Solitude

Bizarres, ces trois jours passés. Ma fille était venue jeudi soir, pour un examen le lendemain. Pourquoi à Grenoble, et pas à Paris ? À cause de la confiance envers ce médecin, sans doute. Arrivée tard le soir, avec un régime spécial. Levés tôt le matin, je l’ai amenée à la clinique, et lui ai tenu compagnie jusqu’à ce qu’elle passe les portes de la salle d’examen. J’ai, tranquillement, fait mes courses en attendant. J’ai, déjà, subi deux fois cet examen, dont seule la préparation est pénible. Bien sûr, il y a toujours des risques : anesthésie, accident pendant l’examen. Mais c’est de la routine. Et pas la peine de penser trop fort que cela pourrait se mal passer, cela ne sert à rien. Il faut juste avoir l’idée en tête, dans un petit coin, que cela pourrait se mal passer, qu’elle pourrait mourir là, par un examen censé vérifier que tout va bien. Il faut avoir cette idée en tête, dans un petit coin, et attendre tranquillement que tout se soit bien passé. Elle m’a envoyé un SMS : tout est normal ! Yeeeeeesss ! Ensuite, retour à la maison, et longue sieste pour elle, que j’ai surveillée régulièrement. La veille, nous avions parlé de son enfance. Ou, plutôt, elle avait parlé de comment elle avait ressenti cette longue période, du collège jusqu’au BAC, comme un caméléon, comme une petite fille sage, très obéissante, et une éponge à connaissance, pour qui il avait toujours suffi d’écouter pour comprendre et mémoriser, et donc qui n’avait jamais su, avant la prépa, ce que ne pas comprendre voulait dire… Long et tranquille vendredi, avec Timsit sur DVD pour nous faire rire. Comme il est doux et agréable d’avoir quelqu’un qu’on aime avec soi. On s’en sent tranquillisé. J’étais enfin apte de nouveau à lire tranquillement, sans le besoin de fuir le vide de ma vie en écrivant des mails à tous vents. Le lendemain, repas à trois, moi, elle, et mon fils, à l’annexe d’un grand restaurant. Menu à 29€, qui ne semble pas bien cher… si ce n’est la taille minuscule des plats, agréables, mais sans plus. Mon fils « offre » le champagne en entrée, et ma fille paye le vin, jeune Syrah tannique. J’ai dit « offre ». Car comment peut-on offrir quelque chose lorsqu’on ne gagne pas l’argent qu’on dépense… Surtout des flûtes de champagne valant chacune le prix d’une des bouteilles d’un petit producteur que j’avais achetées pour moi à un collègue il y a deux jours et dont ma fille en a pris deux car, à Paris, tout est cher et infecte. Mais je n’ai rien dit. Mon fils aime les restaurants… D’ailleurs, je le soupçonne d’avoir, lui étudiant en BAC+4, plus souvent mangé au restaurant en 5 ans que moi en toute une vie… J’avais l’idée qu’un étudiant doit soit vivre frugalement soit payer de sa personne (travailler à Quick ou McDonald) pour se payer son luxe. Apparemment, ce n’est pas ce que pense mon fils, à mes frais. C’est quelque chose qui me sépare de mes enfants, cette histoire d’argent qu’ils ont dépensé mais qu’ils n’ont pas gagné. Ils ont été un peu trop gâtés, et j’ai laissé faire… Enfin, bientôt il me dit qu’il aura des stages bien rémunérés, et puis qu’il sera alternant, avec un bon salaire. On verra. Mais mon regret est que jamais, ni l’un ni l’autre, n’ait jamais travaillé (un travail merdique, et pas un stage) pour se payer quelque chose. Ce Mamiya C330, qui ne marche plus très bien, je l’avais acheté en 80 ou 81, avec l’argent que j’avais gagné en donnant des cours de Maths. Je n’ai qu’une montre en état de marche, alors que mon fils vient de s’acheter (pas cher, dit-il, sur « Ventes privées ») une troisième montre, de marque bien sûr. Sujets de discussion et de disputes, alors je n’en parle pas. Je ne veux plus de colère. Et je fais du mieux que je peux pour que tout se passe bien, pour que ce repas, où l’on paye un vin 5 ou 6 fois son prix à la cave, où les portions sont congrues, mais qui jouxte un restaurant à 300€ le repas (on mange quoi, pour ce prix-là ? des gambas recouverts d’une feuille d’or ?), soit un bon moment. Et tout s’est bien passé. Mais je sens que mon fils évite de revenir souvent à la maison : il a trouvé une camarade d’école, voisine, qui a une machine-à-laver : plus besoin de rentrer souvent, de faire les deux heures de route aller-retour pour revenir laver son linge. Et puis, a-t-il dit, il a du travail : les partiels approchent. Sans doute est-il un peu naïf de nous raconter, presqu’au même moment, qu’il a passé plusieurs soirées de la semaine à boire dans un bar avec ses camarades d’école… et que ses cours sont pipeau, nuls. Je ne suis pas content… alors que, pourtant, il n’a jamais fait de grosse bêtise, et que, finalement, il va avoir une formation et un job assuré, dit-il. Mais, bon, il n’est toujours pas dans son assiette, et cela inquiète ma fille, qui bientôt sera à 11 heures de vol et 2 heures de train de lui, pendant au moins un an. Alors, je la soupçonne de s’être forcée à supporter mes errements, pour me pousser à faire du mieux que je peux avec son frère, pendant son absence. Je ferai du mieux que je peux. Je paierai le portable dont il dit avoir besoin pour travailler. Je paierai les charges de son studio, en plus du loyer, de ses repas, de son téléphone portable, de sa « box », de l’assurance de sa voiture, etc. Je paierai. J’ai l’impression, parfois, de ne servir qu’à ça… Et j’ai aussi l’impression que je pourrais l’acheter, en lui donnant encore plus. Sans jamais de retour sincère. Cette balade en montagne ensemble, que je lui ai proposé régulièrement tout l’été, je ne l’ai pas eue. C’est bizarre comme il leur semble normal de recevoir sans jamais donner, sans faire un effort, bien petit, quand on passe l’été à glander, à 21 ans. Enfin, le samedi s’est bien passé : il n’a pas plu, nous avons traîné dans les rues de sa ville, et je suis rentré, les laissant seuls partir faire des courses. Et là, subitement, je m’inquiète de ne plus avoir eu aucune nouvelle d’eux depuis hier : je lui demande par SMS si elle est bien rentrée à Paris, je demande aussi à ma fille : pas de réponse. Hier, j’ai visité une expo, avec une amie. Aujourd’hui, j’ai visité Artisa, revisité l’expo d’Art Moderne d’hier, seul pour faire des photos (mais je n’ai pas eu le courage de les sortir et les ajouter à mon billet précédent), et j’ai traîné mon appareil dans les rues envahies de marchés de Noël : vendre et acheter, l’occupation principale des gens en ce moment. Et je suis seul. Et je vais aller me coucher. Et mon fils ne répond toujours pas à mon SMS… et je m’inquiète. Je n’aime pas les savoir tous les deux dans la petite voiture de mon fils, avec laquelle il roule trop vite. Mais, bon, s’il y avait eu quelque chose de grave, la police m’aurait déjà appelé, non ?! Le destin des parents : s’inquiéter. Et pas de nouvelle non plus de ma mère depuis trois jours. Décidément, décembre n’est pas bien gai. Vivement mai.
Ces deux jours, personne ne m’a écrit ni appelé… Noël approche et les familles se préparent pour la fête, se resserrant et oubliant les connaissances et nouvelles amitiés pour un temps.

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2 Réponses to “Solitude”

  1. marlaguette Says:

    Décembre ressemble à novembre et à janvier… Nos vies continuent de tourner dans de drôles de méandres… Juste envie de t’envoyer un petit sourire.
    Marla.

    • trex58 Says:

      Merci pour le sourire !
      Je suis trop exigeant…
      Alors que d’autres enfants sont malades, ou font des bêtises plus ou moins graves, mon fils n’est que paresseux… Enfin, juste un peu paresseux comme savent si bien le faire les garçons ! Parfois, ils se réveillent ! Parfois, il leur faut du temps. Bon, en plus, mon fils a bien des excuses… mais, quand même, plus de 5 ans ont passé.
      Bon, mieux vaut un fils comme le mien que pas de fils du tout.
      Allez, décembre et janvier passeront vite. Il y aura ensuite le terrible février. Et dès que mars pointera le bout de son nez, l’espoir sera là, de nouveau, et les jours seront plus longs ! Plus de lumière, des jours plus longs : rien que du bonheur ! Bon, pour le moment, la neige est tombée à partir de 1500m. Dès que les vilains nuages se seront dispersés, les montagnes autour de Grenoble se montreront toutes … blanches. L’hiver est là ! Alors, c’est le temps des livres.
      Merci pour le sourire. Je te le renvoie. Avec des bises.
      Tony

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