To the Wonder

« À la Merveille » (« To the Wonder » en américain) est un superbe film.
Pourtant, hier soir, la salle et l’écran était petits… trop petits pour ces belles images.
Je n’ai pas (encore) lu les critiques, les commentaires, etc., sur le film. « The Tree of Life » avait déçu beaucoup de gens, alors que je l’avais beaucoup aimé, même si tout ne m’avait pas plu. Pourtant, lorsque « quelque chose » est extraordinaire, cela devrait bien éclipser ce qui est moins bien, non ? Dans « The Tree of Life », les gens n’ont pas aimé cette histoire décousue, incompréhensible. Moi, je n’avais vu que la qualité, unique, des images, et de certains plans, particulièrement beaux, fluides, inaccoutumés, nouveaux, prenants, si simples pourtant, de la beauté à l’état pure. Et je ne parle pas des images surprenantes, non, je pense à des images toutes simples, d’enfant qui court, de famille, de cheveux, d’arbres, de feuilles, etc. Pour « To the Wonder », il y a de nouveau une histoire dont Terence Malick ne donne que des bribes, avec très peu de dialogues, mais tellement de choses évoquées, suggérées, voire montrées, autrement. Plus d’images que de dialogues, c’est sûr. Et des images qui changent, brutalement, radicalement, de lieu, de moment, de personnages. Des images qui donnent une « impression » de la vie de ce couple, qui va et qui vient dans leur amour et désamour. Oui, ce film est « impressionniste » : il ne cherche pas à dire l’essentiel pour comprendre, il donne des pistes, sous forme d’images, de séries d’images, souvent animées et virevoltantes, pour comprendre ce qui se passe entre et dans ces deux personnes. On ne connait même pas leurs noms ; il me semble bien que jamais leur nom n’est dit. J’ai beaucoup aimé cette façon, unique, de montrer une histoire d’amour/désamour, par des images, belles souvent par la beauté des lieux filmés, mais belles aussi par la banalité, voire la misère, ou l’horreur, de lieux et de situations rehaussés par la quête spirituel du prêtre. Et oui… Malick aime bien parler de Dieu, de religion… ce qui est exaspérant, surtout pour moi. Mais, bon, ce dont parle ce prêtre, finalement, c’est d’amour, de ses doutes. Et ses pérégrinations dans cette Amérique « profonde » (ce qui veut dire : moche, sale, pauvre, etc) nous montre toute la Vérité de nos vies : la vieillesse, la maladie, les handicaps, physiques ou mentaux, et la mort. Ce film parle d’amour, mais pas uniquement de celui entre un homme et une femme. Il parle aussi d’amour entre tous les hommes, cet amour indispensable et nécessaire entre tous les Hommes, entre nous tous, voyageurs d’un voyage sans retour vers la mort. Les péripéties de l’amour des deux personnages, finalement, c’est du bonheur avant que la réalité et la dureté de la vie ne les rattrape, un jour. IL est faible, ne sait pas dire son amour. ELLE est pleine de vie, et de rêves. Et il va leur manquer quelque chose pour que leur couple se cimente, un élan naturel réciproque ? un enfant ? À moins que la petite fille ne soit de trop ? ou qu’ELLE est trop libre de son temps, sans travail, alors que lui bouge beaucoup, et visite les à-côtés, les poubelles polluées de cette Amérique, parfois belle, parfois horrible.
La forme de narration, plus par les images que par les mots, rend difficile la compréhension de ce qui se passe dans ces deux personnages. Peu de mots, donc. Donc il faut que le spectateur observe plus que d’habitude, il faut qu’il observe les paroles des corps, des regards, des mains qui se tendent, frôlent, touchent, un corps qui se refuse et s’éloigne. Il faut plus d’effort de la part du spectateur. C’est un film « impressionniste », un film au ralenti, presque un film muet, si ce ne sont quelques dialogues, et deux voix « off » qui parlent, en décalé avec ce que montrent les images. Un grand film, un très grand film, il me semble. Mais qui demande à s’habituer à une autre forme de cinéma, douce, chatoyante, plus images que dialogues, plus suggéré que dit, poétique. Bien sûr, les images sont belles : ondulation de l’eau, soleils couchants, prairies, bisons, chevaux, Nature, herbes hautes en épis ; même si d’autres images sont laides et montrent les dégâts faits par l’Homme : barrage, excavations, travaux, pollutions, usines, maisons-poubelles, souffrances des hommes par la faute d’autres hommes, blessures, stigmates de maladies, vieillesse, agonie, mort. Ce film parle du sens de nos vies, de l’importance de l’amour, et de notre difficulté à aimer, ou à être aimer, de notre difficulté à décider, à savoir ce qu’il faut faire, de nos souffrances, des aléas, des histoires d’amour qui vont, qui viennent, de la différence entre les hommes et les femmes. Bref un beau film. À voir. Absolument. Mais, bien sûr, vous risquez d’être comme ces peintres « classiques » du début du XXième siècle regardant les tableaux des « impressionnistes », et de trouver « horrible » un film qui simplement utilise un autre langage que celui auquel le cinéma nous a habitués. Il n’est pas toujours facile de voir et apprécier une oeuvre qui rompt avec l’esthétique apprise dans sa vie. Mais, bon, peut-être aussi que je suis un rêveur et que ce film fait écho en moi avec une sensibilité exacerbée dont tout le monde n’a pas le malheur d’être possédé ? Ou, tout simplement, ce film arrive à un moment particulier dans ma vie ou fait écho à une somme d’événements récents qui m’ont forcé à reconsidérer ce qu’est ma vie… puisque la mort, décidément, vient un peu trop souvent me rendre visite, je trouve. Et puis, quand on a aimé un film, on aime aussi beaucoup le fait d’avoir rencontrer de la beauté et d’avoir fait jaillir de nouveau de l’amour, ne serait-ce que pour un film 😉 .
Allez le voir, Go « To the Wonder », et voyez par vous-même l’effet qu’il fait sur vous. Oubliez tout ce que vous avez déjà vu. Et, si le film ne vous touche pas quand même, et bien… tant pis ! 😉

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9 Réponses to “To the Wonder”

  1. Jane Says:

    Je viens de regarder la bande-annonce du film. Une histoire d’amours, donc j’irai probablement le voir seule mais pas cette semaine qui s’annonce chargée. Je ne pense pas qu’il me laissera indifférente car j’ai été émue par la bande-annonce.
    Pourquoi seule ? Parce que j’ai vu le film « Tree of life » sur le petit écran, accompagnée d’une personne qui n’aimait pas le film et qui m’a empêchée de me plonger dedans, en le commentant en permanence et en ricanant. Pourtant, ce film me plaisait et me touchait. Il me reste une idée vague de l’histoire. Le plus jeune garçon de la famille meurt et n’est-ce pas son frère aîné animé par la jalousie qui l’a tué ?
    Le père de famille n’est pas très attentif à sa femme soumise et très autoritaire avec son fils aîné. Ce sont toutes les bribes du film qu’il me reste.

    • trex58 Says:

      Ah ! « Tree of life » à la télé, c’est sûrement moins bien que dans une salle de cinéma. Surtout avec un casse-pied qui ne respecte pas les autres.
      Il me reste, à moi aussi, une vague idée de l’histoire. Mais l’important n’est pas là, n’était pas dans les détails de l’histoire, mais dans la façon de présenter cette histoire.
      C’est l’histoire d’un architecte qui se souvient de son enfance, avec un père autoritaire mais aimant, et une mère totalement soumise à son mari.
      Le film a rapporté plus que ce qu’il n’a coûté.
      Quant à « To the Wonder », attendons…

  2. trex58 Says:

    http://cinema.nouvelobs.com/articles/24175-critique-avant-premiere-critiques-a-la-merveille-malick-d-amour

  3. Jane Says:

    Tu pourrais être critique de cinéma. Ton commentaire est tellement juste. Les images associées à la musique sont extrêmement sensuelles. Je regrette de ne pas l’avoir vu sur grand écran.

    • trex58 Says:

      Oh, parfois, je ne dis que des banalités. C’est fonction de mon état psychique du moment…

      Oui, le grand écran permet de plonger dans le film. La vue est notre sens le plus important, qui consommes beaucoup d’énergie : plus grande est l’image, plus on est DANS le film.

  4. Jane Says:

    Elle dit une phrase que j’ai retenue : « j’écris sur l’eau ce que je n’ose pas dire ». Pourtant elle semble s’exprimer beaucoup plus que son ami/mari qui ne pétille pas du tout.

    • trex58 Says:

      Les hommes, souvent, sont enfermé dans un monde d’où ils ont exclus les comportement dits « féminins ». Ce n’est pas leur faute… C’est leur éducation judéo-chrétine-machiste à la con.

    • Jane Says:

      Les hommes qui me séduisent ont intégré une grande part de féminité en eux, et ont une grande sensibilité. Ce qui ne les empêche pas d’affirmer leur autorité. Je n’aime pas les machos.
      Au cinéma, j’aime les acteurs qui jouent des personnages qui pleurent par exemple. Je pense à Romain Duris.

    • trex58 Says:

      Le machisme (héritage du judéo-crétinisme) est une plaie, pour les femmes, et pour les hommes.
      Il y a un nouvel homme à créer, en le libérant du poids des pensées dépassées du passé (religions et méconnaissance du fonctionnement du monde et de soi-même).

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