Detachment

Le film « Detachment », de Tony Kaye, commence par une citation d’Albert Camus (Le vent à Djamila) que j’ai récemment donnée dans ce Blog : c’est un signe.
“Et jamais je n’ai senti, si avant, à la fois mon détachement de moi-même et ma présence au monde.”

Et puis, si c’est un « Tony » qui a fait le film, ça ne peut pas être mal ! 😉

Ce film parle de notre besoin d’avoir un lien « vrai » avec certaines personnes, le besoin de sentir qu’on compte pour quelqu’un (amitié, fraternité, ou plus), qu’il y a une vraie discussion, basée sur une prise de conscience de la réalité du monde, une acceptation de ce monde merdique, pour le vivre de façon un peu moins « merdique » soi-même, juste un peu : vivre en conscience.
Il parle aussi de la décomposition de l’Amérique (les USA), qui se voit le mieux par la détérioration du système scolaire. Aux USA, les écoles sont payés par les parents qui y envoient leurs enfants, avec des écoles publiques dans les quartiers pauvres, si je me souviens bien.
Ce film montre le mal qui ronge nos sociétés (d’occidentaux privilégiés mais qui sont malheureux malgré tout) : ces jeunes qui ne vont plus à l’école pour apprendre, mais qui s’y font chier, y croupissent, et pourrissent la vie des autres élèves qui voudraient ou pourraient en tirer profit, pour être mieux conscients de ce système de consommation qui les abrutit, et pour vivre plus « en conscience ».
Adrien Brody joue formidablement bien.
J’ai eu peur, au début, à cause de quelques scènes (vieille femme nue, pipe, cris) difficiles. La façon de filmer est proche d’un documentaire pris sur le vif. Mais le fond du film a de la matière.
Henry, à cause d’un passé douloureux, s’est « détaché » des sentiments d’avec les autres, à part son grand-père. Il est hanté d’images de son enfance, vers 7 ans. Mais, avec les autres, s’il refuse, ou repousse, d’avoir des relations personnelles, cela ne l’empêche pas d’avoir de l’empathie et de la bienveillance pour ses élèves. Plus que de la bienveillance : il est cru, et leur parle crûment de la vie, pour leur faire prendre conscience de ce qu’est la vie. Et, par un « dialogue » entre une élève, notée FFFFFFFF (0), et une orientatrice (Lucy Liu), on voit ce qui attendait ces élèves emportés par le nihilisme : une vie d’esclave sans éducation ni compétences, et sans capacité à penser sa vie, rabâchant les stéréotypes dont ils ont hérités de leurs parents ou que la société et la publicité leur imposent, et obsédés par les jouets que la société leur tend pour les tenir dans l’abrutissement.
Mais, si Henri ne peut rien pour Meredith, il y a Erica (Sammy Gayle, 16 ans). Et, même si l’on ne sait pas si les résultats de ses analyses sont bons ou mauvais, la dernière scène semble montrer que la vie d’Henry est arrivée à un tournant, avec Erica : quelqu’un qui voit en lui un homme aimant ses jeunes compagnons d’infortune et s’investissant pour les aider à se reprendre, et qui l’aime en retour. Le don gratuit d’amour de l’un pour l’autre a engendré un amour profond et véritable qui relie deux personnes pour avancer un peu mieux dans la vie.

J’ai choisi ce film à cause de : Adrien Brody, la note donnée par les spectateurs (4, et 2,8 par la presse…), les récompenses, et les commentaires sur Allociné de gens fous de rage qu’un tel film ne reste qu’une semaine alors que plein de navets nous sont imposés des semaines durant. D’ailleurs, je continue à penser que « The Descendants », s’il n’est pas un navet, ne mérite aucun Oscar.

Première dit : « Detachment est plus qu’un énième film de salle de classe sur le modèle d’Esprits rebelles. Ses défauts évidents (situations et personnages conventionnels), sont largement rattrapés par ses qualités (une interprétation excellente). Mais sa plus grande force est de traiter avec une sincérité totale un sujet risqué : la lutte permanente de l’individu pour rester conscient et responsable dans un système qui pousse à l’engourdissement et à l’indifférence. Adrian Brody, dans son meilleur rôle depuis longtemps, incarne un personnage qui s’engage sur tous les fronts alors que rien ne l’y oblige. Son intégrité, sa générosité et sa témérité à la limite de l’inconscience sont très caractéristiques de la personnalité de Tony Kaye, un cinéaste anglais qui a quasiment flingué sa carrière après s’être pris le chou avec Edward Norton et son distributeur à l’époque du légendaire American history X. Kaye n’a rien perdu de ses moyens, et ce dernier film rempli de fulgurances est une bonne nouvelle. »

« L’indifférence ». Oui, ne pas rester indifférent aux autres…

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4 Réponses to “Detachment”

  1. Cath Says:

    Tu me donnes vraiment envie d’aller le voir…

    • trex58 Says:

      J’espère qu’il te plaira. Les films, ça peut plaire à l’un et déplaire à l’autre. Surtout que celui-ci est … particulier. Mais j’ai aimé !

  2. ALLAL Says:

    Un moment où l’individu doit être pris en considération au delà de toute forme d’organisation ou système.
    Ce que veut, ce qui lui permet d’exister et de réaliser.
    Ma réflexion.

  3. trex58 Says:

    De plus en plus je pense que son détachement vient de son traumatisme enfantin et non d’un choix volontaire. Et, dans cette partie de sa vie que montre le film, on le voit enfin sortir de son détachement et s’attacher à une personne, par la magie de l’amour.
    On ne peut pas bien vivre en étant détaché des autres, en refusant de s’attacher. C’est plus simple à vivre, mais c’est comme s’amputer.

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