Les Secrets de Famille

J’ai repris la lecture du petit livre « Les Secrets de Famille » de Serge Tisseron. Intéressant… surtout pour les personnes qui comme moi ont été au coeur de plusieurs secrets de familles.
En lisant les conséquences possibles des secrets dont parle Tisseron, il me semble que j’aurais pu tourner bien plus « mal » ! Je vous laisse juge :
– père qui s’est suicidé au fusil de chasse : je ne l’ai appris que 15 ans après.
– pas de plaque avec son nom sur son tombeau (c’est moi qui en ai mis une).
– soeur qui est ma demi-soeur, mais on ne me l’avait jamais dit explicitement quand j’étais gosse.
– circonstances de la conception de ma demi-soeur (qui ignore toujours qui est son père) et qui ont fait que ma mère a été rejetée par sa famille (à moins que la honte ne l’ait faite s’éloigner).
– quatre autres demi soeurs et frère dont j’ai longtemps ignoré l’existence.
– ma naissance dans l’adultère.
– savoir avoir plein de cousins et de cousines, mais n’en connaître aucun (voir ci-dessus) et ne pas savoir pourquoi.
Sans parler d’autres choses pénibles ayant pesé : une grand-mère maternelle vigneronne ruinée par le Phylloxera, un père qui fait faillite deux fois, un grand-père devenu fou (genre « syndrome du Golfe ») suite à la guerre de 14-18, l’ignorance totale de la famille de mon père et de ses amis.

Finalement, mieux vaut parfois être donné à la DASS et être adopté sans rien savoir de ses origines ! 😉
Bon, c’est du passé tout ça… Mais, d’après Tisseron, ces secrets (s’ils ne sont pas bien « digérés ») ont des conséquences sur les 2 générations qui suivent. À moi donc de comprendre quels comportements chez moi, suite à ces secrets, ont pu avoir des conséquences sur mes enfants et ce que je dois faire pour arrêter la transmission délétère de ces secrets. Sans parler des secrets de ma famille… secrets entre moi et mon épouse, comme sa haine des « jaunes » (et que notre fille imitait sans en comprendre l’origine) : toute femme aux yeux bridés lui rappelait la femme de mon premier amour (foiré bien sûr), à laquelle j’ai pensé un peu trop longtemps…

Je vous recommande ce petit livre (peu de familles n’ont pas de tels secrets). Bon, Tisseron est psychiatre ET psychanalyste… mais, bon, ce qu’il dit me semble solide (en m’adossant à d’autres lectures), même si je me pose des questions sur la validité statistique des exemples fournis : s’il me semble évident que les Secrets de famille peuvent avoir de graves conséquences, il ne s’agit que d’un potentiel. C’est comme pour certains gènes rendant son porteur plus sensible à telle maladie : s’il peut contrôler l’environnement qui facilite l’émergence de la maladie, la probabilité qu’elle se produise reste dans la moyenne. Bref, j’ai l’impression que Tisseron ne montre que les cas les plus noirs engendrés par des secrets de famille : nombre de personnes (dont moi) ont pu, grâce à des personnes clefs dans leur famille ou autour, ne pas générer de troubles graves, faire des études, avoir un métier et prendre des responsabilités, fonder une famille, etc. Si ma façon d’être a été modelée par le passé de mes parents et m’a mal armé pour certaines choses dans la vie, par contre je n’ai pas ressenti dans ma jeunesse la majorité des troubles que Tisseron décrit, malgré la lourdeur des secrets qui m’ont entouré. C’est, principalement, la mort de mon père et la dépression de ma mère qui s’en est suivie qui ont eu le plus d’influence négative, contre-balancée par mon « adoption » par une autre famille, blessée elle-aussi, mais plus saine. Mais, bon, je ne me souviens pratiquement pas de mes 8 premières années… Il reste donc peut-être des choses à découvrir au fond de mes neurones. Ceci me rappelle les livres de Boris Cyrulnic, sur la résilience, où il analyse les raisons qui font que, parmi des enfants affrontant les mêmes épreuves épouvantables, certains s’en sortent alors que d’autres sont abimés pour toujours : le lien, le lien profond et réel créé avec une personne (parent, oncle/tante, professeur, etc) et qui a permis à ces enfants de se construire solidement et de pouvoir endurer l’horreur et en guérir ensuite. Dans mon cas, ce fut une deuxième « mère », et de nouveaux « frères » et « soeur ».

Bref, il faut lire ce genre de livre pour comprendre certaines choses mystérieuses de sa famille. Mais le pire n’est pas toujours au rendez-vous comme le laisse croire, à force d’exemples graves, Tisseron.
Et puis, l’humour noir est un très bon moyen pour dédramatiser. Ainsi, j’aime effrayer mes collègues en leur disant : « Quand mon père est parti, il n’avait pas toute sa tête », et en leur expliquant ensuite (mais je n’ai jamais su où il avait pointé le canon du fusil, et ça n’a pas d’importance) ce que cela veut dire. Moi, ça me fait rire. 40 ans après, on peut, on doit en rire. D’ailleurs, le philosophe Desproges le disait lui-même : on peut rire de tout ! (mais pas avec n’importe qui).

Bon, j’ai suffisamment de matière pour écrire un bon livre, non ?! Sauf qu’il vaut mieux sortir au soleil que rester enfermé des mois et des mois à mettre en mots ces maux et ces histoires.

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