Hannah Arendt (le film)

J’étais un peu inquiet en allant voir le film, craignant qu’il soit pénible, lourd, à cause du sujet terrible dont il traite : le procès d’un rouage de la Shoah. Mais non. Bien sûr, les horreurs subies ont été évoquées, soit par des acteurs, soit par des enregistrements du témoignage émouvant de victimes au procès d’Eichmann. Mais, dans l’ensemble, le film est concentré sur la description de la personnalité d’Hannah, en action, avec quelques flash-backs sur sa jeunesse (sa liaison avec Heidegger, qui avait mis sa philosophie au service des Nazis), sur son analyse de la personnalité d’Eichmann et sur la possibilité que le « Mal » puisse être créé par des personnes tout à fait « normales », d’où la « banalité du mal », et sur la polémique que son livre a créée et qui lui a fait perdre nombres d’amis de longue date, juifs comme elle.
Ce film est très bien joué. Et, malgré l’anglais et l’allemand sous-titrés, on arrive bien à suivre les détails des idées exprimées. Hannah a un objectif : comprendre, froidement, pourquoi est né ce mal. Et elle décrit une forme du mal qu’elle pense être nouvelle : les exécutants qui ne pensent pas aux conséquences horribles de leurs actes. Mais je pense qu’elle aurait dû fouiller dans l’histoire, et elle aurait trouvé d’autres exemples, comme les fonctionnaires du gouvernement fédéral des USA qui distribuaient aux indiens des couvertures infectées et qui les parquaient dans des zones où ils ne pouvaient pas se nourrir suffisamment et mourraient de faim et de maladies. Pour ces fonctionnaires, à cheval sur la fin du XIXème siècle et du début du XXème, les indiens n’étaient pas vraiment humains. Ils étaient, comme semble l’avoir dit Arendt dans le film, « en surplus », non désirés, gênants, insignifiants, etc. Bref, des « sous-hommes », qu’on peut éliminer sans avoir ensuite des remords. Pour des gens habitués à tuer des animaux sans même imaginer qu’ils ont une forme de conscience, tuer un indien ne leur causait aucun souci. Revoir « Little Big Man » pour bien en prendre conscience.
Donc, le film est prenant. Et on comprend pourquoi la froideur analytique d’une femme, qui est pourtant animée par l’amour (des personnes), a pu choquer ses contemporains juifs qui ne pouvaient pas supporter l’idée qu’Eichmann soit un homme « normal » et que les juifs ayant eu des responsabilités aient « coopéré » avec les Nazis. Pour cette « coopération », il faut bien comprendre que, face à la pression ignoble des Nazis, ces responsables ont probablement essayé de mettre de l’ordre pour réduire la souffrance des familles à l’instant présent. Face à l’inéluctable (l’extermination) qu’ils imaginaient ou dont ils connaissaient la vérité, et face à leur impuissance à se révolter (pas d’armes, des femmes et des enfants à protéger), ils n’ont su qu’essayer d’aider ces pauvres gens et à rendre ces moments extrêmement douloureux un tout petit peu moins pénible. Sans doute. Il est bien difficile de se mettre à leur place, responsables de personnes, et horrifiés par leur impuissance à les sauver tous ni même une partie, et n’imaginant pas une révolte sur place, dans les ghettos.
Quant au « Mal », il me semble qu’Annah Arendt en avait une idée trop philosophique, trop imprégnée de religion, sans se rendre compte des mécanismes qui se jouent. Ce film me rappelle un autre film (The Reader, je crois), où une femme obéit aux ordres, et est jugée coupables. Le film montre aussi que l’écriture n’est qu’un moyen de mettre noir sur blanc ses idées, afin de mieux les voir et les comprendre, pour ensuite construire une idée plus juste. C’est ce que me semble dire ses réflexions, dans le film, sur la banalité, la profondeur, du mal, et le « mal radical » (le mal à la racine).
Bref, c’est un film à voir. Même s’il passe dans peu de salles.

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9 Réponses to “Hannah Arendt (le film)”

  1. Jane Says:

    Coucou ! Comment s’est passée ton exposition de photos ?

  2. Jane Says:

    Comment sais-tu que j’habite loin de Grenoble ? C’est vrai, c’est dommage, je serais bien passée !

    • trex58 Says:

      Sur tous les sites genre WordPress, chaque commentaire contient l’adresse IP du PC utilisé. Parfois, il y a le nom d’un centre IP. Il me semblait avoir vu Lille. Mais là, aujourd’hui, en utilisant http://www.fobec.com/apps/localiser-ip , je trouve des lieux différents (Strasbourg, Picardie, etc). Toujours en mouvement ?

      Aujourd’hui, beau temps sur le Vercors ! Et la neige fond, fond, fond, que c’en est un régal !

  3. Jane Says:

    Bien vu et il m’arrive de voyager pendant les vacances. Aujourd’hui, le temps est maussade. Il pleut chez nous. J’irai peut-être au cinéma, cela dépendra des films à l’affiche !

    • trex58 Says:

      J’hésite à aller voir Stoker. L’Horreur, ce n’est pas ma tasse de thé. Mais, bon, il y a 2 super actrices…

      Bon cinoche !

      • Jane Says:

        Si tu passes dans ma région, je serais heureuse de te rencontrer !

      • trex58 Says:

        Moi aussi ! Mais je ne dépasse que très rarement la ligne qui passe de Paris à Strasbourg. Le sud (chaleur, douceur, soleil, paysages, etc) m’attire plus.

  4. Jane Says:

    Oui et en plus chez moi il y a des virus dangereux !

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