À la recherche de Vivian Maier

Ce mercredi sort en salles un film sur Vivian Maier : « À la recherche de Vivian Maier ». C’est l’occasion de mieux connaître encore cette femme extraordinaire, obstinée, sauvage, indépendante, et passionnée par la photographie. Elle a passé sa vie à photographier. Et, à force, pour elle, l’acte de photographier est devenu essentiel à sa vie puisque, alors qu’elle ne pouvait plus tirer ou faire tirer ses photographies, voire même faire développer ses films, par manque d’argent, elle continuait à photographier, stockant ses films exposés mais non révélés. Elle photographiait soit les enfants qu’elle gardait, et leur famille parfois, soit ses reflets ou ses ombres, soit des inconnus dans la rue, soit des instants de vie de grandes villes, la vie des plus pauvres et des plus instables de sa ville le plus souvent, dont elle se sentait probablement proche. Elle aurait capturé plus de 120.000 images, dont une faible partie seulement a été dévoilée, soit dans la presse, soit dans les trois livres à elle consacrés et que j’ai pu lire, soit par les expositions qui lui sont consacrées dans le monde entier, comme celle que j’ai vue à Tours, en annexe du « Jeu de Paume ». Ce film « À la recherche de Vivian Maier » semble différent de celui qui était diffusé à Tours. Car plusieurs personnes ont récupéré son œuvre et, tout en la diffusant et la révélant au monde (au moyen de livres, de films, et de tirages de ses négatifs), s’en enrichissent, alors qu’elle est morte, quasiment seule, pauvre. L’œuvre photographique de cette femme, solitaire, nous touche, parce qu’elle a su capturer des moments émouvants – avec souvent un peu d’humour – d’une maintenant déjà lointaine période de la société Étatsunienne, ou parce qu’elle révèle une réalité cachée d’une Amérique des USA aveugle à certaines choses, comme la misère. Son origine et la culture étrangère (française) de sa famille, et des années de jeunesse dans un village perdu des Alpes, y sont probablement pour quelque chose, lui donnant un regard neuf et distancié sur les grandes villes américaines, le regard de celui qui ne fait pas vraiment partie du monde dans lequel il vit et qu’il observe, étranger à jamais. Ainsi que les possibles influences qu’elle a reçues, de femmes solitaires et indépendantes comme elle, et d’une photographe, qui a vécu un temps avec sa mère, réputée et connue pendant un temps, avant de sombrer dans la folie. Vivian Maier s’est aussi trouvée sur le chemin de Salvador Dalí, à proximité du MOMA, qu’elle devait sans doute visiter régulièrement, et elle l’a fixé sur pellicule, son regard et sa moustache étonnés. Cette femme a, toute seule, fait un tour du monde, essentiellement en Asie, mais aussi en France et aux USA, en Égypte aussi si je me souviens bien. Elle a transmuté un héritage français, qui aurait pu lui permettre de vivre avec moins de soucis matériels (comme pouvoir sauvegarder ses écrits – perdus – ou ses livres, et ses photos) en voyages et en négatifs. Elle semble avoir consacré l’essentiel de ses faibles revenus à la photographie, tout au long de sa vie. Sans jamais tenter (pour autant que nous puissions le savoir) d’exposer ses photographies, de les révéler. Certes, une partie de l’intérêt que nous portons à ses photographies est liée à son histoire émouvante, et au fait qu’elles montrent un monde aujourd’hui disparu, mais l’essentiel vient de son art, de sa capacité à capturer des moments particuliers – essentiellement dans la rue – qui sortent de l’ordinaire et qui les rendent iconiques. La photographie de rue est très exigeante : on dépend du hasard, et il faut lui consacrer de longues heures, à traîner dans les rues, à observer les autres ; elle force aussi à ouvrir les yeux, à voir les choses et les gens autrement. C’est une sorte de chasse au trésor, prenante et souvent décevante. Le métier de Vivian lui permettait, en promenant les enfants qu’elle gardait, de passer de longues heures dehors, dans la vie grouillante des grandes villes (New-York et Chicago), alors que nos métiers nous enferment souvent dans des bureaux éloignés du cœur de la vie urbaine. Et, le soir, souvent elle ressortait errer dans les rues, des rues souvent malfamées. Ce qui est émouvant dans cette femme, ce sont ses autoportraits où elle montre un visage fermé, sévère, alors que – bien sûr – elle devait aussi sourire et rire, même si les témoignages des personnes dont elle s’occupait enfants montrent combien elle tenait à garder une certaine distance. Elle fut d’abord « Mary Poppins » avant de devenir distante et froide. Ce qui est émouvant dans cette femme, c’est son obstination, son besoin, de photographier, à accumuler des photographies. Sans doute qu’elle vivait plus fort lorsque, derrière son Rolleiflex, elle chassait des images éphémères à fixer sur pellicule. Ce qui est émouvant chez Vivian, c’est sa solitude, tout au long de sa vie, son incapacité ou son refus d’établir des relations avec les autres, ne serait-ce qu’avec le gérant du labo-photo où elle faisait développer ses photos. Elle était sauvage. Ou elle avait hérité cela de sa mère : le besoin de se débrouiller seule, sans attendre d’aide des autres. Ce qui est émouvant chez Vivian, c’est qu’elle n’aura jamais vu ses photographies accrochées aux murs d’une exposition. Bien sûr, le fait d’être reconnue – enfin – l’aurait changée, et sans doute elle ne voulait pas, ou ne pouvait pas, quitter le monde auquel il lui semblait appartenir, celui des humbles, et sans savoir vraiment quelle était sa culture, rejetée en France parce que bizarre et à l’accent étranger, et mal acceptée aux USA, parce que bizarre, renfermée, mystérieuse, ne parlant pas de sa vie. Elle s’était enfermée dans sa solitude. Ainsi, certains de ses employeurs (elle vivait chez eux) ne savaient pas qu’elle avait fait le tour du monde, ou qu’elle faisait de la photographie. Vivian Maier est émouvante, mais l’essentiel tient dans la qualité de ses photos : le choix de l’instant, la recherche des lieux où il se passe « quelque chose », ses cadrages, ses jeux avec les ombres et les miroirs, voir ce que les autres ne voient pas, l’intérêt porté aux plus humbles, aux plus pauvres. Son œuvre est unique, même transposée à notre époque, car nul ne pourra jamais consacrer autant de temps et d’années à chasser les photographies de rue sans jamais les exposer voire même jamais les montrer à quelqu’un. Il est triste aussi que personne n’ait pu l’aider, ou qu’elle ait refusé l’aide des autres, au-delà d’un maximum qu’elle imposait. Je suis impatient d’aller voir ce film, pour mieux la connaître. Mais je suis triste aussi. Elle n’a pas eu d’enfants. Pour autant qu’on sache, elle ne s’est jamais liée avec un homme, ou avec une femme. Elle aura eu une vie solitaire, une longue vie solitaire finissant sordidement, interrompue par une glissade en hiver. À quelques mois près, elle aurait pu voir son œuvre révélée au monde. Mais il n’est pas certain que cela l’aurait réjouie… Au contraire, elle aurait probablement été folle de rage de voir des étrangers mettre la main sur ses affaires, sur ses négatifs. Elle voulait rester cachée. Par peur ? par précaution ? par habitude ou tradition familiale ? par désespoir ? par renoncement ? Nous ne le saurons jamais. Seules restent ses photographies. J’ai pu en voir 120 à Tours, tirages récents de ses négatifs, choisis par d’autres yeux que les siens, un millième de son travail. Sans doute qu’elle avait d’autres préférences, qu’elle n’aurait pas exposé les mêmes photos si l’opportunité lui avait été donnée, à supposer qu’elle eusse jamais accepté de les montrer. Si son but n’était pas de montrer ses photographies aux autres, c’est probablement parce que seul l’instant du « déclic » importait pour elle, avec la satisfaction de savoir que, quelque part dans ses malles, étaient stockées les images les plus importantes de sa vie. Forcément, puisque, dès que seule avec les enfants qu’elle gardait, ou seule après son travail, elle semble avoir toujours emporté son appareil avec elle. Et, à ces époques « argentiques » où chaque déclic a un coût, à ces époques où le film 120 de son Rolleiflex n’avait que 12 pauses de 56mmx56mm, et en voyant les images prises dans une journée sur le rouleau d’un de ses négatifs, on voit la capacité qu’elle avait développée à prendre la photo « juste », très proche physiquement du sujet, avec économie mais avec promptitude dans le choix de l’instant décisif, au lieu de la multiplication des « déclics » virtuels de notre époque actuelle. D’autres photographes, professionnels ceux-là, ont aussi dans les mêmes époques pris des photos de rues, dans des grandes villes, mais en marge de leur vraie vie de photographe, et souvent avec des thèmes explicites. Je pratique aussi la photo de rue et je marche des heures dans des villes inconnues et grouillantes de vie pour donner un coup de pouce au hasard et croiser des moments uniques ; ce qui arrive, parfois, mais si rarement. Mais, pour atteindre la quantité et la qualité des photos de Vivian, il me faudrait y consacrer bien plus de temps, et arpenter les rues de grandes villes ou de villes où la modernité n’est pas encore tout à fait arrivée : Lyon, Paris, Londres, New-York, Munich, capitales d’Europe de l’Est ou du Sud. La pauvreté, l’usure des lieux, la vie imprégnée et suintante dans les lieux, sont très photogéniques. La tristesse de nos vies modernes, O.S. modernes trimant devant un écran, un clavier, et une souris, n’est pas vraiment photogénique, à l’opposé de cette foule travailleuse et multiple que Vivian rencontrait lors de ses pérégrinations. Les maisons et appartements, aux murs et fenêtres fraîchement refaits, ne sont pas vraiment photogéniques, contrairement aux vieux bâtiments usés, fatigués, différents de l’esthétique actuelle, de l’époque de Vivian. La nostalgie du passé rend toute photo du passé plus belle que celles de notre présent qui, pourtant elles-aussi un jour, rappelleront des temps révolus à nos enfants et petits-enfants. L’utilisation d’un boîtier 6×6, avec double objectif et visée par le dessus, offre aussi au photographe un camouflage, lui permettant de cadrer et de saisir, sans être vu, ou presque, en tout cas bien moins décelable, l’appareil posé sur le ventre, qu’un reflex plaqué sur le visage. Pour atteindre la vérité des photographies de Vivian Maier, il me faudrait accepter la solitude, comme elle, chérir cette souffrance d’être seul, sans amis ou presque, être heureux de l’éloignement de mes enfants (9 heures de route, 13 heures d’avion), dire – comme elle l’a fait en demandant un passeport – que mes parents sont morts, alors qu’il me faut m’occuper de ma mère, qui ne sait plus qui je suis ni où elle vit. Pour faire une « œuvre », ou tout du moins faire des photos « remarquables », en bref : pour être un « artiste », faut-il souffrir ? faut-il s’isoler du monde et l’observer ? Vivian a hérité du goût de la solitude, et elle semble avoir toujours paru « bizarre », étrangère, mystérieuse, aux yeux des autres, par choix peut-être, par timidité peut-être, ou tout simplement comme un moyen de se protéger d’autres souffrances : garder les enfants des autres et ne jamais craindre le malheur, voire la mort, de ses propres enfants ; observer la vie des autres et leurs difficultés, et ne jamais craindre les cris, les coups peut-être, les ruptures d’avec un compagnon. Nous ne saurons jamais. Si ses photos ont été sauvées, ainsi qu’une certaine partie des livres qu’elle chérissait, ses écrits personnels ont été jetés, lors de la saisie de ses biens parce qu’elle n’en réglait plus le gardiennage. Il en est pareil pour beaucoup d’entre nous : nous notons nos pensées, nos réflexions, les moments importants de nos vies, dans des cahiers ; et, lorsque nous les retrouvons, nous redécouvrons ému celui que nous étions à cette époque-là, et que nous ne sommes plus. Sans doute que Vivian aurait été ulcérée que quelqu’un mette le nez dans ses cahiers, où peut-être elle y abandonnait sa douleur de vivre, ses espoirs, ses rêves, ses déceptions, ses sacrifices, ses colères, ses souffrances, etc. ; comme le faisait ma mère, de 3 ans l’aînée de Vivian, et pour qui la lecture des cahiers de sa jeunesse m’a permis de comprendre les raisons de sa solitude et de sa dépression, et de comprendre comment l’époque pouvait si durement frapper et blesser, pour toute une vie, me permettant de la voir « autrement » ; en connaissant les autres, en connaissant les blessures secrètes des autres, on les comprend mieux et, comme nous tous souffrons, nous nous connaissons mieux. Mieux connaître la vie de Vivian nous aiderait à mieux comprendre le choix des lieux et des personnes qu’elle a prises en photo, cela éclairerait son « œuvre », unique à jamais. Car, à une époque où tout le monde, dès qu’il a pris une (souvent mauvaise) photo de soi ou d’un lieu, ne peut s’empêcher de la montrer à la planète entière (qui s’en fout, trop occupée à faire de même), qui voudrait garder par devers soi les photographies de ce qui pourrait être, quarante voire soixante ans plus tard, une « œuvre » ? Surtout avec des technologies qui changent sans cesse et dont les supports ne sont pas pérennes et qui, dans quelques dizaines d’années, rendront probablement impossible la découverte de « trésors » photographiques sur de vieux disques durs rouillés, ou sans les pilotes pour les faire démarrer, ou sur de vieux CDs usés et illisibles. Sans parler d’une bien possible régression générale de notre civilisation technique et matérialiste qui nous ramènera (enfin) à l’essentiel : survivre. Alors, à chacun de suivre sa voie, sans vouloir emprunter artificiellement d’autres chemins qui ne sont pas pour nous. Mais connaître la vie de ceux qui ont emprunté d’autres chemins que nous nous aident à faire nos choix, inconsciemment, et à suivre « notre » chemin, celui que nous inventons chaque jour, mélange de choix dits raisonnables et sociaux et de choix déraisonnables et solitaires. Bref, voir la beauté des photographies de Vivian m’enrichit, par la qualité artistique de son travail et par sa vie émouvante ; mais je ne saurais pas faire de même, et notre époque n’a plus rien à voir avec la sienne, et ma voie est autre, comme pour chacun d’entre nous. Simplement, la beauté est multiple. Et, dans cette époque martyrisée par de nombreux artistes dit « contemporains », plus souvent « comptant pour rien », il est bien difficile de savoir ce qui est « beau », puisque la beauté que nous ressentons n’est que la traduction de toute notre vie, de ce que nous avons vécu et vu (et trouvé « beau », parfois sous influence). Nous devons constamment à la fois regarder ce que nos prédécesseurs ont fait, pour s’en inspirer et pour comprendre d’où nous naît ce sentiment de beauté quand nous regardons certaines de leurs photos, et nous en détacher pour oser d’autres choses : créer encore, faire du neuf. Simplement, pour la trouver belle, il faut qu’une photo, ou toute autre sorte d’« œuvre » artistique, nous touche, nous émeuve, nous interpelle, au premier regard, ou après un long regard ou plusieurs regards séparés dans le temps, au lieu d’avoir besoin de lire la notice explicative (justificative !) pour comprendre ce que l’auteur a voulu dire (à condition aussi de posséder l’ensemble des clefs nécessaires pour la compréhension de l’œuvre, c’est-à-dire une « culture »), à supposer que ce ne soit pas de l’ « enfumage » : cet exercice à la mode qui consiste à rejeter le passé pour… pour quelque chose qui n’a jamais été déjà fait, c’est vrai, mais dont – le plus souvent – on se serait bien passé et qui aura bien vite disparu des mémoires. D’autre part, notre époque est propice à la révélation de nouveaux talents. Pour celui a du talent et qui ose, il est facile de montrer son travail aux autres et de savoir s’il plaît, ou pas. Quant à savoir si ses « œuvres » dureront dans le temps et seront toujours appréciées plus tard, dans une ou plusieurs dizaines d’années, rien ne nous permet de le savoir. Là-aussi, dans l’art comme dans la Nature, c’est la loi de la jungle, la sélection naturelle triera le bon grain de l’ivraie.
Enfin, que se serait-il passé si les découvreurs des trésors des malles de Vivian n’en avaient pas compris la valeur potentielle, s’ils n’avaient pas eu la patience de regarder tous ces négatifs, s’ils n’avaient pas – d’une façon ou d’une autre – eu un sens esthétique et historique (en plus d’un sens aiguisé des affaires) ? Que se serait-il passé si les malles de Vivian avaient été jetées dans une décharge ? Pas grand-chose… Juste un peu moins de beauté et de mystère dans ce monde, un peu moins de livres de photographie achetés et vendus, un peu moins de fureur autour d’un événement unique qui cache peut-être d’autres artistes, dont les photographies ont peut-être été refusées par des éditeurs pensant que le marché de la photographie est actuellement saturé (Vivian Maier et Sébastiao Salgado (« Genesis ») la même année : c’est trop !). Un peu comme si n’avait pas été découverts récemment en France un temple romain ou la sépulture d’un notable gaulois, inviolés. Sans non plus l’importance de la destruction et du pillage des trésors de Syrie en ce moment, d’Angkor il n’y pas si longtemps. Sans l’importance encore plus fondamentale de la destruction de notre Terre, baleines chassées par le Japon « pour la science », fleuves barrés tuant les dauphins d’eau douce en Chine, plantation de palmiers à huile en Indonésie et Malaisie afin de préserver la recette originale du Nutella, plastiques jetés à tout-va partout dans le monde et étouffant la faune marine, forêts primaires rasées pour planter du soja destiné à fabriquer de l’essence « bio », réouverture de vieilles et très polluantes mines et usines de production de courant électrique à base de charbon pour alimenter en courant électrique nos futures voitures « propres et bios », dénaturation des dernières sociétés humaines originelles comme le peuple Zo’é en Amazonie sauvé in-extremis et qu’a magnifiquement photographié Salgado, chasse des derniers tigres pour leur fourrure et des éléphants pour leur ivoire, destruction des forêts où survivent nos derniers « cousins » les chimpanzés Pan et les Bonobos, et les Gorilles, etc. Bref, il y a mille et une autre choses plus importantes que Vivian Maier. Mais apprécier la beauté, quelle que soit sa nature, nous aide à aimer la beauté en général, dont celle – essentielle – de la Nature qui nous a permis d’évoluer et de faire la différence entre un selfie des joueurs de l’équipe de France au Mondial de foot et une photographie iconique.

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