N&B : numérique vs argentique

En photographie N&B, l’argentique a un sacré avantage sur le numérique : l’unicité des tirages.

En argentique, on part d’un négatif N&B et, au tirage, on cherche peu à peu, en fonction du contraste du film et de ses défauts, comment le tirer : contraste du papier, temps d’exposition pour avoir des noirs profonds, et zones qu’on sous- ou sur-expose grâce à des masques en carton découpés sur mesure. Sans parler des poussières à enlever et des rayures à camoufler. Sur une image, on peut passer plusieurs heures… Et, une fois satisfait d’un tirage, il faut malgré tout beaucoup de travail pour en tirer d’autres semblables, mais toujours un peu différents. Et, si on veut refaire des tirages plus tard, il faut de nouveau repasser pas mal de temps, même si on a noté ce qu’on a fait.

En numérique, on part d’une image RAW couleur, et on applique des « paramètres » prédéfinis qu’on adapte à la photo et qui offrent une plus grande liberté qu’en argentique. Il est facile de faire des essais, et c’est gratuit. Et il est facile d’adapter ces paramètres aux caractéristiques de la photo et de construire un nouveau jeu de paramètres (contraste, luminosité, exposition, noirs, etc). Et, une fois satisfait de l’image, il suffit de l’enregistrer ! Et alors on peut tirer des dizaines d’images parfaitement identiques. Facile ! Trop facile… ce qui enlève beaucoup de valeur à ces photos.

Bref, faire du numérique, c’est super pour apprendre et pour manier le N&B. Mais, si l’on veut des images qui aient de la valeur, par la difficulté à les produire, il faut revenir à l’argentique, reflex ou moyen format, voire grand format, et au développement puis tirage sous agrandisseur, et les bains… Et BEAUCOUP de temps. Bref, à faire à la retraite ! Quand le temps ne compte plus. Mais, pour moi, c’est trop de temps, et j’ai pas de place dans ma salle-de-bain ! et j’ai pas envie d’aller dans un labo-photo à des kms de chez moi et dont il faut demander la clef plusieurs jours à l’avance… Bref, je reste au numérique. Pour le moment…

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3 Réponses to “N&B : numérique vs argentique”

  1. Pierre Says:

    Intéressant article, qui soulève notamment cette question:

    la difficulté à produire une image augmente-t-elle sa valeur ?

    Aux yeux de l’artisan du tirage, oui : la difficulté à produire le cliché augmente sa valeur affective.

    Aux yeux du spectateur final, non : il est exposé à un résultat, pas à un procédé.

    Tout est une question de point de vue.
    Ceci-dit, le marché de l’art n’a jamais fonctionné au mérite, à la difficulté à produire les œuvres.

  2. trex58 Says:

    Hummmm Si, pour le simple N&B, le numérique permet de faire pratiquement les mêmes choses que l’argentique classique, il y a des techniques qui donnent des images uniques. Ainsi, si je me souviens bien, le tirage sur papier au platine donne une image DANS le papier, dans l’épaisseur du papier. Ou bien la technique au Collodion humide génère des « négatifs » ayant des défauts aléatoires.

    Mais, sans rentrer dans des techniques anciennes remises au goût du jour pour leurs « qualités » particulières, il peut être important pour un acheteur d’avoir une oeuvre totalement « artisanale », produite sans aucun outil informatique ou numérique. De plus, pour des photos argentiques complexes à partir d’un négatif qui est beaucoup travaillée au tirage, il y a la garantie d’un nombre limité d’exemplaires, car chaque tirage peut prendre beaucoup de temps à être produit. Et puis, entre une image faite dans un labo argentique par des mains expertes qui ont trempé le papier dans les différents bains et une épreuve sortie d’une imprimante… le choix est facile à faire (quand on a l’argent…).

    Effectivement, il y a des oeuvres contemporaines, dites Art Moderne, qui semblent (et peuvent en fait) pouvoir être produites par … n’importe qui. Et, personnellement, je trouve qu’il faut être bien con pour acheter une « oeuvre » que n’importe qui pourrait faire. Face à une oeuvre, il me semble que la dextérité, la technique, la maîtrise d’un domaine, donnent une grande valeur à l’oeuvre : une valeur qui ne s’évaporera pas avec le temps. Ainsi Dali, en plus d’imaginer des scènes improbables, maîtrisait sa technique.

    Ainsi, pour l’expo Richter de Beaubourg, je ne comprends pas bien l’oeuvre qui consiste en un grand miroir de 3m sur 4… Mais j’ai apprécié certaines images non-représentatives où les couleurs et leur disposition me « parlent », créant une beauté qui plaît à mon cerveau.

    Donc, la difficulté à produire une image rend celle-ci plus rare, comme les bronzes sortis en un nombre limité d’exemplaires d’un moule. La technique nécessaire pour produire l’image lui donne de la valeur, je trouve.

  3. trex58 Says:

    Une autre question qu’on peut se poser est le respect d’une certaine réalité. Certes, en argentique, il est possible de truquer les images (souvenez-vous des images d’URSS où l’on enlevait les personnages qui avaient trahi…), mais – en général – on ne truque pas, on transforme. Ainsi, pour les images de paysage de Jeanloup Sieff, le ciel est systématiquement assombri ; et ça se voit très bien à la limite terre-ciel, par une bande blanche… Ainsi, pour Giacomelli, les gris ont disparu pour laisser place à du Noir et du Blanc, exclusivement. C’est une transformation d’une réalité. Ca me rappelle les règles de la topologie en Mathématiques où sont regroupés des objets par certaines propriétés fondamentales ; ainsi, du fait que notre corps possède un trou qui va de la bouche à l’anus, nous sommes assimilables, par déformation sans déchirement ni coupage, à un tore… 😉 Par contre, avec Photoshop et autres outils, on peut tricher : enlever un double-menton,ajouter un éléphant sur un toit, multiplier le même personnage dans différentes positions, etc. D’ailleurs, regardant quelques unes de vos images, j’apprécie beaucoup que le mouton carré ait été construit et ait été placé parmi les vrais moutons ! Je trouve très humoristique de faire une image qui semble bricolée informatiquement alors qu’elle est fabriquée avec des moyens naturels. Ca me rappelle une image où l’on voit quelqu’un se raser dans un miroir de salle-de-bain ; sauf que, vu l’angle de la photo, on devrait voir l’appareil ! le miroir est, simplement, un trou dans le mur…

    De toute façon, ce que nos yeux voient n’est pas la réalité mais est une construction de notre cerveau.
    De toute façon, ce que les images couleurs montrent n’est pas la réalité.
    La réalité est insaisissable, car constituée des informations (position, vitesse, etc) de chaque particule…
    Alors, en N&B, on est finalement assez près de la vérité ! 😉 Une autre vérité, que voient peut-être certains animaux qui nous entourent.

    Bref, j’aime le N&B par la possibilité de créer une image où l’absence de couleurs permet de se concentrer sur l’essentiel : la structure. Et puis, le passage en N&B permet de créer des images puissante par le rassemblement de différentes couleurs en mêmes nuances de gris. Transformer une image couleur en image N&B, c’est créer une image plus puissante, parfois.

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