Archive for avril 2013

Hannah Arendt (le film)

2013/04/29

J’étais un peu inquiet en allant voir le film, craignant qu’il soit pénible, lourd, à cause du sujet terrible dont il traite : le procès d’un rouage de la Shoah. Mais non. Bien sûr, les horreurs subies ont été évoquées, soit par des acteurs, soit par des enregistrements du témoignage émouvant de victimes au procès d’Eichmann. Mais, dans l’ensemble, le film est concentré sur la description de la personnalité d’Hannah, en action, avec quelques flash-backs sur sa jeunesse (sa liaison avec Heidegger, qui avait mis sa philosophie au service des Nazis), sur son analyse de la personnalité d’Eichmann et sur la possibilité que le « Mal » puisse être créé par des personnes tout à fait « normales », d’où la « banalité du mal », et sur la polémique que son livre a créée et qui lui a fait perdre nombres d’amis de longue date, juifs comme elle.
Ce film est très bien joué. Et, malgré l’anglais et l’allemand sous-titrés, on arrive bien à suivre les détails des idées exprimées. Hannah a un objectif : comprendre, froidement, pourquoi est né ce mal. Et elle décrit une forme du mal qu’elle pense être nouvelle : les exécutants qui ne pensent pas aux conséquences horribles de leurs actes. Mais je pense qu’elle aurait dû fouiller dans l’histoire, et elle aurait trouvé d’autres exemples, comme les fonctionnaires du gouvernement fédéral des USA qui distribuaient aux indiens des couvertures infectées et qui les parquaient dans des zones où ils ne pouvaient pas se nourrir suffisamment et mourraient de faim et de maladies. Pour ces fonctionnaires, à cheval sur la fin du XIXème siècle et du début du XXème, les indiens n’étaient pas vraiment humains. Ils étaient, comme semble l’avoir dit Arendt dans le film, « en surplus », non désirés, gênants, insignifiants, etc. Bref, des « sous-hommes », qu’on peut éliminer sans avoir ensuite des remords. Pour des gens habitués à tuer des animaux sans même imaginer qu’ils ont une forme de conscience, tuer un indien ne leur causait aucun souci. Revoir « Little Big Man » pour bien en prendre conscience.
Donc, le film est prenant. Et on comprend pourquoi la froideur analytique d’une femme, qui est pourtant animée par l’amour (des personnes), a pu choquer ses contemporains juifs qui ne pouvaient pas supporter l’idée qu’Eichmann soit un homme « normal » et que les juifs ayant eu des responsabilités aient « coopéré » avec les Nazis. Pour cette « coopération », il faut bien comprendre que, face à la pression ignoble des Nazis, ces responsables ont probablement essayé de mettre de l’ordre pour réduire la souffrance des familles à l’instant présent. Face à l’inéluctable (l’extermination) qu’ils imaginaient ou dont ils connaissaient la vérité, et face à leur impuissance à se révolter (pas d’armes, des femmes et des enfants à protéger), ils n’ont su qu’essayer d’aider ces pauvres gens et à rendre ces moments extrêmement douloureux un tout petit peu moins pénible. Sans doute. Il est bien difficile de se mettre à leur place, responsables de personnes, et horrifiés par leur impuissance à les sauver tous ni même une partie, et n’imaginant pas une révolte sur place, dans les ghettos.
Quant au « Mal », il me semble qu’Annah Arendt en avait une idée trop philosophique, trop imprégnée de religion, sans se rendre compte des mécanismes qui se jouent. Ce film me rappelle un autre film (The Reader, je crois), où une femme obéit aux ordres, et est jugée coupables. Le film montre aussi que l’écriture n’est qu’un moyen de mettre noir sur blanc ses idées, afin de mieux les voir et les comprendre, pour ensuite construire une idée plus juste. C’est ce que me semble dire ses réflexions, dans le film, sur la banalité, la profondeur, du mal, et le « mal radical » (le mal à la racine).
Bref, c’est un film à voir. Même s’il passe dans peu de salles.

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Hannah Arendt

2013/04/29

(réflexions issues de la lecture du numéro de « Philosophie Magazine » sur Hannah Arendt et du film sur l’épisode du procès d’Eichmann dans la vie d’Arendt. Je ne me base donc pas à la source des mots d’Arendt, par manque de temps. Je peux donc, en plus de mal les comprendre, suivre une interprétation fausse ou incomplète. Mais tout n’est qu’interprétation).

Hannah Arendt était juive, et la plupart de ses amis l’étaient aussi. Ses amis aimaient le peuple juif, alors qu’elle, elle n’aimait que ses amis, et elle n’avait pas d’amour particulier pour le peuple juif. Cela signifie que, plutôt que de se sentir appartenir à un groupe, elle jugeait plus important d’être liée à des personnes. Le sentiment d’appartenir à un groupe aide beaucoup, car on trouve dans ce groupe une aide, soit moralement soit physiquement : on ne se sent pas seul, d’autres nous sont semblables, et il y a de l’entraide, même de la part d’inconnus. Cela nous ramène toujours à la position que nous donnons à l’autre : dans le cercle familial ? celui des amis ? des connaissances ? des inconnus ? Il s’agit d’une position dans un cercle, dont le centre est occupé par les personnes avec qui nous avons construit les liens les plus forts, les plus importants, fruits d’une pratique, d’une proximité, ancienne, régulière et proche. À l’extérieur se trouvent ceux que nous ne connaissons pas, et nous gardons une place privilégiée pour ceux que nous jugeons nos « ennemis », et certains ont même une place pour ceux qu’ils considèrent comme inférieurs à eux-mêmes et à leur groupe. Hannah s’est construite une personnalité indépendante, autonome, farouche, et elle n’a pas besoin d’appartenir à un groupe, mais elle a besoin de liens profonds avec des personnes. Chez le peuple juif, qui a été persécuté pendant des siècles pour une absurdité, le sentiment d’appartenir à un groupe, accentué par les lois qui leur ont interdits de posséder des terres, et donc de se fixer, et d’exercer différents métiers, a été un facteur fondamental pour survivre aux massacres. Mais ce réflexe de faire confiance aux membres du groupe, même si on ne les connaît pas vraiment, est peut-être bien aussi une faiblesse : s’appuyer sur d’autres pour réfléchir et agir nous désapprend à réfléchir par nous-même et à agir. C’est peut-être ce qui s’est passé pour le peuple juif en Europe. Peut-être.
Hannah Arendt s’est peut-être bien trompée en partie sur Eichmann. Je pense que, même s’il n’avait pas de haine pour les juifs, il avait été influencé, déformé, par la propagande de ce temps, en Allemagne, qui transformait les juifs en sous-humains, inférieurs à un « pur » Allemand. C’est un mécanisme bien pratique et agréable, que de considérer l’autre comme différent, inférieur à soi-même et à son groupe (une ethnie, religieux, ou autre). C’est un moyen très efficace de couper court à toute réflexion personnelle. C’est un concept efficace pour faire court-circuit et éviter la réflexion, la pensée. Hannah Arendt dit que le mal vient de l’absence de pensée (de réflexion, d’analyse, de discussion avec soi-même pour comprendre quelque chose « par soi-même »). Je li’ cette absence de pensée à la religion, qui fournit les éléments, tout pré-mâchés, à tous. Certains, bien sûr, sont capables de considérer le corpus de textes religieux comme une base sur laquelle nourrir leur réflexion. Alors que d’autres en sont incapables, soit par paresse, soit par faiblesse intellectuelle. Ceux-là suivent des idées générales. Je pense qu’Eichmann, qui était mauvais à l’école et n’avait pas de formation, s’est découvert une compétence particulière pour organiser (pour organiser le transport des victimes de l’Holocauste, par train). Il s’est « réalisé » en étant une machine parfaitement efficace, satisfaisant son probable besoin de reconnaissance, et donc ses supérieurs. Alors, Eichmann n’était pas un monstre. Il n’était sans doute qu’un « simple » exécutant, extrêmement efficace, ayant fait son chemin et grimpé dans la hiérarchie par sa capacité à faire, vite et bien, ce qu’on lui ordonnait de faire. Et, tout entier à satisfaire ses maîtres, y mettant toute son énergie mentale et physique, les neurones qui auraient dû lui faire prendre conscience qu’il organisait le transport d’hommes, de femmes, et d’enfants, vers la mort, étaient endormis, dominés par d’autres pensées. En plus, l’idée communément admise par beaucoup d’Allemands de cette époque que les Juifs étaient inférieurs et dangereux devait l’aider à s’empêcher de penser aux conséquences ignobles de son travail : si l’on a déshumanisé mentalement d’autres hommes, on peut bien les traiter comme des animaux. D’où l’importance, sans doute, de ne plus considérer les animaux comme des êtres qu’on peut faire souffrir et tuer sans que cela ait la moindre importance… L’autre, celui qu’on ne fréquente pas, qui ne fait pas partie de son groupe, il est bien facile de le considérer comme « rien ». D’où l’importance, sans doute, d’essayer de réduire ce besoin d’appartenance à un groupe, hélas toujours vivace aujourd’hui, qui me semble être une conséquence directe de notre origine de primate grégaire. Il faudrait considérer TOUS les autres comme faisant partie d’un seule et unique groupe. Il faudrait… mais on ne peut pas créer des liens profonds avec tous. Mais on peut sans doute prendre l’habitude de « pratiquer » des personnes issues d’origines très différentes, afin de s’habituer à essayer de comprendre comment ils fonctionnent et voient le monde afin de relativiser son propre point de vue. Discuter. Enfin, il faudrait sans doute aussi favoriser plus qu’aujourd’hui la pensée chez nos enfants, leur apprendre à essayer de comprendre le monde, plutôt que d’absorber la connaissance, sous une forme toujours tendancieuse hélas. Un cercle vertueux où l’on apprend des connaissances brutes, avant de les « travailler » comme on travaille le pain, pour éviter d’enregistrer dans nos processus mentaux des idées prémâchées qu’on n’aurait pas soi-même mâchées et digérées. Autrefois, le monde était rigide et ne permettait guère aux gens de penser autrement. Aujourd’hui, le monde est plus lâche, il y a moins de règles à suivre, et bien plus de liberté de pensée possible, mais le monde du divertissement et les marchands focalisent nos pensées vers d’autres choses : « il me faut le dernier téléphone d’Apple, un nouveaux sac de marque, etc ». Bref, notre société nous rend cons, d’une façon différente que la société du début du XXième siècle a rendu les Allemands perméables aux idées d’Hitler, en plus d’une grande pauvreté et de grandes souffrances, mais elles nous rend cons. Et tout tient encore assez bien grâce à la disponibilité de « Panem et circenses » (manger et se divertir). Mais, si les temps devenaient plus durs, la France, l’Europe, serait pleine d’écervelés qui n’ont jamais vraiment « pensé », comme Arendt considérait qu’Eichmann ne pensait pas, mais se contentait d’obéir et de se comporter comme un robot obéissant, efficace.

Les mots, le mal

2013/04/28

Les mots nous trompent. Les mots ne sont pas l’outil parfait que nous pensons tous qu’ils sont. Nos mots font du sens, oui, mais en fonction de notre passé, de nos lectures, de notre façon, particulière et unique, d’utiliser les mots. Ils ont plusieurs sens possibles et il faudrait, en parlant et en écrivant, constamment vérifier que le contexte permet bien à l’autre de construire (presque) la même idée que celle que je veux exprimer. Par exemple, les mots « humain » et « inhumain ». « Humain » vient de « Homme ». Je suis un être humain, j’appartiens donc à une espèce clairement identifiée, Homo Sapiens Sapiens, issue de la branche des primates. Et « inhumain » peut vouloir désigner les êtres vivants non humains. Cela semble évident. Mais même cela n’est pas si noir et blanc. Car qui, dans l’histoire de notre transformation de primate en humain, pouvons-nous désigner comme non-humain ou comme humain ? Face aux squelettes retrouvés et qui « semblent » nous être proches, à partir de quel moment ce primate était-il humain ? Et qu’est-ce qui définit l’être humain ? Si c’est la conscience de la mort, la capacité à manier la « théorie de l’esprit » (se représenter ce que pense l’autre), si c’est l’empathie, la tristesse, la fraternité, la capacité de fabriquer des outils, d’avoir une culture, etc, cela ne suffit pas, car d’autres animaux possèdent certaines de ces capacités, voire même toutes. Et si, au fil des millénaires, l’Homme n’avait pas éliminé nombre de ses cousins primates, la frontière de l’humanité aurait été encore plus difficile à définir aujourd’hui. Mais les mots « humain » et « inhumain » servent aussi à définir ce qu’il est « normal » pour un humain de faire, ou de ne pas faire. On dit qu’une personne est « inhumaine » si elle fait des choses horribles, impensables, comme tuer et manger ses enfants, comme massacrer un village « sans raison », comme massacrer son propre peuple, comme conduire des actions pour un bien futur hypothétique mais qui mène à la mort une grande partie de son peuple. Sous Mao, des mères ont mangé leurs enfants. Mao, Staline, Hitler, Pol Pot, ont condamné et éliminé des dizaines de millions d’innocents. Dans de nombreuses guerres, comme la St-Barthélémy, des hommes ont massacré les membres de leur village qui ne pratiquaient pas la même religion qu’eux. Finalement, ce côté « inhumain » qu’on voudrait l’exception est une chose très courante, commune, hélas. Et ce n’est même pas une accélération récente de l’horreur, car l’Histoire nous rappelle que ces horreurs furent pratiquées depuis bien longtemps. Par exemple, un petit peuple de Palestine s’est vanté, dans son Livre, d’avoir attaqué et vaincu une cité, et d’en avoir exterminé tous les êtres vivants : hommes, femmes, enfants, vieillards, chiens, ânes, etc. C’était Jéricho. En fait, la morale des peuples est simple : établir des règles qui s’appliquent à ce peuple, et les nier pour ceux qui ne font pas partie de ce peuple, élu ou pas. C’est bien ce qu’a fait Hitler en enlevant aux Juifs leur droit à être des sujets de l’Allemagne et en massacrant aussi les homosexuels, les tziganes, les handicapés mentaux, etc. C’était bien ce qu’avait fait Staline en sélectionnant, avant de les éliminer physiquement, parmi le peuple, ceux dont l’origine étrangère récente lui faisait imaginer qu’ils constituaient un danger en étant des espions potentiels et un risque intérieur. C’est bien ce qu’avaient fait Mao et Pol Pot en voulant remettre au même niveau social tout leur peuple et en forçant les riches et les intellectuels à retourner à la terre, et à y mourir de faim et de mauvais traitements, pour, bien plus tard, pour la Chine, constituer une nouvelle caste de dirigeants riches. Finalement, les Hommes ont toujours utilisé les différences entres les Hommes pour justifier les horreurs commises : « celui-ci est de mon camp : alors nos lois le protègent », « celui-là n’est pas de mon camp : alors aucune de nos lois ne s’applique à lui ». Le principe est simple : diviser, pour massacrer. Mais les temps changent, et le monde rétrécit, et les peuples se mélangent, et les différences s’effacent, peu à peu ; même si, bien sûr, il y aura toujours des différences. Mais notre conscience de faire partie principalement, non pas d’un groupe ethnique, religieux, politique, etc, mais d’un groupe plus vaste : l’humanité, ont fait naître, peu à peu, la notion de droits universels, totalement incompatibles avec les lois de la Nature, où le plus fort (ou le mieux adapté à un biotope donné) fait disparaître les moins bien adaptés, soit par l’élimination directe, soit par une lente érosion des effectifs des seconds, par cause de concurrence alimentaire ou d’une meilleure résistance à un changement d’environnement. La Nature n’est pas tendre… Alors, dans tout ça, les crimes des Nazis dont Hannah Arendt va voir le procès, en 1961, étaient-ils inhumains ? Si l’on considère que l’adjectif « humain » s’applique à ce que les Hommes savent faire, font, couramment et régulièrement dans l’Histoire, ces crimes étaient parfaitement humains, hélas. Il n’y avait, dans cette horreur, que la dimension du massacre qui avait changé. Et encore… oublie-t-on le massacre de 35 millions d’indiens nord-américains en un siècle alors qu’il n’en reste, aujourd’hui, qu’un ou deux millions. Tout est relatif. Et la mort d’Européens semble avoir plus d’importance que la mort d’indiens (des sauvages !), voire même que la mort de millions de chinois lors de l’invasion de la Chine par le Japon. Mais les américains ont la mémoire courte… et la Chine est bien loin. De toute façon, l’Histoire n’est plus Européenne, si elle l’a jamais été. Notre nombrilisme européen nous a fait ignorer que l’Inde et la Chine ont été plus « avancés » que l’Europe pendant des siècles. Mais, par exemple, l’un de ces peuples a fait de la poudre noire des feux d’artifice alors qu’un autre de ces peuples en a fait des armes… Alors, pour revenir aux crimes perpétrés par les Nazis sous la direction d’Adolf Eichmann et dont Hannah Arendt a tiré une analyse qui a heurté ses concitoyens, était-ce « inhumain » ? Je ne le pense pas… C’était, hélas, parfaitement humain, parfaitement dans la lignée de toutes les horreurs perpétrées par l’Homme depuis… depuis toujours je le crains. Ce qui ne veut pas dire que les animaux ne sont pas capables de telles horreurs. Les chats, par exemple, aiment bien tuer « pour rien » lézards et souris, et même « jouer » avec eux, vifs ou morts. Mais il ne s’agit là que de d’une sorte d’entraînement à la chasse. Et puis, quelle différence fondamentale y-a-t-il entre : gazer, fournir des couvertures infectées par des maladies, faire mourir de faim, déplacer des population d’un coin à l’autre de l’Union Soviétique ? Juste une mécanisation et un perfectionnement que la technique aura rendus possibles. Qu’a donc fait Rome en détruisant Carthage ? « Delenda est Carthago ! » Mais les vaincus ont toujours tort, et l’Histoire est écrite par les vainqueurs. Les indiens d’Amérique, nord et sud réunis, éliminés par centaines de millions en cinq siècles, n’ont pas fait de procès aux Espagnols, Anglais, Français, Portugais, etc, qui sont venus les massacrer et prendre leurs terres. Pareil pour l’Afrique. Pour une fois, après la Seconde Guerre Mondiale, le Mal a été vaincu, reconnu, jugé, et condamné. Mais les japonais qui ont ramené de Chine et de Corée des milliers de femmes pour servir de prostituées n’ont jamais été jugés. Et on attend toujours que les Etats-Unis soient punis de l’utilisation au Vietnam (et au Laos, et ailleurs) des défoliants qui continuent encore de faire des victimes, nées difformes de parents intoxiqués par ce poison. Finalement, le Mal est partout. Mais ce que l’un considère comme le Mal est considéré comme « normal » par le peuple vainqueur. Finalement, c’est sans doute parce que les Américains n’ont jamais eu de guerre sur leur territoire (hormis la Guerre de Sécession) depuis leur création, qu’ils ont une vision « différente » du Mal et qu’ils le portent hors de leur territoire : la conscience de la souffrance d’autrui diminue avec la distance psychologique que nous avons avec cet autre : on frappe plus facilement sur un inconnu que sur un voisin. N’est-ce pas eux qui ont justifié leur intervention en Irak en faisant croire que Saddam Hussein disposait d' »armes de destruction massive » ? les mêmes qui ont employé des armes chimiques et des armes ignobles au Vietnam (napalm, sous-munitions tuant les enfants et les paysans dans leurs champs, mines, etc) ? Le Mal pour combattre le Mal. Aujourd’hui, au Vietnam, les gens vivent mieux, sous une dictature, et meurent plus facilement qu’en Europe de pollution dans les villes et d’accidents de la route… Et, en France, on multiplie les radars sur les routes alors qu’il y a bien plus de morts par accidents domestiques ou par suicide que par accident de voiture. Et, aux USA, on continue à laisser en vente libre des armes de guerre qui font plus de morts (accidents, meurtres, suicides) que les accidents de voiture. Et l’amiante dégagée par l’écroulement des Twin-Towers aura fait plus de morts parmi les pompiers et les habitants proches que de victimes de l’attentat. Et caetera. Mais quand cela cessera-t-il donc ? Jamais, je le crains… L’Homme, pour se préserver, pour protéger son groupe ethnique, religieux, social, n’hésite pas à se trouver de très bonnes raisons pour massacrer le voisin. Les bonnes intentions cèdent vite le pas face à la souffrance (faim, manque d’eau) et aux agressions, à cause de la nécessité de survivre, à cause de l’instinct de survie qui nous fait nous favoriser aux dépends de l’autre. Alors, faut-il désespérer ? Non, bien sûr. Puisque, de toute façon, tout ceci n’a aucune importance : nous mourrons tous, la Terre sera avalée par notre Soleil si une comète d’ici-là n’aura pas supprimé toute vie « intelligente » sur Terre, et l’Univers lui-même finira par se diluer et se refroidir totalement, ou bien il se recroquevillera et redeviendra un point unique d’une densité presqu’infinie. Alors, puisque rien n’a d’importance, je vais aller tranquillement déjeuner et profiter de la vie que le hasard m’a donnée. Je vais attendre que le soleil et la chaleur reviennent, pour aller marcher en montagne, pour faire des photos, pour oublier (temporairement) ma mortalité et (surtout) la très probable déchéance programmée de mes facultés physiques et/ou intellectuelles. Profitons de ce jour. Carpe Diem. Car on ne sait vraiment pas de quoi sera fait le lendemain. Et puis, après déjeuner, j’irai lire ce que Hannah Arendt a écrit suite au procès d’Eichmann.

D’où vient le mal ?

2013/04/27

Avant de me plonger (avec délices) dans le nouveau numéro de « Philosophie Magazine » qui, avec Hannah Arendt et ce titre, explore le mal, je peux essayer de donner ma compréhension actuelle.

Si, armé d’une batte de base-ball, je brise le bras d’un homme qui tire dans la foule, c’est bien.
Si, armé d’une batte de base-ball, je brise le bras d’un homme qui montre quelque chose de la main, c’est mal.
Quelle est la différence ? La brutalité et l’atteinte à l’intégrité physique d’autrui sont identiques pourtant.

Si, nouveau venu dans un pays, j’enfreins sans le savoir une règle particulière spécifique à ce pays, ne suis-je pas innocent ?
Si, connaissant parfaitement l’illégalité de mon geste mais le répétant jour après jour, suis-je coupable ?

Le Bien. Le Mal. La Morale.

Si nous étions seul sur Terre, il n’y aurait ni bien ni mal, pas de morale. La morale n’est là que pour permettre à un groupe humain de vivre ensemble, plus ou moins bien, afin que se perpétue le groupe. Ou, plutôt, pour revenir une fois encore à la cause première : les groupes humains/primates qui n’ont pas développé de « sens moral » ont disparu, par eux-mêmes, ou étouffés par d’autres groupes plus solides et plus prolifiques, dont ceux ayant développé ce sens moral. Car, si l’on permet à chacun de frapper voire tuer son prochain, le groupe ne durera pas bien longtemps… faute de membres vivants, ou parce qu’ils se seront enfuis du groupe pour survivre.

Eve a croqué la pomme. Plus la pomme de la connaissance que celle du sexe. Savoir change tout. Si je ne sais pas, je suis donc innocent !?!? Les fumeurs d’il y a 50 ans ne savaient pas bien qu’ils se tuaient à petit feu et tuaient leurs proches : ils étaient innocents. Alors que les fumeurs d’aujourd’hui savent le mal qu’ils font, à eux et à eux-même : ils sont coupables, des assassins.

Le mal. Frapper l’autre, c’est mal ! D’ailleurs, la Bible dit : « Tu ne tueras point ». Mouaisss cette phrase, de l’Ancien Testament, est le 5ème des commandements donnés par Dieu à Moïse (enfin… qu’ils disent !). En fait, cette phrase signifie : ne tues pas les autres membres de ta communauté. Mais, les autres, ceux qui ne suivent pas ton Dieu, tu peux les massacrer à loisir ! Et le peuple juif, à cette époque, ne s’est pas gêné pour massacrer les tribus voisines et/ou adverses à gogo, quand elle le pouvait, comme Jéricho. Le mal est donc relatif… Dans certains pays, il est commun de considérer qu’on peut frapper sa femme, la violer, voire même la tuer, sans être puni. Dans certaines sociétés, le fils doit obéir à son père, le cadet doit obéir à son aîné, quitte à y perdre la vie, si ce dernier le décide ; comme pour les deux frères tchétchènes qui ont ensanglanté le marathon de Boston, et qui ont indigné leur communauté par cette action contraire à leur morale, qui refuse le terrorisme. Morale bien plus lâche chez certains groupes, où l’on n’hésite pas à utiliser des personnes fragiles pour tuer, en leur faisant croire n’importe quoi, comme l’existence d’un Dieu et d’une vie après la mort (n’importe quoi !).

La Morale. La Morale n’existe pas par elle-même, et elle varie selon les pays, les cultures, les époques. C’est donc une notion toute relative, qui évolue sans cesse. Autrefois, il était immoral d’être homosexuel, et la société d’antan avait des solutions radicales pour cela : le bûcher. Aujourd’hui, après avoir été toléré, c’est en passe d’être considéré comme « normal », permis, même si c’est toujours marginal. Un jour, peut-être, les « bonnes moeurs » seront inversées : les masturbateurs, les partouseurs, les homosexuels, se moqueront de ceux qui encore voudront être hétérosexuels et monogames. Peut-être, pourquoi pas. Whatever works.

La morale peut être imposée par la société, par les structures qui dirigent la société. Ou bien elle peut être libre d’évoluer au gré de l’évolution de la façon de vivre ensemble des membres de la communauté. Mais, hélas, il semble que nous ayons besoins de repères, de guides, nous aidant à déterminer ce qui est « bien » de ce qui est « mal », et nous poussant à rejeter ceux qui sortent de ce cadre, ceux qui n’obéissent pas aux règles, écrites ou non, du groupe. Qui se ressemble s’assemble. Il est plus facile de vivre ensemble si l’on partage un corpus commun d’idées et de principes que si l’on passe son temps à débattre, ou à se battre, à propos de tout et de n’importe quoi parce que les avis sont très divergents. Là, encore, les groupes réunis autour d’idées stables communes ont probablement bénéficié d’un avantage évolutif par rapport aux groupes acceptant la diversité, même si ces derniers sont certainement plus créatifs que les premiers. Et l’on revient à notre capacité à gérer la diversité des autres. Et l’on voit le besoin de ressentir de faire partie d’un groupe, et donc que les autres, ceux qui ne sont pas dans le groupe, sont différents. Mais le monde a changé… et les groupes, autrefois isolés et petits, sont devenus inter-connectés et gigantesques. Dans la rue, au hasard de sa ville, on ne croise que peu de personnes qu’on connaît. Alors que, dans un village, on repère vite l’étranger (ami ou ennemi ?).

La morale : il y a aussi notre propre morale, ce que l’on considère comme étant bien ou mal. Une éthique personnelle, pas forcément en ligne avec sa famille, ses amis, la société dans laquelle on vit, mais qu’on garde en soi pour donner une direction à sa vie, des règles qu’on s’impose, inconsciemment (adaptation personnelle et inconsciente des règles extérieures) ou consciemment (refus de manger de la viande, par exemple).

Tout cela, finalement, est bien compliqué. On pourrait considérer que, dans toutes ses actions, il faut essayer de réduire la souffrance, physique et psychique, des autres, et de soi-même. Mais, d’une autre façon, notre nature est bien de souffrir, puisque ces souffrances, physiques et psychiques, nous sont indispensables pour vivre (la douleur physique nous permet de faire attention à notre corps, de le préserver, d’éviter qu’il s’abîme ; la souffrance psychique nous pousse à prendre soin des autres, qui nous sont chers ou proches), puisque c’est l’Evolution qui les a sélectionnées, comme terriblement efficaces pour permettre à des gènes de se perpétuer. La souffrance est naturelle, normale, hélas. Mais peut-elle est gratuite, créée volontairement, contre les autres ? Si l’on désire être encore dans la Nature : non ; les animaux ne se massacrent pas entre eux au point de risquer la disparition de leur espèce. Même si, parfois, les chimpanzés d’un groupe tuent le membre d’un autre groupe, il ne vont pas jusqu’à massacrer tout les membres de l’autre groupe. Ce que nous, êtres humains, savons parfaitement faire, depuis des millénaires, ayant multiplié les génocides. Ainsi, des peuples entiers ont été éliminés, comme les indiens du fin fond de l’Amérique du Sud, au bout de cette terre.

Quelle serait donc la morale (temporaire) de cette histoire ? Que, ton groupe, tu l’aime, ou tu le quitte. Qu’il te faut en partager les règles, imposées ou partagées, ou partir, ou bien ruser, et te cacher, en attendant des jours meilleurs, comme pour les homosexuels. Mais, de mon point de vue, le pire est de considérer que les règles actuelles sont parfaites, qu’il ne faut rien changer. Et, hélas, c’est ce que font ceux qui protestent contre le « mariage pour tous » : figer les règles et refuser l’évidence : les gens du même sexe qui vivent ensemble ne sont pas clairement plus déséquilibrés que les couples hétérosexuels ; ils ne sont donc pas un danger pour la société. Mais, par contre, pour ceux qui se sont construits sur l’idée de la présence du mal dans l’homosexualité, imposée par leurs parents et leur groupe social, c’est un déchirement intérieur de changer leur façon de penser. « Se remettre en cause ! Vous n’imaginez pas ?! Non seulement cela demanderait un travail considérable, et douloureux, mais c’est inacceptable ! » dirait celui/celle qui a peur du monde qui change et qui n’arrive pas à changer sa programmation d’origine…

L’écume des jours

2013/04/26

Et bien ! Et bien, vous me croirez ou pas, je pense que je n’avais pas lu le livre. Pourtant, j’ai lu du Vian, dont des poèmes ignorés par 99,999% des Français, comme « Cantilènes en gelée ». Mais je ne pense pas avoir lu ce livre, car… je m’en souviendrais ! Ce film… L’amie qui voulait le voir me l’avait vendu comme étant … gai. Bien, il était déjanté, bizarre, et gai un peu au début, mais si peu. On y meurt facilement, dans ce monde inventé par Vian. Et ce monde est kafkaïen, surtout celui du travail ! Et les flics y ont u bien mauvais rôle. Au début, le film est coloré, puis il vire aux couleurs fanées, fades, avant de passer au gris, au noir et blanc. Tout se joue lors du « voyage de noce », et cette pluie, et ce flocon de neige, ce froid qui s’installe et d’où naît un … nénuphar. Le réalisateur a fait du bon boulot ! Mais… quel ambiance ! En tout cas, moi qui étais parti à la fois épuisé et énervé par ma journée de boulot, terminée dans les chapeaux de roues pour faire « plaisir » à mon client qui m’avait, gentiment, intimé l’ordre de changer ce que j’avais (fort) bien fait mais qui n’était pas cohérent avec les bêtises déjà faites, ce film m’a complètement vidé la tête, en m’emportant dans un monde, parfois désagréable, mais dépaysant, onirique, invraisemblable, et plein d’imagination. Mais, bon, voir l’univers de Colin et Chloé se ratatiner, voir la mort à l’oeuvre, voir les fleurs se faner, voir les moisissure envahir la maison qui se ratatine, ce n’était pas bien gai… Enfin, ce soir, c’était Vian ou Hannah Arendt ! Que dire de plus ? J’ai trouvé que la façon dont parlaient les acteurs étaient, parfois, bizarre, peut-être dû à une mauvaise prise de son ou à une incapacité pour les acteurs à trouver le bon ton parfois. Mais, bon, ce monde inventé par Vian est totalement déjanté ! Avec un Jean-Sol Patre transformé en monstre hypnotisant les foules, et ridiculisé… C’est peut-être pour ça qu’il a saqué Vian plus tard… Enfin, pour en finir, il me semble que Vian n’a pas été le « grand » écrivain qu’on nous a faitcroire. Certes, « L’herbe rouge », « J’irai cracher sur vos tombes », et d’autres livres, ont secoué le marais puant de la littérature française d’après-guerre en explosant les règles et le conservatisme bourgeois de l’époque, et – sans me souvenir des détails – j’en ai gardé un souvenir fort, mais je ne suis pas sûr qu’il perdure. Enfin, il faudrait que je le relise… c’est si loin. Ce livre a 50 ans…
Donc, si vous voulez partir dans un autre monde, farfelu, mais aussi ubuesque, un peu kafkaïen, sombre, vous serez servis ! 😉

La mort des êtres chers

2013/04/26

Certains parmi nous ont vécu un moment horrible : la perte d’un être cher. La douleur de cette perte vient de l’arrachement et du manque : l’absence. Nous nous étions construit en nourrissant notre psyché de tous les moments passés ensemble, souvenirs intimement liés à notre personnalité, souvenirs de doux et beaux moments. La mort de cette personne a ébranlé les fondements de nos vies, a lié ces souvenirs avec une douleur, créant une sorte d’énergie noire qui assombrit nos vie, celles de nos proches, et – en quelque sorte – l’Univers. Une façon de « digérer » cette douleur, une façon de se « reconstruire », consiste à commuer cette énergie noire en une énergie blanche, en remplaçant la beauté perdue par la création d’une nouvelle beauté, à partager avec les autres : musique, dessin, photographie, chant, poésie, science, écriture, tendresse, compréhension, etc. Créer cette beauté nous pousse vers les autres et nous aide à recréer des liens. Et nous ne pouvons pas vivre sans ces liens, plus ou moins profonds, sans perdre notre humanité, sans souffrir. Quant à cette souffrance, psychique, l’Evolution l’a sélectionnée car elle pousse chacun d’entre nous à prendre soin de ceux qui nous sont chers, permettant au groupe de survivre et de se développer grâce à l’entraide. Cette souffrance fait donc partie de notre humanité, et il n’est donc pas possible de s’en prémunir sans perdre notre humanité. Il faut donc s’y préparer : savourer les bons moments tout en sachant que tout est impermanent et que tout peut disparaître à chaque instant, et qu’il faut malgré tout vivre avec ce sentiment de vivre une vie absurde : vivre « en conscience ». Et relire Camus, et Montaigne, et Epicure, et bien d’autres.

Au Ciel avec An (Pierlé) !

2013/04/25

Ce mardi, j’étais au Ciel, avec An Pierlé.
Dans une ambiance intime, nous avons passés un bon moment ensemble. Enfin… avec les 100 autres personnes venues assister à son concert à la salle « Le Ciel » de Grenoble. Et, comme la sono amplifiant sa voix et son piano était légère, cette soirée n’a pas réveillé mes affreux acouphènes. Ce dont j’avais terriblement peur… car j’en ai marre de passer des jours, voire des semaines, à me remettre de trop de décibels (trop à mon niveau, bien plus bas que pour les gens « normaux »).
Donc, j’ai eu la joie de la voir ! de la voir chanter et jouer ! et même de lui parler, de lui dire que j’aime sa musique, et de lui acheter un Vinyl (j’avais déjà le CD !).
« Strange days » : c’est une voix, magnifique, du piano solo, et des textes. Textes en anglais que je n’ai pas encore eu le temps d’approfondir. Sa voix est … particulière, en association avec son piano, qui frôle les dissonances, qui ose des sonorités bizarres et inconfortables. C’est beau, mais pas évident. Et, après avoir écouté le CD 4 ou 5 fois, je n’ai pas encore tout « digéré ». Mais j’aime. Bien sûr, d’elle, j’ai préféré l’extraordinaire « Helium Sunset », trouble, sombre, particulier, à l’ambiance délétère. Tout dans un rythme calme. Donc, je ne vous dis pas de vous précipiter acheter son CD, car c’est particulier, beau mais difficile je trouve. Elle s’y offre, fragile, sombre. Même si, pendant le concert, sans doute pour reposer sa voix attaquée par un virus, elle a fait quelques plaisanteries (fille d’Annie Cordie ! Le visage tiré de Jonny. y-a-t-il un vieux monsieur à chapeau et château dans la salle qui pourrait lui offrir le piano géant qu’elle a eu quelques jours chez elle pour enregistrer son CD ? J’avais le chapeau… mais pas l’argent hélas). En robe légère. Avec des bottes. Assise sur un ballon !
Donc, ce mardi, soir, arrivé le premier, j’ai eu le plaisir d’aider le père d’An à trouver la porte d’entrée du Ciel… Ils étaient venus, en voiture, de Belgique, en passant par je ne sais plus quelle ville dans le Nord, puis à l’Alpe d’Huez, avant d’aller à Nîmes et ce soir à Marseille. J’ai aussi récupéré une GRANDE affiche du spectacle, marquée « COMPLET » en travers. Ha ha ha ! On dirait un gamin ! Mais c’était bon de pouvoir assister à un concert doux et respectueux de mes pauvres oreilles (neurones surtout) abîmées. ET quel honneur de l’entendre. Quand des vieux cons de mon âge n’ont qu’une envie, c’est d’aller écouter Jonny Halliday ou Sardou, vieux cons eux-aussi, moi j’aime écouter des choses bizarres, qui sortent de l’ordinaire, mais où l’on sent l’engagement de l’artiste, où l’on voit sa présence, où il est capable de s’exposer, sans filet, seul(e) avec sa voix et son unique instrument. Bravo l’artiste !
Là, pendant que j’écris, au lieu d’aller me coucher… un soir avant minuit, elle joue sur ma chaîne. Elle m’accompagne.
Et, j’ai pris quelques photos ! Interdit de prendre des photos, bien sûr ! Ha ha ha ! La voilà :

An P.

Mariage pour tous

2013/04/25

Je ne lis pas les journaux, et je ne regarde pas les infos à la télé. Parfois, j’écoute les infos à la radio. Mais je lis régulièrement, mais un peu au hasard, les journaux du Web (Le Point, Le Nouvel Obs). Et je lis Le Point sur papier. Donc, sur cette « affaire », je suis un peu comme un étranger, qui regarde ça de loin. Et, de mon nuage, je me dis que Hollande a foutu le bordel. Car, enfin, il y avait sûrement plus important à faire que ça, et cette loi a créé des vagues de conservatisme nauséabond.

Que deux hommes vivent ensemble, ou que deux femmes vivent ensemble, qu’ils fassent l’amour, cela ne me dérange pas, cela ne m’indigne pas. S’il y a de l’amour, du respect, de la tendresse. Quant au mariage… Le mariage, me semble-t-il, est une très vieille institution, nécessaire pour la stabilité d’une société. Les sociétés ont besoin d’enfants, « bien » éduqués (donc obéissants…), et les enfants grandissent mieux avec deux adultes plutôt qu’avec une seule mère pour les élever. Depuis longtemps, très longtemps, depuis que le ventre des femmes les empêche de courir jusqu’à la veille d’accoucher, comme le font les femelles des mammifères en général, il leur faut de l’aide, avant, pendant, après l’accouchement. Cela peut prendre diverses formes : fratrie, famille, femmes amies, mari, etc. L’essentiel, c’est une cellule familiale assez stable. Le mariage, qui est un contrat liant deux personnes, apporte une stabilité. Mais ce n’est pas la seule solution ; ainsi les enfants peuvent être élevés par la mère assistée de sa fratrie (frères et soeurs), sans qu’il y ait de père. Ca existe, depuis des centaines d’années, et ça marche, en Chine. Le mariage a donc été conçu dans le cadre d’une famille, avec des enfants, dans un déséquilibre défavorable à la femme. Et les religions, bien sûr !, surveillent le mariage, et imposent leurs règles. En France, c’est le catholicisme, qui a imposé aussi une autorité malsaine de l’homme sur la femme. Ailleurs, le machisme règne aussi, car les religions mono-théistes n’aiment pas les femmes, en ont peur, et les ont depuis longtemps enfermées dans un rôle subalterne, entre poule pondeuse et objet sexuel. Alors, à quoi cela sert-il de donner le mariage aux homosexuels s’ils ne peuvent pas avoir d’enfants ? Mais ils peuvent en adopter, ou se faire inséminer. Et, là, on tombe dans le flou de la réalité du devenir des enfants élevés par deux hommes ou deux femmes : grandissent-ils mieux que dans une famille « normale » où le père est incestueux, alcoolique, absent, ou brutal (voire tout ça à la fois), et où la mère obéit au père ou exerce sa propre folie (folie du ménage, le rose partout, gavage et maternage exagérés et abrutissant) ? Difficile de savoir… Nous manquons de recul. Mais, ce que je vois, c’est que, exaspérés par un changement du mariage qui ébranle leurs convictions intimes, certains cathos lance des manifestations pour exprimer leur refus de voir le mariage se banaliser et être dorénavant à la portée de ceux qui, il n’y a pas si longtemps, étaient brûlés vifs par des curés excités. Les « descendants » de ces curés-là, à qui l’Eglise a supprimé la joie du mariage et des enfants au Moyen-Âge afin de renflouer ses caisses des héritages de célibataires contraints, semblent pourtant aimer se frotter à des chairs masculines, fraîches et dociles. Alors, ce « mariage pour tous » a créé une bonne raison à des cathos conservateurs qui se sentaient perdus dans ce monde qui se transforme, peu à peu, soit vers l’athéisme, soit vers l’Islam, de se rassembler, et de crier. Et ils crient. Ils crient leur conservatisme, leur refus du changement, le refus de ce changement impensable qui détruit les valeurs sur lesquels ils se sont construit. Ces gens qui descendent dans la rue pour protester contre le mariage entre personnes du même sexe, ils ne pensent pas vraiment aux enfants qui pourraient naître ou être adoptés dans ces nouvelles « familles », mais ils sont apeurés de voir changer « leur » monde. Dire adieu à cette France catholique, idolâtrée, illustrée dans les livres, ça les tue. Qu’ils crèvent. Oui, si deux hommes, ou deux femmes, s’aiment et veulent vivre ensemble, non pas pour s’essayer, mais parce qu’ils ont envie de faire un long chemin ensemble, peut-être jusqu’à la mort, pourquoi pas ? Qu’y-a-t-il de « mal » à ça ? À part déchirer un peu plus ce monde rigide et sclérosé qu’est la France depuis le milieu du XIXième siècle (il me semble), un monde de bourgeois imposant leur vision merdique au reste du peuple, que font-ils de mal ? S’enculer l’un l’autre dans leur lit, dans leur appartement, se caresser le clitoris et s’embrasser follement, varier les godemichets, je n’y vois rien de mal, si c’est entre personnes qui ont de la tendresse l’un pour l’autre, si ce sont deux personnes qui pensent trouver dans leur relation une façon moins douloureuse de vivre que de rester seuls, pour faire face à la vie, et à la mort. Bien sûr, il y a les enfants qui pourront naître de ces « unions », ou être adoptés. Quel impact cela peut-il avoir sur leur personnalité d’avoir deux pères, ou deux mères ? À mon avis : aucun, SI, si et seulement si, ces enfants, et leurs parents ne sont pas regardés comme des bêtes curieuses, comme des anormaux, par les « autres », par les « bien-pensants », ceux qui pensent qu’il n’y a qu’une « bonne » façon de vivre : la leur. Car, finalement, pour l’enfant, est « naturel » ce qu’il observe autour de lui, dans sa « famille ». Et il suffit, je pense, de lui expliquer qu’il y a différentes façons de naître dans une famille, et que l’essentiel est d’être aimé. Mais les cathos, ceux qui s’opposent, sont obsédés aussi par la génétique et la filiation : être certain que les enfants (le fils !) soit bien du père. Comme si les femmes ne trompaient pas leur mari depuis… depuis toujours. Et réciproquement. Histoire de mélanger un peu plus les « sangs ». Or, donc, même si je ne comprends pas pourquoi tous ces gens vont crier dans la rue contre le mariage pour tous au lieu d’aller se faire euthanasier ou soigner par un psychothérapeute qui pourra, peut-être un jour, les libérer de leur folie religieuse, il y avait sans doute plus important à faire : casser le système sociétal français, qui a montré son incapacité à évoluer dans un monde qui bouge, qui bouge, à nous donner le tournis. En attendant, un certain conservatisme s’est trouvé un combat, qui les rassemble, et qui risque de leur donner envie de se battre contre d’autres libertés, et de s’associer avec ceux qui pensent pareil (les autres croyants mono-théistes).

Quant à moi, question sexe, je ne comprends toujours pas pourquoi, comment, un homme peut en aimer, sexuellement, un autre. Connaissant très bien le ridicule de la petitesse du plaisir masculin face à celui d’une femme, je n’aurais pas envie d’être le témoin privilégié du plaisir trop bref d’un partenaire, miroir d’une jouissance qui ne me satisfait guère. À ma jouissance masculine évidente, simple, brève, je préfère la jouissance féminine, riche, complexe, multiple, à découvrir et à agrandir. Et, comme je ne peux pas, comme les poissons, devenir femelle, je suis fort heureux de jouer de mon bel instrument avec vous, mesdames, comme un archet avec un magnifique violoncelle, pour faire naître, de la belle partition de vos corps faits pour le plaisir, de belles musiques… 😉 Quant à vous, mesdames, qui vous aimez l’une l’autre, de la bouche et des mains agiles, je n’ose imaginer les cris de volupté que vos ébats peuvent générer… 😉

Whatever works. Comme dirait Woody Allen. L’essentiel, c’est la tendresse, le respect. Pour vivre cette vie absurde, on n’a pas fait mieux que de la vivre à deux. Même si, parfois, cela peut mener à l’enfer… Mais, maintenant, maintenant que l’on vit longtemps en bonne santé, on peut avoir plusieurs vies dans sa vie, avec plusieurs partenaires successifs. Quant à avoir plusieurs partenaires en parallèle, c’est une autre histoire, plus compliquée. Mais, bah, je ne doute pas que, là-aussi, nos moeurs n’évolue ; à condition que la « bien pensence » crève et que la jalousie disparaisse. L’autre ne nous appartient pas. Il/elle ne fait que nous donner un peu de sa vie, sans garantie de durée. Il suffit de le préciser dans le « contrat », d’autoriser, ou pas, d’autres partenaires ! Mais, bon, ceux qui peuvent mener de front : un travail, des amis, une famille, et une maîtresse ou une autre famille, ne sont pas nombreux. Car il faut une sacrée énergie ! Et, également, il est bien bon d’être libre et de vaquer, seul, à ses propres occupations.

Mais que je suis bavard…………… 😉

Beauté

2013/04/22

« Anyone who keeps the ability to see beauty never grows old. » —Franz Kafka

I feel young !

Ayez des enfants…

2013/04/22

C’est marrant les enfants !
Le mien, qui partage son temps avec son amie entre Valence (études) et Paris (alternance), était à Valence cette semaine. Comme il part voir sa soeur à Singapour samedi prochain pour 3 semaines (plus : Bali, Nord de la Thaïlande), je me suis dit que, peut-être, il passerait chez moi récupérer quelques vêtements plus adaptés au climat de l’Asie du Sud-Est. Et, donc, il y a une semaine, je lui avais envoyé un mail pour savoir s’il comptait venir à Grenoble. N’ayant pas de réponse, je l’ai même appelé un soir, mais il était pressé et ne m’avait rien dit. Donc, jeudi, il m’appelle pour m’informer qu’il vient ce WE, vendredi soir vers 19h. Bien… il ne me restait plus qu’à faire des courses et ranger/nettoyer mon appartement pour les accueillir. Vendredi, il m’appelle, vers 4h30 – 5h, pour m’informer qu’ils étaient déjà à Grenoble. En fait, j’ai appris ensuite que, leurs cours ayant été annulés, ils étaient arrivés chez moi à 13h15. Mais l’idée de m’appeler pour m’informer et me demander si j’avais mangé et peut-être envie de manger avec eux ne leur était pas venue à l’esprit… Samedi, nous sommes allés en ville, tous les trois, avec la voiture de mon fils. Chacun est ensuite allé de son côté, faire ses courses. Vers 19h, ayant fini, je les appelle pour savoir s’ils ont fini, et je tombe sur deux répondeurs. 15 minutes plus tard, mon fils me rappelle : ils avaient « juste » oublié que j’étais venu avec eux, et ils étaient donc rentrés, tous deux, tranquillement, chez moi, me laissant devoir me débrouiller et donc rentrer en tramway. Pas de quoi fouetter un chat… mais, bon, comme je ne les verrai de nouveau que dans deux mois au plus tôt, j’aurais bien aimé passer ces 3/4 d’heure avec eux. Pfffffff Ayez des enfants ! 😉 Mais, bon, il n’est pas plus maladroit que je ne l’étais moi-même à son âge ! 😉 Et il faut savoir prendre ce qu’on vous donne. Le bougre pense aller travailler en septembre à … Cherbourg. Grenoble –> Cherbourg : 10h en voiture (sans pause…), 8h au moins en train, 4-5h en avion (Lyon – Caen) : autant dire que je ne les verrai qu’une à deux fois par an… Certes, j’ai envie de faire des photos de la côte normande… mais j’aurais préféré une ville moins… excentrée par rapport à Grenoble ! Genre Lyon. Voire Paris. Ou le sud. Son amie est contente : elle aime faire du bateau… et sa famille est en grande partie à Nantes, ou dans l’Ouest. Alors, au 2ème semestre, je risque d’en avoir un à Cherbourg tandis que l’autre sera encore à Singapour avant de revenir sur Paris, si ce n’est pas Londres, Zurich, et pourquoi pas les USA… Ayez des enfants… Quand je pense que, dans la majorité des familles, les enfants s’installent à proximité de leurs parents, de leur ville, et de leurs amis… Franchement, je regrette de leur avoir permis de faire BAC+5 ;). Bon, nos enfants ne nous appartiennent pas… mais qu’il est douloureux de les voir de moins en moins souvent… 😦 En 26 mois, à supposé que mon voyage à Singapour se fasse, je n’aurai vu ma fille que… 6 jours, dont 3 chez ma connasse de belle-soeur. Sinon, ce seront 28 mois. C’est peu. C’est trop peu, je trouve… 😦

(Bon, dans ce billet, j’ai vraiment l’impression d’être un vieux con qui se lamente du temps qui a passé et du fait que ses enfants volent de leurs propres ailes et l’abandonnent, un peu… Zut, nous aurions dû faire un 3ème enfant ! qui serait encore étudiant… Voilà ce que c’est que de faire des enfants trop jeune… 😉 Mais, bon, ils sont « là », et à peu près en bonne santé. Me voilà libre, extrêmement libre. Voire à la dérive…)