Attention !

« Philosophie Magazine » de ce mois-ci contient une petite analyse sur l' »Attention » : notre capacité à nous concentrer sur quelque chose.

« Jadis, c’était l’information qui était rare. Désormais, c’est l’attention dont nous disposons pour la traiter qui l’est ». Dit l’auteur de l’article.
Effectivement, notre monde est maintenant rempli de signes, d’informations, et présentés de telle sorte qu’ils captent notre attention. Déjà, si je passe mon regard dans une pièce où un mot est écrit sur une ardoise, je peux ne pas avoir conscience de l’ardoise ni du mot mais être influencé par le mot : mon cerveau, sans que j’en ai conscience a lu, de façon automatique, le mot. Simplement, l’information n’a pas été retenue par ma conscience : « je n’y ai pas fait attention ». Mais ce mot a capté des processus cachés de mon cerveau, ouvrant des connexions avec d’autres réseaux de neurones, accélérant ainsi l’accès à des informations qui, normalement, restent moins rapides d’accès. Ainsi, si le mot « manger » est écrit, ou « faim », il est probable que mon cerveau va me suggérer qu’il est temps de manger, me faire prendre conscience d’une envie de manger. Peut-être…

Il m’arrive parfois de focaliser mon attention de façon extrême, en écoutant de la musique. Ainsi, je me souviens que j’aimais écouter les quatuors de Mozart en me concentrant à essayer de suivre chaque instrument. D’un côté je suivais, autant que je le pouvais, le discours d’un instrument, tout en étant attentif aux réponses d’un ou plusieurs des autres instruments. Bien sûr, dans ces moments-là, le reste du monde n’existait plus. Et, aujourd’hui, j’ai bien du mal, lorsque je passe un CD que j’aime, à ne pas mettre toute mon attention à suivre la musique. La musique n’est pas un « bruit » m’isolant d’autres bruits, un « bruit de fond » ; c’est un message, un plaisir, une activité fondamentale. Egalement, au travail (je suis ingénieur en informatique), face à un problème complexe, il m’arrive d’être totalement pris par ce que je fais, comme essayer d’écrire un morceau de code complexe interagissant avec d’autres morceaux de code, comme écrire du code multi-threadé en utilisant des locks ou des mutex, ou comme essayer de comprendre la cause originelle d’un plantage d’un programme (que je n’ai pas écrit…) ou d’une erreur : j’y mets « toute mon attention ».
Mais que veut dire : « y mettre toute mon attention » ? Que se passe-t-il dans mon cerveau ? D’ailleurs, dans cet article, l’auteur ne parle guère (voire pratiquement pas…) de ce qui se passe dans le cerveau… Encore un mirage du philosophe qui oublie que notre esprit fonctionne sur un substrat de cellules nerveuses ? 😉

Notre cerveau est rempli d’informations, stockées de différentes façons en différents endroits de notre cerveau (et certaines informations sont codées en plusieurs points de notre cerveau, soit répliquées, soit découpées et chaque partie stocké sur un ou plusieurs réseaux de neurones). Et les différentes parties de notre cerveau échangent des informations. En continu… Et sans que nous en ayons conscience, sans que notre « conscience » en soit informée. Ce n’est que lorsque nous prêtons attention à certaines choses que des informations remontent, ou bien, à l’opposé, lorsque nous ne pensons plus à rien, quand notre « attention » se met à voguer, lorsque nous lâchons prise sur notre cerveau, comme lorsque nous regardons passer les nuages et les oiseaux dans le ciel, ou lorsque une séance de Yoga nous déconnecte de toutes les préoccupations de notre vie, avant ou après, et que seul l’instant présent, notre corps, compte.

En me concentrant sur la musique, je demande à certains réseaux de neurones de se connecter à mon ouïe, d’en arracher toutes les informations possibles, d’ouvrir largement des canaux pour irriguer certaines parties de mon cerveau à la musique. Et, pendant ce temps, le reste de mon cerveau soit se calme, soit devient invisible à ma conscience. Quand j’écoute « Mandé Variations » de Toumani Diabaté, tout mon cerveau est concentré dans cette pluie de notes, et plus rien ne compte.

Lorsque je lis, les lettres font des mots, les mots font des phrases, et tout cela fait du sens. Mais, en même temps, chaque mot lu réveille tout les sens/singifications de ce mot, et tous les souvenirs associés à ce mot. Et chacun possède, pour chaque mot, un « champ sémantique » différent, fonction des sens de ce mot retenus et préférés, ou mis en avant par la lecture de livres anciens (sens des mots ayant dérivé avec le temps) ou scientifiques (mots ayant un sens différent du sens courant), ou par la poésie (mots détournés de leur sens évident). Et chaque mot lu ouvre des connexions dans mon cerveau, faisant affluer des idées, des images, qui me rappellent par exemple ce que le mot « maison » veut dire, avec les différentes formes que peut avoir une « maison » selon le pays ou l’époque, mais aussi des évocations sur ce qui est associé à la maison : la famille, les enfants, voire des souvenirs pénibles ou traumatiques liés à une maison particulière, comme celle où une personne aimée est morte.

Et j’imagine que certaines mathématiciens ou certains champions d’échecs ont leur esprit remplis de connexions ouvertes permettant à des informations diverses de se connecter, de faire jaillir une idée, ou d’effectuer des évaluation de positions complexes de pièces, de façon inconsciente.

L' »attention », c’est en quelque sorte la focalisation de réseaux de neurones sur les informations que j’absorbe, tout en ouvrant des connexions vers ma mémoire et vers des processus sous-jacents, inconscients.
Et, si je suis fatigué, si je suis distrait par plusieurs sujets d’attention, j’ouvre différents canaux, qui se combattent les uns les autres, épuisant mes ressources mentales. Je ne pense donc pas qu’on puis prêter la « même » attention à plusieurs choses en parallèle. Je me souviens avoir été capable de lire le journal, écouter et voir la télévision, tout en discutant avec mon épouse ; mais je ne suis pas bien sûr d’avoir été « entièrement moi » dans chacune de ces activités, en fait je suis certain d’avoir exercé superficiellement mon « moi » sur chacune de ces trois occupations et d’avoir saturé mes capacités à comprendre et à mémoriser. Bref, il me semble que l’attention ne peut pas se disperser, sous peine de ne pas être entièrement présent à chacune des sollicitations qui nous assaille.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s


%d blogueurs aiment cette page :