Solidarité

Lors des élections présidentielles récemment passées, il y a eu une discussion sur la différence entre Solidarité et Assistanat, la Droite reprochant à la Gauche de faire des Français un peuple d’assistés au lieu de développer un vrai sens de la Solidarité.
Traditionnellement, la Droite est Catholique. Et la Gauche est athée. Enfin, en gros… Je reprocherai donc à la Droite d’articuler sa vision de la Solidarité sur des notions religieuses catholiques. Et, pour ceux qui lisent ce Blog depuis longtemps, il est clair que, pour moi, religion rime avec connerie, et donc la conception de Solidarité poussée par la Droite m’insupporte (mais moins que l’insupportable assistanat mis en place par la Gauche). Mais, bon, comme il n’est pas de bon ton de dire des gros mots, et qu’en plus ça ne permet pas de voir clairement ce que je veux dire, je m’explique, même s’il faudrait des pages et des pages pour clarifier tout ça. J’abhorre les religions car, au fil du temps, elles se transforment et se figent dans un dogme en oubliant les idées premières et en les travestissant par un utilitarisme clérical : une élite décide de ce qu’il est bien de penser ou pas ; et un conservatisme sur de fausses valeurs se met en place. Bref, la Droite française est l’héritière de traditions judéo-chrétiennes qui pervertissent nos pensées sans nous en rendre compte. Ainsi, l’idée même de « morale ». La Morale est vue, depuis bien longtemps, comme une résultante de la pensée raisonnée, bref d’un cerveau raisonnant. La Morale aurait été apportée aux Hommes par les religions, par le Christianisme. Et, sans religion, il n’y aurait donc pas de Morale ; c’est d’ailleurs l’un des arguments premiers des croyants pour dénigrer les hommes libres (de toute croyance) : les hommes libres (les athées) seraient immoraux. Or, des études récentes montrent clairement que la morale est innée chez l’Homme, et que nos cousins primates sont à deux doigts de posséder une telle morale. Disons que, au lieu d’être up-down, la morale est bottom-up ; c’est-à-dire que, au lieu que la morale soit un produit de notre raison cognitive, la morale vient de mécanismes innés ancrés dans des centres émotionnels. La Morale vient de nos émotions. De la même façon, beaucoup de Philosophes ont tendance à imaginer une théorie (top) et à la coller sur les faits (bottom), au lieu de rassembler des faits et d’en déduire des théories à vérifier. Je met en doute la validité des réflexions de penseurs qui ont oubliés que, en premier, nous sommes des animaux, avec un corps, des sensations, et des émotions : la philosophie doit être reconstruite à l’aune des dernières découvertes.
Mais, quelle lien avec la solidarité ?
Prenons un chimpanzé un peu malin enfermé dans un zoo au moment de la distribution des fruits. Ce petit malin pousse délibérément le cri indiquant la présence d’un serpent. Alors, tandis que tous ses congénères s’enfuient dans le parc attenant, le petit malin profite de la situation pour manger les fruits abandonnés par terre. Ce n’est pas bien moral, et ce n’est pas solidaire : c’est de la tricherie, qui n’est donc pas le propre de l’Homme. Mais, s’il finit par prendre conscience des conséquences de son acte (des bébés ayant été bousculés, voire blessés, lors de la fuite), le tricheur va-t-il développer un sens moral et regretter son idée et de l’avoir exécutée, et donc en avoir de la honte ? D’autre part, si l’on distribue à des capucins des jetons leur permettant d’obtenir des tranches de concombres, et que l’on vienne à troubler leur sens de la justice en donnant des concombres à l’un mais du raisin (bien plus goûteux) à l’autre, on voit que le sentiment d’injustice énervent les capucins au point de leur faire renoncer à leur part de concombre ou de tout faire valser, concombre et raisins. Répétant la même expérience sur des chimpanzés, dans certains cas, celui qui obtient le raisin refuse d’y toucher tant que son camarade n’en obtient pas, manifestant un sens de l’équité.
Bref, dans la Nature, certains animaux, comme les « grands singes », manifestent une forme de solidarité entre eux, basée sur un besoin d’équité, alors qu’ils n’ont pas les moyens cognitifs pour concevoir une théorie de la Solidarité. Pourquoi ? À cause du lien social qui les lie. Ce lien est physique, car ils sont en permanence au contact l’un de l’autre, et relationnel, et ils ne sauraient vivre heureux sans leurs congénères. Comme nous, ils vivent, depuis des milliers de générations, en groupe. La Solidarité est alors « naturelle », issue du besoin de liens amicaux, solides, et cohérents, avec d’autres congénères : c’est-à-dire que chaque individu va, instinctivement et sans esprit de contre-partie nécessaire, aider son congénère, car il lui est lié. Mais cette solidarité ne franchit pas le groupe : face à un groupe de singes étrangers, il n’y a pas de lien et pas de solidarité, car ils ne partagent rien.
Alors, la Solidarité, et donc la Morale, existent chez l’Homme depuis bien longtemps. Et ce ne sont pas les religions (si récentes, et occidentales surtout : monothéismes) qui les ont crées, mais elles les ont récupérées, pour leur propre usage, et en faisant oublier leur origine naturelle.
La Solidarité naturelle est construite sur l’appartenance à un groupe lié par une proximité physique et relationnelle et sur la réciprocité. Etendre cette Solidarité naturelle à une Solidarité universelle entre êtres humains (et pourquoi pas entre êtres pensants ?) : pourquoi pas ?! mais il faut garder la notion de réciprocité qui, d’évidente car destinée à un proche, doit devenir réfléchie car destinée à une personne qu’on ne connaîtra jamais. Et, dans le cas de nos sociétés humaines, cela veut dire que celui qui reçoit doit avoir déjà donné ou être prêt à donner à son tour. Je veux bien être solidaire avec celui qui est tombé malade par hasard, ou celui qui a perdu son travail, etc ; mais je ne veux pas être solidaire avec celui qui, depuis longtemps, se laisse aller et ne fait pas d’efforts. Reste à déterminer s’il lui était possible, ou non, de se sortir par lui-même de sa situation difficile… Dire qu’un travailleur a perdu son travail parce qu’il buvait ou n’était pas assez efficace, ou faisait plein d’erreurs, c’est ignorer les causes de son « mal-être », peut-être dû à de « mauvais » liens avec les autres, ou à une éducation inappropriée, bref à cause de facteurs dont il n’était pas responsable… Mais, personnellement, je ne veux pas être solidaire avec les fumeurs qui tombent malades de leur cancer, ni avec les skieurs blessés en faisant du hors-piste, ni peut-être bien aussi avec ceux qui ont choisi une voie de formation aboutissant à un secteur d’emploi déjà saturé… Mais ce n’est pas à moi de décider, c’est à la structure à qui j’ai donné le pouvoir de prendre des décisions à ma place de décider : le Gouvernement. C’est donc à lui de faire respecter la Solidarité : des Droits et des Devoirs. Au lieu de croire que « tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil », il faut être réaliste et bien se rendre compte que l’Homme n’est pas mieux que le singe : lorsqu’il peut tricher sans se faire prendre et qu’il ne se sent pas solidaire envers les autres, il le fait. Et c’est bien la menace de punitions ou d’une réprobation de sa communauté, pouvant aller jusqu’à l’éviction du groupe, qui peut l’empêcher de tricher. Mais, alors, on peut aussi arriver à l’inverse : celui qui, se rendant compte de la dérive de son groupe, refuse d’agir comme un mouton et viole les règles qu’il juge iniques ; comme ces hommes et femmes de RDA qui voulaient fuir à l’Ouest.

Bref, la « Solidarité » est un sujet très complexe, touchant à nos origines animales. Et il ne suffit pas de brandir le mot « Solidarité » ; il faut aussi l’analyser, le comprendre, et le décliner sous toutes ses formes, positives et négatives. Bref : réfléchir. D’ailleurs, justement, il est temps que j’allume la télévision pour voir les informations qui m’empêcheront de penser et me distrairont de mes réflexions idiotes ! 😉
Bonne télévision !

Quant à moi, je ne suis pas bien content de ce que je viens d’écrire, inspiré par le formidable entretien de « Philosophie Magazine » de mai avec le primatologue Frans de Waal, qui révèle des choses que l’Homme se refuse d’admettre depuis longtemps : empathie, équité, solidarité, sont des notions vécues par nos cousins les « grands singes », et la morale est née de la « dynamique de l’évolution de l’espèce humaine », comme un « prolongement de la Nature ». Bref, il faudrait que je résume ses idées dans un billet au lieu de les (mal) utiliser.

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2 Réponses to “Solidarité”

  1. TT Says:

    Chez moi c’est beaucoup plus simple.
    Il y a l’éthique pour la stratégie et les objectifs.
    Qui se décline en règles tactiques de tous les jours que sont la morale.
    Dont un moyen d’action est la solidarité, ni obligatoire ni unique moyen.

  2. trex58 Says:

    Le problème est qu’il n’y a pas UNE morale. Celle-ci est variable selon les pays, les cultures, les époques, etc. Et ce qui est moral quelque part ne l’est donc pas forcément ailleurs. Et ce qui te semble moral maintenant ne te le sera peut-être plus demain. Exemple : La Charia du Soudan interdit aux femmes le port du pantalon, alors que la Charia d’Iran le rend obligatoire ! 😉 Exemple : le « Tu ne tueras point ! » de la Bible s’appliquait exclusivement aux juifs entre eux ; pour ce qui en était des non-juifs, leur mort était la meilleure solution (lire « Qui est Dieu ? » de Jean Soler).
    Pareil pour la solidarité. Chez ceux de la Mafia, la solidarité se limite à la « famille ». Alors que ceux empreints de conscience universelle, comme les écologistes, veulent être solidaires avec toute la planète (et négligeant peut-être bien leur propre famille).
    Ta simplicité est bien pratique, mais justement tu ne définis pas TON éthique, TA morale, ni TA solidarité. Difficile alors de vérifier que ta vision de ces principes est cohérente et compatible avec celles des « autres » (famille, amis, communautés, …). Difficile aussi de réfléchir dessus.
    Quant à l’éthique, en France, on demande trop souvent leur avis aux représentants des religions (mono-théistes essentiellement), alors qu’ils représentent (tous réunis) moins de la moitié de la population française.
    La Morale était, essentiellement, un outil des religions pour « tenir » ensemble une communauté. Maintenant que nos vies sont libérées des communautés qui nous étouffaient, chacun peut créer sa propre morale.

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