Pensées

(pensées de la semaine passée)

Seul, libéré du travail, je cultive l’art et la manière de laisser couler le temps en essayant doucement de faire tout ce que je dois ou désire faire… Exercice difficile pour moi, qui divague si facilement de l’essentiel vers le superflu… Mais, bon, j’avance, doucement. Cet AVC/AIT, même s’il m’a libéré (temporairement !) du travail, me préoccupe aussi, et me pousse à développer mon enquête pour en comprendre les causes et éviter que ça recommence sans non plus me détruire avec des médocs de merde car inappropriés.

Le soleil est dehors, mais il y a quand même quelques nuages accrochés aux montagnes. Sa luminosité baisse… J’ai lu un peu du dossier sur Camus. J’ai répondu à mes mails. J’ai reçu mon colis. J’ai téléphoné pour trouver un neurologue (pas avant Avril au CHU…). J’irai chercher le pain, récupérer mon film pris cet été en sténopé, peut-être passer de la lasure sur mes boiseries qui souffrent, continuer de préparer mon voyage. Ce voyage m’angoisse. Partir… c’est mourir un peu, non ?! 😉 C’est surtout se bousculer, changer toutes ses habitudes, faire face à des soucis auxquels on n’est plus/pas habitué… Mais c’est aussi une grande et belle aventure… Et cette préparation à ce voyage me met face à plein de possibilités et donc plein de choix… J’ai horreur de choisir, souffrant de la perte possible de différentes choses et n’arrivant pas à m’astreindre à accepter une solution non optimale… Mon souci de perfection est une torture… D’où l’intérêt du lâcher-prise, de se laisser porter, d’accepter ce qui vient, avec bonheur. Quand on n’attend rien du futur, on est toujours heureux ! 😉 Quand on attend trop du futur, et donc qu’on plaque sur lui des images et des réalisations, les échecs sont douloureux, alors qu’il faut savoir être heureux de, simplement, avoir « participé » : dans le voyage, ce n’est pas l’arrivée qui est importante, c’est le voyage, les étapes. Ce qui compte, c’est le présent… Et le présent, maintenant, pour moi, c’est de réussir à me décoller de ce PC qui m’offre une solution parfaite pour fuir les choix et le temps qui passe… Je pourrais aller marcher à la campagne… mais je n’aime pas compresser dans le reste de la journée ce que je dois faire. Mais, si je ne planifie rien, je ne fais pas grand-chose non plus… Ah, comme j’aimerais être une vache et brouter l’herbe… ignorant du boucher qui me découpera en rondelles ! 😉 Ha ha ha Je n’étais bon que sous pression, sous stress, attendant bien souvent la dernière limite, forçant mon cerveau… Celui-ci, maintenant, se plaint de tout ce que je lui ai fait subir… Et il voudrait du repos, une vie simple… alors que la perception de ma finitude me trouble, me torture, me pousse à ne pas faire grand chose finalement de ce temps, juste à le regarder couler… Alors qu’il suffirait de vouloir et d’être heureux ! 😉 Ha ha ha Mais, bon, j’ai perdu mon « innocence » et je ne saurais être une vache… ou de nouveau un enfant inconscient et innocent. Je cherche alors dans l’autre extrême : la compréhension de ce qui se passe, autour de moi et en moi. Tâche futile et impossible… car tellement vaste, qui me fait simplement ruminer mes limites au lieu de les accepter. Prendre un livre, s’y plonger et oublier le temps qui passe… je n’y arrive plus. Le temps qui passe m’engloutit. Et, que je fasse quelque chose de ce temps, ou rien, ça ne change rien au résultat final. Mais, bon, comme l’a dit Camus, mieux vaut se révolter contre l’absurde, et développer l’humour, et la tendresse.
« Mes proches sont trop loin » : c’est vrai… Et je dois développer des stratégies pour vivre avec cela, pour supporter la distance. Mes enfants me manquent… Leur absence auprès de moi, ou à une portée « raisonnable » et humaine (Lyon…), est une torture… Mais, bon, il paraît que c’est normal, qu’il faut accepter la perte ou l’envol de ce qu’on a de plus cher, de ceux avec qui on a passé tant de temps, et fait tant de choses, dans une relation franche, directe, naturelle, constante, forte, intime, jour après jour.
Je suis libre… mais j’ai bien du mal à voler de mes propres ailes encore. Depuis sept ans, j’ai eu bien des choses à digérer, plein de choses à réapprendre, plein de choses nouvelles à accepter, plein de douleurs à digérer… Comme tout le monde, juste peut-être en un peu moins de temps que la moyenne. Haché menu entre des moments de solitude chez moi et des moments heureux avec mon amie, pas encore bien remis d’échecs passés, toujours fragile (comme tout le monde… mais plus conscient sans doute de cette fragilité, ou osant l’avouer alors que les autres se taisent), j’essaye de m’adapter à la douche écossaise, moi qui aime tant la douceur du printemps sur ma peau. Ma solitude, je m’y habitue, tout en la haïssant, et on est tous déchiré entre le plaisir de faire seul ce qu’on aime et le bonheur de faire autre chose, mais à deux. Que de temps il faut pour trouver un équilibre… et combien il est illusoire de chercher un équilibre alors que toute vie n’est que déséquilibre et recherche permanente d’un équilibre temporaire. Mais, bon, je me sens mieux depuis un an. Grâce à elle. Et je me sentirais certainement mieux si je n’avais pas subi d’AVCs… qui bousculent ma tranquillité et ma croyance en un corps encore bien solide (mais que j’ai beaucoup martyrisé… bêtement, ou entraîné par ma bêtise, fruit d’un manque de conscience du temps et de la vie). Finalement, je suis en très bonne santé ! puisque tous les examens disent haut et fort que « jusqu’ici, tout va bien ! ». Juste un petit bout d’artère qui proteste vigoureusement si on la pressurise un peu trop… Moi, j’ai pas l’habitude de faire attention à mon corps… J’aurais dû, pourtant, l’écouter plus souvent… et prendre le repos qu’il me demandait, qu’il me suppliait, de prendre… Mais je me contraignais et me forçais… Maintenant semble être venu le temps où je dois m’arrêter lorsque je sens que mon coeur veut sortir de ma poitrine, à force de marcher le plus vite possible dans la plus grande pente. Ou pas.
Bon, prendre la vie comme elle va, au jour le jour. Et sortir mettre sa peau sous le soleil et dans le vent, pour se sentir vivre, pour être vivant par son corps au lieu de ne faire bouger que mes dix doigts sur ce clavier. À force d’entraînement, j’arrive maintenant à sortir de mon cerveau toutes les bêtises qui y vivent, à les exprimer, rapidement, simplement, en mots et phrases simples. À supposer que je dise des choses en lien avec la réalité et pas des rêves coupées de la réalité (ou de ce que nous en connaissons). Il me semble que j’y arrive, un peu… ou bien n’est-ce qu’une illusion ? Mon « style » a-t-il un intérêt ? Et ce que je dis ? Finalement, je ne fais que mettre des mots là où tout le monde évite de gratter… car, sous la croûte, la plaie est encore, et sera toujours, à vif. À quoi bon parler de la vie ? Mieux vaut vivre !! Et est-ce vivre qu’écrire ? 😉 Ou bien, est-ce vivre que d’aller marcher toute la journée en montagne, seul ? Et ce travail ? qui nous abrutit et nous empêche d’aller à notre rythme et de profiter du soleil et de la douceur. La vraie vie est entre tous les extrêmes, dans un équilibre, ou plutôt dans un déséquilibre constant. Nous sommes tous des équilibristes qui s’ignorent. Et, pour marcher sur le fil, il faut être vif, souple, musclé, calme, serein… Bref, être en forme, corps et esprit. Un cercle vertueux. Je vais sortir et bouger.

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7 Réponses to “Pensées”

  1. Cath Says:

    As tu lu « Le bonheur désespérément » de Comte Sponville ?

  2. Jane Says:

    Arrête de te poser des questions Tony. Tu es bien en vie et en bonne santé. Alors tout va bien. Une femme t’aime. Tu as des passions, un beau voyage en préparation et certainement d’autres projets. Elle est pas belle la vie !
    Moi je vais mieux. Certainement l’effet du médicament. J’ai conscience de m’être fourvoyée dans une mauvaise direction et je vais rétablir le cap. M’éloigner de tout ce qui peut me faire mal, de m’induire des pensées négatives…
    Je te fais un bisou sur le front !

    • trex58 Says:

      Mais si, elle est belle la vie ! Furieusement belle ! 😉

      Redresse le cap ! Affronte tes pensées ! Dompte-les ! Mais écoute-les, comprends-les, accepte-les, et passe à autre chose ensuite, une fois libérée.

  3. Jane Says:

    Tu as une belle écriture Tony !

    • trex58 Says:

      Merci. Enfin, faudrait que j’écrive un bouquin pour savoir si ça peut plaire vraiment. Un livre sur mes « femmes » ! 😉 Un chapitre pour chacune.

  4. Sossi Says:

    😉

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