Interdire la prostitution ?

Une Ministre a déclaré vouloir interdire la prostitution. Drôle d’idée. Au Moyen-Âge, les prostituées participaient à certaines cérémonies officielles, car leur rôle social était reconnu.

Dans le Nouvel Obs est paru ce texte, qui me semble très bien répondre à la bêtise de cette ministre socialiste :

« Si la ministre des Droits des Femmes avait annoncé son intention de mettre un terme à l’esclavage des femmes par les réseaux mafieux, tous, hommes et femmes confondus, applaudiraient son initiative. Cette guerre difficile à mener relève d’un impératif universel. Elle implique, entre autres, une augmentation des effectifs de police, une meilleure coopération internationale, une justice impitoyable et la reconversion ainsi qu’une véritable protection des filles qui dénoncent leurs proxénètes, associée à une possibilité effective de reconversion. Ce n’est pas le cas aujourd’hui.

Mais l’objectif d’abolir à terme la prostitution, sous prétexte d’en finir avec l’esclavage sexuel est d’une autre nature. Il ne s’agit plus d’un impératif universel, mais d’un parti pris idéologique qui suppose les postulats suivants : 1) La sexualité tarifée est une atteinte à la dignité des femmes. 2) Les prostituées sont toutes des victimes et leurs clients, tous des salauds.

Ces postulats sont éminemment discutables. Comme le clament les prostituées non contraintes par un tiers et qu’on se refuse à entendre, la dignité des femmes ne repose pas sur le critère des pratiques sexuelles. Mieux vaut l’admettre : toutes les femmes n’ont pas le même rapport à leur corps et la promiscuité peut être un libre choix. Une femme n’est pas nécessairement victime de l’oppression masculine lorsqu’elle se livre à la prostitution, soit qu’elle s’y adonne de manière occasionnelle, soit qu’elle choisisse d’exercer à plein temps cette activité plutôt qu’une autre. Enfin, au risque de faire grincer des dents : les hommes qui fréquentent les prostituées ne sont pas tous d’horribles prédateurs ou des obsédés sexuels qui traitent les femmes comme des objets jetables. Etrangement, nul ne fait jamais mention des prostitués homo ou hétérosexuels ni de la nouvelle « demande’ des femmes d’une sexualité tarifée.

En réalité,  » l’abolition » de la prostitution, contrairement à celle de l’esclavage, est une chimère. La sexualité humaine varie selon les sociétés. Et, dans une même société, elle change selon les époques et les classes. Ce n’est pas une raison pour imaginer qu’elle va se plier, comme une cire molle, à l’utopie d’une sexualité parfaitement régulée. La pénalisation des clients n’entraînera pas la suppression de la prostitution. Ni les call-girls ni les réseaux par internet n’en seront affectés, comme le prouve l’exemple suédois. En souffriront d’abord les prolétaires du sexe, qui seront plus que jamais soumises à l’emprise des proxénètes. Ces derniers profiteront de la situation, eux qui devraient être la cible première de l’action répressive des pouvoirs publics. Nulle inquiétude, les clients les plus favorisés se verront toujours proposer des moyens discrets d’assouvir leurs désirs.

Au nom d’une conception abstraite de l’humanité, les « abolitionnistes » [sic] veulent imposer à la société française leur choix idéologique. Mais qui peut s’ériger en juge dans ce domaine éminemment privé ? Chaque adulte doit être libre de ce qu’il veut faire ou ne pas faire de son corps. Décréter illégal ce qu’on trouve immoral n’est pas un grand pas vers le Bien, c’est une dérive despotique. Le pouvoir politique n’a pas à intervenir dans les pratiques sexuelles des adultes consentants. La priorité, c’est de faire de la lutte contre les trafiquants d’êtres humains une cause nationale et d’y mettre les moyens. Car là est le crime, et là est le défi. Poursuivre les clients, c’est se donner à peu de frais l’illusion d’agir. C’est céder à la tentation prohibitionniste qui consiste à tout espérer de la criminalisation de la consommation. Ce sera au bout du compte écarter de la vue ce qu’on ne veut pas voir et produire un enfer pavé de bonnes intentions. »

Elisabeth Badinter, philosophe, Régine Deforges, écrivain, Caroline Eliacheff, pédopsychiatre, Elisabeth de Fontenay, philosophe, Claude Habib, professeur de littérature (Sorbonne-Nouvelle), Nathalie Heinich, sociologue (CNRS), Claude Lanzmann, écrivain et cinéaste, William Marx, professeur de littérature (Paris-Ouest), Véronique Nahoum-Grappe, anthropologue (EHESS), Philippe Raynaud, professeur de science politique (Panthéon-Assas), Céline Spector, philosophe (Bordeaux-3), Georges Vigarello, historien (EHESS).

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