Archive for the ‘Cinéma’ Category

À peine j’ouvre les yeux…

2016/02/12

« À peine j’ouvre les yeux » est un petit miracle de film. Tunisien. Ce qui n’est pas courant. La vie sous Ben Ali : la police, la dictature. Et la jeunesse qui ose protester, qui ose dire – en chansons – le poids de cette vie dans ce monde coincé, bloqué. Une merveilleuse actrice. Une magnifique musique. Des personnages bien joués. Un rythme, une atmosphère. Un dénouement plus ou moins heureux (jusqu’où sont allées les violences policières ?). Dans une dictature ferme, mais pas trop sanglante quand même. Franchement, après Bourguiba, les Tunisiens se sont faits avoir… Dommage.

C’est un très bon film, plein de fraîcheur, de conflits parents-enfants, de conflits entre la jeunesse qui goûte à la liberté et la tradition – pesante. Dans un monde où les filles souffrent, même si ce n’a rien à voir avec ce que vivent les femmes dans d’autres pays sous dictature musulmane.

J’ai vécu deux ans en Tunisie. J’ai une certaine tendresse pour ce pays. Même si j’ai vécu au sud (Gabès, Téboulbou), bien loin de Tunis. La beauté des paysages, les oliviers, le ciel bleu…

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BanG Gang

2016/01/17

Ce petit film est très intéressant. Déjà, il pétille de la force de ses jeunes interprètes. Bon, le sujet est – a priori – immoral : une bande de lycéens qui se mettent à partouzer comme d’autres vont jouer au tennis. George, Alex, Nikki, Laetitia, Gabriel : 5 jeunes qui se tournent autour, plus plein d’autres. Un très léger soupçon de possible homosexualité. Beaucoup, beaucoup d’hétérosexualité, même si les filles s’embrassent. Et énormément de sexe, jusqu’à l’overdose et le retour aux réalités de la vie. Laetitia est vierge. Gabriel aussi probablement. Quant aux autres, ils semblent avoir déjà beaucoup « vécu » et avoir eu pas mal de partenaires, sauf George peut-être, qui n’est pas un garçon : c’est une fille mince, belle, aux cheveux longs et dorés, et presque sans poitrine. La mer, la liberté (relative), le soleil, la chaleur, du temps libre, un peu d’alcool et de drogue, et un grand espace (une maison avec piscine) sans adultes : tous les ingrédients pour la libération des corps. Qui se libèrent sans retenue. Ces jeunes flirtent, embrassent, et baisent, sans retenue, enivrés par leur liberté et la découverte des plaisirs que leur donne leur jeune corps. Un peu tristement quand même, et avec l’aide de pas mal de bières, de cigarettes, d’herbes moins communes, de quelques lignes blanches, voire même de quelques pilules qui devraient donner encore plus de bonheur mais qui n’y arrivent pas toujours. L’un fournit la maison. L’autre fournit les idées stupides et quelques accessoires hallucinogènes (avec modération). (Presque) tous ces jeunes ont des vies rêvées par des millions de jeunes d’autres pays, ceux où l’on pense d’abord à manger et à survivre. À part l’un d’entre eux, plus mature (avec une voix calme et posé), rendu plus mature par l’interruption de la vie de famille tranquille par la maladie du père : un peu de handicap et de malheur, ça vous calme et vous rappelle à la fragilité de la vie. Lectures, musique : il apprend et il crée (un peu). Et l’amour dans tout ça ? Il n’est pas (pas encore) chez Laetitia, qui joue avec son corps comme elle jouait aux poupées il n’y a pas si longtemps et qui avorte tranquillement. Il n’est pas chez Nikki, qui jouit et sourit de tout. Il est chez Alex, George, et Gabriel. George, une fille qui fait la liste des garçons intéressants, liste qui devient sans doute la liste des garçons avec qui elle couche finalement, longue liste qu’elle barre. Jouir n’est pas tout, s’il n’y a pas le désir, le désir du plaisir mais surtout le désir de l’autre, unique, particulier, qui donne la saveur fondamentale au baiser et au coït. Ce mystère qui fait qu’on est attiré par une autre personne. George est attirée par Alex, qui l’est aussi d’elle sans se l’avouer, mais qui s’est laissé embarquer dans cette histoire de Bang Gang avec les copains et copines, ou qui ne veut pas se laisser aller à des relations amoureuses avec une seule fille : peur de l’amour ? Refus de cette attirance qu’a l’autre envers soi et qu’on ne comprend pas très bien : « mais pourquoi vient-elle vers moi ? je ne comprends pas ! » Et il y a Gabriel, en retrait, parce qu’occupé par de tristes réalités de la vie, vierge sans doute, sans doute un peu plus timide que les autres. Gabriel, que Laetitia et George remarquent. Mais Laetitia glisse sur cette possible amitié ou amour et plonge dans la facilité et les plaisirs des baisers pour jouer et du sexe pour jouir sans trop penser, comme elle plonge dans une baignoire avec déjà deux garçons. Il faut la déception de George face à la non-réciprocité apparente des sentiments d’Alex pour qu’elle puisse remarquer Gabriel et que quelque chose de plus profond naisse entre eux, suite à un regard, un unique regard, dû au hasard. Mais le dépit amoureux pousse aux bêtises. Déjà qu’une partouze (tranquille) à 10 ou 20 partenaires, ce n’est probablement pas très sain, se donner sans compter à tous les mâles présents, ce n’est pas forcément intelligent ni la bonne façon pour se faire bien voir des autres, de celui qui l’attirait surtout mais qu’elle remplace désormais par Gabriel, à qui elle donne son premier plaisir sexuel, même si leur position n’est pas celle que j’aurais personnellement choisie pour une première fois. Et c’est là que la vie réelle resurgit, sous la forme de MSTs (blennorragie, syphilis), d’un début de grossesse, et d’images vidéo qui débordent d’un site Web privé pour apparaître dans YouTube, permettant à l’amoureux qui l’ignore encore de faire le chevalier servant, de dévoiler ses sentiments. La fête est finie. Les parents, l’école, la ville : tout le monde est au courant maintenant de cette bande de jeunes en pleine débauche. Et, que ce soit pour les MST ou la grossesse, une pilule, voire quelques piqures suffisent à tout régler : magie et merveille de ce monde moderne ! Cent ans plus tôt, leur vie aurait été abîmée, cassée, voire détruite. Le film se fait alors moralisateur, un peu. En oubliant de parler des risques de séquelles pour les filles : devenir stérile. Sans parler des troubles psychologiques de devenir le centre des regards d’une ville entière et le centre de la colère de ses parents. Mais la morale a bien évolué : le sexe n’est plus tabou ; finalement, hommes et femmes sont libres de leurs partenaires, tant qu’il y a respect de l’autre. La vie n’est pas simple déjà, avec des parents souvent divorcés, voire des situations en risque de déséquilibre. La fête est finie. L’été, et sa canicule, fait (presque) tout oublier. Le guide des mauvaises idées quitte la maison. Alex va trouver loin de la France un autre environnement. Gabriel et George partent (l’Amérique ?) en amoureux et commencent vraiment à vivre, loin des parents.

Un film intéressant, par la spontanéité des acteurs (et le travail pour rendre tout ça « naturel »). Même si ce genre de chose arrivent en France, ou ailleurs, ce n’est probablement pas courant. Et la réalisatrice n’en a pas rajouté : pas de coups, ni de violence, vols, viols, tournante, exactions, conneries graves, etc. Juste des jeunes (16 – 18 ans) qui se laissent aller à retrouver les instincts sexuels naturels des primates Homo Sapiens Sapiens : nous sommes faits pour le sexe : notre corps est en grande partie construit pour cela, à force de sélection naturelle, à force de promiscuité sexuelle. Restent les MSTs, qui cassent un peu l’ambiance. Finalement, sans les MSTs et sans les risques de grossesse, tout ceci serait (presque !) tout à fait naturel ! Sauf le désir de s’unir à un autre, unique, particulier, désir commun aux deux sexes. Même si, dans nombre de sociétés humaines d’avant, dont il reste quelques exemples encore (Na Xi), les femmes pouvaient être libres et ne pas s’enfermer dans un « couple », mais faire partie d’une communauté (femmes, fratrie) leur donnant l’aide et la sécurité nécessaires pour l’aider à élever des enfants.

Un film qui en rappelle un autre : « Et la tendresse, bordel ! » ! Avec le même « hélicoptère »… symbolique ? 😉

Finalement, ce film est libéré de la morale chrétienne, inexistante ici. Il n’y a que les réalités de la vie : les MSTs, les grossesses, la froideur du sexe pour le sexe, et l’amour – toujours aussi mystérieux – entre deux êtres. Faire l’amour à plusieurs, sans amour, n’est pas « mal ». C’est fun. Mais ça ne suffit pas pour être totalement, véritablement, humain. Le lien, l’attachement, avec un autre, est fondamental, indispensable à nos vies.

 

P.S. : Sur le site d’AlloCiné, on ne donne que l’âge de l’acteur (Finnegan) qui joue Alex (25 ans), pas celui de George (Marilyn), Laetitia (Daisy), et Gabriel (Lorenzo) ; tous français. En fouinant un peu, Daisy a aujourd’hui 22 ans et Marilyn 20 ans. Le film est sorti environ 1 an après son tournage.

Daisy a commencé jeune le cinéma, à 13 ans. C’est la première expérience pour Marilyn. Quant à Lorenzo, il suit le cours Florent ! ce qui explique sans doute sa voix particulièrement calme et particulière. 6 pièces de théâtre et 4 films déjà.

http://www.sortiraparis.com/loisirs/cinema/articles/104238-bang-gang-interview-de-l-actrice-marilyn-lima

http://www.june.fr/bang-gang-marilyn-lima-et-daisy-broom-interview-de-deux-revelations-du-cinema-francais-nos-june-girls-de-la-semaine-a489764.html

http://cheekmagazine.fr/culture/bang-gang-eva-husson-film-sexualite-ados

Hope

2015/10/06

« Hope », c’est un film, qui porte le nom de son personnage principal, jeune Nigériane qui remonte de l’Afrique Noire pour essayer de rejoindre l’Europe. Une migrante, qui fuit… on ne sait pas quoi. La misère ? Une dictature ? Ou bien est-elle mue par l’espoir d’une vie « meilleure ».

Tous les acteurs de ce film (de Boris Lojkine) sont des migrants, qui se sont arrêtés au Maroc, coincés. Certains ont été battus, violées, dévalisés. D’autres ont violé, dévalisé, battu, voire tué, d’autres migrants qui étaient tout à fait semblables à eux.

Ce film est quasi-unique (à part d’autres films sur les migrants mexicains vers les USA) par cela : le film est joué par ceux qui ont vécu les mêmes expériences, ET le scénario a été entièrement refondu après que l’auteur ait parcouru ce même voyage ET les dialogues ont été retravaillés au contact des acteurs, qui disent ce que leur vécu les pousse à dire, plutôt que des paroles plaquées sur leur bouche par un scénariste.

Un film douloureux, prenant.

Nous sommes si bien, en France, dans notre petit nid douillet… Cela durera-t-il longtemps encore ? Ou bien la misère et la souffrance du monde nous retrouveront-elles bientôt ? Car rien n’est acquis.

Aucun de ces « acteurs » n’a pu mettre les pieds en Europe.
« Hope » vit toujours au Maroc.
« Léonard » est reparti chez lui, avec un projet.