Patrick Besson et la Tunisie

Monsieur Patrick Besson, qui « écrit une page » chaque semaine dans Le Point, a eu le « courage » d’aller passer quelques jours en Tunisie, après l’attentat qui a coûté la vie à 38 touristes fin juin. J’ai mis « écrit une page », car son texte a un peu d’intérêt une fois sur quatre seulement, voire moins. Quant au « courage », la description de sa « visite » ressemble plus à la narration des bars des hôtels qu’autre chose. Sans doute aurais-je dû me proposer d’y aller à sa place, et revoir les lieux que j’ai connus il y a 33 ans. J’aurais pu alors dire comment ce pays a changé. Et, au lieu de parler, comme Besson, des hôtels de Jerba, j’aurais pu évoquer le souvenir de ce pique-nique avec mon épouse, dans un verger au milieu de l’île et loin des zones touristiques, où j’ai ouvert une boîte de pâté qui m’a laissé un souvenir impérissable. Ou bien des femmes et des hommes ramassant les olives entre Gabès et Djerba. Ou bien de ce couple de Tunisiens allant, tôt le matin, se laver à la source de leur oasis, nus tous les deux. Ou le nombre de fois que je me suis fait contrôlé par la police parce que je portais la barbe. Ou bien cette fois où, immortalisant avec mon appareil-photo une magnifique matraque dans un car de la police, celle-ci avait bien failli me garder mais a eu la gentillesse de simplement me faire détruire la pellicule (après coup-de-fil à l’officier de police qui était responsable de moi, puisque chaque étranger était « suivi » par un policier). Ou bien cette descente vers le sud, dans le désert de sable, où il faisait moins chaud DANS la voiture que dehors. Ou ce jour de juillet où étendant une lessive sortie d’une machine électrique sommaire et sans essorage, j’ai pu relever le linge sec juste après avoir fini de l’étendre, tellement le scirocco était chaud ce jour-là. Ou la fois où j’ai vu passer Bourguiba dans une ville de la côte, en voiture décapotable. Ou lorsque, suite à la « Guerre du pain », il y avait des tanks dans la ville, des traces de balles sur des maisons proches de la nôtre, des magasins en feu, des voitures caillassées, et moi et mon épouse qui, pour rentrer chez nous, étions passés par des routes inconnues, suivant les tunisiens revenant se réfugier chez eux. Ou bien la visite de Douga, tellement loin de tout. Ou la plage de Gabès, si plate et si chaude en été qu’il faut courir pour trouver de l’eau qui ne brûle pas les pieds. Et cette camarade de promo, se baignant torse nu devant le regards de tunisiens stupéfaits et éblouis. Ou ce trou dans la route, de nuit, qui faillit bien nous tuer. Ou bien les ânes, en liberté, à éviter. Ou les hommes qui, récoltant le jus d’un palmier qu’on étête, le transforme en alcool. Ou ces mariages où, invité européen, nous sommes utilisés pour glorifier la famille des mariés. Ou la visite des îles Kerkena avec nos amis tunisiens (Mohammed et Fatouma Djrad, que sont-ils devenus ?). Les fossiles de coquillages dans les montagnes du sud-ouest. Le tour du Chott El Djerid (désert sous le niveau de la mer) par le nord, par une route ensablée, ou par le sud, par une route désertique. Ou ces étudiantes, habillées bizarrement, intégristes déjà en fait, alors que les femmes portaient un simple fichu sur la tête. Ou ces repas avec des familles amies, les hommes mangeant avec les invités, et les femmes restant en cuisine en attendant de manger les restes. Et la chaleur, le sable, le ciel bleu et le soleil. Et notre remontée vers le nord, vers la verdure, après 6 mois passés sans voir un brin d’herbe. Et les fleurs qui, au printemps, naissent et fleurissent et meurent en 15 jours après la pluie. Et Tataouine les flots ;). Tas de cailloux. Et ces villages fantômes, abandonnés, mais qui étaient adaptés au climat. Les maisons troglodytes. Tunis. Carthage. La traversée de la Tunisie, de Tunis jusqu’à Gabès, en une nuit. Ce jeune mécanicien qui sauva l’embrayage de notre vieille Ford Escort, 4 vitesses, 100km/h max, mais qui avait survécu à tous les trous et toutes les tôles ondulées de 2 ans en Tunisie, pour mourir à Paris en emboutissant une Citroën qui m’avait coupé la route. Tant de souvenirs. Tant de comparaisons à faire avec le présent. Oui, sans doute, j’aurais pu dire un peu plus de choses sur la Tunisie que Monsieur Besson, si j’avais eu le courage (et le temps) d’y aller… Mais, hélas, je ne bois pas, comme Monsieur Besson, un 2ème scotch et une 3ème bière à 4h de l’après-midi. Sans doute que l’alcool l’aide à écrire. Mais ses textes pourraient-ils être pires s’il ne buvait pas ? Monsieur Besson : arrêtez de nous saoûler avec vos textes inutiles…

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Une Réponse to “Patrick Besson et la Tunisie”

  1. orbispictura Says:

    Un beau texte, plein d’images évocatrices. Si vous voulez retrouver un peu de la beauté et de la lumière du Maghreb, je me permets de vous suggérer « Le dernier été d’un jeune homme » de Salim Bachi (Flammarion, 2013) – peut-être l’avez-vous déjà lu…

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