Photographie

Argentique contre numérique.
Pellicule contre carte-mémoire.
Authenticité contre virtualité ?

La photographie a profondément changé dans les dix années passées. Une révolution. Dans ma ville, les magasins de photographie ferment les uns après les autres. Pas qu’à cause du numérique, mais aussi à cause des achats sur le Web : pourquoi acheter un sac photo à 50€ alors qu’on trouve le même à 25€ (port compris) sur le Web ?

Voilà maintenant 20 mois que je me suis remis à la photo. J’ai acheté mon Nikon D90 il y a 27 mois, mais il est resté 6 mois dans le placard. Auparavant, entre 1979 et 1982, j’ai fait de la photo argentique : développement des films N&B et tirage sur papier baryté : un petit nombre de négatifs et de photos, faute de moyens. J’utilisais un Reflex Praktika et un 6×6 Mamiya C330.

Je vais essayer de comparer les deux domaines de la photographie. Mais d’abord, je ne suis pas un expert.

Passer de l’argentique au numérique n’a pas été facile… Passer d’un appareil simple et entièrement manuel (juste une cellule intégrée pour mesurer la lumière) à un monstre avec de nombreux boutons et molettes et un manuel de 276 pages n’a pas été facile.
Sur mon vieux Reflex (mort écrasé par une bûche) ou mon 6×6, il n’y avait que 4 choix possibles : couleur ou N&B, sensibilité du film, vitesse d’obturation, et diaphragme. Sur mon Reflex numérique, je crois que je n’en connaîtrai jamais toutes les possibilités…
Mais, fondamentalement, qu’est-ce qui change ?
Avec un appareil argentique simple et classique (juste une cellule), on consomme de la pellicule qui coûte cher et on ne voit pas le résultat tout de suite. Alors, on réfléchit avant d’appuyer sur le déclencheur. Alors que, avec un Reflex numérique, les photos ne coûtent rien et on peut contrôler (à peu près…) le résultat immédiatement. Avec l’argentique, on attend avec angoisse de savoir si on a bien figé l’instant entrevu et si l’on n’a pas foiré un réglage ou le développement. Avec le numérique, on appuie allègrement sur le déclencheur et on efface rapidement les images « loupées ». Avec l’argentique, chaque image est un trésor, unique. Avec le numérique, les images perdraient de leur « valeur ».
Il y a d’ailleurs un retour à l' »authentique » : sténopé, vieux procédés de prise de vue (chambres) ou de « pellicules » (calotype, collodion humide sur verre, …), en opposition à une explosion des images. Alors qu’autrefois prendre des photos demandait pas mal d’argent, de technicité, d’obstination, de perfectionnisme, et que donc les photographes et les « bonnes » images étaient rares, aujourd’hui chacun peut (ou croit) être devenu photographe, avec un iPhone ou un Nikon D4 (6000€ ?). De plus, le « droit à l’image » n’existait pas et on pouvait photographier à peu près tout et n’importe quoi (Giacomelli dans un hospice de vieillard, ou Diane Arbus et des mongoliens dans un hôpital psy) : d’ailleurs, s’il avait existé, il n’y aurait pas beaucoup de photos « intéressantes ».

Alors, perdants ou gagnants avec le numérique ?

Cette discussion ressemble un peu à la comparaison des avantages de la plume (le stylo Bic et la feuille blanche) par rapport à l’ordinateur pour l’écrivain : le changement d’outil change la façon d’écrire. Avec stylo et papier, on va lentement et on peut penser ses phrases avant de les coucher, et puis on reprend son texte, on le rature, on le barre, on écrit dans la marge, et puis, quand tout est devenu illisible, on recopie sur une feuille vierge, et on recommence, jusqu’à être satisfait. Avec l’ordinateur, et en sachant taper relativement vite à la machine, on peut jeter ses idées presqu’au fur à et mesure de leur venue : c’est un rythme à prendre, comme une écriture automatique, une symbiose. Mais l’apparence parfaite du texte cache peut-être un manque de travail. Devoir moins penser et repenser ses idées pour trouver les mots juste empêche peut-être de faire aussi « bien » qu’avant ? À moins qu’il ne faille toujours avoir la même exigence et profiter des avantages des nouvelles techniques sans se laisser prendre par leurs pièges (facilité, rapidité…).

Le numérique me semble favoriser la chasse au hasard. Si l’on prend des modèles, ou si l’on prend en photo des « natures mortes », pas besoin de trop s’embêter. Mais, sur le vif, dans la rue, dans le public, dans l’instant qui bouge et qui change sans cesse, le numérique permet, par la multiplication des images qu’on peut prendre sans se ruiner, d’augmenter la probabilité d’attraper la « belle » image. Mais, bien sûr, il ne suffit pas de déclencher à tort et à travers ! Il faut déjà avoir de bons réflexes de cadrage et savoir (ou deviner instinctivement) quand un instant est « beau ». Sinon, il suffirait de se promener avec une caméra et de filmer à tout-va et trier ensuite ! Il faut aussi avoir une « culture » des images : avoir vu et revu les photos de nombreux artistes du passé pour se construire une « esthétique », et savoir regarder les images nouvelles qui défont ce que d’autres se sont acharnés à construire : savoir cadrer parfaitement l’image dans le cadre (2/3, carré, …) offert par le négatif ou la surface sensible, et savoir aussi faire exploser ces règles en se fiant à son regard : l’image me plaît-elle ? Quant à savoir si elle plaît aux autres, c’est une autre histoire ; il faut savoir écouter les remarques des autres pour l’intégrer dans son « regard » tout en poursuivant la direction dans laquelle on est à ce moment-là, direction qui doit bifurquer au hasard des découvertes et des hasards de rencontres. Ainsi, le nu de studio que j’ai fait récemment ne me plaît pas tant que ça : trop artificiel. Je préférerais prendre en photo, nues, la belle qui a passé la nuit avec moi et qui se repose d’une nuit agitée… Mais bon, faut pas rêver non plus !

Alors que, avec l’argentique, on scrute souvent désespérément ses négatifs en cherchant les quelques photos qu’on n’a pas loupées ou qu’on pourra sauver et interpréter sous l’agrandisseur, avec le numérique il faut trier des centaines de photos et, si l’on n’est pas manchot, trouver les « meilleures » parmi des dizaines ou centaines d’images réussies techniquement voir esthétiquement. Bien sûr, dans les deux cas, c’est le photographe qui met sa personnalité dans l’image qu’il produit : les choix techniques faits en amont du déclic, quand déclencher ?, quelles images choisir, et quel traitement effectuer ensuite. Car, alors que l’argentique limite les possibilités de création sous l’agrandisseur à partir du négatif, le numérique permet tout et n’importe quoi. On peut passer un long moment avec PhotoShop CS et totalement transformer une image ou en faire une nouvelle avec d’autres, comme fabriquer une image de plusieurs GigaPixels et d’une profondeur quasi infinie dans les détails, permettant de s’enfoncer dans les détails, comme le fait un nommé Lauzier. Pour ma part, j’utilise Adobe LightRoom, et je ne peux guère faire plus que ce que je pouvais faire en labo, avec le choix du développement du film et du tirage des images. Mais bien plus vite !! sans coût, et en pouvant défaire ce qui ne me satisfait pas. C’est créatif. C’est productif. Même si j’y passe des heures à cause d’un perfectionnisme idiot qui me pousse à travailler toutes les images qui me plaisent au lieu de me concentrer sur celles qui me semblent « les meilleures » (mais on change d’avis avec le temps..). Ainsi, en 20 mois, j’ai pris environ 36.000 images, dont j’ai tiré sans doute un millier d’images qui me plaisent (et plaisent à quelques autres aussi). Je n’aurais pas pu faire la même chose en continuant avec l’argentique. Mais, sous format papier, je n’ai presque rien de ces images ! Bien sûr, je ne peux pas vraiment comparer mes images actuelles avec les quelques (une centaine ?) images que j’avais réussies il y a 30 ans : le 50mm de mon Reflex n’était ni lumineux ni de très bonne qualité… alors que j’utilise le haut de gamme des objectifs FX (plein format) de Nikon, et que je remercie le Dieu de l’auto-focus de me permettre de me concentrer sur le cadrage et l’instant du déclic au lieu de chercher désespérément la netteté sur mon verre de visée ! Mais, bon, bien souvent ce damné auto-focus est perdu ou fait la mise-au-point sur le bout du nez en laissant les yeux flous et je le hais !

Alors ? Argentique ou Numérique ?
Je peux encore apporter mes rouleaux de films 120 (6×6 ou sténopé 6×9, B&B ou diapo) chez un photographe du coin. Mais il n’a pas le matériel pour développer mes 2 premier essais en N&B avec ma chambre 4″x5″… et développer soi-même n’a de sens que si on le fait souvent (les produits périment et coûtent cher !). Il me faudra attendre le printemps et la belle lumière pour utiliser des plan-films diapo et jouir des délices de la photo avec une « chambre » 4×5 : entre le chargement du film dans le chassis et les opérations (une vraie check-list !) à faire pour réussir une photo, et à 10€ l’image (prix du film et de son développement, sans le scan éventuel…), il faut de la patience et de la persévérance pour utiliser de vieilles techniques. De vieilles techniques (pellicules 6×6 ou 4″x5″) qui donnent des images fabuleuses de détails ! Mais, bon, une fois tiré en 30x45cm, on ne voit guère les détails…

Alors, argentique ou numérique ? Les deux, mon capitaine. Pour le fun. Rien de plus plaisant que de traîner 8 heures dans une ville et essayer de capturer tout ce qui semble intéressant, et revenir avec 600 photos. Et rien de plus plaisant que de traîner son sténopé (et le pied qui va avec !) en montagne, au bord des lacs et des cascades, avec le bleu intense du ciel et de l’eau et le vert des arbres accentués par un film diapo comme le Velvia, en mettant 15mn par image et en en superposant plusieurs parfois par erreur, et en revenant, crevé, avec 2 bobines de 8 images chacune (en 6×9).

L’essentiel, c’est de s’amuser !

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2 Réponses to “Photographie”

  1. iXéo Says:

    Je n’ai pas forcément la même approche de la photo que toi, mais je suis globalement (pas dans tous les détails, mais globalement oui) d’accord ! Un article intéressant…
    Une remarque sur le droit à l’image : la jurisprudence est sans doute en passe d’évoluer (cf. http://www.ixeo.eu/portail/droit-a-limage)
    JL

    • trex58 Says:

      Un tel sujet mériterait une trentaine de pages !
      Et puis, je n’ai pas voulu avoir une « position » mais juste dire quelque chose qui me trottait en tête.

      Quant au « droit à l’image », je comprends le couple illégitime qui n’a pas envie qu’on le sache, mais je ne comprends pas plein d’autres cas. Et ça me fait chier de devoir demander la permission à des personnes qui s’offrent à la vue de tout le monde dehors.
      J’ai fait de très belles images (à la Doisneau ou d’autres classiques) qu’il m’est IMPOSSIBLE d’utiliser (à part en exposition privée dans mon bled). Ce qui est insupportable. Un photographe est aussi un témoin de la vie des autres et un « enchanteur ». Et prendre des donzelles à poil dans un studio, ça me lasse… Et j’adore attraper des images sur le vif dans la rue, photo volées : les plus belles.

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