Hannah Arendt

(réflexions issues de la lecture du numéro de « Philosophie Magazine » sur Hannah Arendt et du film sur l’épisode du procès d’Eichmann dans la vie d’Arendt. Je ne me base donc pas à la source des mots d’Arendt, par manque de temps. Je peux donc, en plus de mal les comprendre, suivre une interprétation fausse ou incomplète. Mais tout n’est qu’interprétation).

Hannah Arendt était juive, et la plupart de ses amis l’étaient aussi. Ses amis aimaient le peuple juif, alors qu’elle, elle n’aimait que ses amis, et elle n’avait pas d’amour particulier pour le peuple juif. Cela signifie que, plutôt que de se sentir appartenir à un groupe, elle jugeait plus important d’être liée à des personnes. Le sentiment d’appartenir à un groupe aide beaucoup, car on trouve dans ce groupe une aide, soit moralement soit physiquement : on ne se sent pas seul, d’autres nous sont semblables, et il y a de l’entraide, même de la part d’inconnus. Cela nous ramène toujours à la position que nous donnons à l’autre : dans le cercle familial ? celui des amis ? des connaissances ? des inconnus ? Il s’agit d’une position dans un cercle, dont le centre est occupé par les personnes avec qui nous avons construit les liens les plus forts, les plus importants, fruits d’une pratique, d’une proximité, ancienne, régulière et proche. À l’extérieur se trouvent ceux que nous ne connaissons pas, et nous gardons une place privilégiée pour ceux que nous jugeons nos « ennemis », et certains ont même une place pour ceux qu’ils considèrent comme inférieurs à eux-mêmes et à leur groupe. Hannah s’est construite une personnalité indépendante, autonome, farouche, et elle n’a pas besoin d’appartenir à un groupe, mais elle a besoin de liens profonds avec des personnes. Chez le peuple juif, qui a été persécuté pendant des siècles pour une absurdité, le sentiment d’appartenir à un groupe, accentué par les lois qui leur ont interdits de posséder des terres, et donc de se fixer, et d’exercer différents métiers, a été un facteur fondamental pour survivre aux massacres. Mais ce réflexe de faire confiance aux membres du groupe, même si on ne les connaît pas vraiment, est peut-être bien aussi une faiblesse : s’appuyer sur d’autres pour réfléchir et agir nous désapprend à réfléchir par nous-même et à agir. C’est peut-être ce qui s’est passé pour le peuple juif en Europe. Peut-être.
Hannah Arendt s’est peut-être bien trompée en partie sur Eichmann. Je pense que, même s’il n’avait pas de haine pour les juifs, il avait été influencé, déformé, par la propagande de ce temps, en Allemagne, qui transformait les juifs en sous-humains, inférieurs à un « pur » Allemand. C’est un mécanisme bien pratique et agréable, que de considérer l’autre comme différent, inférieur à soi-même et à son groupe (une ethnie, religieux, ou autre). C’est un moyen très efficace de couper court à toute réflexion personnelle. C’est un concept efficace pour faire court-circuit et éviter la réflexion, la pensée. Hannah Arendt dit que le mal vient de l’absence de pensée (de réflexion, d’analyse, de discussion avec soi-même pour comprendre quelque chose « par soi-même »). Je li’ cette absence de pensée à la religion, qui fournit les éléments, tout pré-mâchés, à tous. Certains, bien sûr, sont capables de considérer le corpus de textes religieux comme une base sur laquelle nourrir leur réflexion. Alors que d’autres en sont incapables, soit par paresse, soit par faiblesse intellectuelle. Ceux-là suivent des idées générales. Je pense qu’Eichmann, qui était mauvais à l’école et n’avait pas de formation, s’est découvert une compétence particulière pour organiser (pour organiser le transport des victimes de l’Holocauste, par train). Il s’est « réalisé » en étant une machine parfaitement efficace, satisfaisant son probable besoin de reconnaissance, et donc ses supérieurs. Alors, Eichmann n’était pas un monstre. Il n’était sans doute qu’un « simple » exécutant, extrêmement efficace, ayant fait son chemin et grimpé dans la hiérarchie par sa capacité à faire, vite et bien, ce qu’on lui ordonnait de faire. Et, tout entier à satisfaire ses maîtres, y mettant toute son énergie mentale et physique, les neurones qui auraient dû lui faire prendre conscience qu’il organisait le transport d’hommes, de femmes, et d’enfants, vers la mort, étaient endormis, dominés par d’autres pensées. En plus, l’idée communément admise par beaucoup d’Allemands de cette époque que les Juifs étaient inférieurs et dangereux devait l’aider à s’empêcher de penser aux conséquences ignobles de son travail : si l’on a déshumanisé mentalement d’autres hommes, on peut bien les traiter comme des animaux. D’où l’importance, sans doute, de ne plus considérer les animaux comme des êtres qu’on peut faire souffrir et tuer sans que cela ait la moindre importance… L’autre, celui qu’on ne fréquente pas, qui ne fait pas partie de son groupe, il est bien facile de le considérer comme « rien ». D’où l’importance, sans doute, d’essayer de réduire ce besoin d’appartenance à un groupe, hélas toujours vivace aujourd’hui, qui me semble être une conséquence directe de notre origine de primate grégaire. Il faudrait considérer TOUS les autres comme faisant partie d’un seule et unique groupe. Il faudrait… mais on ne peut pas créer des liens profonds avec tous. Mais on peut sans doute prendre l’habitude de « pratiquer » des personnes issues d’origines très différentes, afin de s’habituer à essayer de comprendre comment ils fonctionnent et voient le monde afin de relativiser son propre point de vue. Discuter. Enfin, il faudrait sans doute aussi favoriser plus qu’aujourd’hui la pensée chez nos enfants, leur apprendre à essayer de comprendre le monde, plutôt que d’absorber la connaissance, sous une forme toujours tendancieuse hélas. Un cercle vertueux où l’on apprend des connaissances brutes, avant de les « travailler » comme on travaille le pain, pour éviter d’enregistrer dans nos processus mentaux des idées prémâchées qu’on n’aurait pas soi-même mâchées et digérées. Autrefois, le monde était rigide et ne permettait guère aux gens de penser autrement. Aujourd’hui, le monde est plus lâche, il y a moins de règles à suivre, et bien plus de liberté de pensée possible, mais le monde du divertissement et les marchands focalisent nos pensées vers d’autres choses : « il me faut le dernier téléphone d’Apple, un nouveaux sac de marque, etc ». Bref, notre société nous rend cons, d’une façon différente que la société du début du XXième siècle a rendu les Allemands perméables aux idées d’Hitler, en plus d’une grande pauvreté et de grandes souffrances, mais elles nous rend cons. Et tout tient encore assez bien grâce à la disponibilité de « Panem et circenses » (manger et se divertir). Mais, si les temps devenaient plus durs, la France, l’Europe, serait pleine d’écervelés qui n’ont jamais vraiment « pensé », comme Arendt considérait qu’Eichmann ne pensait pas, mais se contentait d’obéir et de se comporter comme un robot obéissant, efficace.

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