Stéphane Hessel et les femmes

Stéphane Hessel vient de mourir, à 95 ans. Personnellement, je ne l’ai découvert que récemment par l’entremise de son pamphlet « Indignez-vous ! » qui m’avait fortement déplu et que je ne suis même pas arrivé à terminer, tellement les idées qui y sont exprimées me semblaient moisies et basées sur des concepts dépassés issus des années de la seconde Guerre Mondiale : en presque 70 ans, le monde et notre façon de voir le monde ont radicalement changé et il est absurde de vouloir reprendre les idées de cette époque sans les avoir repensées et reformulées. Sa vie, décrite par Wikipedia, est un roman d’aventures, avec du « bon » et du « mauvais ». Il est intéressant de découvrir que sa mère Helen est le modèle de l’héroïne anticonformiste Kathe du film « Jules et Jim » de Truffaut, tiré du roman autobiographique d’Henri-Pierre Roché (Jim) avec le père de Stéphane dans le rôle de Jules, et que lui-même a eu une liaison de 30 ans en parallèle à son mariage avec sa première épouse Vitia : « Je pense que la façon de partager son amour entre plusieurs femmes est quelque chose qui m’est devenu naturel du fait même de la façon dont s’est développée la vie de ma mère. […] Elle a compris que deux hommes pouvaient aimer la même femme, et que cette femme pouvait avoir une relation forte avec l’un comme avec l’autre. C’est ce que Truffaut a repris dans ce film qui, d’ailleurs, vient de l’aventure même de mes parents, Jules et Jim. » Bref, vivre en couple non-exclusif, en trio, est un concept qui peut marcher à condition qu’il y ait soit une personnalité exceptionnelle soit des exemples passés et proches pour le rendre compréhensible et vivable, tout en tenant étouffés la jalousie et le sentiment de possession de l’autre. Mais notre culture judéo-chrétienne rend une telle approche bien difficile : on ne se libère pas facilement d’un modèle obligatoire : le couple, imposé officiellement par la société pendant des siècles. Et puis, ça ne doit pas être simple de vivre à trois… j’imagine. Mais, bon, entre le couple judéo-chrétien et les femmes sans mari des Naxi de Chine, il y a plein de formules possibles qui marchent ; reste à savoir quelles conséquences cela a sur chacun des deux sexes. Les femmes ayant suffisamment souffert pendant des millénaires, il serait temps de faire légèrement basculer l’aiguille de la balance (de Roberval) de l’autre côté.

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14 Réponses to “Stéphane Hessel et les femmes”

  1. Jane Says:

    L’histoire de « Jules et Jim » se termine mal !

    • trex58 Says:

      Dans le film, ce n’est pas la « vraie » histoire. Il fallait bien « conclure », non ? Truffaut a pris ce qui l’arrangeait.

  2. Jane Says:

    Je n’aime pas la voix de Stéphane Hessel, sa lenteur. Dans un entretien que j’ai entendu, Il dit avoir consulté une seule fois un psychanalyste pour des difficultés d’ordre psychologique, des problèmes qu’il ne pouvait pas résoudre et le psy lui a dit : « vous vous prenez pour le bon dieu ». Pourquoi y aller une seule fois. C’est douloureux parfois d’entendre des vérités surtout quand elles sont balancées en plein figure, mais heureusement les psy sont délicats. Et poursuivre c’est retrouver une liberté intérieure et une force.

    Je préfère JB Pontalis décédé en début d’année. Je l’ai écouté tous les jours cet été dans une chronique qu’il animait. J’étais captivée par sa voix et ses paroles poétiques. Je l’ai trouvé passionnant et sensible.

    • trex58 Says:

      Il y a psy et psy. Un psy qui donne son avis sur une personne n’est très probablement ni Freudien ni Lacanien. Donc, il n’est pas pour une cure longue, mais pour des échanges et pour attaquer directement les problèmes.
      Si Hessel n’est pas retourné voir le psy, c’est probablement parce que, justement, il se croyait plus fort que les autres. Et, véritablement, pour avoir survécu physiquement et psychiquement à tout ce qu’il a vécu, c’est qu’il devait être fort. Et les gens forts n’aiment pas avouer leur faiblesse (relative) en allant voir un psy… Non ?

      Oui, effectivement, JB Pontalis a une voix agréable à entendre. Peut-être que l’origine allemande de Hessel avait donné une texture particulière à sa voix ? une texture qui semble bizarre aux français vivant loin de l’Alsace et la Lorraine ? Quant à Pontalis, malgré sa « belle » voix, qui touche peut-être plus les femmes…, il était psychanalyste, bouh !!! Et donc il a pactisé avec le diable (Lacan, Freud) et il a donc contribué au retard français sur la recherche en psychiatrie. Sa « sensibilité » est probablement due à son côté philosophe.

  3. Jane Says:

    « Quand on n’a pas la possibilité de travailler ses souvenirs, c’est l’ombre du passé qui nous travaille » Boris Cyrulnik

    • trex58 Says:

      Belle phrase ! Mais je préfère dire que, si on ne revisite pas ses souvenirs, on ne donne pas la possibilité à certaines connexions entre nos neurones de se défaire et donc de briser le lien douloureux entre des souvenirs et des émotions. Emotions et douleurs qui peuvent alors être réveillées par des situations rappelant nos souvenirs enfouis loin de notre conscience mais toujours tirant nos fils de marionnette…

      • Jane Says:

        Ta description est plus explicite et réaliste. Je comprends ce que tu décris. Ces derniers mois, simplement en racontant à ma psy des évènements vécus pendant mon enfance, je me suis « défait de liens douloureux entre des souvenirs et des émotions ». J’étais à chaque fois effondrée. Je pleurais pendant quelques jours. Ça fait mal. Mais je me libère. Et je poursuis le travail.

      • trex58 Says:

        Oui. Revisiter ces moments douloureux est douloureux. Mais ces larmes libèrent. C’est comme la kiné : bouger ses muscles libère les tensions ; mais, quand le kiné triture les muscles tendus, ça fait mal sur l’instant ! Ne pas vouloir remuer ses muscles ou ses souvenirs, c’est s’ankyloser, c’est perdre en liberté du corps et de l’esprit.

      • Jane Says:

        Mais je me demande, si on ne devient pas insensible à défaire tous ces liens douloureux !

      • trex58 Says:

        Oh ! Il en restera toujours, des liens douloureux… Et d’autres naîtront.
        Mais, quand même, ne plus ressentir de douleur quand on évoque des souvenirs qui ont été douloureux, cela ne veut pas dire qu’on devient insensible aux nouvelles douleurs. Moins sensible seulement peut-être.
        Et puis, nous étions sensibles parce que nous nous étions fortement investis dans une relation, avec l’illusion de la durée. À force, nous savons que rien ne dure, que tout est impermanent. Certes, on pourrait devenir insensible… et c’est un danger. Mais on peut aussi trouver un équilibre en réussissant à s’investir fortement tout en sachant que cela peut ne pas durer.
        Et puis, avec l’âge, notre cerveau fonctionne autrement : nous ne sommes plus le même qu’avant.

  4. Jane Says:

    Je me pose une question. Pourquoi cette femme aimait deux hommes ? Est-ce qu’elle en éprouvait le besoin ? Est-ce que ces deux hommes se complétaient pour former l’homme idéal ?
    Je pense que deux hommes consentant se partager l’amour d’une femme est plutôt une situation exceptionnelle.
    Des femmes contraintes de partager le même homme est une situation beaucoup plus répandue.

    • trex58 Says:

      Il y a des personnes pleines d’énergie, s’intéressant à tout, faisant beaucoup de choses, et se lançant sans réfléchir dans des expériences. Alors que d’autres recherchent la stabilité, la simplicité. Le « polyamour » est largement discuté sur certains sites et réseaux. Et je ne suis pas un expert, loin de là.
      Mais je ne pense pas que ces deux hommes se complétaient. Je pense qu’elle les aimait parce que tous deux ont fait écho avec son besoin d’amour. Et donc, ils pouvaient être semblables, très différents, ou partager des qualités communes : qu’importe, elle était bien avec chacun d’eux.

      Par contre, effectivement, il doit être difficile pour un homme de partager une femme… La jalousie, et le machisme, donnent l’impression à l’homme que sa compagne est sa propriété. Alors que, si on accepte l’idée qu’une femme peut être libre, comme un homme, de choisir ses compagnons, de les essayer, séparément ou en parallèle, il devient plus nécessaire de savoir la conquérir, comme une belle indépendante. Apollinaire, à un moment, était amoureux d’une femme qui vivait aux crochets de plusieurs hommes. Il était fou d’elle et préférait la partager plutôt que de ne pas l’avoir un peu pour lui… Donc, un homme peut partager une femme s’il préfère cela à rien, et s’il accepte l’idée que c’est elle qui décide…

  5. Jane Says:

    Et demain, je reprends le travail, je vais retrouver mes collègues sans surprise !

    • trex58 Says:

      ???? « Sans surprise » ? Parce que tu les connais bien, parce que tu sais comment ils fonctionnent ?
      Bon courage ! Moi, c’était vendredi (très peu) et aujourd’hui (surtout). C’est reparti…

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