Archive for the ‘Ecologie’ Category

Pierre Rabhi : Vers la sobriété heureuse

2016/09/16

Je viens de lire ce livre « Vers la sobriété heureuse » de Pierre Rabhi.

À force d’entendre parler de lui, il fallait bien le lire, non ?

Son livre est … décevant.

Je suis d’accord avec lui que la croissance va forcément se heurter à un mur et qu’il faut donc choisir un autre mode de vie : la sobriété. Mais son livre ne dit RIEN des moyens à mettre en oeuvre pour qu’un pays ou une région s’y prépare. Il ne dit RIEN non plus sur la réalité de la possibilité de nous évader de ce monstre qui fonce, de plus en plus vite, vers le mur. Il ne dit RIEN non plus sur les conséquence psychiques et les efforts énormes d’adaptation que cela va requérir pour les hommes et les femmes les plus éloignés de la sobriété. Il ne dit RIEN non plus sur tous les lieux où, encore, des hommes et des femmes vivent d’une façon sobre et pérenne.

Sa vision du passé est « gentille » : tout était mieux AVANT. Dans son ignorance, il ne sait même pas que le passage de chasseur-cueilleur à paysan et éleveur a été une catastrophe pour les hommes et femmes, même si cela a lancé les « civilisations ». Il encense l’homme cultivateur et tous les peuples qui, comme les indiens d’Amériques d’avant et les aborigènes d’Australie, vivaient « en harmonie avec la Nature ». Foutaises. Les hommes, une fois arrivés en Amériques et en Australie, ont tout de suite commencé à exterminer les animaux génants car géants : la Mégafaune. Par exemple, le cheval, réintroduit par les espagnols dans les Amériques, avait été éliminé par les premiers hommes d’Amériques plusieurs milliers d’années auparavant. Et l’Australie d’il y a 500 ans n’avait RIEN à voir avec l’Australie d’avant l’arrivée des hommes, hormis les lieux impénétrables. La VRAIE vie heureuse, celle la plus proche de notre nature animale, c’est celle des tribus de chasseur-cueilleurs, toujours en exploration et découverte, et en destruction de la Nature aussi… Les agriculteur et éleveurs sédentaires ont rapidement souffert de maladies et de famines que ne connaissaient pas leurs ancêtres. Sans parler du pouvoir créé par des villages et villes de plus en plus grosses et volé par quelques uns.

D’autre part, sa pensée est toujours sous-tendue par la religion. Né dans l’islam tranquille d’une Oasis, adopté puis catolicisé par des Français, sa façon de penser est polluée par Dieu (dont le nom revient de nombreuses fois dans son livre) et par la « Création ». Les personnes de ce genre, aussi gentilles soient-elles, n’ont pas une vision RÉELLE du monde qui nous entoure. L’idée magique d’un Dieu, de la création, d’une vie possible après la mort, est insupportable et fait craindre que sa pensée ait été déformée et que les idées qu’il professe soient tachées de façon originelle.

Quant à être « heureux » parce que sobre, il n’en fait jamais l’analyse.

Bref, c’est bien que ce monsieur parle de sobriété. Mais son livre consiste à dire : la sobriété, c’est Bien ! Et tout le reste n’est que du bavardage vantant le but, sans jamais rentrer dans le coeur du sujet. Un livre superficiel. Mais TRÈS bien écrit, avec de grandes formules, très belles, mais très vide d’analyse… De la propagande naïve et gentille. Il en faut.

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Le massacre s’accélère

2015/10/24

Et pendant que Mme Boutin se fait condamnée pour des insultes stupides, la destruction de la Terre continue. En Indonésie, on brûle les forêts primaires. Pour quelques centaines de millions d’€uros de bénéfice pour quelques personnes, on détruit la potentialité et la beauté de milliers d’espèces végétales et animales et on asphyxie les populations humaines et animales. Le massacre de notre monde continue. Bientôt, il ne nous restera plus que les yeux pour pleurer. Bientôt, en tous points de la planète, on ne trouvera plus que quelques espèces d’animaux, transformées en machines à produire de la nourriture ou de la peau : vaches, cochons, chèvres, moutons, poules, lapins, etc. La vie sauvage ne résistera plus qu’en de rares endroits, inaccessibles à l’homme, mais accessibles à ses engeances : lapins, rats, chat, maladies. La Mégafaune a disparu du monde, exterminée par nos ancêtres chasseurs-cueilleurs (des animaux géants dont vous n’avez pas idée habitaient la Terre il y a tout juste 100.000 ans !). Le massacre continue aujourd’hui. L’Homme élimine toutes les grosses bêtes : éléphants, rhinocéros, baleine, etc. C’est vrai qu’elles prennent beaucoup de place… Mais, en plus d’être belles, elle font partie d’un écosystème, et elles y ont leur rôle : disperser les graines et répandre leur fumier sur les terres ingrates. Nous sommes en train de massacrer notre Terre. Il n’y a pas de plan B. L’Homme ne pourra vivre sur Mars que comme un rat ou un cafard. Je plains la vie de mes petits-enfants. Mais, bon, rassurons-nous quand même : dans 1000 ou 10.000 ans, une fois que l’Homme se sera auto-détruit, et même s’il aura ravagé la Terre, celle-ci, 1, 10, ou 100 millions d’années plus tard, saura faire renaître la vie, dans toute sa diversité et sa splendeur. 100 millions d’années : ce n’est que 2% de l’âge de la Terre finalement : une paille !

Après nous ? Ben, apparemment, tout le monde s’en fout.

Mort à Apple !!!

2015/02/11

Ce soir, je suis passé à la FNAC pour enquêter sur l’achat d’une tablette me permettant, en voyage, de lire mon mail, les news, et taper du texte. Bien sûr, Apple, vus les prix débiles pratiqués, n’est pas une option, même si j’ai les moyens. Parmi les questions que j’ai posées : le temps de chargement, le temps d’utilisation avant de recharger, la durée de vie de la batterie, le changement de la batterie ! Et, là, j’ai appris que, pour imiter Apple, tous les constructeurs rendent impossible le changement de la batterie, lorsqu’elle n’en peut plus. Lorsque la batterie est usée, impossible d’ouvrir la bête, sinon en risquant de casser l’écran. Bref, alors que tout marche bien encore sauf la batterie, qui – tout à fait normalement – a une durée de vie limitée, il faudrait changer de tablette ! Et tout ça pour imiter le modèle économique de ces cons d’Apple ! Déjà qu’Apple nous vend (cher) des solutions à des problèmes que nous n’avions pas avant. Déjà qu’Apple fait 30% de marge sur ses produits. Déjà qu’Apple optimise ses impôts en enculant nos Etats. Déjà qu’Apple accélère le renouvellement (inutile) de produits (inutiles) par un marketing super-efficace sur le cerveau à 80 de Q.I. de tous ces débiles qui ne peuvent qu’acheter Apple, voilà-t-y pas que, en plus de programmer l’obsolescence de leurs merdes à plus de 600€ minimum sinon le double, ils imposent à tous leurs concurrents d’accélérer le gaspillage des ressources naturelles et d’accélérer le massacre écologique pour produire tous les matériaux rares et coûteux qui composent un ordinateur ! Et sans même organiser la collecte et la récupération de tous ces téléphones et tablettes que les gens stockent ou jettent dans leur poubelle ! Connard d’Apple ! Mort à Apple !!!
Pour me calmer, je vais me passer un CD (acheté il y a 20 ans) sur ma chaîne HiFi, dont l’amplificateur (Luxman) et les enceintes (Cabasse) ont été achetés (en promo) il y a … 31 ans et qui marchent toujours parfaitement bien. Na !

Tirer le meilleur de chaque enfant

2013/10/06

L’Ecole d’aujourd’hui, c’est le nivellement par le bas. Pour satisfaire à une lubie de justice sociale, on impose à tous les enfants un même parcours, un même rythme. Or tous les enfants sont différents. Et certains enfants, à force de s’ennuyer à écouter des cours qu’ils maîtrisent déjà ou qu’ils comprennent sans effort, finissent par perdre toute capacité, toute envie : ils s’étiolent. Sans même parler d’enfants avec autisme, certains enfants sont intéressés, voire passionnés, par des sujets : histoire, français, mathématiques, etc, et n’ont aucun goût pour d’autres matières. « Passion » : le mot est lâché : lorsqu’on est passionné, on peut (presque) tout. Certes, il ne faut pas oublier la « culture générale » et toutes les matières qui permettront à chacun de trouver sa place dans la société, mais l’éducation devrait s’adapter aux enfants et leur permettre d’évoluer à leur rythme, rapide pour certaines matières, et lent pour d’autres. Mais aller lentement ne veut pas dire qu’on n’ira pas en haut de la montagne. Bien sûr, il faut aussi contraindre les enfants à dépasser leur paresse et à se battre contre les tentations de l’époque (zappings divers), mais la passion et l’envie devrait être au coeur de l’éducation. Sauf que… c’est pas facile. Cela voudrait dire que chaque professeur s’intéresse à chaque élève et établisse un « vrai » contact avec lui, lui permettant de comprendre les freins qui le bloquent parfois pour certaines matières. Cela voudrait dire d’établir des classes homogènes dans des collèges/lycées hétérogènes (au lieu de l’inverse actuellement…). Cela voudrait dire beaucoup de changements ! Or la France a peur de bouger, de changer.Et, surtout, jamais elle ne va voir ce qui se passe ailleurs, à l’étranger. Car, bien sûr, nous Français, nous sommes supérieurs aux autres ! Mais bien sûr ! Ha ha ha !! Notre « glorieux » passé est … bien passé. Nous ne sommes plus qu’une goutte d’eau dans le monde. Certes, nos mathématiciens sont parmi les meilleurs au monde, et nous sommes riches de nombreux fromages ! Mais y’a pas que ça dans la vie !
Allez, bon dimanche après-midi !

La Beauté… de la Nature

2013/06/29

La Beauté nous aide à vivre. Elle nous est indispensable. Beauté des dessins, peintures, paysages, moments, visages, intérieurs, films, photographies, … nous avons besoin de Beauté autour de nous, pour nous rasséréner. Sinon, la vie devient invivable. Et la Beauté de la Nature nous est essentielle : forêts, campagne, oiseaux chantants, vent dans les feuilles, soleil sur les fleurs, etc. Elle nous est mystérieuse et grandement inconnue : en voyageant, il y a toujours à découvrir, à s’esbaudir. Et nos enfants sont toujours émerveillés par des animaux d’autres pays que jamais ils ne verront : lions, tigres, girafes, kangourous, baleines, etc. Alors, un jour, s’il ne reste que des cafards et des rats comme animaux sauvages autour de nous, c’est que nous aurons déjà disparu en tant qu’être humain. Les feux de forêt à Sumatra, c’est la disparition des Orang-Outans, nos cousins, l’une des dernières preuves, criarde, de notre animalité. Lorsque, après la disparition dans les millénaires passés de nos frères hominidés, auront disparu nos cousins primates, nous seront définitivement coupés de cette Nature qui nous a vus sortir des forêts, nous dresser, et donc naître en tant qu’être humain. Alors que cette « humanité » qui nous rend si fiers, nous la partageons déjà avec nombre d’espèces qui possèdent, comme nous, quasiment tout ce qui nous permet de nous qualifier comme « uniques ». IL n’y a peut-être qu’une caractéristique qu’ils possèdent moins que nous : la connerie. Et encore… les Chimpanzés font de la politique, des guerres, des meurtres : ils sont aussi humains que nous…

Chauve-souris

2013/03/01

Le printemps approche. Hier soir, vers 18h, une chauve-souris est venu voleter devant les fenêtres. Le 28 janvier février ?!! Je crains que la pauvre bête se soit faite trompée par les températures douces actuelles, et que sa sortie infructueuse (pas d’insecte en ce moment) ne lui ait coûté la vie, en épuisant ses dernières réserves.
J’aime bien le vol hasardeux des chauves-souris, très différent du vol linéaire des oiseaux.

Ils sont comme nous

2012/12/19

« Ils », ce sont les grands singes, nos cousins, primates évolués comme nous. En tous points comme nous.

Nous, européens, puis occidentaux, avons une vision « particulière » du monde. On nous éduque en nous faisant croire que la Grèce et Rome ont été le centre du monde et que, héritiers de ceux-ci, notre civilisation est supérieure aux autres civilisations, que nous avons dominées, colonisées, abimées, dénaturées, ou détruites totalement. Que nenni. Notre façon de voir le monde est centrée sur notre nombril. Ainsi, dans « Philosophie Magazine », on y continue à rabâcher les mêmes trucs sur les philosophes de notre civilisation, oublieux des autres philosophies, principalement en Asie et non polluées par le monothéisme. Idem pour le regard que nous avons sur nos cousins les grands singes. La naissance de la culture judéo-chrétienne s’est faite loin des contrées où vivaient encore des grands singes, dans l’ignorance de leur existence. Cela a forcément dû contribuer à cette idée absurde, réductrice, dualisante, et anthropomorphique, d’un Dieu unique à visage humain. Alors que, dans d’autres civilisations qui ont côtoyé de tels grands singes, il y avait une preuve évidente que d’autres êtres, dits animaux, nous étaient très semblables (au point même qu’il arrive parfois qu’un Orang-Outan viole une femme…). Egalement, comme nos ancêtres ont côtoyé l’Homme de Néanderthal, les ancêtres d’autres civilisations ont côtoyé des cousins qui étaient encore plus proches de nous que les grands singes survivants, comme l’Homme de Florès sans doute. Ce n’est que TRÈS récemment que des grands singes sont arrivés en Europe et ont pu être vus et étudiés, mais si peu. Car, face à ce visage et à ce regard quasi-humains, les hommes, et les autorités religieuses sûrement, ont dû être bien embêtées. De telle sorte que ce n’est que depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale qu’on s’est rendu compte que ce que nous croyons être le « propre de l’Homme » est aussi partagé par les grands singes : chimpanzés, bonobos, orang-outans, gorilles. Ils possèdent, comme nous, la culture, l’amitié, même l’amour dans un couple, les outils, le mensonge, la farce, la connaissance des médicaments, les guerres, l’empathie et une amorce de compassion, l’amour du sexe, le besoin fondamental de vivre en groupe, les clans et la politique, etc. Même le rire. Le rire n’est pas le propre de l’Homme, je l’avais déjà dit ici. Mais je pensais qu’ensuite les larmes seraient le dernier bastion de ce qui différencierait l’Homme de l’Animal. Mais même pas. Pour le rire : prenez une peau de léopard et essayez de vous camoufler dedans et aller vous promener devant la troupe de chimpanzés que vous étudiez : ils éclatent de rire ! Pour les larmes, observez un vieil orang-outan dans une ménagerie et qui reçoit la visite de sa gardienne dans sa ménagerie précédente : la femme pleure à chaudes larmes devant les grilles, tandis que l’orang-outan est dans un coin de la cage et manifeste tous les symptômes dits humains de la tristesse et des larmes. Des gorilles et des chimpanzés ont appris le langage des signes, et l’ont parfois transmis à leurs petits. Il y a même une orang-outan célèbre qui a pris goût à faire des noeuds, pour le plaisir, et jamais pour recevoir des récompenses : Wattana.

Wattana

Alors, s’ils sont comme nous, pourquoi ne sont-ils pas protégés comme tout être humain le devrait ? Leurs forêts sont détruites pour faire pousser des palmiers à huile, ils sont encore chassés pour leur chair ou pour faire des cendriers avec leurs mains, ils sont capturés jeunes (en tuant la mère) pour être vendus en ménageries, etc. Etudier nos plus proches cousins me semble bien plus important que d’aller fouler le sol de Mars. Lancer un programme d’éducation des plus aptes de ces grands singes, afin d’élever leur capacité à communiquer, avec nous et entre eux, afin de voir naître une nouvelle culture (forcément hélas imprégnée de la nôtre), cela me semble bien être une mission plus importante que Mars. Car, en comprenant ce que nous partageons avec eux, en les traitant d’égal à égal, nous détruirions cette idée débile qui nous ronge : notre soi-disant supériorité et notre soi-disant origine divine. Nous sommes tous des animaux. Comprendre comment fonctionnent nos plus proches cousins est un moyen formidable pour mieux se connaître nous-mêmes. Et, bien sûr, après avoir détruit les statues de Bouddha d’Afghanistan, des fanatiques se mettraient en tête d’éliminer les dernières preuves vivantes de l’aberration des religions monothéistes basées sur une origine divine de l’Homme. Le Dieu Unique né quelque part chez le peuple juif il y a environ 23 siècles (si je me souviens bien) est un poison, qu’il faut éradiquer. Ca n’en prend pas le chemin, hélas…

Pour aller au coeur de l’Homme, il faut donc savoir s’en éloigner, étudier les grands singes, nos cousins, comme le fait le primatologue Franz de Waal. Ensuite, en nous regardant de nouveau, nous verrons plus clairement encore que ce que nous croyons unique en nous ne l’est que par un certain seuil : les grands singes sont comme nous, à un moindre degré parfois, et il suffirait de pas grand chose pour qu’ils créent une civilisation proche de la nôtre. Ce qui me rappelle un film célèbre ! où les singes parlent (ce qui leur est impossible) et pensent surtout (ce que le langage des signes peut leur donner à un niveau très proche du nôtre), mais dont le nom m’échappe ! 😉

Kokopelli

2012/07/17

Allez signer !!! 🙂

L’association Kokopelli préserve et vend des semences de plantes agricoles rares et anciennes, ce qui permet de conserver des variétés parmi lesquelles un jour on pourra piocher des gènes pour lutter contre un nouveau parasite ou un champignon. Bref, Kokopelli protège la biodiversité ! Mais les grands semenciers ont décidé de tuer le petit, en l’accusant de ne pas respecter une règle idiote (mais extrêmement coûteuse) : faire enregistrer chaque variété dans LE registre obligatoire, ce qui est hors des moyens de Kokopelli.
La Cour de justice de l’Union Européenne vient de condamner Kokopelli, qui doit payer 100.000€ à une société qui fait 2M€ de bénéfice annuel.
Venez signer la pétition d’AVAAZ ! Pour préserver le futur de nos enfants (voire le nôtre, peut-être…).

Pétition AVAAZ 1

Signez aussi celle-là ! Pour protéger définitivement Kokopelli contre d’autres procès iniques.
Dans le monde entier, des industriels imposent leurs semences aux paysans, qui doivent les racheter chaque année car les graines ne sont pas fertiles. Ces paysans deviennent dépendants de « produits » qui sont parfois inadaptés à leurs champs, ruinant leurs récoltes.
Pétition AVAAZ 2

Synesthésie

2011/12/11

J’ai écouté une partie de l’émission « Sur les épaules de Darwin » de Claude Ameisen sur France-Inter hier. Certes, sa façon de parler est agaçante… mais cette émission était super-intéressante ! Comme souvent d’ailleurs.

La synesthésie, c’est un mélange de nos sens, comme lire et que les lettres ont des couleurs, ou écouter de la musique et la sentir dans son corps, ou dire que les mercredis sont bleus, ou comme cette musicienne qui distingue parfaitement la distance entre les notes sauf si elles sont distante d’un octave exactement, ou ces personnes qui sont sensibles aux pulsations d’un mouvement rythmique et les mémorisent bien mieux que les gens « normaux ». Cela me semble un enrichissement, une complexité supplémentaire, qui permet (comme pour Nabokov) de mieux mémoriser les événements de la vie. Ainsi, lire, c’est-à-dire créer des voix et du sens, est une forme (apprise) de synesthésie. Et, quand on regarde quelqu’un parler, on crée aussi des émotions en fonction de ses expressions, grâce à nos neurones-miroirs. Et il y a les musiciens qui, à force de travailler la musique, sont capables de comprendre la subtilité des émotions humaines rien qu’en écoutant quelqu’un parler.

Sur la page consacrée à cette émission, il y a une liste de références, dont un nouveau livre d’Oliver Sacks : « L’oeil de l’esprit », à paraître en 2012.

Sinon, dans Le Point, un article sur un livre « Dépasser Darwin » de Didier Raoult. Je n’ai pas bien aimé, car le titre du papier est « Et si Darwin s’était trompé… ». Freud s’était trompé, et a trompé des milliers de personnes, qui s’auto-trompent maintenant, en vieux éléphants dépassés et arriérés. Mais Darwin n’a fait que lancer une idée, révolutionnaire à l’époque, et à la mesure des connaissances de l’époque, et pour laquelle il a apporté des milliers de preuves scientifiques, qu’il s’agit de faire évoluer et d’adapter aux connaissances nouvelles. C’est un peu comme Newton : ses lois sont toujours valides pour la vie de tous les jours ; mais, dès qu’on s’intéresse à l’infiniment petit ou aux vitesses proches de celle de la lumière, cela ne marche plus. C’est pareil pour Darwin, me semble-t-il. D’ailleurs, même si je ne les ai pas toutes notées, il y a des phrases de Didier Raoult qui montrent qu’il n’a pas (bien) lu Darwin. Ainsi, il dit : « L’arbre darwinien n’existe pas. C’est un fantasme. L’idée du tronc commun avec les espèces qui divergent comme des branches est un non-sens. Un arbre de la vie, pourquoi pas, mais alors planté la tête en bas, les racines en l’air ! » Je ne comprends pas très bien… Au tout début de son voyage dans ses idées, Darwin avait dessiné un arbre ; puis, plus tard, il avait regretté l’image et aurait préféré un corail, dont seules les extrémités sont vivantes. Il ne pouvait pas imaginer, ne connaissant même pas alors le support génétique des espèces, que ces gènes pouvaient être échangés. D’autre part, Raoult interprète les idées de Darwin, en disant : « L’évolution vue par Darwin était forcément avantageuse : la sélection fait progresser les espèces, et tout évolue vers le meilleur, tout s’améliore. Darwin était trop optimiste. Les organismes survivants ne sont pas meilleurs que les autres, ils n’ont pas de meilleurs raisons de survivre. » Je ne comprends pas… Darwin ne faisait que dire que, dans un environnement donné (un éco-système), certaines espèces se développent plus que d’autres parce qu’elles utilisent mieux les ressources disponibles, aux dépends des autres espèces. Ainsi, si nos frères hominidés ont disparu, c’est plus par compétition alimentaire dans un éco-système que par destruction volontaire. Il dit aussi : « Une espèce qui a perdu la guerre du vivant à une époque et dans un contexte donné aurait pu la gagner en d’autres temps et d’autres lieux. » Darwin ne dit pas autre chose ! Je pense que Monsieur Didier Raoult devrait relire Darwin. Au lieu d’en abattre l’arbre, il devrait montrer là où l’ignorance de Darwin (1870 !!) l’a empêché de voir la complexité du vivant telle qu’on continue à la découvrir aujourd’hui et demain.

Faut arrêter de rêver au bonheur

2011/04/18

Fred Vargas – 7 novembre 2008

Nous y voilà, nous y sommes.

Depuis cinquante ans que cette tourmente menace dans les hauts-fourneaux de l’incurie de l’humanité, nous y sommes. Dans le mur, au bord du gouffre, comme seul l’homme sait le faire avec brio, qui ne perçoit la réalité que lorsqu’elle lui fait mal.

Telle notre bonne vieille cigale à qui nous prêtons nos qualités d’insouciance. Nous avons chanté, dansé. Quand je dis « nous », entendons un quart de l’humanité tandis que le reste était à la peine.

Nous avons construit la vie meilleure, nous avons jeté nos pesticides à l’eau, nos fumées dans l’air, nous avons conduit trois voitures, nous avons vidé les mines, nous avons mangé des fraises du bout monde, nous avons voyagé en tous sens, nous avons éclairé les nuits, nous avons chaussé des tennis qui clignotent quand on marche, nous avons grossi, nous avons mouillé le désert, acidifié la pluie, créé des clones, franchement on peut dire qu’on s’est bien amusés.

On a réussi des trucs carrément épatants, très difficiles, comme faire fondre la banquise, glisser des bestioles génétiquement modifiées sous la terre, déplacer le Gulf Stream, détruire un tiers des espèces vivantes, faire péter l’atome, enfoncer des déchets radioactifs dans le sol, ni vu ni connu. Franchement on s’est marrés. Franchement on a bien profité. Et on aimerait bien continuer, tant il va de soi qu’il est plus rigolo de sauter dans un avion avec des tennis lumineuses que de biner des pommes de terre. Certes.

Mais nous y sommes.

A la Troisième Révolution. Qui a ceci de très différent des deux premières (la Révolution néolithique et la Révolution industrielle, pour mémoire) qu’on ne l’a pas choisie.

« On est obligés de la faire, la Troisième Révolution ? » demanderont quelques esprits réticents et chagrins.

Oui. On n’a pas le choix, elle a déjà commencé, elle ne nous a pas demandé notre avis. C’est la mère Nature qui l’a décidé, après nous avoir aimablement laissés jouer avec elle depuis des décennies. La mère Nature, épuisée, souillée, exsangue, nous ferme les robinets. De pétrole, de gaz, d’uranium, d’air, d’eau.

Son ultimatum est clair et sans pitié : Sauvez-moi, ou crevez avec moi (à l’exception des fourmis et des araignées qui nous survivront, car très résistantes, et d’ailleurs peu portées sur la danse).

Sauvez-moi, ou crevez avec moi. Evidemment, dit comme ça, on comprend qu’on n’a pas le choix, on s’exécute illico et, même, si on a le temps, on s’excuse, affolés et honteux. D’aucuns, un brin rêveurs, tentent d’obtenir un délai, de s’amuser encore avec la croissance.

Peine perdue. Il y a du boulot, plus que l’humanité n’en eut jamais. Nettoyer le ciel, laver l’eau, décrasser la terre, abandonner sa voiture, figer le nucléaire, ramasser les ours blancs, éteindre en partant, veiller à la paix, contenir l’avidité, trouver des fraises à côté de chez soi, ne pas sortir la nuit pour les cueillir toutes, en laisser au voisin, relancer la marine à voile, laisser le charbon là où il est –attention, ne nous laissons pas tenter, laissons ce charbon tranquille- récupérer le crottin, pisser dans les champs (pour le phosphore, on n’en a plus, on a tout pris dans les mines, on s’est quand même bien marrés).

S’efforcer. Réfléchir, même. Et, sans vouloir offenser avec un terme tombé en désuétude, être solidaire.

Avec le voisin, avec l’Europe, avec le monde.

Colossal programme que celui de la Troisième Révolution. Pas d’échappatoire, allons-y. Encore qu’il faut noter que récupérer du crottin, et tous ceux qui l’ont fait le savent, est une activité foncièrement satisfaisante. Qui n’empêche en rien de danser le soir venu, ce n’est pas incompatible. A condition que la paix soit là, à condition que nous contenions le retour de la barbarie, une autre des grandes spécialités de l’homme, sa plus aboutie peut-être.

A ce prix, nous réussirons la Troisième révolution. A ce prix nous danserons, autrement sans doute, mais nous danserons encore.