Sommets

Peut-être avez-vous déjà éprouvé cela : marcher en montagne et, à un moment, voir un sommet au loin et vouloir l’atteindre. Il semble familier, mais il faut encore marcher pour le découvrir vraiment, pour en explorer des yeux et des pieds tous les détails et, en se retournant, découvrir autrement le paysage qu’on vient de traverser. Alors, se retournant de nouveau et faisant les derniers pas nous séparant encore du sommet, là, encore, plus haut peut-être, ou séparé de nous par un creux, on découvre un autre sommet qui, lui aussi, nous semble familier. Mais, là encore, il nous faut encore marcher pour le découvrir vraiment. Ainsi, sommet après sommet, on progresse vers le véritable sommet, le dernier, celui duquel on voit, en s’approchant au bord du gouffre, la vallée tout en bas. Devant nous, à même pas un mètre, 500 mètres d’à-pic. Un pas ou deux de plus, et c’est la chute, la fin. Derrière nous, on peut voir tout le chemin parcouru, tous ces faux sommets successifs qui se sont succédé, qu’on a franchis, un à un, chacun nous semblant être la fin de notre balade, une belle étape. Tout autour de nous, un mélange de roches blanches usées et de touffes d’herbes, avec quelques arbres de ci de là.

Il me semble qu’il en est de même lorsqu’on désire répondre au désir de connaissance d’un enfant. Devant sa question, à laquelle on pourrait passer des heures à répondre, pour tout lui faire découvrir, pour lui faire découvrir d’un coup tous les sommets, ou dont on serait tenté de donner la simple et claire réponse, il me semble qu’il faut juste lui parler du prochain sommet, à sa portée, en lui donnant des indices, pour que, de par lui-même, peu à peu, il en trouve le chemin et s’émerveille d’être arrivé là (presque) par lui-même. Alors, de tout ce qu’on sait sur la vie et le monde, et qu’il ignore, on ne lui fait découvrir que ce qui était juste à sa portée, on met de la lumière là où tout était encore dans l’ombre pour lui, juste autour de lui, pas plus loin que son esprit peut voir encore. On lui a pris la main pour l’amener juste un peu plus loin, dans un lieu, beau et nouveau, de la connaissance du monde, et donc de lui-même, qu’il va découvrir peu à peu, se l’appropriant, le faisant sien, y étant bien, avant qu’il ne songe à tourner la tête, encore, vers un autre sommet, en reposant sa question.

Il y a des choses qu’on ne peut pas apprendre à certains moments de sa vie. Il faut avoir trimballé sa carcasse de sommets douloureux ou vertigineux à d’autres sommets sombres ou en pleine lumière, en passant parfois par des creux profonds où se cachent de traîtres névés de printemps mêlant le blanc éclatant à l’ombre noire, avant de pouvoir aller plus haut encore.
Mais, pour quoi faire ?

La question ? « C’est quoi la vie ? »

L’un de ces sommets, qui nous apparaît peu à peu, dont on ignorait l’existence, car caché de nous par d’autres sommets, d’autres étapes, c’est – par exemple – le Pic St-Michel, où l’herbe abandonne la lutte à quelques pas du sommet, cédant la place aux cailloux. Il est si bon, arrivé là-haut au terme d’une rapide et facile balade, de s’y asseoir, au bord du gouffre, de regarder au loin le Mont-Blanc et en-bas la ville dans la poussière et l’agitation, et d’être heureux de vivre, tout simplement, la tête dans le soleil, les pieds sur le calcaire, avec quelques choucards qui se moquent de nous en tournoyant au-dessus de nos têtes, se posant à quelques pas de nous, à la fois craintifs mais si sûrs d’eux car si vifs et si prompts à se saisir du vent, avant de plonger, ailes noires et pattes jaunes repliées, dans le vide et puis de bondir de nouveau vers le ciel, libres.

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2 Réponses to “Sommets”

  1. Encolie26 Says:

    Là, une chose est sûre … tu vas faire un grand-père du tonnerre!!
    Quand nous sommes jeunes parents, nous n’avons souvent pas la patience pour faire ce que tu viens d’expliquer … alors que la sagesse de notre âge nous permet ce bonheur.
    J’aimerais, moi, ne plus avoir à travailler aussi dur pour quand ce moment des petits-enfants arrivera. Je ne suis même pas sûre d’être aussi avisée que toi ou bien j’ai d’autres métaphores que la montagne. Tu devrais peut-être enseigner.

    • trex58 Says:

      Et bien, j’espère… Mais, dans la relation grand-père – petit-fils/fille, il y a deux personnes. Il faut s’adapter à la personne en face de soi.
      Cette idée est « avisée ». Reste à savoir l’être encore le moment venu. C’est pas facile, un petit enfant !
      J’ai déjà enseigné… l’informatique !

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