Ma mère

Ma mère dans sa maison de retraite hier, assise près de la fenêtre. Le bleu lui va très bien. Je pense que c’est un vêtement qu’elle avait elle-même tricoté.

SR

89 ans dans 5 jours.

SR

Publicités

14 Réponses to “Ma mère”

  1. marlaguette Says:

    C’est plus raisonnable non ?
    Des bisous à toi Tony …

    • trex58 Says:

      Raisonnable ? Le fait de la mettre en maison de retraite ? Il n’y avait guère d’autres solutions, à part certaines trop coûteuses pour elle ou trop contraignantes pour moi.
      Il paraît qu’il y a un chat baladeur dans cette résidence. Parmi les plus vieilles photos que j’ai retrouvées quand elle vivait chez ses parents, il y en a plusieurs d’un chat.

  2. Encolie Says:

    Ma grand-mère aurait dit « ho, elle tricote machine »… ça veut dire que le tricotage est tellement beau, régulier, que l’on pourrait croire que cela sort d’une machine.
    Donc ta maman a ce talent. Effectivement, le bleu est sa couleur et malgré son grand âge, elle est très belle.
    Bise

    • trex58 Says:

      Je pense qu’elle l’a tricoté, mais je n’en suis pas sûr. En tout cas, ses placards sont remplis de tissus, de pelotes de laine, et de fils de coton pour le crochet.
      Oui, sur pas mal des photos que j’ai prises mardi, elle pose.
      Il est difficile de savoir ce à quoi pense une personne dont la mémoire ne retient pas les derniers moments et pour qui le passé constitue le présent. C’est émouvant…
      Le bleu lui va très bien. Sa chambre est plein nord, mais au-dessus de l’entrée, donc pas mal animée. Et la lumière était bien basse en ce mois de décembre. J’essaierai de faire d’autres photos, quand je retournerai la voir… Notre passé s’évapore… Il nous faut donc continuer à créer du présent et du futur.

  3. encolie26 Says:

    Il faut garder la laine, il y a des assos sur Grenoble qui en cherchent pour des femmes qui tricotent sans moyens, pour créer des objets. Es-tu sûr qu’elle ne plus crocheter ? ce sont des automatismes qui ne s’effacent pas. Elle se promène dans son musée de verre où chaque souvenir est une petite cloche qui tintinnabule. Il ne faut pas la déranger, juste l’aimer là où elle est.

    • trex58 Says:

      Ma soeur m’a déjà demandé de lui garder les tissus et les pelotes de laine… J’attends qu’elle confirme.
      Je ne sais pas si elle sait/peut encore faire du crochet… Sa vue a bien baissé, ses doigts sont gourds, et sa mémoire est défaillante. Bien sûr qu’il y a différents types de mémoire et qu’elle n’a pas tout perdu. Mais, la mémoire procédurale, sans pouvoir se souvenir du motif qu’on veut reproduire, c’est pas bien utile… Elle sait sûrement encore faire du vélo, sans savoir où elle est ni où elle va… mais je pense qu’on ne lui en fera pas faire ! 😉
      J’aime bien tes deux dernières phrases… Mais, sans grains à moudre, un moulin à café se grippe. Ainsi fait son cerveau…
      L’aimer… C’est quoi l’amour, déjà ? Ces temps-ci, je suis en plein hiver amoureux. J’ai peut-être épuisé mes réserves ? 😉 Sans rire, je suis un peu fatigué… et j’attends déjà avec impatience le printemps et les premières fleurs. Je déteste l’hiver : c’est froid, c’est sombre, c’est humide, y’a des vents méchants. Moi, j’aime le printemps et l’automne.
      Allez, je vais essayer de vivre quelques heures sans ce PC…

  4. encolie26 Says:

    Quand je serai enfin posée chez moi, j’irai dans ces maisons pour « caresser » les personnes âgées, les masser. Ce qui les tuent en premier lieu c’est l’absence de contact physique. Parce que leur maladie les condamne à un manque de communication verbale cohérent, nous pensons qu’il n’y a pas de besoin, pas de moyens de maintenir une cognitivité rassurante pour ces personnes. Comme chez les bébés, où il nous a fallu tant de temps pour comprendre leur communication par les sens, il nous faut aujourd’hui appréhender nos anciens et nos « perdus » d’une autre façon, loin du canon-carcan occidental autour du langage du corps. Je recommande la ré-écoute des émissions de France Inter « sur les épaules de Darwin » de ces dernières semaines. Jean-Claude Ameisen nous fait partager toutes les découvertes scientifiques sur notre communication aux autres, l’empathie etc… passionnant!! Il y a de quoi nourrir notre tolérance, notre patience, notre désir des autres.

    L’hiver amoureux est un état de désir intense qui augmente la perception du manque, nous fait sentir la tension intérieure impérieuse et exigeante d’une relation profonde, satisfaisante. Nous sommes dans une vérité de nous-même que nous trouvons impudique d’exprimer (heureusement qu’il y a le blog!) alors que c’est un cri, une violence terrible que d’être privé de cet essentiel.

    Pour l’exemple, je voudrais te raconter une expérience: Il y a de nombreuses années, au cours d’une liturgie sur « L’infinie Tendresse de Dieu », des femmes malgaches ont proposé comme geste symbolique de caresser la main de notre voisin avec une goutte de lotion parfumée. Dans un silence total, les caresses sont passées d’une main à l’autre, homme et femmes se retrouvant à toucher avec infiniment de précaution et de douceur des personnes qu’elles connaissaient ou pas, qu’elles pouvaient ne pas aimer du tout. Cette expérience a été bouleversante pour beaucoup. Aimer l’autre pour rien, le toucher avec respect et douceur, parler avec le corps et sans la bouche, sans intellectualisation, nous a fait aborder un autre rivage de la communication et de notre rapport au prochain, au delà de la conviction religieuse.
    C’est resté un moment intense de ma vie. La confirmation d’une révélation.

    • trex58 Says:

      Oui, je suis bien d’accord avec toi, ce n’est pas parce que ma mère a perdu une grande partie de sa mémoire (dynamique) qu’elle n’est plus une personne, qu’elle n’a plus besoin de communiquer, d’être touchée. Mais je suis loin… Mardi, quand je suis allé l’accueillir à sa Maison de Retraite, j’étais épuisé (hôtel bruyant, et 2 jours à trier/nettoyer son appartement). Mais, je me souviens, en plus de l’embrasser sur les joues, je lui ai touché la joue, avec tendresse. La prochaine fois, il me faudra lui prendre les mains, lui parler autrement. Mais, vis-à-vis d’elle, c’est compliqué : mes enfants ne l’ont vue qu’une vingtaine d’heures dans leur vie, parce qu’elle disait ne pas vouloir les voir (je me souviens être resté bloqué devant la porte de son appartement qu’elle ne voulait pas ouvrir alors que j’avais fait 150km pour la voir, avec ma famille…). Et elle s’est tant enfermée dans sa douleur (perdre son mari) après une vie solitaire et difficile. Mais, bon, même si elle s’est émaciée, je vois toujours son caractère sur son visage, et ses sourires, et ses rires. En la rapprochant de chez moi, je pourrai la voir chaque semaine.

      Lorsqu’on a trop aimé, et qu’on a été rejeté justement à cause de ce trop d’amour, réciproque au début, puis déséquilibré ensuite, on a des batteries à recharger, après un court-jus long et douloureux/ Ou on attend quelqu’un… Ou on pense que cela peut venir doucement, peu à peu… On verra bien.

      Dieu n’existe pas. Mais notre infini besoin d’amour, de tendresse, et de contacts, existe bel et bien. Nos cousins primates ont le droit de s’épouiller, pour se rassurer et calmer leurs tensions. Et, dans d’autres civilisations que la nôtre, polluée par le monothéisme et la haine du corps, les gens se touchent plus facilement. Alors, oui, ces contacts de mains, ces caresses données gratuitement à ceux qui, comme chacun d’entre nous, sont perdus dans cette vie absurde, c’est bien, c’est beau, c’est utile. Mais ça n’a rien à voir avec un « Dieu ». Croyant ou incroyant, nous en avons besoin : cela fait partie de notre humanité, mais des croyances et des préventions absurdes nous en privent.
      Le geste gratuit, le cadeau fait à l’inconnu qui jamais ne pourra retourner le cadeau, c’est quelque chose d’important, connu depuis la lointaine antiquité. Cet été, j’ai fait des photos d’enfants à Moustiers. J’ai envoyé le CD de ces photos à l’un des parents, près de Paris, que je ne connaissais pas et ne reverrai jamais.
      Il y a quelqu’un dont j’aimerais bien tenir les mains, afin de lui prouver que je ne suis pas le fou qu’elle croit. Un jour… Je suis patient : un jour, l’an prochain, ou dans dix ans, nous parlerons. C’est ma « performance » à moi. Qui ne m’empêche pas d’accueillir toutes les expériences possibles, toujours avec autant tendresse que je peux. (et pas mal de bêtise !).

  5. Une femme libre Says:

    Oh! Comme elle est belle! Frêle et digne, avec un regard direct, clairvoyant. Vous avez su photographier plus que son physique, un peu de son âme aussi. Il y a de l’amour dans cette photo et peut-être que vous ne l’avez même pas réalisé.

    • trex58 Says:

      L’art de la photographie vient principalement de la patience et de l’obstination qu’on y met. Bref, pour une « belle » photo, il y a eu beaucoup de photos loupées… Mais, bien sûr, il y a, au départ, une « volonté » d’attraper « quelque chose » à « sa façon », et chaque photographe fait des photos différentes.

      Ici, elle a un « regard ». Elle pose, en fait ! Sacrée coquine ! 😉

  6. Une femme libre Says:

    Mais on s’en fout qu’elle n’ait jamais voulu les voir vos enfants. Elle n’a pas à en être punie pour l’éternité. C’est leur grand-mère et à ce titre, ils se doivent d’aller la voir avant qu’elle ne meure, point. Elle n’est plus en état de protester et s’ils ne le font pas pour elle, qu’ils le fassent pour eux. Ne pas avoir connu sa grand-mère et ne jamais l’avoir vue, ben voyons donc, c’est maintenant à eux de remédier à ça.

    • trex58 Says:

      Ah, c’est plus compliqué que ça… Imaginez :
      – votre père a fait la guerre de 14-18, il est revenu avec le « syndrome du Golfe » et finit par ne plus pouvoir travailler, et il met une mauvaise ambiance chez vous ;
      – la famille de votre mère, vignerons, est ruinée par le phylloxera et est condamnée, peu à peu, à vendre tous ses terrains ;
      – vous avez des 1/2 frère et soeurs, et vous ne pouvez pas faire des études comme eux ;
      – vous partez à 18 ans de chez vous, pour aller travailler à Vichy, puis Nice, puis je-ne-sais-où ;
      – vous vous faites faire un enfant par un supérieur, marié, qui vous abandonne, enceinte jusqu’au cou ;
      – un autre homme marié (mon père) prend pitié de votre gros ventre, vous aide, et puis vous aime, et c’est réciproque, et je nais ;
      – il divorce, puis vous épouse, et le bonheur arrive, mais pas longtemps, 5 ans seulement, avant un AVC, une hémiplégie, une entreprise qui coule, puis un suicide ;
      À partir de là, la vie n’est plus pareille, et la vue d’enfants, symboles du bonheur, vous fait peut-être moins plaisir, ou réveille de mauvais souvenirs. Sans parler de phrases malheureuses dites lors des obsèques de la mère de votre brue (mon épouse).
      Bref, une personne solitaire, indépendante, pas bien maline, qui n’a jamais bien communiqué avec son fils, et réciproquement. Et mes enfants qui, face au vide de ma famille (ma mère s’était fâchée avec ses parents, puis ses soeurs), conçoivent l’idée qu’ils n’ont de famille que du côté de leur mère. Et puis, je ne suis pas le genre de père « habituel ».
      Donc, mes enfants, surtout mon fils je pense, ne connaissent rien de ma mère. Mais je suis d’accord avec vous : ils doivent, pour leur bien à eux surtout, revoir ma mère, la connaître un peu avant qu’elle ne parte, définitivement, et prendre conscience que leur vie vient aussi de cette vieille femme qui s’évapore et perd la tête. Mais je ne peux pas les y obliger… Mais je dois le leur demander.

  7. encolie26 Says:

    Tony, je ne voulais pas parler de Dieu mais de l’expérience du toucher, messager d’apaisement, d’amour du prochain, de pardon parfois. L’amour existe, on est d’accord là-dessus, nos croyances ensuite sont différentes.
    En ce qui concerne tes enfants, je crois aussi qu’ils devraient aller la voir. le rapport avec elle peut se passer d’exigence. On ne peut pas exiger le pardon pour l’amour non donné, mais juste faire connaissance. Regarde : je suis le fils, la fille, de ton fils, tu as un prolongement de toi, ta vie ne finit pas. Raconte nous tes souvenirs….
    Que penses-tu de partager avec tes enfants toutes ces découvertes que tu fais chez elle ? une sorte d’enquête « policière », une quête de racines pour le moins.

    • trex58 Says:

      L’amour existe. L’amour est né de l’évolution. C’est du Darwinisme pur et dur. Mais le savoir n’empêche pas qu’on en a toujours besoin, d’en recevoir ou d’en donner.

      Pour mes enfants, je pense que ma fille serait maintenant assez mûre pour découvrir sa deuxième grand-mère. Mais mon fils est totalement loin d’une telle idée. Même simplement lui envoyer une carte d’anniversaire, il n’a pas voulu. Non seulement, elle n’est « rien » pour eux, puisqu’ils n’ont jamais eu le temps de créer un lien, mais en plus elle représente un côté négatif pour eux. En plus, leurs grand-parents maternels, et leur mère, sont morts bien avant… Mon épouse disait : « elle nous enterrera tous ! ».
      Mais, bon, je pense qu’ils leur faut découvrir cette partie de leur hérédité, voir cette femme d’où ils sont issus, par mon intermédiaire. Mais, même s’ils voulaient, ça serait pas facile…
      Quant à ses souvenirs, je crains que les bribes qu’elle pourra dire ne feront pas de sens chez mes enfants.

      Tu dis « tu as un prolongement de toi, ta vie ne finit pas ». Effectivement, il y a un côté « positif » de savoir qu’il y a des enfants qui continuent la « lignée », qui portent une histoire, des souvenirs. Mais notre vie s’arrête bien à notre mort.

      Une quête de racines ? oui. Mais, pour cela, il faut avoir la tête tranquille, être stable. Là, mes enfants sont en plein bazar : l’une temporairement à SIngapour, et l’autre en vadrouille entre Valence et Paris.

      Par contre, j’avais envie de retrouver trace de cette lointaine amie de ma mère : France. Mais je pourrais tout aussi bien chercher trace de mes cousins/cousines ou neveux et nièces. Mais, à quoi bon ? puisque, à part un peu de sang, nous n’avons rien partagé dans nos vies ?

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s


%d blogueurs aiment cette page :