Mes enfants

Les problèmes graves (même s’il y a pire et que ma famille a déjà connu pire) mettent en relief les difficultés relationnelles entre les personnes.
Ma fille vit à Singapour. Je ne l’ai prévenue que le samedi suivant mon AVC (jeudi), pour lui permettre d’avoir plus facilement le temps d’en parler avec moi. D’ailleurs, je lui en ai parlé, je crois, vers le milieu de sa journée et, le soir (son soir), elle m’a rappelé pour me dire que, quand je le lui avais dit, elle n’avait pas pris conscience de la gravité de ce qui était arrivé. Et, depuis, elle m’a envoyé trois SMS pour prendre des nouvelles.
Mon fils est à Valence en ce moment. Je l’ai informé de l’AVC le soir-même, puis le lendemain soir. Entre les deux, aucune nouvelle de lui… Quand je l’ai eu au téléphone la deuxième fois et que je lui ai dit que j’étais un peu surpris qu’il n’ait pas pris de nouvelle, il m’a dit que « c’était passé », et que « ça n’aurait rien changé »… (comme si, face à l’angoisse que j’avais subie, je n’avais pas besoin du réconfort de mon fils, que j’aime). Et, depuis, je n’ai pas de nouvelle venant de lui… malgré des SMS, des mails, et un appel de ma part. J’envoie régulièrement des informations sur les résultats de mes examens à tous les deux, par mail. Mais, depuis dimanche, pas de nouvelles de mon fils… Et, ce WE, il était resté à Valence, plutôt qu’aller faire du ski avec son amie, parce qu’il était fatigué et avait du travail, m’a-t-il dit. Et il n’a même pas songé à me demander si j’étais seul ou pas ce WE et si j’avais besoin d’un soutien, d’une présence, ou d’aide… Alors, je lui ai envoyé le SMS suivant, hier soir, pour lequel je n’ai eu aucune réponse… « Avec ce qui m’arrive, ton silence m’est assourdissant, douloureux. Tous mes collègues ont pris conscience de la gravité de ce qui m’arrive, et prennent des nouvelles, tous les jours, en plus des infos que je leur donne. Pourquoi es-tu si dur avec moi, et avec toi ?! Pourquoi tant de froideur et de distance ? Parle plus, exprime tes sentiments, quels qu’ils soient. Bises Papa »
C’est sûr : je ne suis pas mort, je n’ai même pas de séquelles. Mais mon médecin du travail et mon médecin traitant ont montré tous les signes de personnes inquiètes d’une récidive et désirant prendre le maximum de précautions tant que la cause n’est pas connue. Bien sûr, cela ne se reproduira peut-être jamais (ça arrive). Mais l’AVC est peut-être aussi apparu parce qu’il y a eu une détérioration récente de quelque chose… En attendant de savoir, il faut être prudent, sans s’alarmer outre mesure certes, mais sûrement pas avec la froideur qu’a mon fils envers moi. Alors, est-ce pour se protéger ? pour ne pas penser/imaginer que ce qui est arrivé à sa mère risque de m’arriver ? ou parce qu’il a étouffé en lui depuis quelques temps déjà ses sentiments et ses émotions envers moi ? Dans les deux cas, ce n’est pas approprié… mais la seconde hypothèse est la plus douloureuse et requerra beaucoup de travail de sa part pour libérer ses émotions. Un jour que j’espère proche… pour son équilibre et son bonheur.

Publicités

6 Réponses to “Mes enfants”

  1. marlaguette Says:

    Une manière à lui de se protéger…

    • trex58 Says:

      Sans doute. Probablement. Le problème, c’est qu’il y a longtemps qu’il se protège ainsi. Et, à force, je pense qu’il ne sait plus trop laisser sortir ses sentiments, ses émotions. Son attitude froide envers moi, avec des hauts et des bas, avec aussi des moments proches bien sûr, ne date pas de mon AICT/AVC. Ca date de plus longtemps… en partie par ma faute, et en partie à cause d’évènements graves arrivés dans la famille, et qui ont été mal « digérés » (la succession des « problèmes » ne facilite pas leur digestion…). Alors, sans effort volontaire conscient de sa part, il risque de rester longtemps dans cet état… Je souffre de cette relation amputée entre lui et moi… mais je pense surtout au blocage en lui, à ce qu’il loupe d’une « vraie » vie, et du temps qui s’écoule, pendant lequel il vit « mal », avant de prendre un jour conscience de ce qui se passe et de renoncer à certaines attitudes de protection.

  2. Cath Says:

    Oui, il se protège et ne sait sans doute pas gérer ce genre d’inquiétude. Ca ne sert à rien de lui en vouloir, mais « en vouloir » ne se commande pas toujours… Ne t’imagine pas que son silence ait quelque-chose à voir avec le degré d’amour qu’il te porte, je suis sûre que ce n’est pas lié.

    • trex58 Says:

      Voir ma réponse ci-dessus. Il ne se protège pas QUE de ce qui m’arrive ces jours-ci, refusant sans doute de perdre son père comme il a déjà perdu sa mère ; il s’est déjà détaché de moi, quand j’étais au plus bas (burn-out, dépressions suite au burn-out ou au décès de mon épouse), volontairement, parce que j’étais souvent insupportable ou désespérément sombre, refusant de voir que, durant ces dernières années, j’ai beaucoup changé. Mais, pour lui, et aussi pour ma fille, je reste trop « différent » des autres ; il m’aurait préféré plus « normal », plus riche aussi… et plus généreux. Mon message « Je suis là pour vous donner l’essentiel. Pour le superflu, c’est à vous de vous le procurer » n’est jamais bien passé auprès de mes enfants, trop habitués à être sur-aimés et gâtés, du fait de tragédies répétées dans la famille de ma femme liées à des enfants. D’autre part, je ne suis plus l’homme qu’ils ont connu à leur adolescence : j’ai libéré une dimension émotionnelle qui était enfermée auparavant ; et, face à ces changements en moi, et parce qu’ils sont partis vivre leur vie ailleurs, ils n’ont pas eu/pris le temps de comprendre comment je me suis transformé, de reprendre contact avec moi… Ces 4 dernières années, il a passé plus de temps avec ses belles-familles successives qu’avec moi…

  3. encolie26 Says:

    Tony, tu voudrais encore et encore maîtriser les comportements et émotions de tes enfants. On ne peut pas ! Il m’a fallu plus de 6 ans pour que ma fille revienne à ce que l’on peut qualifier de normal mais les dégâts sont irréparables et cela ne sert à rien de ressasser. Pourquoi donner tant de détails sur ta santé heure par heure si ce n’est pour évacuer l’angoisse que cela représente pour toi. Ton fils considère peut-être que tu es hypocondriaque d’une certaine façon, ou que tu en dis trop, que tu le harcèles avec tes peurs. …donc comme une amie plus haut, je pense qu’il met de la distance avec cet envahissement, parce qu’il serait lui-aussi dans le morbide. C’est polluant et les filles, plus maternelles, gèrent mieux en général.
    Oui ton fils se confronte à d’autres adultes référant dont il finira par voir les défauts un jour. Nous devons perdre nos illusions sur les êtres que nous rencontrons pour grandir. Il grandit ailleurs parce qu’il ne sait pas encore gérer votre relation.
    Oui, s’il a conscience sans doute de tes changements, il ne fait pas encore confiance, il est un ado tardif, il n’a pas envie de gérer sa vie comme la tienne. etc… et il t’aime sans aucun doute mais ne sait pas le dire. Qu’aurais-tu fait à sa place ?? tu n’en sais rien , tu n’as pas pu vivre cette expérience.
    Nous sommes déçus par nos enfants, nous devons les lâcher, matériellement, financièrement, émotionnellement.. Beaucoup plus tard, nous saurons être fier de l’adulte qu’ils sont devenus hors de nous, en se frottant, en échouant, en se battant. Bref, tu ne le façonneras plus maintenant … alors ne lui donnes plus de nouvelles … et plus d’argent puisque c’est un sujet difficile pour toi..
    Mon second fils m’aime sans doute mais m’appelle deux fois l’an : pas envie, pas besoin, rien à dire, à donner… Que faire ? rien. Ce qui a été raté à un certain moment ne se répare pas, alors que cela s’est fait pour les autres. Je lui ai prêté de l’argent et exigé qu’il le rembourse, ce qu’il a fait. On gère l’argent avec la santé qui correspond à notre santé mentale, sentimentale et émotionnelle d’après moi … d’où son importance dans les thérapies..
    Allez, prends soin de toi, au calme, sans trop regarder ton nombril ça fait loucher!! Profite de l’instant de repos qui t’es donné.

  4. trex58 Says:

    Je cherche à « maîtriser les comportements et émotions de mes enfants » ? Non. D’abord, c’est impossible. Ensuite, ce n’est pas ce que je recherche. Si mon lien avec mon fils est effiloché, c’est douloureux pour moi, mais je saurai continuer et finir de vivre avec. Par contre, pour lui, il est très important, pour devenir un « bel » adulte, de « digérer » le passé, pour être plus facilement dans le présent. Les « histoires » passées non digérées nous pèsent, soit parce que nous les ruminons souvent, soit parce que nous les enfouissons en nous, avec tous un pan de notre vie.

    Les dégâts ne sont jamais totalement réparables, parce qu’on ne peut pas revenir dans le temps. Mais on peut changer le présent et le futur, réparant par ci par là, ou mettant en place un environnement favorable.

    Ma fille m’a beaucoup crié après pendant les 4 années après le décès de sa mère. Elle a pu ainsi sortir ce qui lui pesait. Aujourd’hui, après avoir elle-même souffert, après avoir travaillé avec un psychiatre, après avoir radicalement changé sa vie, sa relation avec moi a changé. Si, comme mon fils, elle était restée muette, elle n’aurait pas évacué une grande partie de ce qui lui faisait mal.

    Pourquoi donner tant de détails ? (mais pas heure par heure !) Parce que, comme tout le monde, j’ai peur, non pas de la mort, mais de la diminution de mes facultés physiques et intellectuelles. Je me sens mieux depuis un an, et j’ai encore des progrès à faire, j’ai encore plein de choses à faire. Devenir un légume m’en empêcherait. Donner des détails sur ce qui m’arrive m’aide. Je dis la vérité, sans fard, et je reçois des manifestations sympathiques. Mieux, je reprends contact avec des amis qui s’étaient éloignés. Bien sûr, je fais peur aux autres en évoquant mon « accident » car ils ont peut que cela leur arrive aussi. Mais je leur ai dit ce qu’il fallait faire pour réduire les risques, je les ai encouragés.

    Mon fils est venu ce WE. C’était très bien. Il a beaucoup parlé (pas de choses importantes, mais ce n’est pas grave), et il était gai. Qu’il ait peur de revivre quelque chose dont il a beaucoup souffert, ou qu’il se soit refermé en me rejetant, je lui ai dit ce que je pensais : que je souffrais de son indifférence, que je l’aime. Qu’importe qu’on fasse des erreurs dans ce qu’on dit, si seulement on échange, qu’on prenne le risque de dire des bêtises, mais qu’on les dise et reçoive avec amour.

    « Morbide » ? Je dis juste la vérité. En donnant des détails précis de ce qui m’est arrivé, je lui rappelle que je suis mortel, et donc qu’il est mortel, que sa soeur est mortelle, etc. Et, quand on en prend vraiment conscience, on agit autrement. Autrefois, la mort était très présente dans les vies, elle n’était pas cachée dans les hôpitaux, remplacée par des émissions à la con et des publicités avec des visages jeunes et beaux. Parler crûment de la mort ne veut pas dire renoncer à la vie. Au contraire.

    Ce ne sont pas des adultes référants pour lui. Ce sont des moyens pour satisfaire à un besoin de normalité : des familles complètes, et « normales ». Moi, je n’ai hérité d’aucune famille. Pour lui, je suis une entité unique, alors que ses amies successives ont des parents ayant des frères, soeurs, cousins, cousines, etc.

    Oui, il est parti ailleurs pour fuir une relation qui était difficile pour lui. Sans doute qu’ainsi il a pu trouver du calme. Je l’ai laissé vivre chez sa belle-famille une grande partie du temps parce que je savais que ça l’aiderait, même si j’en ai beaucoup souffert de savoir qu’il voyait plus ses « beaux-parents » que moi.

    Oui, il n’a pas envie de gérer sa vie comme j’ai géré la mienne. Et ce sera bien sûr différent.
    Oui, il m’aime et ne sait pas (encore) bien le dire. Et, quand il le disait, je n’étais pas encore en assez bon état pour le voir et bien réagir. Maintenant, je peux le voir.

    « Je n’ai pas vécu son expérience ? » J’ai perdu mon père à 13 ans et ma mère s’est enfermé dans une semi-dépression, dont elle n’est jamais vraiment sortie. Je suis sortie de ma dépression. J’ai retrouvé la capacité à réfléchir sur ma vie, à remuer la boue de mon passé et à essayer de trier ce qui est « bien » ou pas. Mais il m’aura fallu tant de temps… Beaucoup de temps perdu que je désire lui épargner. Déjà, j’ai digéré ce que ma mère n’a jamais pu digérer. J’ai une grande énergie, maladroite… souvent. Mais… je m’améliore ! 😉

    Nous devons laisser nos enfants choisir leur vie. Mais, qu’ils le veuillent ou non, ils sont liés à nous pour toute leur vie, que nous soyons « bons » ou « mauvais ». Emotionnellement, nous sommes reliés. Des mécanismes de communication et de mal-communication se sont mis en place. Il est possible des les voir et de mettre de l’huile là où il faut. Cela s’appelle de l’analyse systémique (considérer une famille comme un « système » où il ne sert à rien de soigner l’un des membres sans impliquer les autres).

    Je ne le façonnerai plus. Mais je peux lui dire la vérité, et le forcer à la voir, et à réagir. C’est ce qu’il a commencé à faire, il me semble.

    Je vais continuer à lui donner des nouvelles, qu’il le veuille ou non. Et je continuerai à lui donner de l’argent, quand il en aura besoin en plus de ce qu’il pourra gagner. Je serai toujours là pour aider mes enfants, pour l’essentiel, pas pour le superflu.

    Ce qui a été raté peut se réparer, même si ce n’est que partiellement. La vie n’est pas homogène, nous évoluons, la vie nous force à nous adapter, des idées se calment, des besoins grandissent, nous changeons. La vie est une continuelle adaptation.

    Je ne peux pas rester au calme. Le temps me manque.
    Mais, tu as raison, il faudrait que je sache laisser passer le temps… c’est-à-dire retrouver mon âme d’enfant, pour qui le temps était infini. Mais ce n’est plus. Alors, de temps en temps, oui, il me faut savoir lâcher-prise. Mais, pas demain : j’ai déjà noté 7 ou 8 choses dont je désire m’occuper dans les jours qui viennent, en plus de mes obligations…

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s


%d blogueurs aiment cette page :