C’est le biais !

Le biais, c’est pas le pied ! 😉

Bon, c’est quoi un biais ? En fait, je parle du « biais cognitif » : celui qui nous fait penser de travers. De travers ? Mais de travers par rapport à quoi ?
« Un biais cognitif est un motif ou système psychologique, cause de déviation du jugement. Le terme biais fait référence à une déviation systématique par rapport à une pensée considérée comme correcte. » Dit Wikipedia.

Mais pourquoi parler d’un tel truc dans un Blog ? C’est le coup à faire fuir tous mes (rares) lecteurs !

Bon, tout simplement, parce qu’on en parle, dans les revues que je lis.

Dans « Cerveau & Psycho » de ce mois-ci, l’article « Vers une définition de l’émotion » se termine sur une question : « Saura-t-on concevoir des modèles qui intégreront les différentes composantes émotionnelles aux autres processus cognitifs en mettant en évidence les biais, compétitions et coopérations qui assurent les dynamiques de l’architecture fonctionnelle de l’esprit humain ? »

Il y a des biais, donc, lorsque nous pensons. Mais quels biais ?

Dans « Science & Vie » de février, il y a un petit « zoom » sur… les « erreurs de jugement, perceptions erronées ». Bref : « Apprenez à reconnaître vos biais cognitifs ». Car, oui, nous pensons mal. Au naturel, nous croyons pouvoir utiliser rationnellement les informations que nous recevons, mélangées à celles que nous avons déjà engrangées. Mais, heureusement, nous ne sommes pas des ordinateurs… et notre cerveau nous trompe, allégrement. Et plusieurs biais cognitifs perturbent nos processus de décision. Cet article est basé sur les travaux de Daniel Kahneman, prix Nobel d’économie en 2002, mais surtout psychologue du comportement et de la cognition.
Le biais de la loi des petits nombres : face à des informations statistiques tirées de petites quantités d’information, et qui peuvent donc varier très fortement, et ne pas représenter la réalité statistique qui serait tirée de grandes quantités d’informations, et même devenir aberrants par rapport à la « réalité », nous sommes assez crédules…
Le biais de la régression vers la moyenne : ce biais nous fait prendre des variations pour des tendances et, pire, nous associons des résultats à des causes imaginaires, simplement par la proximité des événements. C’est-à-dire que, pour déduire les conséquences d’une action, il faut avoir la patience d’attendre un peu, histoire de ne pas prendre un pic, négatif ou positif, comme la conséquence de l’action. Toute mesure naturelle a des variations. Ainsi, ce n’est pas parce que, 2 ou 3 années de suite, les hivers sont rudes, que cela signifie qu’il n’y a pas une augmentation des températures.
Le biais de négligence du taux de base : Soit une maladie rare qui touche une personne sur 10000. Mais le test pour cette maladie est fiable seulement à 99%. Vous passez le test et l’hôpital vous annonce que le test est positif. Devez-vous vous inquiéter tout de suite en pensant que la probabilité que vous soyez malade est de 99% ? Non, cette probabilité est inférieure à… 1%. 100 personnes ont reçu une lettre de ce genre mais seule une est malade. Mais il serait sage de repasser le test !
Le biais de la disponibilité en mémoire : nous prenons les événements récents pour plus fréquents qu’ils ne sont. Egalement, des événements qui nous sont émotionnellement forts nous en font amplifier l’importance, comme les accidents d’avion. Avoir subi une erreur judiciaire soi-même entraîne une plus grand baisse de confiance en la justice que si on lit cette histoire dans un journal.
Le biais de l’ancrage, utilisé dans les négociations. Par exemple, vous demandez un don pour une bonne oeuvre : vous recevez 50 € en moyenne. Mais, si vous demandez 5 € au minimum, le don moyen tombe à… 20 €. Et si vous demandez 400 €, la moyenne monte à 150 €. Lors d’un marchandage, soyez le premier à donner votre prix ! pour créer l’ancrage par rapport auquel il y aura discussion.
Le biais de la confirmation : lorsque nous sommes convaincus de quelque chose, nous effectuons un tri inconscient dans les informations que nous recevons : nous privilégions les informations qui confirment notre point de vue, et nous rejetons celles qui vont à l’encontre. Ceux qui croient en Dieu ou au surnaturel en sont un bon exemple ! Les médecins qui ont gobé le credo de l’importance de faire baisser le cholestérol pour se prémunir des AVC et infarctus se refusent à lire les bouquins des médecins qui, études à l’appui, réfutent ce lien de cause à effet. Lorsqu’on est convaincu de quelque chose, il faut absolument étudier les points de vue contraires, d’une part pour vérifier qu’on n’est pas dans l’erreur depuis des lustres… ou bien que la Science à avancé et a remis en cause nos certitudes, ou tout simplement pour connaître le raisonnement de l’autre afin de mieux le détruire. Bref, on a toujours intérêt à essayer de comprendre pourquoi l’autre pense le contraire de ce qu’on pense. Et, à mon avis, la « vérité » est peut-être bien une troisième voie ou un mélange des deux premières.
Le biais de l’aversion pour la perte : vous êtes un investisseur. Dans votre portefeuille d’actions, vous avez des pommes pourries et des actions « correctes ». Par peur de concrétiser la perte, vous gardez les mauvaises actions et vous vendez celles qui sont les plus performantes et progresseront encore probablement. La peur de perdre aggrave les pertes. Et on se convainc que la baisse d’un valeur est passagère et qu’elle se rapprochera nécessairement (un jour…) de ce qu’on considère être sa vraie valeur.
Le biais de cadrage : la façon d’énoncer un problème influe beaucoup sur la réponse. Ainsi, dans un pays nordique, 96% des gens sont donneurs d’organes, alors qu’ils ne sont que 4% dans le pays voisin. Pourquoi ? Dans le premier, il faut cocher la case « non » pour ne pas être donneur, alors que dans l’autre pays il faut cocher la case « oui » pour l’être…
Le biais de représentativité : ce biais nous fait fait baser notre jugement sur des informations « personnalisantes » et des stéréotypes. Exemple : Paul est réservé, timide, méticuleux. Est-il bibliothécaire, commerçant, ou pilote de ligne ? Vu sa personnalité, on le voit très bien comme bibliothécaire, non ? Ben non, la réponse ayant la plus forte probabilité est : « commerçant » ! parce que, tout simplement, ils sont bien plus nombreux que les autres…

Enfin, dans le « Philosophie Magazine » de ce mois-ci, il y a une interview de Daniel Kahneman, prix Nobel d’économie 2002 alors qu’il n’a jamais pris de cours d’économie ! Son travail a permis de démontrer la fiction d’un « Homo economicus » : non, les économistes ne sont pas toujours rationnels ; voire même ils sont souvent irrationnels. Kahneman a étudié les 2 faces de notre pensée : un Système I, intuitif, automatique, procèdant par associations, cherchant des relations de cause à effet et s’appuyant sur le particulier, et souvent trop sûr de lui ; et un Système II, raisonnable, laborieux, capable d’analyse logique et de critique de nos illusions, mais souvent distrait et ne se mettant en oeuvre que contraint et forcé. Si, lors de l’accident de Tchernobyl, seul le Système II avait pris les décisions, rien de grave ne se serait passé. Mais le Système II nécessite de grands efforts et fait consommer beaucoup d’énergie à notre cerveau, lorsqu’il compare deux scénarios contradictoires. Alors, le second système confirme souvent paresseusement les convictions trop vite élaborées par le Système I. L’exemple donné concerne le cancer du rein aux USA : les comtés où il y a le moins de cancer du rein sont ruraux. Les bienfaits de la Nature ! pensez-vous ! Mais les comtés ayant aussi le plus de cancers du rein sont aussi ruraux. La pauvreté et la difficulté d’accès aux soins ? Ben non. Tout simplement, ces comtés ruraux sont trop peu peuplés pour que les chiffres soient représentatifs : le hasard peut donner des valeurs bien en-dessous ou bien en-dessus de la moyenne et donc loin de la réalité. Les petits échantillons sont trompeurs : ne croyez pas aux sondages !
Bref, nous sommes victimes de biais cognitifs nombreux, qui nous font prendre des vessies pour des lanternes. Il y a aussi le « biais optimiste » et le biais d' »aversion aux pertes » qui se battent et jouent un jeu d’équilibre entre la témérité et le conservatisme. Mais, dans cet interview, ce qui surprend, c’est la capacité de cet homme à travailler avec d’autres, en particulier avec ceux qui pensent le contraire de lui. Ainsi, il a travaillé durant 8 ans avec le chef de file de l’école adverse et ils ont écrit à 4 mains un article intitulé : « Conditions d’une expertise intuitive : comment nous avons échoué à être en désaccord ». Avec l’humour ! En discutant ensemble, ils se sont rendus compte qu’ils ne parlaient pas de la même chose. Ainsi, souvent, nous nous méprenons sur ce que pense l’autre, faute de l’écouter, ou faute de sa part de bien s’expliquer. Communiquer… ce n’est pas facile !

En conclusion, nos jugements rapides sont probablement très souvent faux. Et, dans la plupart des articles que j’écris, ceux qui ne sont pas basés sur des articles scientifiques, je raconte très probablement plein de bêtises. Mais ce n’est qu’en voyant ses bêtises écrites, ce n’est qu’en faisant l’effort de les mettre en mots et des les expliquer aux autres qu’on voit là où elles sont fausses. Donc, merci de me servir de cobayes pour mes élucubrations qui me permettent de progresser (très lentement !) vers une meilleure compréhension de ma vision du monde que je courberai peu à peu (encore 2 ou 3 siècles d’efforts !) vers la vérité vraie ! 😉

Bonne lecture de ces 3 revues.

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4 Réponses to “C’est le biais !”

  1. marlaguette Says:

    Trop fatiguée pour te lire ce soir… Mais je reste fidèle 😉

    • trex58 Says:

      Oui, c’est un peu long. Mais j’ai aimé ces articles qui décortiquent toutes les causes de nos pensées erronées…

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