Le désert – A. Camus

Avant les extraits qui m’ont frappé et peuvent être lus hors de leur contexte, une citation extraite d’une lette à Guy Dumur : « Qui ne donne rien n’a rien. Le plus grand des malheurs n’est pas de ne pas être aimé, mais de ne pas aimer« .

« Quelle raison d’être ému pour qui n’attend pas de lendemain ? Cette impassibilité et cette grandeur de l’homme sans espoir, cet éternel présent, c’est cela précisément que des théologiens avisés ont appelé enfer. »

« Le matérialisme le plus répugnant n’est pas celui qu’on croit, mais bien celui qui veut nous faire passer des idées mortes pour des réalités vivantes et détourner sur des mythes stériles l’attention obstinée et lucide que nous portons à ce qui en nous doit mourir pour toujours. »

« Dans ces fleurs comme dans ces femmes, il y avait une opulence généreuse et je ne voyais pas que désirer les unes différât beaucoup de convoiter les autres. Le même coeur pur y suffisait. »

« Car les mythes sont à la religion ce que la poésie est à la vérité, des masques ridicules posés sur la passion de vivre. »

« Mais qu’est-ce que le bonheur sinon le simple accord entre un être et l’existence qu’il mène ? Et quel accord plus légitime peut unir l’homme à la vie sinon la double conscience de son désir de durée et son destin de mort ? On y apprend du moins à ne compter sur rien et à considérer le présent comme la seule vérité qui nous soit donnée par ‘surcroît’. »

« Le monde est beau et, hors de lui, point de salut. »

« … singulier instant … où le bonheur naît de l’absence d’espoir, où l’esprit trouve sa raison dans le corps. »

« … un homme … ce qu’il prenait jusqu’ici pour sa vie, je veux dire son agitation. »

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14 Réponses to “Le désert – A. Camus”

  1. Rose Says:

    « Le plus grand des malheurs n’est pas de ne pas être aimé, mais de ne pas aimer“.
    Le plus grand malheur, c’est d’aimer quelqu’un qui n’aime pas !
    Ces personnes incapables d’aimer, n’aiment qu’elles d’après les psys. Ils conseillent de les éviter pour se protéger. Parfois ce sont elles qui se protègent, elles ne peuvent pas affronter la réalité pour l’avoir trop évité certainement !
    On peut être aimé pour ce que l’on est tout simplement.

    • trex58 Says:

      Hummmm Je pense que tu n’as pas saisi la portée de cette phrase. Certes, je suis d’accord avec toi : aimer quelqu’un qui ne vous aime pas en retour, c’est une souffrance ! Et je connais assez bien… et je ne suis pas le seul. Mais, fondamentalement, celui qui n’aime pas, qui ne sait pas ou ne peut plus aimer, a perdu quelque chose de son humanité. Je préfère aimer, même si ce n’est pas réciproque et si j’en souffre, plutôt que ne pas pouvoir aimer ou m’en empêcher. Si j’aime quelqu’un, vraiment, pour de bon, je m’intéresse à lui/elle.

      Il existe des gens qui n’ont pas d’empathie pour les autres, soit à cause d’un problème au cerveau (il y a une zone spécialisée pour ça !), soit à cause de souffrances. Comme les pervers narcissiques. Il y en a d’autres qui croient aimer, alors qu’ils étouffent l’autre… Aimer, c’est vouloir le bien de l’autre, même si il/elle ne vous le rend pas…

      Être aimé pour ce qu’on est ? Oui, certes. Mais il faut que l’autre ait fait l’effort de vous découvrir, et que soi-même on ait baissé le masque et qu’on ait osé se mettre nu devant l’autre.

      • Rose Says:

        ‘Baisser le masque’, cela me choque et je ne comprends pas cette attitude. Je n’arrive pas masquée, je ne triche pas sur ma personnalité. Pourquoi ce besoin de mentir sur soi ? Pourquoi ne pas se montrer tel que l’on est dès le début ?

      • Rose Says:

        Toutes les souffrances liées à l’enfance ne mènent pas à la perversion, heureusement. Les pervers narcissiques sont des manipulateurs, ils ont choisi ce mode de fonctionnement, ils s’en délectent. D’ailleurs, la perversion narcissique pourrait ne plus être considérée comme une maladie mentale en 2013.

      • trex58 Says:

        Se montrer tel qu’on est, c’est se livrer l’âme nue aux autres. Or, tout d’abord, il y a des personnes qui savent profiter de cela. Ensuite, notre société pousse à se camoufler, à ne pas se livrer entièrement aux autres, pour ne pas livrer ses points faibles. Et puis, on ne se montre jamais de la même façon à tout le monde : face à un(e) inconnu(e) on n’est pas comme avec sa famille ou ses amis.
        Mais, dans le cas particulier où on est dans les prémisses possibles d’une relation, certains gardent encore un masque, qu’ils ne quittent jamais, parce qu’il les protège, depuis un événement, ou une enfance, traumatisant.
        Et puis, « tel que l’on est », c’est une formule qui est fausse : nous sommes si complexes qu’il est bien difficile de tout montrer ! 😉

      • trex58 Says:

        Oui, mais pour être un pervers narcissique, il faut bien nier le sujet qu’on fait souffrir, non ? Il faut bien ne pas être sensible à ce qu’il ressent, donc manquer d’empathie ? Si c’est la conséquence, tôt dans l’enfance, d’une très mauvaise éducation, avec souffrances, si c’est dû au mauvais fonctionnement de certaines zones du cerveau (je pense qu’on commence à savoir quelles zones sont indispensables pour ressentir les sentiments de l’autre, non ?), est-il coupable ? ou victime de son enfance et incapable de comprendre le mal qu’il fait ?
        Enfin, je n’y connais pas grand chose… Mais un article sur un livre récent (« Le cerveau sur mesure ») dit qu’on pourrait en théorie, par exemple, « guérir » un psychopathe, en modifiant légèrement son cerveau…

      • Rose Says:

        Il faut s’accepter tel que l’on est, avec ses défauts et ses qualités. Les personnes qui se cachent derrière un masque, sont certainement préoccupées par leur image qu’elles n’acceptent pas.

      • trex58 Says:

        Il y a une chanson qui dit que le plus difficile, finalement, n’est pas de se changer mais de s’accepter. Si on ne peut pas changer radicalement, car c’est profondément inscrit en nous, on peut changer ce que des accidents postérieurs à notre enfance ont abîmé : retrouver un peu de notre innocence. Mais je pense aussi qu’on peut, avec l’éducation, se changer.

        Quant à accepter ses défauts et ses qualités, il faut d’abord se connaître soi-même, non ? Or il nous est bien difficile de nous connaître puisque nous ne sommes que par et dans le regards des autres sur nous.

        Quant au masque, je pense vraiment qu’il y a plusieurs sortes de masques : le masque que porte celui/celle qui ne s’accepte pas et se cache à lui/elle-même ce qu’il/elle est, et le masque qu’on se construit sans s’en rendre compte, en se protégeant des agressions (qui peuvent commencer dans la cours de récréation).

  2. Encolie26 Says:

    Très beau commentaire Rose. C’est long et difficile de faire comprendre à quelqu’un qui ne sait pas aimer comment aborder la vie autrement, comment ne pas saborder les relations, ne pas abîmer l’autre.
    Il faut infiniment de patience et d’amour, en paroles et en geste, mais sans concession ni mièvrerie, pour que cet autre renonce à un ancien mode de fonctionnement.
    Je peux me tromper, mais j’ai toujours trouvé des êtres en grandes souffrance derrière ce  » il; elle, n’aime que lui ». C’est vrai que leur maladresse peut devenir toxique, ils ont forgé des comportements qui leur ont permis de résister à un manque crucial, à un accident de la vie. On peut choisir de fuir devant cet égoïsme-gouffre.
    J’aime pour ma part tenter de faire comprendre que l’amour est gratuit, que l’on n’a pas « à payer » pour être aimer, pas à s’humilier.
    Je me suis mise à genoux devant un homme récemment pour lui dire  » tu peux tempêter, insulter, grogner, je continuerai à t’aimer, à aimer l’enfant en toi qui hurle parce qu’on lui a fait croire qu’il n’était pas »aimable » juste comme il était … imparfait.
    Impossible d’éviter la réalité, le passé blessé mais la reconnaissance pleine et entière de cette blessure insupportable.
    Il a rendu les armes, vidé des mots durs de sa carapace dérisoire, en repos pour un moment.
    Certes, il était tellement « toxique » dans l’intimité qu’il a fallu mettre de la distance, mais la graine d’espérance a été plantée, quelque chose a changé, il sait qu’il y a un autre chemin possible, il y a goûté. D’autres personnes viendront sur son chemin qu’il pourra aimer différemment. Je fais confiance.

    Ces extraits de Camus me bouleversent… il faudrait écrire des dissert la dessus. En tous cas, relire Calus d’urgence.
    J’ai longtemps été dans l’agitation….puis le trou noir, et maintenant apprendre à vivre, plus lentement, en conscience, en tâchant d’aimer mieux mais toujours dans une certaine exigence.
    C’est pas mal d’avoir 50 ans !

    • trex58 Says:

      Il y a ceux qui ne savent pas aimer parce qu’ils ont un cerveau abimé ou incomplet. Et il y a ceux qui n’ont pas grandi dans l’amour et qui ne savent pas ce que c’est et qui doivent l’apprendre, peu à peu. Et il y a ceux qui ont souffert et qui aiment mais mal ou qui s’interdisent d’aimer de nouveau, car ils ont eu trop mal.

      Et, oui, je suis d’accord avec toi : ces personnes, en souffrance, ils se sont protégés en s’enfermant dans un comportement. (Je pense à mon beau-frère… non seulement je ne l’ai jamais vu ouvrir un livre, mais l’ai-je jamais vu embrasser son épouse ou son fils ? Je n’en suis pas sûr…). Je pense aussi à moi, n’ayant connu mon père que pendant 5 ans (et il était souvent absent), élevé bébé (paraît-il) un temps par ma grand-mère, et une mère tombée en dépression à la mort de mon père (quand j’avais 13 ans) : il m’a manqué des choses pour savoir bien aimer…

      Ce que tu as fait envers cet homme, j’ai essayé de le faire envers mon amie de l’an passé. Même si elle avait rompu, et que j’ai dit des choses qui l’ont mise en colère, en plus de son côté tout-ou-rien pour les hommes, j’ai essayé de lui manifester de l’amour/bienveillance, qu’elle refuse. Elle aussi a bien souffert dans sa vie, avec une conception marquée au fer rouge.

      Camus a vécu une drôle d’enfance : père qu’il n’a jamais connu (mort en 14-18), mère quasi-muette, grand-mère autoritaire, famille simple et pauvre. Malgré tout, il a réussi à grandir dans l’amour, grâce à un prof qui a vu ses possibilités. Mais, pour un qui s’en échappe, combien restent enfermés ?

      Relire Camus : oui. Je ne sais pas si tout est aussi « bon » dans son oeuvre que ce que j’ai déjà lu, parce que j’ai commencé par des « petits » écrits de jeunesse, et qu’il paraît qu’il a utilisé à chaque livre des styles différents, mais j’ai bien envie de continuer. Sisyphe m’attend, par exemple.

      « apprendre à vivre, plus lentement, en conscience, en tâchant d’aimer mieux mais toujours dans une certaine exigence. » Oui, c’est très bien dit ! « En conscience », c’est-à-dire, pour moi : en ayant ses pensées et ses réflexions le plus aiguisées possibles sur la complexité du monde pour le vivre vraiment, avec une grande attention, au lieu d’être un zombie ou une marionnette.

      En tout cas, mieux vaut (commencer à) ouvrir les yeux, à 50 ans que de les avoir gardés fermés. Mais, bon sang, si je pouvais de nouveau avoir 15 ans avec ce que je sais de la vie, je le ferais. Camus, à 22 ans, avait déjà une plus grande conscience de la vie (et de la mort) que nous à plus de 50 ans… Mais il en avait payé le prix. Heureusement, il y a eu quelque chose, dans sa vie, qui l’a porté vers le haut.

  3. Rose Says:

    Aimer un éclair au chocolat; aimer la musique de Sati, aimer Marie. On emploie le même mot. Pourtant, aimer ce n’est pas réduire une personne à l’état de chose pour exercer un pouvoir absolu.
    Aimer se traduit par des actes. Aimer, c’est secourir l’être aimé lorsqu’il est en détresse. Aimer, c’est accepter l’autre avec ses défauts. Aimer c’est accepter ses choix.

    J’ai lu l’histoire de JCR, “l’adversaire” de Carrère. Est-ce qu’il aimait sa femme et ses enfants ? En tout cas, à chaque fois qu’il s’est senti en danger, il a tué la personne gênante, d’autres prennent la fuite. Il a tué sa femme et ses enfants, parce qu’il est incapable d’affronter sa réalité. Pourquoi est-ce si difficile pour certaines personnes ?

    • trex58 Says:

      Aimer… Ce mot, effectivement, a trop de sens différents. Et aimer quelqu’un, comme tu dis, ce n’est pas en faire sa chose. Il faut pouvoir, alors qu’on est pris d’amour, conserver en soi une attention à l’autre, l’observer et observer les signes montrant qu’on va trop loin et qu’on l’envahit. Pour cela, donc, il faut de l’empathie (comprendre ce que ressent l’autre) ; or certaines personnes sont handicapées dans ce domaine.
      Aimer, c’est vouloir le bonheur de l’autre, qu’il/elle soit avec nous ou avec un(e) autre. Aimer, c’est avoir établi une relation d’esprit à esprit, une complicité, une connivence, une confiance et un respect, qui doit survivre même si l’on se sépare, laissant une tendresse éternelle.

      Pour JCR (je n’ai pas lu le livre), il y a des gens qui rentrent dans un cercle vicieux et, une fois allés trop loin, ne peuvent plus s’en sortir. Les gens « normaux » se rendent compte que, en continuant dans une voie, ils se fourvoient dans un chemin sans retour, et ils s’abstiennent. D’autres n’ont pas la capacité de s’en rendre compte et dépassent le point de non-retour, et aussi ils ne comprennent pas ce qui se passe chez les autres et ne comprennent pas la souffrance qu’ils créent, obnubilés par leur vision du monde. Mais, bon, je suis un ignorant dans ce domaine. Mieux vaut lire des livres plus sérieux et documentés, de gens qui ont pu observer le fonctionnement des ces vampires égoïstes.

  4. Rose Says:

    Tu as oublié les gens qui prennent toujours le même chemin, qui aboutit toujours à la même impasse, et qui répètent indéfiniment ce schéma parce qu’ils sont incapables de se remettre en cause. Ils reportent toujours la faute sur les autres, « c’est pas moi qui ait fait caca dans ma culotte ».

    • trex58 Says:

      Ben, nous sommes tous un peu comme ça… à préférer continuer sur notre lancée sans trop nous rendre compte qu’on se répète…
      Bon, j’ai aucun diplôme en psychologie ! 😉

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