Abdennour Bidar : dangereux ?

J’hésite à me prononcer sur Monsieur Bidar.
Encore quelqu’un qui impose ses idées parce qu’il est payé pour réfléchir et a le temps d’écrire, alors que d’autres ont juste le temps de travailler et d’essayer de s’en remettre et de jouir un peu de la vie…
Sans doute me faudra-t-il lire son livre…

http://www.lemondedesreligions.fr/culture/abdennour-bidar-comment-sortir-de-la-religion-15-05-2012-2510_112.php

– Le mot « religion » est plus large que la façon dont il est employé ici. Il existe de nombreuses religions sans Dieu.

– Notre athéisme manque de spiritualité. Le rejet des religions monothéistes a oublié le fait que nous naissons, vivons et mourrons, et nous le savons : c’est notre « condition humaine » de savoir que notre vie est courte et absurde.

– Les « grandes » religions (grandes sans doute parce qu’elles ont fait le plus de morts), essentiellement les religions monothéistes, sont comme une boule de merde qui a ramassé d’autres idées, bonnes, et qui les a salies. Il est extrêmement difficile pour un athée de culture chrétienne de se débarrasser totalement de toute la pollution mentale du christianisme dans tous les autres domaines : droit, sagesse, éthique, etc. Si l’athéisme survit aux fous de Dieu, il faudra plusieurs siècles pour nettoyer nos cerveaux, notre vocabulaire, et nos références, de toute cette pollution.

– Monsieur Bidar ne semble pas accepter le hasard et le bordel comme maîtres principaux de la vie des humains. Il oublie également que la Terre sera bientôt trop petite pour les cafards que nous sommes et que, ne pouvant plus nous nourrir sainement, nos petits enfants seront condamnés à voir leur capacités mentales régresser.

– Monsieur Bidar ne parlent jamais non plus de la « connaissance ». Notre connaissance, du monde et de nous-même, a explosé : c’est elle, et l’éducation, qui a détruit le socle qui soutenait les religions.

– « l’homme créateur » ? Mais les hommes s’en foutent en général de créer. Seuls certains se jettent dans la création pour faire semblant de devenir immortel, pour supporter leur vie de mortel. La plupart des hommes aujourd’hui veulent simplement pouvoir vivre « mieux » : pouvoir se nourrir, se soigner, vivre sa vie complète. Il voit le monde par ce qu’il est : il réfléchit et écrit et croit que tout le monde fait pareil. C’est le propre des intellectuels payés pour enseigner et qui ne vivent pas la vraie vie.

– Le christianisme, l’islam, et le judaïsme, sont à mettre dans un trou, profond, qu’il faut reboucher avec soin, tellement ça pue. Rien n’est récupérable de ce fumier qui a obscurci les esprits de certains et permis à d’autres de dominer les plus faibles, comme les hommes transformant les femmes en esclaves. Il est insupportable d’entendre encore des gens défendre les religions.

– la religion, au sens large, c’est la « pensée magique » (expliquer ce qu’on ne comprend pas encore par des idées stupides et irrationnelles) et c’est le refus de voir la réalité : nous sommes définitivement mortels, et c’est une horreur, absurde. Mais nous devons accepter notre condition et vivre quand même du mieux que nous pouvons. Bidar devrait relire l’oeuvre et la vie de Camus, homme libre et éveillé.

– les religions furent une étape. L’étape actuelle, c’est à la fois la désintégration des religions et leur réaction malfaisante du fait de centaines de millions d’hommes encore mal éduqués et malléables à souhait.

Publicités

Étiquettes : ,

6 Réponses to “Abdennour Bidar : dangereux ?”

  1. orbispictura Says:

    Bonjour,

    je me permets de revenir sur votre développement : « Il est extrêmement difficile pour un athée de culture chrétienne de se débarrasser totalement de toute la pollution mentale du christianisme dans tous les autres domaines : droit, sagesse, éthique, etc. Si l’athéisme survit aux fous de Dieu, il faudra plusieurs siècles pour nettoyer nos cerveaux, notre vocabulaire, et nos références, de toute cette pollution. »

    Je ne sais pas si c’est votre point de vue ou celui de monsieur Bidar (ou les deux, je vous ai davantage lu que monsieur Bidar).

    J’adhère globalement mais je suis gênée par les termes de « pollution » et de « nettoyer » – tous ces mots, toutes ces références, constituent également tout simplement notre culture européenne. J’ai visité hier le musée des Beaux-arts de Chambéry, et s’il avait fallu retirer toutes les œuvres ayant trait de près ou de loin à une quelconque religion (polythéiste grecque ou latine, juive, chrétienne) il serait resté… un Fragonard, un Carolus-Duran et quelques portraits académiques de la Cour de Savoie. Les mythes n’ont été que des prétextes pour représenter une magnifique femme nue dans un clair-obscur, ou l’inquiétude pathétique d’une mère lors du jugement de Salomon. Le visage de cette mère touche au cœur : est-ce que l’émotion qu’il suscite est à jeter parce qu’elle naît d’une scène biblique ? Aurait-elle plus de valeur si l’enfant avait été menacé d’être écrasé par un cheval, dans une scène de rue ?

    Au niveau du vocabulaire, si l’on supprimait tout apprentissage de ces références, serait-il souhaitable que les jeunes ne comprennent pas une part non négligeable des écrits classiques ? que les poèmes de la Pléiade leur semblent une langue étrangère ? Je me suis battue lorsque j’enseignais pour ne jamais lâcher prise, pour ne jamais accepter qu’on mette à la benne tout ce vocabulaire qui permet à nos enfants d’exprimer autre chose que des besoins primaires. Et puis comment faire le tri ? On gardera « une victoire à la Pyrrhus » parce que c’est de l’histoire, et on bazardera « le saint Graal » parce que c’est de la religion ? Où sera la frontière ?

    Je n’ai aucunement l’intention de critiquer votre point de vue, j’espère que vous ne vous formaliserez pas de cette première intervention sur votre blog. Mais j’ai été chiffonnée par ce mot de « pollution » 🙂

    Je termine en vous remerciant globalement pour la qualité et la variété de vos écrits – ça, ça dépollue le quotidien…

  2. trex58 Says:

    J’ai dit : « Il est extrêmement difficile pour un athée de culture chrétienne de se débarrasser totalement de toute la pollution mentale du christianisme ».
    Le mot important, c’est : « mentale ». Tous, même moi, nous avons hérité de schémas mentaux, par nos parents, par les livres d’école, par notre environnement culturel. Et ces idées toutes faites, prémâchées, nous ne les avons pas vraiment analysées, retravaillées, modifiées, charpentées de preuves et de vérifications, ou démolies et jetées aux ordures.

    Par exemple : « Napoléon ». Vu de nos livres d’histoire, c’était un héros ! Vu des peuples qui ont subit ses armées, c’était un dictateur fou et mégalo. Par ses guerres, il a saigné la France. Peut-être plus que la guerre de 14-18 (à vérifier). On nous fait croire des conneries.

    Il ne s’agit donc pas de « nettoyer » nos sociétés des traces physiques de notre passé, mais de revisiter nos idées et de les « nettoyer » de l’influence polluantes des idées religieuses chrétiennes. Ce qui permet alors d’admirer un magnifique tableau de Marie tenant Jésus en se disant que le peintre, soit il y croyait, soit il faisait semblant d’y croire, soit plutôt il n’avait pas du tout le choix et devait y croire s’il ne voulait pas finir au bûcher. L’un des morceaux de musique que j’adore est un chant de Marie décrivant le futur de son fils dormant sur ses genoux. Alors que je dis haut et fort que ni l’une ni l’autre n’ont jamais existé ! Mais le compositeur a fait un travail magnifique.

    Pareil pour notre vocabulaire : « âme », « esprit » ? Le premier mot est teinté : « âme éternel », et le second aussi, puisque racine de « spiritualité », que les gens pensent mordicus ne pouvoir être associé qu’à une religion. Comme si les athées n’avaient pas besoin de spiritualité (athée) pour supporter cette vie absurde.
    Pourtant, j’aime bien dire : « corps-âme », ou « corâme », pour désigner l’union de notre corps et de notre conscience/esprit.

    Il faut donc avoir conscience de l’histoire des mots qu’on utilise. De toute façon, chacun utilise des mots ayant un champ sémantique unique, créé par le passé de cette personne, selon ses lectures. Et donc, aujourd’hui, le problème est que les jeunes lisent de moins en moins… Leur vocabulaire diminue et ils utilisent des mots anciens avec des sens nouveaux et souvent erronés. Encore quelques années, et ils seront incapables de lire les écrivains du XIXème siècle, autant que nous pour lire du Rabelais dans le texte d’origine.

    Parmi les idées qui polluent nos esprits, il y a par exemple cette manie de parler des morts comme s’ils étaient encore là, comme si, lorsque nous parlons d’eux, ils pouvaient nous entendre. Toutes ces stupidités autour des morts. Lorsque je parle de mon épouse, morte il y a bientôt 9 ans, j’essaye de dire « feue », ou de parler d’elle au passé. Et de dire : « elle n’est plus ». Histoire de marquer sa disparition définitive. Même si, bien sûr, les morts « survivent » un certain temps dans la mémoire de ceux qui les ont connus…

    De toute façon, les expressions comme « rechercher le Graal » expriment une idée qui finit par être déconnectée de son origine. Et il faut être extrêmement méticuleux et obstiné pour réussir à se souvenir de l’origine des expressions. Et, parfois, on a acquis l’expression sans rien comprendre à son origine, ne retenant que l’image qu’elle transporte.

    N’hésitez pas à critiquer ! Nous disons tous des conneries ! Et ce n’est qu’en se confrontant à l’opinion des autres que 1) soit on se rend compte qu’on a déconné, 2) soit on est poussé à approfondir son idée et à transformer une idée intuitive à peu près juste en quelque chose de plus clair et mieux étayé. On apprend des autres, ne serait-ce que pour mieux réussir à les convaincre qu’ils se trompent ! ou pour leur faire croire qu’on a raison… 😉

    Merci pour vos compliments. Finalement, par ce blog un peu délaissé depuis Facebook, je ne fais que mettre Noir sur Blanc mes idées pour mieux les voir et mieux me rendre compte de leurs imperfections, voire de leur stupidité ! C’est aussi un moyen pour travailler des idées, en vrac, qui me permettront peut-être, un jour, d’écrire un livre, sait-on jamais.

  3. orbispictura Says:

    Merci d’avoir pris le temps de me répondre aussi longuement, j’apprécie 🙂

    Je comprends mieux votre point de vue – je reste méticuleuse et obstinée pour me souvenir de l’origine des mots, et s’ils y sont disposés je la fais connaître à ceux que je forme, parce que eux formeront des enfants, et qu’ils leur permettront peut-être de savoir entre autres ce qu’était l’amour courtois (au lieu de textoter « jte kif tu nik ? »).

    En ce qui concerne votre paragraphe sur les stupidités autour des morts, je ne sais pas quoi en penser. J’ai perdu mon partenaire il y a vingt ans (j’en avais vingt-deux), pendant des années j’ai été incapable d’évoquer ce sentiment de perte, personne n’était au courant. J’en parle encore aujourd’hui très peu, mais le langage offre suffisamment de ressources pour évoquer sans ambiguïté le nevermore. Je n’ai évidemment aucune certitude quant au fait qu’il existe encore – ou non – une connexion entre son esprit et le mien. En-dehors de tout sentiment religieux je recule devant l’idée que notre lien s’est évanoui à l’instant où il est mort. C’est peut-être une faiblesse de ma part.

    Encore merci pour cet échange.

    PS : à propos de Facebook, je vous avais envoyé un petit message et une demande (vous disant justement combien j’appréciais votre univers) 🙂

  4. trex58 Says:

    Oh Il n’y a pas à me remercier pour ma réponse. J’aime écrire.

    En ce qui concerne les mots et le vocabulaire, voire même l’orthographe, je pense que c’est l’un des moyens pour « muscler » son cerveau : le structurer pour pouvoir assimiler et digérer de l’information, quelle qu’elle soit. Hélas, pour l’orthographe, j’ai mis en place en moi un mécanisme automatique de vérification qui agace souvent les autres… D’autant plus que je me trompe quand même pas mal ! Pour l’orthographe, ou pour l’origine des mots ou des expressions. Mais des livres comme « La puce à l’oreille » sont aussi un moyen pour se divertir, voire mieux comprendre comment on vivait « avant ». Lire et digérer de « bons » livres nous enrichit.

    Pour la mort, chacun peut la penser comme il l’entend, tant qu’il n’essaye pas d’imposer son opinion aux autres. Mais, en bon scientifique, et en lecteur aussi de nombre de livres et d’articles sur la Nature, les animaux, les primates, et nous, il est évident pour moi que notre « esprit » disparaît après la mort des neurones qui en sont le support. Tout le reste ne me semble qu’une tentative pour réduire la douleur de la mort de celui ou celle qu’on aimait, et dont la mort a arraché une partie de nous-même. La douleur d’une telle perte peut prendre diverses formes. Et certaines personnes rebondissent alors que d’autres sont blessées à jamais (comme l’a été ma mère, par exemple). La durée du lien compte aussi : on ne vit pas, comme moi, 26 ans avec sa partenaire et épouse sans fusionner, sans que la parole et les attitudes de l’autre ne deviennent pas une partie de soi-même, nous permettant de comprendre l’autre sans mots.
    Mes mots dans ma précédente réponse étaient sans doute trop durs. « Stupidité » est sans doute trop violent. Et je devrais sans doute le réserver à d’autres situations. Perdre quelqu’un auquel on tient est affreux. Et on peut le perdre autrement que par la mort. À 20 ans j’ai perdu celle que j’aimais à cause de la distance qui nous séparait (à cette époque, le prix et la durée des voyages en train, la difficulté de téléphoner, créaient des distances énormes, poussant à renoncer afin d’arrêter de souffrir du manque).
    Il faut parler de la perte, ou la mettre noir sur blanc, ou en faire des poèmes, de rage, de douleur, de colère, ou d’amour, pour digérer cette perte, et se permettre ainsi de continuer sa vie.
    Ne pas renoncer à l’idée que l’autre survit d’une « certaine » façon est un moyen pour gérer sa douleur. Chacun fait ce qu’il peut avec ses souffrances. Pour ma part, il m’aura fallu de nombreuses années de travail sur moi, et de psychothérapie, pour renaître, un peu différent qu’avant me semble-t-il, ou plus proche de ce que j’étais jeune adulte, mais plus « riche ». En tout cas, mon épouse n’est plus, même si je pense à elle et si elle me manque, ainsi que ma vie d’avant, avant que notre famille éclate et que les enfants s’en aillent. L’impact de sa personnalité sur la mienne joue encore, même si je me libère de certaines de ses « erreurs », comme le ménage et la propreté forcenés (être exposé aux germes nous protège). En quelques sortes, elle survit un peu en moi. Et, pour mes enfants, mon rôle de père s’est un peu agrandi d’une partie du rôle d’une mère, même s’ils ne l’apprécient probablement guère…

    Pour Facebook, votre message, et votre demande, j’avoue ne pas m’en souvenir, surtout que j’ai pas eu le temps d’étudier les demandes depuis pas mal de mois. Mais je la vois. Et je viens de l’approuver (mais je n’ai pas retrouvé le message). Vous risquez d’être surprise par ma virulence contre les religions, toutes les religions… Je suis religiophobe, et je ne me soigne pas ! Mais, bon, ça ne m’empêche pas de prendre des stagiaires musulmans (dont une jeune femme voilée) ou de participer à des cérémonies bouddhistes de mes amis. Il ne faut pas confondre la maladie et la victime.

    • orbispictura Says:

      Merci d’avoir accepté ma demande. J’avais vu vos publications, je savais où je mettais les pieds (et j’ai longuement parcouru vos écrits ici).

      Je ne suis donc pas surprise – en matière de croyances religieuses (ou non), d’opinions politiques ou de pratiques sexuelles je ne me laisse pas surprendre par grand-chose 🙂 Je pars du principe que chacun fait ce qu’il entend avec son esprit, sa raison et ses organes, du moment qu’il n’enfreint pas la loi ni ne nuit à autrui…

  5. trex58 Says:

    Ne pas nuire à l’autre, en effet. Sinon, on peut dire tout ce qu’on veut, dans ce pays. Et même traiter le Président de la République d’abruti ! Dans d’autres pays, on me mettrait en prison (Thaïlande, Chine, Arabie Saoudite, etc), ou on m’éliminerait discrètement ou en publique…

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s


%d blogueurs aiment cette page :