Archive for décembre 2013

De retour ! Recalé… mais décalé encore

2013/12/20

« Recalée » se dit d’une machine qui s’était déréglée et tournait de travers et qu’on a remise dans le « droit chemin ».
Dans mon cas, il m’a fallu au moins deux semaines pour me « recaler » après mon voyage en Asie.
Treize vols, Quatre villes visitées. Sept hôtels. Quarante-cinq heures de vol au total. Ca fait beaucoup… Mais c’était super ! Sauf que, au retour, il faut se payer de nouveau le décalage horaire… et donc passer presque deux semaines à se coucher à… 9h30 pour 9h à (une fois) 11h30 de sommeil parce que on est alors épuisé, toujours à l’heure de l’Asie du Sud-Est, 3-4h du matin correspondant alors à 8-9h du soir. Et une troisième semaine hyper-chargée au travail…

Singapour, Bali (Indonésie), Angkor(Cambodge), Luang Prabang (Laos).
Quel contraste entre la ville moderne sur l’équateur et les villes de Bali (Jimbaran, Ubud, Ahmed), du Cambodge (Siem Reap) et du Laos (Luang Prabang) !

Singapour : la ville aux immenses buildings ! Bali : les villes/villages à la circulation incroyable sur des routes qui ont gardé la largeur des chemins des siècles passés. Siem Reap : la ville française, aux larges rues et trottoirs. Luang Prabang : la ville conservée dans l’état où les français l’avaient quittée, enfin à peu près…
L’impression de ruche de Singapour, Bali et Siem Reap, comparé au calme de la vieille ville de Luang Prabang.
Les temples innombrables de Bali, un temple par maison, plus les autres… et les offrandes, tous les jours.
Les temples écroulés d’Angkor.
Les temples rénovés de Luang Prabang, un peu trop dorés parfois… mais vivants encore comme autrefois.

3700 photos. Bien peu finalement, en 3 semaines, par rapport au photographe que j’ai rencontré après mon retour et qui avait ramené 11.000 photos de Birmanie en un mois… Mais quel travail pour les trier, afin de les montrer. Plus tard.

Une semaine avec ma fille, à Luang Prabang, à manger dans les plus fins (et pas chers !) restaurants, savourant le calme reposant de cette ville.

Avoir visité trois des plus gros aéroports de la région (Singapour, Kuala Lumpur, Bangkok) et quatre des plus petits (Dempassar, Siem Reap, Hanoï, Luang Prabang).

Quelle aventure !
Et tout s’est bien passé. Incroyable. Juste, à Kuala Lumpur, un avion qui a failli partir sans nous, et sans la dizaine de Malais qui, comme nous, furent trompés par l’affichage nullissime du vol pour Siem Reap.
Même pas de bagage perdu !
Ni d’objectif cassé.
Et peut-être pas de souvenir… genre amibes, paludisme. On verra plus tard.

Marche dans les rizières de Bali, sous la pluie torrentielle… avec traversée de ruisseau, au fond d’un mini canyon verdoyant mais abrupte et glissant, sous le regard goguenard du guide, Gusti, qui s’amusait de sa facétie. 🙂

Découverte de la banlieue de Siem Reap, et du village de Lim, guide bénévole.

Balades en taxi, ou Tuk-Tuk, à Bali, Siem Reap, ou Luang Prabang.
Promenade en vélo le long du Mékong.
Visite de village aquatique à Siem Reap.

Plein de petites chose, très simples et très « faciles », pour le voyageur froussard que je suis. Mais, bon, maintenant que j’ai réussi à faire ce voyage, si compliqué, organisé par ma fille (pour les vols), me voilà prêt pour de nouvelles aventures ! ou pas. Enfin… on verra plus tard. Pour le moment, voyage à Cherbourg, en voiture… C’est chiant ces enfants qui s’amusent à aller vivre à l’autre bout de la France ou de la Terre… Mais, bon, ça me force à me bouger !

Oui, me voilà « recalé » à la vie en France. Boulot… Photos. Et Blog. Dooooooooooooooucement. Le calme laotien a un peu déteint sur moi… Calme, lenteur, et volupté.

Oui, c’était un beau voyage ! 🙂
Me voilà « différent », riche de tout ce que j’ai vu de différent, même si j’ai été assez « touriste », appréciant les piscines à Bali et à Siem Reap (trop cher l’hôtel avec piscine à Luang Prabang !). Ma fille, habituée à dormir chez l’habitant… au fin fond du Vietnam du Nord, ou du Sud, ou dans un coin qui ne voit pratiquement pas de touriste, à Florès, a apprécié le calme, la facilité, et le repos procurés par un hôtel doté d’un bon restaurant !

Beaucoup de souvenirs ! qu’il faudrait des heures à transcrire ! et que je garderai en souvenir en photos, qui viendront ici, peu à peu, ou ailleurs…

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Yungchen Lhamo

2013/12/14

Je marchais quelques pas en arrière de ma fille, dans une longue mais étroite rue « branchée » de Singapour (c’est-à-dire ressemblant à n’importe quelle vieille petite rue commerçante piétonne du sud de l’Europe, avec de petites arcades, mais rectiligne), où se sont installés récemment de nombreux petits commerces hétérogènes (boutiques, coiffeurs, restaurants, esthéticiens, etc) de chaque côté de la rue, dans des maisons anciennes et semblables d’un étage, lorsque, de l’autre côté du stand de Yoga qui s’était installé dans les cinq mètres de largeur de la rue, j’entendis les premières notes de – je l’apprendrai quelques instants plus tard – la chanson « Per Rig Chog Sum », suivies assez rapidement d’une magnifique voix féminine, mais grave et lente. Laissant ma fille continuer et lui faisant un petit signe de la main, je contournai les limites du tapis de Yoga pour chercher d’où venait la musique. Je vis ce qui, autrefois, devait être un magasin, et qui en conservait la grille de fer avec sa barre au sol dans laquelle je me pris le pied, et qui avait été transformé en petit bar, étroit, mais profond et sombre, manifestement indien, et je demandai au jeune serveur à la peau sombre et douce, sans doute le propriétaire, quelle était cette musique. Il me demanda de le suivre vers l’arrière de l’ancienne boutique et, sous un vieil escalier en bois, il me désigna un vieil IPod et, après quelques rapides manipulations, il me montra l’écran où s’étaient inscrits des mots sans – pour le moment – signification pour moi, manifestement la transcription en caractères latins d’une langue orientale, à part le titre de l’album : « Coming Home ». Je pris rapidement en photo l’écran, remerciai le jeune homme pour sa gentillesse, et ressortis rejoindre ma fille.
Ce n’est que plusieurs jours plus tard, enfin rentré chez moi après ce périple de 25 jours en Asie du Sud-Est, que je pus, en retrouvant la photo parmi les 3700 photos rapportées, découvrir le nom de cette chanteuse à la voix particulière : « Yungchen Lhamo« , une femme tibétaine qui, comme beaucoup d’autres, a fui son pays sous l’oppression chinoise pour se réfugier en Occident, où elle peut, enfin, chanter en toute liberté et déclamer sa tristesse et sa colère sourde, dans des textes qui me sont incompréhensibles mais qui, chantés ainsi calmement et avec une telle voix – comme dans « Happiness Is… » – exceptionnelle, me touchent profondément malgré tout, devinant tous les malheurs et souffrances cachés derrière. Ce CD « Coming Home » tourne en ce moment-même sur ma platine et, peu à peu, je m’habitue aux tonalités tibétaines et bouddhistes des autres chansons, mélange de traditions tibétaines et d’instruments divers, avec Peter Gabriel jouant de « bourdons », rappelant parfois certains passages de la musique du « 5ème élément », ou bien me rappelant ce moine qui – dans le plus beau temple de Luang Prabang, et après qu’un novice eut frappé le gong – jouait avec ses mains à faire chanter les vibrations en caressant le gong, et produit par Hector Zazou, artiste français iconoclaste et mort hélas depuis, ayant produit le fameux CD « Chansons des mers froides » où chante Björk et dont la plus belle chanson, absolument insupportable pour le commun des mortels, est « Annukka Suaren Neito« , qui donne la nausée à tous ceux à qui je la fais entendre mais qui, mélange également de traditions millénaires diverses et d’instruments électroniques modernes, vous prend aux tripes et qu’il est impossible ensuite d’oublier.
La vie est donc faite de hasards, que l’on provoque en sortant de chez soi, pas forcément loin, et en se mêlant à la vie, en ville pour multiplier les hasards, ou en campagne pour les rendre plus profonds peut-être. Hasards que l’on est libre de laisser filer, en poursuivant son chemin car inquiet ou pressé, ou bien d’attraper, comme un papillon, l’espace d’un moment, pour le regarder avec suffisamment d’attention pour se le remémorer plus tard et prolonger et faire fructifier peut-être cette rencontre, avant de le relâcher.
Il en va ainsi de nos vies, souvent trépidantes, et qui nous empêchent parfois de prendre le temps de regarder de près ce hasard, imprévu par nature, qui interrompt le cours « ordinaire » de nos vie et peut la faire basculer, la faire prendre une toute autre direction, que l’on n’imaginait pas. Je suis volontaire pour consacrer du temps à ces rencontres, musicales ou humaines, pour leur permettre de se montrer vraiment à moi, pour me permettre d’aller vers elles, avec toute mon imperfection et mes folies « ordinaires ». Parfois, bien sûr, la rencontre est décevante, ou bien l’on n’arrive pas à se détacher de ce que l’on pense être « beau » ou « bon », mais qui ne sont bels et bons que par ce que nos précédentes rencontres et nos choix précédents ont fait de nous, ou bien parce que la vitesse du moment nous empêche de nous arrêter, façon aimable de dire que nous n’avons pas le courage d’interrompre le cours forcené de notre vie pour « prendre le temps », ou bien parce que nous sommes « absent » de nos vie à cause de la fatigue que nous subissons. Il me semble donc qu’il faut être « ouvert » à tous les hasards, à toutes les rencontres, leur consacrer un minimum de temps, mettre de côté pour un moment ce qu’on croit savoir du monde et des Hommes, pour voir au-delà des apparences et prendre le temps de découvrir et de s’adapter à cette nouveauté, qui risque bien de nous transformer, de faire naître de nous un autre futur que celui que nous anticipions, que nous planifions, que nous bétonnions, pour nous rassurer, pour avoir l’impression de décider de ce que sera la suite de nos vies, au lieu d’être « ouvert » à la nouveauté, d’avoir le courage de s’enfoncer dans l’inconnu et peut être voir la vie d’une façon radicalement opposée à ce qui jusque là étaient nos convictions, peut-être simplement à cause d’une forte mais minuscule lumière au milieu d’ombres inquiétantes qui semblent des dragons, nés de notre imagination et de nos craintes. Souvent bien sûr, hélas, la vie trépidante que nous menons, ou des moments complexes, nous empêche de « prendre le temps » et d’approfondir ou de « réaliser » ce hasard, comme lorsque – dans la fin du film « La vie d’Adèle » – ce jeune homme charmant et timide, retenu dans la fête par des connaissances trop bavardes, sort bien après Adèle de l’exposition et, au moment de choisir si, par manque de temps et ne la voyant plus, il ira la chercher à droite ou à gauche, il court dans la mauvaise direction et s’éloigne d’elle. Peut-être, finalement, se retrouveront-ils, chacun ayant fait la moitié du pâté de maison ? chacun s’étant éloigné de l’autre pour de multiples raisons avant de se rencontrer de nouveau et se parler vraiment, pour se découvrir, pour se parler « en vérité », pour permettre à l’autre de parler et d’avouer ses peurs, ses douleurs, ses hontes, ses craintes ou ses espoirs, pour prendre le temps et la peine de l’écouter et le découvrir, dans sa vérité et sa beauté intimes camouflées par différents masques, erreurs, ou bêtises, trop humaines.