lieu et de vie, et que l’on voit « au naturel », c’est-à-dire souvent déshabillée voire nue, puisque c’est le mois d’août, et qu’il fait chaud. Les quelques personnages secondaires sont inspirés de pièces, me semble-t-il, comme « The skin of our teeth », citation de la Bible. On retrouve une partie des remous du monde qui ont accompagné la vie de Hopper. Et la reproduction des tableaux est superbe. Une idée très originale, dont il ne faut pas attendre des merveilles, mais qui permet de baigner un peu dans l’atmosphère de Hopper et pousse à mieux le connaître.
Un film à aller voir en ce moment. À 3€50 la place, c’est idéal pour se rafraîchir les idées et oublier la coupe du Monde de … 😉

À la recherche de Vivian Maier

2014/06/29

Ce mercredi sort en salles un film sur Vivian Maier : « À la recherche de Vivian Maier ». C’est l’occasion de mieux connaître encore cette femme extraordinaire, obstinée, sauvage, indépendante, et passionnée par la photographie. Elle a passé sa vie à photographier. Et, à force, pour elle, l’acte de photographier est devenu essentiel à sa vie puisque, alors qu’elle ne pouvait plus tirer ou faire tirer ses photographies, voire même faire développer ses films, par manque d’argent, elle continuait à photographier, stockant ses films exposés mais non révélés. Elle photographiait soit les enfants qu’elle gardait, et leur famille parfois, soit ses reflets ou ses ombres, soit des inconnus dans la rue, soit des instants de vie de grandes villes, la vie des plus pauvres et des plus instables de sa ville le plus souvent, dont elle se sentait probablement proche. Elle aurait capturé plus de 120.000 images, dont une faible partie seulement a été dévoilée, soit dans la presse, soit dans les trois livres à elle consacrés et que j’ai pu lire, soit par les expositions qui lui sont consacrées dans le monde entier, comme celle que j’ai vue à Tours, en annexe du « Jeu de Paume ». Ce film « À la recherche de Vivian Maier » semble différent de celui qui était diffusé à Tours. Car plusieurs personnes ont récupéré son œuvre et, tout en la diffusant et la révélant au monde (au moyen de livres, de films, et de tirages de ses négatifs), s’en enrichissent, alors qu’elle est morte, quasiment seule, pauvre. L’œuvre photographique de cette femme, solitaire, nous touche, parce qu’elle a su capturer des moments émouvants – avec souvent un peu d’humour – d’une maintenant déjà lointaine période de la société Étatsunienne, ou parce qu’elle révèle une réalité cachée d’une Amérique des USA aveugle à certaines choses, comme la misère. Son origine et la culture étrangère (française) de sa famille, et des années de jeunesse dans un village perdu des Alpes, y sont probablement pour quelque chose, lui donnant un regard neuf et distancié sur les grandes villes américaines, le regard de celui qui ne fait pas vraiment partie du monde dans lequel il vit et qu’il observe, étranger à jamais. Ainsi que les possibles influences qu’elle a reçues, de femmes solitaires et indépendantes comme elle, et d’une photographe, qui a vécu un temps avec sa mère, réputée et connue pendant un temps, avant de sombrer dans la folie. Vivian Maier s’est aussi trouvée sur le chemin de Salvador Dalí, à proximité du MOMA, qu’elle devait sans doute visiter régulièrement, et elle l’a fixé sur pellicule, son regard et sa moustache étonnés. Cette femme a, toute seule, fait un tour du monde, essentiellement en Asie, mais aussi en France et aux USA, en Égypte aussi si je me souviens bien. Elle a transmuté un héritage français, qui aurait pu lui permettre de vivre avec moins de soucis matériels (comme pouvoir sauvegarder ses écrits – perdus – ou ses livres, et ses photos) en voyages et en négatifs. Elle semble avoir consacré l’essentiel de ses faibles revenus à la photographie, tout au long de sa vie. Sans jamais tenter (pour autant que nous puissions le savoir) d’exposer ses photographies, de les révéler. Certes, une partie de l’intérêt que nous portons à ses photographies est liée à son histoire émouvante, et au fait qu’elles montrent un monde aujourd’hui disparu, mais l’essentiel vient de son art, de sa capacité à capturer des moments particuliers – essentiellement dans la rue – qui sortent de l’ordinaire et qui les rendent iconiques. La photographie de rue est très exigeante : on dépend du hasard, et il faut lui consacrer de longues heures, à traîner dans les rues, à observer les autres ; elle force aussi à ouvrir les yeux, à voir les choses et les gens autrement. C’est une sorte de chasse au trésor, prenante et souvent décevante. Le métier de Vivian lui permettait, en promenant les enfants qu’elle gardait, de passer de longues heures dehors, dans la vie grouillante des grandes villes (New-York et Chicago), alors que nos métiers nous enferment souvent dans des bureaux éloignés du cœur de la vie urbaine. Et, le soir, souvent elle ressortait errer dans les rues, des rues souvent malfamées. Ce qui est émouvant dans cette femme, ce sont ses autoportraits où elle montre un visage fermé, sévère, alors que – bien sûr – elle devait aussi sourire et rire, même si les témoignages des personnes dont elle s’occupait enfants montrent combien elle tenait à garder une certaine distance. Elle fut d’abord « Mary Poppins » avant de devenir distante et froide. Ce qui est émouvant dans cette femme, c’est son obstination, son besoin, de photographier, à accumuler des photographies. Sans doute qu’elle vivait plus fort lorsque, derrière son Rolleiflex, elle chassait des images éphémères à fixer sur pellicule. Ce qui est émouvant chez Vivian, c’est sa solitude, tout au long de sa vie, son incapacité ou son refus d’établir des relations avec les autres, ne serait-ce qu’avec le gérant du labo-photo où elle faisait développer ses photos. Elle était sauvage. Ou elle avait hérité cela de sa mère : le besoin de se débrouiller seule, sans attendre d’aide des autres. Ce qui est émouvant chez Vivian, c’est qu’elle n’aura jamais vu ses photographies accrochées aux murs d’une exposition. Bien sûr, le fait d’être reconnue – enfin – l’aurait changée, et sans doute elle ne voulait pas, ou ne pouvait pas, quitter le monde auquel il lui semblait appartenir, celui des humbles, et sans savoir vraiment quelle était sa culture, rejetée en France parce que bizarre et à l’accent étranger, et mal acceptée aux USA, parce que bizarre, renfermée, mystérieuse, ne parlant pas de sa vie. Elle s’était enfermée dans sa solitude. Ainsi, certains de ses employeurs (elle vivait chez eux) ne savaient pas qu’elle avait fait le tour du monde, ou qu’elle faisait de la photographie. Vivian Maier est émouvante, mais l’essentiel tient dans la qualité de ses photos : le choix de l’instant, la recherche des lieux où il se passe « quelque chose », ses cadrages, ses jeux avec les ombres et les miroirs, voir ce que les autres ne voient pas, l’intérêt porté aux plus humbles, aux plus pauvres. Son œuvre est unique, même transposée à notre époque, car nul ne pourra jamais consacrer autant de temps et d’années à chasser les photographies de rue sans jamais les exposer voire même jamais les montrer à quelqu’un. Il est triste aussi que personne n’ait pu l’aider, ou qu’elle ait refusé l’aide des autres, au-delà d’un maximum qu’elle imposait. Je suis impatient d’aller voir ce film, pour mieux la connaître. Mais je suis triste aussi. Elle n’a pas eu d’enfants. Pour autant qu’on sache, elle ne s’est jamais liée avec un homme, ou avec une femme. Elle aura eu une vie solitaire, une longue vie solitaire finissant sordidement, interrompue par une glissade en hiver. À quelques mois près, elle aurait pu voir son œuvre révélée au monde. Mais il n’est pas certain que cela l’aurait réjouie… Au contraire, elle aurait probablement été folle de rage de voir des étrangers mettre la main sur ses affaires, sur ses négatifs. Elle voulait rester cachée. Par peur ? par précaution ? par habitude ou tradition familiale ? par désespoir ? par renoncement ? Nous ne le saurons jamais. Seules restent ses photographies. J’ai pu en voir 120 à Tours, tirages récents de ses négatifs, choisis par d’autres yeux que les siens, un millième de son travail. Sans doute qu’elle avait d’autres préférences, qu’elle n’aurait pas exposé les mêmes photos si l’opportunité lui avait été donnée, à supposer qu’elle eusse jamais accepté de les montrer. Si son but n’était pas de montrer ses photographies aux autres, c’est probablement parce que seul l’instant du « déclic » importait pour elle, avec la satisfaction de savoir que, quelque part dans ses malles, étaient stockées les images les plus importantes de sa vie. Forcément, puisque, dès que seule avec les enfants qu’elle gardait, ou seule après son travail, elle semble avoir toujours emporté son appareil avec elle. Et, à ces époques « argentiques » où chaque déclic a un coût, à ces époques où le film 120 de son Rolleiflex n’avait que 12 pauses de 56mmx56mm, et en voyant les images prises dans une journée sur le rouleau d’un de ses négatifs, on voit la capacité qu’elle avait développée à prendre la photo « juste », très proche physiquement du sujet, avec économie mais avec promptitude dans le choix de l’instant décisif, au lieu de la multiplication des « déclics » virtuels de notre époque actuelle. D’autres photographes, professionnels ceux-là, ont aussi dans les mêmes époques pris des photos de rues, dans des grandes villes, mais en marge de leur vraie vie de photographe, et souvent avec des thèmes explicites. Je pratique aussi la photo de rue et je marche des heures dans des villes inconnues et grouillantes de vie pour donner un coup de pouce au hasard et croiser des moments uniques ; ce qui arrive, parfois, mais si rarement. Mais, pour atteindre la quantité et la qualité des photos de Vivian, il me faudrait y consacrer bien plus de temps, et arpenter les rues de grandes villes ou de villes où la modernité n’est pas encore tout à fait arrivée : Lyon, Paris, Londres, New-York, Munich, capitales d’Europe de l’Est ou du Sud. La pauvreté, l’usure des lieux, la vie imprégnée et suintante dans les lieux, sont très photogéniques. La tristesse de nos vies modernes, O.S. modernes trimant devant un écran, un clavier, et une souris, n’est pas vraiment photogénique, à l’opposé de cette foule travailleuse et multiple que Vivian rencontrait lors de ses pérégrinations. Les maisons et appartements, aux murs et fenêtres fraîchement refaits, ne sont pas vraiment photogéniques, contrairement aux vieux bâtiments usés, fatigués, différents de l’esthétique actuelle, de l’époque de Vivian. La nostalgie du passé rend toute photo du passé plus belle que celles de notre présent qui, pourtant elles-aussi un jour, rappelleront des temps révolus à nos enfants et petits-enfants. L’utilisation d’un boîtier 6×6, avec double objectif et visée par le dessus, offre aussi au photographe un camouflage, lui permettant de cadrer et de saisir, sans être vu, ou presque, en tout cas bien moins décelable, l’appareil posé sur le ventre, qu’un reflex plaqué sur le visage. Pour atteindre la vérité des photographies de Vivian Maier, il me faudrait accepter la solitude, comme elle, chérir cette souffrance d’être seul, sans amis ou presque, être heureux de l’éloignement de mes enfants (9 heures de route, 13 heures d’avion), dire – comme elle l’a fait en demandant un passeport – que mes parents sont morts, alors qu’il me faut m’occuper de ma mère, qui ne sait plus qui je suis ni où elle vit. Pour faire une « œuvre », ou tout du moins faire des photos « remarquables », en bref : pour être un « artiste », faut-il souffrir ? faut-il s’isoler du monde et l’observer ? Vivian a hérité du goût de la solitude, et elle semble avoir toujours paru « bizarre », étrangère, mystérieuse, aux yeux des autres, par choix peut-être, par timidité peut-être, ou tout simplement comme un moyen de se protéger d’autres souffrances : garder les enfants des autres et ne jamais craindre le malheur, voire la mort, de ses propres enfants ; observer la vie des autres et leurs difficultés, et ne jamais craindre les cris, les coups peut-être, les ruptures d’avec un compagnon. Nous ne saurons jamais. Si ses photos ont été sauvées, ainsi qu’une certaine partie des livres qu’elle chérissait, ses écrits personnels ont été jetés, lors de la saisie de ses biens parce qu’elle n’en réglait plus le gardiennage. Il en est pareil pour beaucoup d’entre nous : nous notons nos pensées, nos réflexions, les moments importants de nos vies, dans des cahiers ; et, lorsque nous les retrouvons, nous redécouvrons ému celui que nous étions à cette époque-là, et que nous ne sommes plus. Sans doute que Vivian aurait été ulcérée que quelqu’un mette le nez dans ses cahiers, où peut-être elle y abandonnait sa douleur de vivre, ses espoirs, ses rêves, ses déceptions, ses sacrifices, ses colères, ses souffrances, etc. ; comme le faisait ma mère, de 3 ans l’aînée de Vivian, et pour qui la lecture des cahiers de sa jeunesse m’a permis de comprendre les raisons de sa solitude et de sa dépression, et de comprendre comment l’époque pouvait si durement frapper et blesser, pour toute une vie, me permettant de la voir « autrement » ; en connaissant les autres, en connaissant les blessures secrètes des autres, on les comprend mieux et, comme nous tous souffrons, nous nous connaissons mieux. Mieux connaître la vie de Vivian nous aiderait à mieux comprendre le choix des lieux et des personnes qu’elle a prises en photo, cela éclairerait son « œuvre », unique à jamais. Car, à une époque où tout le monde, dès qu’il a pris une (souvent mauvaise) photo de soi ou d’un lieu, ne peut s’empêcher de la montrer à la planète entière (qui s’en fout, trop occupée à faire de même), qui voudrait garder par devers soi les photographies de ce qui pourrait être, quarante voire soixante ans plus tard, une « œuvre » ? Surtout avec des technologies qui changent sans cesse et dont les supports ne sont pas pérennes et qui, dans quelques dizaines d’années, rendront probablement impossible la découverte de « trésors » photographiques sur de vieux disques durs rouillés, ou sans les pilotes pour les faire démarrer, ou sur de vieux CDs usés et illisibles. Sans parler d’une bien possible régression générale de notre civilisation technique et matérialiste qui nous ramènera (enfin) à l’essentiel : survivre. Alors, à chacun de suivre sa voie, sans vouloir emprunter artificiellement d’autres chemins qui ne sont pas pour nous. Mais connaître la vie de ceux qui ont emprunté d’autres chemins que nous nous aident à faire nos choix, inconsciemment, et à suivre « notre » chemin, celui que nous inventons chaque jour, mélange de choix dits raisonnables et sociaux et de choix déraisonnables et solitaires. Bref, voir la beauté des photographies de Vivian m’enrichit, par la qualité artistique de son travail et par sa vie émouvante ; mais je ne saurais pas faire de même, et notre époque n’a plus rien à voir avec la sienne, et ma voie est autre, comme pour chacun d’entre nous. Simplement, la beauté est multiple. Et, dans cette époque martyrisée par de nombreux artistes dit « contemporains », plus souvent « comptant pour rien », il est bien difficile de savoir ce qui est « beau », puisque la beauté que nous ressentons n’est que la traduction de toute notre vie, de ce que nous avons vécu et vu (et trouvé « beau », parfois sous influence). Nous devons constamment à la fois regarder ce que nos prédécesseurs ont fait, pour s’en inspirer et pour comprendre d’où nous naît ce sentiment de beauté quand nous regardons certaines de leurs photos, et nous en détacher pour oser d’autres choses : créer encore, faire du neuf. Simplement, pour la trouver belle, il faut qu’une photo, ou toute autre sorte d’« œuvre » artistique, nous touche, nous émeuve, nous interpelle, au premier regard, ou après un long regard ou plusieurs regards séparés dans le temps, au lieu d’avoir besoin de lire la notice explicative (justificative !) pour comprendre ce que l’auteur a voulu dire (à condition aussi de posséder l’ensemble des clefs nécessaires pour la compréhension de l’œuvre, c’est-à-dire une « culture »), à supposer que ce ne soit pas de l’ « enfumage » : cet exercice à la mode qui consiste à rejeter le passé pour… pour quelque chose qui n’a jamais été déjà fait, c’est vrai, mais dont – le plus souvent – on se serait bien passé et qui aura bien vite disparu des mémoires. D’autre part, notre époque est propice à la révélation de nouveaux talents. Pour celui a du talent et qui ose, il est facile de montrer son travail aux autres et de savoir s’il plaît, ou pas. Quant à savoir si ses « œuvres » dureront dans le temps et seront toujours appréciées plus tard, dans une ou plusieurs dizaines d’années, rien ne nous permet de le savoir. Là-aussi, dans l’art comme dans la Nature, c’est la loi de la jungle, la sélection naturelle triera le bon grain de l’ivraie.
Enfin, que se serait-il passé si les découvreurs des trésors des malles de Vivian n’en avaient pas compris la valeur potentielle, s’ils n’avaient pas eu la patience de regarder tous ces négatifs, s’ils n’avaient pas – d’une façon ou d’une autre – eu un sens esthétique et historique (en plus d’un sens aiguisé des affaires) ? Que se serait-il passé si les malles de Vivian avaient été jetées dans une décharge ? Pas grand-chose… Juste un peu moins de beauté et de mystère dans ce monde, un peu moins de livres de photographie achetés et vendus, un peu moins de fureur autour d’un événement unique qui cache peut-être d’autres artistes, dont les photographies ont peut-être été refusées par des éditeurs pensant que le marché de la photographie est actuellement saturé (Vivian Maier et Sébastiao Salgado (« Genesis ») la même année : c’est trop !). Un peu comme si n’avait pas été découverts récemment en France un temple romain ou la sépulture d’un notable gaulois, inviolés. Sans non plus l’importance de la destruction et du pillage des trésors de Syrie en ce moment, d’Angkor il n’y pas si longtemps. Sans l’importance encore plus fondamentale de la destruction de notre Terre, baleines chassées par le Japon « pour la science », fleuves barrés tuant les dauphins d’eau douce en Chine, plantation de palmiers à huile en Indonésie et Malaisie afin de préserver la recette originale du Nutella, plastiques jetés à tout-va partout dans le monde et étouffant la faune marine, forêts primaires rasées pour planter du soja destiné à fabriquer de l’essence « bio », réouverture de vieilles et très polluantes mines et usines de production de courant électrique à base de charbon pour alimenter en courant électrique nos futures voitures « propres et bios », dénaturation des dernières sociétés humaines originelles comme le peuple Zo’é en Amazonie sauvé in-extremis et qu’a magnifiquement photographié Salgado, chasse des derniers tigres pour leur fourrure et des éléphants pour leur ivoire, destruction des forêts où survivent nos derniers « cousins » les chimpanzés Pan et les Bonobos, et les Gorilles, etc. Bref, il y a mille et une autre choses plus importantes que Vivian Maier. Mais apprécier la beauté, quelle que soit sa nature, nous aide à aimer la beauté en général, dont celle – essentielle – de la Nature qui nous a permis d’évoluer et de faire la différence entre un selfie des joueurs de l’équipe de France au Mondial de foot et une photographie iconique.

Black Coal

2014/06/19

Rare film chinois qui ne parle pas d’art martiaux, ni du « glorieux passé » chinois, et qui en plus a eu l’ours d’or du meilleur film et l’ours d’argent du meilleur acteur à Berlin cette année, le film « Black coal » devait forcément être intéressant. Il le fut. Mais pas vraiment un film parfait à mon avis. En effet, il m’a semblé que, de temps en temps, on sentait que c’était joué, en particulier pour les collègues policiers du personnage principal. Et je n’ai pas aimé la fin.
(Attention, je divulgue plein de choses ci-dessous)
Mais, bon, il est étrange que la censure chinoise ait laissé sortir ce film… Car ce qu’il montre, c’est rien de moins que les bas-fonds de la Chine et l’impact sur le peuple d’en-bas du pouvoir que prennent ceux qui se sont enrichis. C’est donc un film critique de ce qu’est devenu la Chine : un monde à plusieurs vitesses, où chacun essaye de grimper, en écrasant les autres. D’autre part, à part le policier qui meurt de son humanité, tous les personnages sont des paumés. Et le « héros », Zhang, au lieu de trouver en la femme, Wu, une possibilité de trouver ce qui lui manque : de l’amour, l’utilise pour essayer d’être réhabilité. D’autre part, ce « héros » est un macho fini qui ne voit en les femmes qu’un corps à utiliser pour soulager ses besoins sexuels. Le film critique ainsi un monde où l’homme écrase encore la femme, même si, en Asie, j’ai l’impression que c’est moins dur qu’ailleurs, que dans les pays musulmans par exemple. Le découpeur d’hommes, celui que la police recherche et abat, n’a fait que venger sa femme, qui s’est défendue de son maître-chanteur, avant d’enfermer celle-ci dans ses filets, l’empêchant de se reconstruire avec d’autres hommes. En plus, l’action étant filmé essentiellement en hiver, la nuit, cela donne l’envie de ne JAMAIS aller en Chine, tellement c’est glacial, insupportable.
Enfin, du fait que les expressions du visage des Asiatiques sont légèrement différentes de celles que nous Occidentaux utilisons, du fait que nous méconnaissons la culture chinoise et asiatique et les significations de tel expression ou geste ou soupir, et du fait que le film est sous-titré et qu’il manque sûrement plein de détails, le public non-chinois perd sûrement des pistes pour en comprendre ses subtilités. Tradutore, traditore.

Néanmoins, en conclusion, ce film est une ouverture pour comprendre la Chine réelle, et une dénonciation de ce qu’elle est devenue : sale, triste, avec certains qui écrasent les autres, et toujours la surveillance étatique de ceux qui pourraient se révolter ou qui ne sont pas comme les autres.

Bref : un film à voir !

Pourquoi les femmes des riches sont belles

2014/05/01

« Pourquoi les femmes des riches sont belles » est un livre de psychologie évolutionniste, ou evopsy en anglais. Ce livre parle, en se basant sur de nombreuses et très scientifiques recherches, des relations hommes-femmes, vues au travers de l’outil de la psychologie évolutionniste, qui consiste à déterminer pourquoi certaines particularités physiques et psychologiques ont été choisies par l’évolution.
J’avais déjà lu plusieurs livres de ce genre, mais jamais un qui soit autant basé sur des études scientifiques. Avec beaucoup d’humour (mais qu’en pense donc son épouse ?), l’auteur nous fait comprendre les mécanismes qui influent (sans que nous en ayons conscience) sur nos choix de partenaires (pour un soir ou pour la vie). Lors de l’évolution de nos lointains ancêtres, des comportements ont permis la transmission de gènes, alors que d’autres n’ont pas eu de descendance. Ces comportements ayant « réussi » ont donc été sélectionnés. En lisant le livre, on apprend pourquoi les femmes occidentales ont la peau si blanche, par exemple. On apprend aussi que, parce que de lointains ancêtres ont (comme les Bonobos ou les chimpanzés) vécu dans la promiscuité sexuelle, cela a entraîné des modifications importantes chez les organes sexuels des humains : vagin profond et verge longue et large, verge extracteur de sperme, etc. Ce fut la « guerre du sperme » ! Et bien d’autres choses qui nous permettent de nous voir autrement, et de prendre conscience que nous sommes, parmi tous les mammifères, les plus portés à la lubricité qui soient, à part les Bonobos (mais ceux-ci trichent, car ils ont un os pénien…). Vous y apprendrez aussi, bien sûr, pourquoi les femmes préfèrent les hommes riches que pauvres, pourquoi la ménopause existe (rare chez les mammifères), etc. Je n’ai pas tout retrouvé de ce que mes précédentes lectures m’avaient appris, mais ce livre explique les hypothèses évolutionnistes de ce qui a créé ce que nous sommes aujourd’hui : des êtres vivants adaptés à un monde qui n’existe plus et donc inadaptés à ce monde actuel. Mais l’évolution continue !
Et, en conclusion, si les rédacteurs de la Bible avaient lu « Pourquoi les femmes des riches sont belles » avant, ils ne l’auraient pas écrite ! Na !

Ailleurs, dans le monde

2014/03/08

Ailleurs, dans le monde, mère et fille chez elles : une belle série de photos.

Yungchen Lhamo

2013/12/14

Je marchais quelques pas en arrière de ma fille, dans une longue mais étroite rue « branchée » de Singapour (c’est-à-dire ressemblant à n’importe quelle vieille petite rue commerçante piétonne du sud de l’Europe, avec de petites arcades, mais rectiligne), où se sont installés récemment de nombreux petits commerces hétérogènes (boutiques, coiffeurs, restaurants, esthéticiens, etc) de chaque côté de la rue, dans des maisons anciennes et semblables d’un étage, lorsque, de l’autre côté du stand de Yoga qui s’était installé dans les cinq mètres de largeur de la rue, j’entendis les premières notes de – je l’apprendrai quelques instants plus tard – la chanson « Per Rig Chog Sum », suivies assez rapidement d’une magnifique voix féminine, mais grave et lente. Laissant ma fille continuer et lui faisant un petit signe de la main, je contournai les limites du tapis de Yoga pour chercher d’où venait la musique. Je vis ce qui, autrefois, devait être un magasin, et qui en conservait la grille de fer avec sa barre au sol dans laquelle je me pris le pied, et qui avait été transformé en petit bar, étroit, mais profond et sombre, manifestement indien, et je demandai au jeune serveur à la peau sombre et douce, sans doute le propriétaire, quelle était cette musique. Il me demanda de le suivre vers l’arrière de l’ancienne boutique et, sous un vieil escalier en bois, il me désigna un vieil IPod et, après quelques rapides manipulations, il me montra l’écran où s’étaient inscrits des mots sans – pour le moment – signification pour moi, manifestement la transcription en caractères latins d’une langue orientale, à part le titre de l’album : « Coming Home ». Je pris rapidement en photo l’écran, remerciai le jeune homme pour sa gentillesse, et ressortis rejoindre ma fille.
Ce n’est que plusieurs jours plus tard, enfin rentré chez moi après ce périple de 25 jours en Asie du Sud-Est, que je pus, en retrouvant la photo parmi les 3700 photos rapportées, découvrir le nom de cette chanteuse à la voix particulière : « Yungchen Lhamo« , une femme tibétaine qui, comme beaucoup d’autres, a fui son pays sous l’oppression chinoise pour se réfugier en Occident, où elle peut, enfin, chanter en toute liberté et déclamer sa tristesse et sa colère sourde, dans des textes qui me sont incompréhensibles mais qui, chantés ainsi calmement et avec une telle voix – comme dans « Happiness Is… » – exceptionnelle, me touchent profondément malgré tout, devinant tous les malheurs et souffrances cachés derrière. Ce CD « Coming Home » tourne en ce moment-même sur ma platine et, peu à peu, je m’habitue aux tonalités tibétaines et bouddhistes des autres chansons, mélange de traditions tibétaines et d’instruments divers, avec Peter Gabriel jouant de « bourdons », rappelant parfois certains passages de la musique du « 5ème élément », ou bien me rappelant ce moine qui – dans le plus beau temple de Luang Prabang, et après qu’un novice eut frappé le gong – jouait avec ses mains à faire chanter les vibrations en caressant le gong, et produit par Hector Zazou, artiste français iconoclaste et mort hélas depuis, ayant produit le fameux CD « Chansons des mers froides » où chante Björk et dont la plus belle chanson, absolument insupportable pour le commun des mortels, est « Annukka Suaren Neito« , qui donne la nausée à tous ceux à qui je la fais entendre mais qui, mélange également de traditions millénaires diverses et d’instruments électroniques modernes, vous prend aux tripes et qu’il est impossible ensuite d’oublier.
La vie est donc faite de hasards, que l’on provoque en sortant de chez soi, pas forcément loin, et en se mêlant à la vie, en ville pour multiplier les hasards, ou en campagne pour les rendre plus profonds peut-être. Hasards que l’on est libre de laisser filer, en poursuivant son chemin car inquiet ou pressé, ou bien d’attraper, comme un papillon, l’espace d’un moment, pour le regarder avec suffisamment d’attention pour se le remémorer plus tard et prolonger et faire fructifier peut-être cette rencontre, avant de le relâcher.
Il en va ainsi de nos vies, souvent trépidantes, et qui nous empêchent parfois de prendre le temps de regarder de près ce hasard, imprévu par nature, qui interrompt le cours « ordinaire » de nos vie et peut la faire basculer, la faire prendre une toute autre direction, que l’on n’imaginait pas. Je suis volontaire pour consacrer du temps à ces rencontres, musicales ou humaines, pour leur permettre de se montrer vraiment à moi, pour me permettre d’aller vers elles, avec toute mon imperfection et mes folies « ordinaires ». Parfois, bien sûr, la rencontre est décevante, ou bien l’on n’arrive pas à se détacher de ce que l’on pense être « beau » ou « bon », mais qui ne sont bels et bons que par ce que nos précédentes rencontres et nos choix précédents ont fait de nous, ou bien parce que la vitesse du moment nous empêche de nous arrêter, façon aimable de dire que nous n’avons pas le courage d’interrompre le cours forcené de notre vie pour « prendre le temps », ou bien parce que nous sommes « absent » de nos vie à cause de la fatigue que nous subissons. Il me semble donc qu’il faut être « ouvert » à tous les hasards, à toutes les rencontres, leur consacrer un minimum de temps, mettre de côté pour un moment ce qu’on croit savoir du monde et des Hommes, pour voir au-delà des apparences et prendre le temps de découvrir et de s’adapter à cette nouveauté, qui risque bien de nous transformer, de faire naître de nous un autre futur que celui que nous anticipions, que nous planifions, que nous bétonnions, pour nous rassurer, pour avoir l’impression de décider de ce que sera la suite de nos vies, au lieu d’être « ouvert » à la nouveauté, d’avoir le courage de s’enfoncer dans l’inconnu et peut être voir la vie d’une façon radicalement opposée à ce qui jusque là étaient nos convictions, peut-être simplement à cause d’une forte mais minuscule lumière au milieu d’ombres inquiétantes qui semblent des dragons, nés de notre imagination et de nos craintes. Souvent bien sûr, hélas, la vie trépidante que nous menons, ou des moments complexes, nous empêche de « prendre le temps » et d’approfondir ou de « réaliser » ce hasard, comme lorsque – dans la fin du film « La vie d’Adèle » – ce jeune homme charmant et timide, retenu dans la fête par des connaissances trop bavardes, sort bien après Adèle de l’exposition et, au moment de choisir si, par manque de temps et ne la voyant plus, il ira la chercher à droite ou à gauche, il court dans la mauvaise direction et s’éloigne d’elle. Peut-être, finalement, se retrouveront-ils, chacun ayant fait la moitié du pâté de maison ? chacun s’étant éloigné de l’autre pour de multiples raisons avant de se rencontrer de nouveau et se parler vraiment, pour se découvrir, pour se parler « en vérité », pour permettre à l’autre de parler et d’avouer ses peurs, ses douleurs, ses hontes, ses craintes ou ses espoirs, pour prendre le temps et la peine de l’écouter et le découvrir, dans sa vérité et sa beauté intimes camouflées par différents masques, erreurs, ou bêtises, trop humaines.