Deux morts pour … rien

Je parlais ici, il y a peu, de tolérance.
Vendredi soir, 21h, dans le parc de mon quartier, à 200m de chez moi, à 50m des jeux pour enfants, deux jeunes gens de 21 ans sont morts, tués pour … rien. Juste un regard, paraît-il, échangé entre les « petits » frères d’une des victimes et d’un agresseur. Les parents d’une des victimes habitent la montée à côté de la mienne. J’imagine leur douleur. Je l’imagine, car moi-aussi j’ai peur que la mort frappe l’un de mes enfants avant l’âge. Mais je ne peux pas la vivre dans ma chair, sinon en me rappelant l’absence, le manque, d’une autre personne aimée.

Violence. Comment peut-on passer d’un regard à des violences verbales puis à des violences physiques puis à des armes puis au meurtre ?
Comment ? Sinon en étant soi-même pris sous la domination d’une autre souffrance, inconsciente et méconnue, qui a ravagé l’esprit de ces jeunes. Souffrance de ne pas pouvoir s’acheter autant de joggings Lacoste qu’ils voudraient ? Souffrance de ne pas avoir de BMW ? Souffrance de ne pas avoir de travail, ni de formation, ni d’avenir ? Ou souffrance de ne pas avoir été éduqué correctement, par ses parents, par l’école, par la société ? Ou souffrance d’avoir toujours fait les mauvais choix : les mauvais copains, l’alcool, le tabac, les drogues, le zapping, les plaisirs faciles, l’apparence plutôt que la profondeur, etc. Ou bien encore la souffrance de ne pas posséder les mots pour exprimer ce qui ne va pas en soi. Ou la souffrance de ne pas avoir reçu le soutien d’une personne aimante mais ferme ? Ou bien la souffrance d’avoir vécu dans un quartier de merde : le quartier, c’est-à-dire son architecture, entassant les gens en hauteur et rendant son organisation impropre à la vie « normale » en société. Avant, les pauvres ne faisaient pas forcément des voyous. Et être un voyou ne signifiait pas forcément attaquer à quinze personnes armées deux jeunes sans armes. Mais, avant, on voyait les gens souffrir, de maladie, de vieillesse. Avant, on voyait les gens mourir. La mort était proche : on savait ce que c’est. Ces jeunes qui ont battu, frappé, tué, n’ont probablement aucune idée réelle de ce qu’est la mort. Et leur cerveau, embrumé et abruti peut-être par le Cannabis et l’alcool, n’est peut-être plus capable de voir les conséquences de leurs actes, laissant certaines parties de leur cerveau, reptilien, prendre le contrôle et frapper, comme si leur vie en dépendait, alors qu’elle n’en dépendait pas. Ce qui les a motivés, c’est une idée débile de la fierté, le cerveau pris dans un engrenage de liens mauvais avec de mauvaises personnes, donnant un « sens » à leur vie : je ne suis rien, mais je suis dans une bande, donc je suis.
Il est si facile de transpercer un coeur avec une lame… alors qu’il est impossible de redonner la vie.

Quelles solutions ? Introduire la philosophie à l’école, dès le plus jeune âge. Pas la philosophie débile de Terminale, mais des discussions sur : le sens des mots, les sentiments, les émotions, la vie et la mort, l’amour, l’empathie, la compassion, la tolérance, la souffrance, le bonheur, les difficultés avec les parents, la crainte de l’avenir, ses peurs, ses rêves, etc. Et donner à ces enfants les mots leur permettant de comprendre et exprimer ce qui se passe en eux et les trouble.
Ce n’est pas plus d’éducation qu’il faut dans nos écoles, mais une éducation différente et adaptée aux pertes de repères de certains jeunes dans certains quartiers « défavorisés » (des quartiers fuis par ceux des leurs qui ont mieux réussi).

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2 Réponses to “Deux morts pour … rien”

  1. Jane Says:

    Ce n’est pas la pauvreté qui rend les gamins violents. Je côtoie tous les jours des lycéens. Un d’entre eux, qui ne vient pas d’un milieu défavorisé, que je connais depuis deux ans déjà, porte en lui une colère. Je me souviens que les premiers jours, je n’ai entendu que lui. Il me répétait sans cesse qu’il ne voyait pas sa mère qui était restée en Martinique. Et qu’ici, il vivait avec sa grand-mère alors que le père travaillait à proximité. Durant l’année, il s’est battu avec un jeune qui l’a provoqué, et lui a cassé la mâchoire. Ce garçon se sent certainement rejeté, abandonné par sa famille.
    Un autre qui devient agressif à la moindre remarque, a une mère qui le protège et qui n’assume pas son autorité. Elle espère peut-être que l’école se substituera à elle pour combler ses manques.
    Encore un autre, qui triche, qui a essayé de m’embobiner, et qui se leurre complètement sur ses capacités, a une mère possessive et protectrice qui n’arrive pas à surmonter un divorce, et qui vit avec très peu d’argent. Mais ce n’est pas le manque d’argent le problème, c’est elle. Il faudrait que quelqu’un l’aide !
    Oui, nous voyons les souffrances de ces gamins et parfois celles des parents. On peut juste les aider en les écoutant un moment.

  2. trex58 Says:

    Violence <– Colère <– Souffrance.

    Il n'est pas certain que, il y a 20, 40, 60 ans, il y avait moins de violence : les informations locales n'étaient pas forcément bien connues du reste de la France.
    Mais je ne me souviens pas, enfant "assez" pauvre, d'une telle explosion de haine et de rejet des autres. Mais je n'habitais pas dans des quartiers "difficiles", c'est vrai. Et Clermont-Fd, à l'époque, était tranquille. Pourtant, il y avait déjà des immigrés autour de moi, d'Italie, ou du Laos.

    Mon fils a probablement connu ces 2 jeunes, en les fréquentant dans le collège du quartier. Mon fils, pour ne pas avoir d'ennuis, s'était instinctivement mis "en sourdine" : jouer au foot et ne pas briller dans la classe : ne pas attiser la colère en brillant, et être suffisamment costaud pour tenir les autres en respect. Alors que sa soeur, meilleure élève tout le temps, a toujours été ostracisée par ses "petits" et méchants camarades, qui rejetaient sa "différence" : être intelligente et travailleuse. Ces enfants de ce collège (enfin, une partie, un tiers environ) ne sont pas "finis" : un mal-être les habite, ainsi qu'une violence sourde et une haine de ceux qui sont différents ou qui construisent leur avenir. Laisser des enfants continuer jusqu'en 3ème alors qu'ils ne veulent plus travailler depuis un an ou deux, cela pourrit l'école. Mais les agresseurs sont venus d'un autre quartier. Ces jeunes placent la notion de bande et d'"honneur" au-dessus des valeurs essentielles : ils n'ont pas reçu suffisamment d'amour (et d'autorité) et en sont incapables pour les autres, obéissant à des pulsions qui les possèdent.
    Sans parler de la drogue que ces jeunes consomment ou vendent, et qui leur pourrit le cerveau.

    Mais le maître-mot reste "souffrance". Pourtant, la souffrance n'emmène pas forcément à la colère et à la brutalité. La souffrance peut aussi amener à s'investir dans quelque chose, comme moi dans les études, ou le jeu d'échec. Vouloir comprendre le monde, être curieux…

    Cette même semaine, j'ai assisté à une conférence du petit-fils de Gandhi : celui-ci, face à l'augmentation de la violence en Inde, et en tant que médecin, postule que l'alimentation est une cause probable amplifiant le phénomène : le sucre, les produits raffinés, perturbent la chimie de notre cerveau, et nous excite.
    D'ailleurs, je me souviens d'une anecdote lue quelque part : une petite fille insupportable à l'école. En convoquant la mère, la professeur apprend que l'enfant boit un grand bol de café noir chaque matin et boit en continu du CocaCola…

    Il faudrait de l'aide à ces enfants : que des adultes les écoutent et les aident à prendre conscience de la cause de leur colère. La "résilience", de Boris Cyrulnic, est basée sur des adultes ayant consacré du temps et de l'amour à des jeunes. Albert Camus est devenu écrivain grâce à un professeur. Ceux qui sont proches des enfants ont la responsabilité d'essayer de les aider, un peu…

    Lorsque la crise se fera bientôt plus dure encore, j'ai peur que cela n'explose encore plus.

    À côté, les visites de parents et d'amis continuent pour soutenir la famille.

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