Archive for août 2013

Réforme ! ou Dégage !

2013/08/29

Réforme ! ou Dégage !

Voici le message que j’envoie à Monsieur François Hollande.

Ce monsieur fait une politique de caste, de tribu. Ce monsieur protège les privilèges de ses coreligionnaires (les fonctionnaires) qui sont aussi ses électeurs. Au lieu de rétablir l’équité privé-public, ce minus habens ponctionne encore plus les entreprises et continue à nous assommer d’impôts. La France est devenue une oligarchie, un pays communiste : 75% de la population travaille dur pour que 25% de fonctionnaires et assimilés conservent les avantages indus acquis année après année sans aucune raison.

Le propre des Hommes est de chérir l’équité. Celle-ci a été bafouée et, alors même que nombre de journaux clament haut et fort l’évidente inégalité privé-public, cet incapable continue à la nier et à l’entretenir.
Qu’il dégage ! Que le peuple français, par des manifestations ou pétitions, réclament son départ. Dehors !

Non, non, je ne m’énerve pas.

2035 ????

2013/08/27

Nouvel Obs : « Réformes des retraites : allongement de la durée de cotisations à 43 ans en 2035 ».

?????????????

Ils sont cons ou quoi au Gouvernement ? Ou bien, ils sont castrés ? Ils n’ont pris que des eunuques, à l’image de Hollande ? Y’en a pas un qui a les couilles de faire ce que les 3/4 des Français attendent ? Réformer ! Maintenant ! Casser le bordel qui s’est accumulé et qui a fait que privé et public n’ont pas les mêmes droits à la retraite !

Citoyens ! Révoltez-vous ! Les fonctionnaires ont pris le pouvoir et ne veulent pas rendre les privilèges qu’ils se sont indûment octroyés ! Révolution !!!!!!!!!!!!

Quant à Hollande, préparez la guillotine !!!!

Elyzium

2013/08/27

« Elyzium » : un film un peu trop téléphoné et un improbable futur. C’est plaisant, mais trop gentil : les méchants riches, ils ne font que partager le gâteau avec les milliards de pauvres restés sur Terre. Et que penser d’une bande d’abrutis qui se sont placés sous le contrôle d’un programme qui régit leurs loi et tous les robots ?! Et le héros, après avoir sauver la veuve, l’orphelin, et les pauvres, meurt (enfin !!) en fournissant un magnifique gros plan final de son cadavre. Quant aux batailles… pffff. Et trois méchants vilains méchants, qui meurent tous à la fin ! Hummmm presque du Walt Disney. Trop gentil. Plaisant, mais trop gentil. Et la morale qui suinte est puante. Sympa, sans plus.

Jeune & Jolie

2013/08/27

« Jeune & Jolie » d’Ozon.

Malaise. On ne se sent pas très bien à la fin de ce film. Que penser du sourire final ? Guérison ? Et, quant au début du film, je l’ai trouvé trop rapide pour me faire une idée précise d’Isabelle : était-elle déjà « différente » avant le ratage de Félix ? Car, quand on a droit à la « première fois » d’une jeune fille, il faut savoir être tendre, patient, prendre son temps, lui donner plus qu’on ne lui prend. Et ce n’est pas sur une plage qu’on peut prendre son temps… Mauvais choix. L’été, c’est bien, mais dans une chambre, seuls, avec le temps devant soi. Bref, on devrait donner des cours de dépucelage à tous les jeunes hommes imbus de leur sex-appeal ! 🙂 Car rien n’est plus délicat que de faire de ce moment unique, si important pour une femme comme pour un homme, un « beau » souvenir. Quant à Isabelle, elle n’a fait ensuite que continuer à être l’objet sexuel que Félix avait fait d’elle : une poupée pour satisfaire son désir et son plaisr. 3mn : c’est un peu court, messieurs ! Et puis, un peu de tendresse, bordel !

Le film est bien. Il y a une atmosphère bizarre. Et Marine Vacth (23 ans) joue très bien et est très crédible. Et ce film m’en rappelle un autre, sur le même sujet. Isabelle a eu bien de la chance d’être tombée sur des hommes « bien », ne lui infligeant pas d’horreurs. Le scénario…

Un bon film. À voir. Mlle Marine est vraiment très belle, et c’est un régal de la voir… jouer si bien. 😉

P.S. Après réflexion, me reviennent des points importants du début du film. Si ce Félix a bâclé cette première fois, ce qui est indéniable, il y a aussi le désir qu’avait Isabelle de « le faire » : passer cette étape, sans aucun sentiment ni désir. Juste le faire : « Ca y est, c’est fait », a-t-elle dit je crois à son frère. Il paraît que c’est une attitude finalement assez courante chez les filles : le faire, pour en être débarrassé… Drôle d’idée… Pourquoi pas. Mais, au moins, il faut choisir un moment et un garçon tels qu’on puisse découvrir sa sexualité, au lieu de la vivre froidement, sans rien ressentir de vrai. D’ailleurs, plus tard, il lui faut voir des films pornos pour voir comment il faut qu’elle simule…

Trop

2013/08/24

J’ai trop de choses à faire…
– travailler (j’ai pas le choix !) 😦
– voir mon amie ! 🙂
– finir de préparer mes 3 semaines de voyage en Asie en novembre (Singapour, Angkor, Bali, Luang Prabang) ! 🙂
– communiquer avec mes enfants (tél – skype – emails) 🙂 et organiser quand je pourrai les revoir… 😦
– voir mes amis ! 🙂
– répondre à mes mails et récupérer le retard pris pendant mes 2 semaines de vacances… 😦
– aller marcher en montagne ! 🙂
– écrire mon livre (faudrait commencer ! d’abord !) 😉
– trier et lire les lettres et carnets de ma mère et en faire un livre (1 an de travail à plein temps ?) 😉
– continuer à gérer ce blog et à y écrire tout et n’importe quoi, et répondre ! (suis en retard…) 🙂
– dormir !
– ranger le bordel qu’il y a chez moi !
– continuer à faire des photos ! et passer à la 2ème étape !
– envoyer ma candidature à FEPN avant le 15 septembre
– relancer pour faire tourner mes photos de La Défense dans des (petites) expos
– décrocher mes photos de Decitre et les apporter pour l’exposition de mon club-photo, la semaine prochaine !
– Lire !!!!! mes revues, mes livres (en retard !!!)
– finir ce @#!@! de dossier de maison de retraite pour ma mère pour la rapprocher de chez moi
– continuer à gérer sa tutelle
– finir de trier et vider son appartement pour le mettre en vente
– secouer ce connard de Syndic qui a laissé une infiltration d’eau chez ma mère depuis… plus de 10 ans !!
– mieux me préparer à ce qu’elle mette 1h30 pour se rappeler (un peu…) qui je suis, en attendant qu’elle perde tout souvenir de moi, en attendant les joyeusetés de funérailles et succession à gérer.
– continuer à voir ma psy pour digérer les péripéties de cette putain de vie 😉
– voir mon kiné pour finir la remise en état du cinquantenaire que je suis 😉
– mincir ! 😉
+ courses, ménage, repas, repassage, …

Pfffffffff C’est pas une vie ! 😉

Pour le moment, je suis un peu « brassé » par la plongée dans les temps avant ma naissance, révélés par la lecture de tant de lettres et carnets secrets… que je découvre quasi totalement.

Bon, aux courses…

Vichy

2013/08/19

Vichy, le 6 décembre 1944.
Sur papier à en-tête « Service des intérêts Belges », à Vichy, Service des Finances.

Petit frère,

Monsieur ! Vous ai-je écrit une si vilaine lettre, pleine de reproches, comme vous semblez le dire ? Il ne faut surtout pas vous en affliger, et prendre à la lettre ce que je dis. C’est si agréable de fâcher quelqu’un. D’ailleurs, il vaut mieux, comme vous le proposez, abandonner le sujet. En effet, nous n’en sortirions pas.
Il me faut pourtant reprendre mes explications : nous sommes toujours à VICHY et habitons la même maison que nos bureaux, c’est à dire : 17 bis, avenue W. Stucky. et je ne reçois pas, ainsi que vous semblez le croire, mon courrier à Beaumont.

Si au moins un seul de nos projets pouvait se réaliser, ce serait déjà beaucoup. J’aimerais même assez commencer par celui qui nous emmène à NICE. Il y a en outre ceux de Paris, de Bruxelles, et la réalité qui nous retient à VICHY ! C’est déprimant d’avoir l’impression de vivre dans du provisoire et d’attendre; de vivre en attendant et d’attendre de vivre, de faire des projets en attendant du nouveau, et d’appréhender le nouveau tout en le souhaitant et l’attendant. Avez-vous, vous, l’impression de vivre ? Êtes-vous heureux ? Croyez-vous que tout ce que vous pouviez souhaiter est arrivé ? Ne sentez-vous pas que quelque chose va venir ? Pour vous ?

On attend, on attend toujours. On sent venir. On tend les bras, et ce n’est pas encore pour vous. On attend encore. Croyez-vous qu’on attend toute sa vie ? Si je le pensais, j’emploierais mon peu de volonté à me faire un raison, et à me contenter de ce que je possède. On croit toujours avoir droit à un peu plus que ce que l’on a. Et plus on va, plus il vous faut aller.

On court toujours derrière ce qu’on appelle le bonheur. Moi, je n’y crois plus, et pourtant, je cours toujours. Je voyais dans le bonheur un état permanent de volupté qui pouvait durer toute une vie peut-être, un nuage qui flotte au-dessus de vous, vous enveloppe même, vous isole, vous encense; voyez-vous ? la vie dans du coton, du moelleux, avec du soleil de dessus les nuages, plus pur, plus chaud; le bonheur, je le voyais à deux en un, venu de loin, pour vous et rien que pour vous.

Eh bien ! J’en suis revenue! Son bonheur, on le fait soi-même, et en luttant grands Dieux! (lutter pour moi, c’est à dire en ne s’endormant pas) Et si on y arrive, c’est bien beau. Et si on se trompe pas en chemin, c’est un miracle; et si on n’y perd rien, c’est beaucoup mieux.

France vous a écrit une lettre de 16 pages je crois, et je ne veux pas vous répéter que nous tuons souris sur souris, qu’il pleut jour après jour, que nous avons piqûre sur piqûre de moustique, que nous récoltons tous les mon mots de M. Bruyez; – et vous les énumérer, etc.

Mais je veux bien vous dire et vous redire et vous assurer que le jour où nous débarquerons chez vous sera un grand jour. Et vous devrez accepter nos chants et danses de victoire sur le quai de la gare.

Grosses bises.

Martinet

P.S. Vous ne m’avez pas envoyé de photo à moi et je ne suis pas contente. Le cri de France en vous voyant a été : « Qu’il a grandi! ».

Nouvel Obs

2013/08/10

Intéressante nouvelle du Nouvel Obs il y a peu :

« Pierre Moscovici revoit à la baisse sa prévision de croissance 2013, entre -0,1% et +0,1%. »

Hé ! Connard ! Ca, ça s’appelle de la stagnation ! Pas de la croissance ! Retourne à l’école !

(Mais pourquoi je suis agressif comme ça moi ? 😉 )

Albert Camus : Le Mythe de Sisyphe

2013/08/10

Extraits


Je ne puis avoir de la liberté que la conception du prisonnier ou de l’individu moderne au sein de l’Etat. La seule que je connaisse, c’est la liberté d’esprit et d’action. Or si l’absurde annihile toutes mes chances de liberté éternelle, il me rend et exalte au contraire ma liberté d’action. Cette privation d’espoir et d’avenir signifie un accroissement dans la disponibilité de l’homme.
Avant de rencontrer l’absurde, l’homme quotidien vit avec des buts, un souci d’avenir ou de justification (à l’égard de qui ou de quoi, ce n’est la question). Il évalue ses chances, il compte sur le plus tard, sur sa retraite ou le travail de ses fils. Il croit encore que quelque chose dans sa vie peut se diriger. Au vrai, il agit comme s’il était libre, même si tous les faits se chargent de contredire cette liberté. Après l’absurde, tout se trouve ébranlé. Cette idée que « je suis », ma façon d’agir comme si tout a un sens (même si, à l’occasion, je disais que rien n’en a), tout cela se trouve démenti d’une façon vertigineuse par l’absurdité d’une mort possible. Penser au lendemain, se fixer un but, avoir des préférences, tout cela suppose la croyance à la liberté, même si l’on s’assure parfois de ne pas la ressentir. Mais à ce moment, cette liberté supérieure, cette liberté d’être qui seule peut fonder une vérité, je sais bien alors qu’elle n’est pas. La mort est là comme seule réalité. Après elle, les jeux sont fait. Je suis non plus libre de me perpétuer, mais esclave, et surtout esclave sans espoir de révolution éternelle, sans recours au mépris. Et qui sans révolution et sans mépris peut demeurer esclave ? Quelle liberté peut exister au sens plein, sans assurance d’éternité ?
Mais en même temps, l’homme absurde comprend que jusqu’ici, il était lié à ce postulat de liberté sur l’illusion de quoi il vivait. Dans un certains sens, cela l’entravait. Dans la mesure où il imaginait un but à sa vie, il se conformait aux exigences d’un but à atteindre et devenait esclave de sa liberté. Ainsi, je ne saurais plus agir autrement que comme le père de famille (ou l’ingénieur ou le conducteur de peuples, ou le surnuméraire aux P.T.T.) que je me prépare à être. Je crois que je puis choisir d’être cela plutôt qu’autre chose. Je le crois inconsciemment, il est vrai. Mais je soutiens en même temps mon postulat des croyances de ceux qui m’entourent, des préjugés de mon milieu humain (les autres sont si sûrs d’être libres et cette bonne humeur est si contagieuse !). Si loin qu’on puisse se tenir de tout préjugé, moral ou social, on les subit en partie et même, pour les meilleurs d’entre eux (il y a des bons et de mauvais préjugés), on leur conforme sa vie. Ainsi l’homme absurde comprend qu’il n’était pas réellement libre. Pour parler clair, dans la mesure où j’espère, où je m’inquiète d’une vérité qui me soit propre, d’une façon d’être ou de créer, dans la mesure enfin où j’ordonne ma vie et où je prouve par là que j’admets qu’elle ait un sens, je me crée des barrières entre quoi je resserre ma vie. Je fais comme tant de fonctionnaires de l’esprit et du coeur qui ne m’inspirent que du dégoût et qui ne font pas autre chose, je le vois bien maintenant, que de prendre au sérieux la liberté de l’homme.
L’absurde m’éclaire sur ce point : il n’y a pas de lendemain. Voici désormais la raison de ma liberté profonde.

… alors je dois dire que ce qui compte n’est pas de vivre le mieux mais de vivre le plus. …

Sentir sa vie, sa révolte, sa liberté, et le plus possible, c’est vivre et le plus possible.

Me libérer

2013/08/10

Je désire me libérer de toi. Je désire me libérer de l’emprise que tu exerces involontairement sur moi, malgré toi. Je désire me libérer de ce rêve, universel, qui était d’être aimé en retour, et qui n’est plus depuis bien longtemps que le simple rêve de recevoir de toi ton amitié, aussi légère fut-elle, comme Vilaÿ et Danielle l’ont fait avant toi, qui refusèrent avec douceur, fermeté et patience, l’amoureux et ses illusions mais qui acceptèrent avec tendresse, générosité et empathie l’ami, me permettant ainsi de me libérer et d’avancer. Je désire être libéré de ce rêve, qui me nuit et m’empêche d’être totalement dans mon présent. Bien sûr, je chéris ce rêve, que je sais impossible, car il est pour moi comme un désir d’Everest, un moteur, un moyen de m’arracher de ma stagnation et de me forcer à explorer le monde et à découvrir d’autres façons de voir le monde, à me renouveler, à changer ma façon d’être et de penser, à me surpasser en imaginant comment te faire changer d’opinion et faire tomber ce mur que j’ai maladroitement et consciencieusement construit, erreurs après maladresses, bêtise après bêtises, obstinément et avec persévérance, celui qui sépare ceux qui vivent dans deux mondes qui semblent différents, alors qu’ils sont si proches et si communs, le monde de ceux qui cherchent comment vivre cette vie absurde, avec la beauté et l’art comme outils, avec l’amour d’autrui et pour autrui afin de ne pas se perdre, de ne pas perdre son humanité, afin de se réchauffer ensemble, afin de cheminer vers le hasard et le néant final absurde portés par la force et la chaleur des liens. Ce rêve est un noir espoir qui me permet d’oublier le vide de ma vie, arrachée de tout tissu social qui pourrait l’abreuver, seul ou presque la semaine à Grenoble, en manque de liens profonds, concrets et proches, tangibles, disponibles, sans famille, en manque de mes amis de jeunesse, partis au loin, en manque de mes enfants aussi, partis trop loin pour continuer aisément à renouer les fils distendus de nos liens. Ce rêve me donne de l’énergie, ambivalente, qui me brûle et me consume plus maintenant qu’il ne me nourrit, et qui t’a blessée parce que tu n’as rien demandé et que tu voudrais toi-aussi être libérée de ce poids, de cette crainte de celui qui n’est pour toi qu’un presque inconnu, dont les élans t’ont effrayée et ont troublé ta vie, sans que j’en prenne conscience, sans assez mesurer le trouble créé, dans l’espoir idiot et vain, mais tellement humain, trop humain, de susciter un jour un intérêt réciproque, aussi mince fut-il, dans l’espoir de trouver en toi, que je ne connais finalement pratiquement pas, le chemin du coeur, de l’empathie et de l’amitié. Je désire me tourner entièrement vers le présent et mes possibles, prendre en main ma vie, ne plus espérer que ce que je peux créer par moi-même, cesser d’espérer ce qui ne dépend pas de moi et est improbable, sinon impossible. Je désire me consacrer à cette autre énergie, blanche, qui m’a accueilli, alors que la tienne m’est noire, et qui s’offre à moi, qui me prend tel que je suis, avec mes qualités et mes défauts, avec ma tendresse et ma bêtise. Je désire me sevrer de cette drogue qui m’aide à vivre mais qui me consume aussi et nuit à l’harmonie de tous. Aide-moi. Aide-moi à me libérer. Par la parole et la discussion. Plutôt que par le silence, qui a nié ma personne et mon humanité, qui me blesse, et me rejette au néant, et qui fut la cause de tout. Je désire retrouver ma sérénité, celle du temps où, maladroitement, mais plein d’énergie, seul mais heureux, j’apprenais à chanter, et où le plaisir de chanter suffisait à me rendre heureux, avant que je ne pusse plus chanter. Aide-moi à mettre fin à cette errance. Donne-moi généreusement un peu de ton temps pour, enfin, m’écouter et m’aider à me libérer des fers que j’ai moi-même créés, obstinément, encouragé par le hasard.

Saju

2013/08/09

En TE cherchant de par la ville, je suis tombé un jour par hasard sur Saju. Je savais que tu étais passée par là, en cette maison accueillant des artistes, alors je m’en suis intéressé et j’ai su, un jour, qu’un joueur indien de Sitar y venait jouer. Je me souvenais de ce CD magique, acheté il y a longtemps à Boston : « Tana Mana » de Ravi Shankar ; et j’avais envie de vivre de près, en vrai, une telle beauté, d’écouter un vrai concert de Sitar. Je me souviens du lieu, sous la montagne. La maison n’est pas si grande que ça. Les enfants de la maison jouent, en pyjama, parmi les « invités ». Je paye mon écot. J’attends, et je vois venir celui qui, un jour, m’appellerait gentiment « My brother » dans un SMS envoyé aujourd’hui depuis Varanasi, pour me remercier d’une générosité que je juge insuffisante pourtant. Il est habillé de son habit de scène, un vêtement beau et brillant, les épaules recouvertes d’une étole, les cheveux noirs et bouclés, la moustache courte et vive, calme et sérieux, les mains jointes pour saluer ceux venus l’entendre. Son élève et amie, Laure, l’accompagne. Avant la musique, j’entends la voix de Laure, et je vois son visage. Sa voix du midi me rappelle des souvenirs. Son visage mince et bien structuré aussi. Elle a un beau sourire, et une belle allure, qui me charment. Sa gentillesse et sa beauté intérieure se révèleront plus tard. Sa beauté est évidente, mais elle semble l’ignorer. 25 ans nous séparent, et jamais je ne réussirai à agrandir ce lien ténu plus loin que l’amitié, ce qui n’est déjà pas si mal. Mon insistance, au début, pour participer, l’intrigue, l’inquiète. Mais l’amitié se crée, peu à peu, car – manifestement – j’aime leur musique et être avec eux et j’ai envie d’être généreux avec eux. Je lui suis sans doute comme un oncle, ou comme un drôle de fada, capable de faire deux fois 300km pour venir écouter son maître dans le midi puis deux fois 150km en Savoie. La scène n’est que le salon des gens qui organisent le concert chez eux. Nous nous asseyons par terre, comme Saju. Saju, les jambes pliées d’une façon qui nous serait une torture mais qui est une habitude pour lui, procède à ses rites, se saisit lentement de son instrument, qu’il salue, et commence à l’accorder pour le râga qu’il a prévu de jouer, et s’échauffe. La chair des doigts de sa main gauche est profondément entaillée par les cordes métalliques. Peu à peu, il déploie son art et nous enchante ; je suis juste devant lui, à moins d’un mètre. J’irai l’écouter six fois cette année-là, Grenoble deux fois, Lyon, Montpellier, La Grand-Combe en plein air, pour finir à Anduze. L’année suivante, je suis allé en Avignon pour le revoir. Il avait un peu froid en octobre. Et il ne savait pas qu’il jouait pour moi, pour mon anniversaire. Ce jour-là, j’ai fait mes plus belles photos de lui, peut-être. À moins que ce ne fut celles faites à Anduze, ce jour où, fatigué, ralenti par le froid, il a renoncé à faire le virtuose et a donné toute la poésie dont il est capable, renonçant à la vitesse pour la profondeur. Je suis allé l’écouter au fin fond des Cévennes, dans une église moins grande que mon appartement. Je suis allé l’écouter en Savoie, dans un grenier, dans une maison aussi. J’ai passé un moment avec lui et ses élèves, dans une salle d’un bar très louche de Montpellier, découvrant le lien profond et spirituel qui l’unit à ses élèves. Six fois encore cette année-là. Son visage est souriant, plein de gaieté et de rire, malgré ses mauvaises dents. Ses yeux pétillent. Son accent anglais est typique des indiens, mitraillette difficile à comprendre. Mais, quand il joue, il est totalement concentré dans son improvisation, dans le Râga qu’il a choisi. Souvent il ferme les yeux, sourit parfois, et ouvre de temps en temps les yeux pour voir l’effet qu’il fait sur son public. Il ne viendra sans doute pas cette année, hélas. J’ai eu beau écrire à tous les festivals de France et de Navarre, profitant du temps que m’avait donné la convalescence suivant mon AVC, c’était trop tard pour cette été. Et Laure, revenue de Varanasi, son coeur triste d’être partie, mais son corps fatigué des souffrances qu’il y a endurées et ne voulant plus y retourner, n’a pas pu organiser une nouvelle tournée, prise aussi par sa vie, troublée par la difficulté à revenir dans sa « vraie » vie en France, essayant de vivre tout en continuant sa musique. Quand elle était en Inde, nous avons communiqué de temps en temps par email. J’ai essayé de l’aider, comme je pouvais, lorsqu’elle était moins bien, lorsque son dos lui faisait souffrir le martyre. Saju l’a sauvée d’une mauvaise maladie. Elle qui a vécu des moments si difficiles dans sa jeunesse, elle est partie là-bas je pense pour renaître dans un autre lieu, pour se confronter à un monde radicalement différent qui la forcerait à vivre dans le présent, dans l’inconnu et la découverte d’un monde à comprendre et assimiler, avec le Yoga comme instrument. Le hasard a décidé de son maître de musique, qui lui a appris l’art des râgas, qu’elle transmute sur sa clarinette. Saju, sur son Sitar, veut plaire, surprendre, étonner, montrer sa virtuosité, en plus du lien viscéral qui le lie à sa musique. Laure, à la clarinette, nous emporte dans les rêves. Jouer sa musique lui est un effort, elle transpire. Les yeux fermés, assise par terre en tailleur, elle ondule au rythme de sa musique, qui nous ensorcèle, par sa beauté et sa douceur, par ces notes qui, tournoyantes, semblent toujours semblables alors qu’elles développent le même thème de toutes les diverses façons qui naissent instinctivement en Laure, comme une hirondelle virevoltant dans le ciel autour de l’essaim de fourmis qui s’envolent. En France, à Marseille, elle m’a dit avoir joué en duo avec une accordéoniste. Dommage que Marseille soit si loin. En TE cherchant, j’ai trouvé autre chose, j’ai trouvé d’autres amis, éloignés. Ma quête illusoire de TOI a donné naissance à des liens, ténus, qui ont grandi. D’autres ont su voir en moi mon amour de la musique et de la beauté, et ma tendresse pour ceux qui m’ouvrent leur porte, pour ceux qui m’accueillent généreusement dans leur vie, qui me permettent d’offrir mon amitié, d’exprimer ma folie et mon enthousiasme, et qui partagent avec moi des moments de leur vie, créant des liens. Dans la quête, l’important n’est pas le but, mais le voyage et ses rencontres. La quête nous pousse à sortir de nos habitudes, à aller vers l’inconnu. Se confronter à l’impossible nous force à nous dépasser, à nous renouveler. La vie est mouvement, changement. Le présent doit engloutir le passé. Le futur doit se consommer doucement, au jour le jour. En musique. En regardant jouer Saju. J’espère qu’il pourra revenir en France un jour. Sa musique me manque. Il me manque. Ces moments magiques me manquent. Bien sûr, je ne le connaîtrais jamais vraiment. Mais qu’importe. Il a compris mon amour de sa musique, ma joie et mon plaisir de le voir jouer. Et son bonheur est de faire naître le bonheur par sa musique.