Sally Mann

Sally Mann est une photographe américaine célèbre, et toujours vivante. On peut voir quelques unes de ses photos sur son site officiel : Sally Mann.
Elle vit dans un coin paumé, à la campagne, dans une ferme, avec son mari et a eu trois enfants : deux filles et un garçon.
Elle utilise essentiellement (et uniquement maintenant je pense) des techniques anciennes : des « chambres » photographiques immenses et des plaques de verre au collodion humide. La surface des plaques est telle que la résolution des tirages pourrait être incroyablement fine. Mais la technique de fixation de l’image donne une image … unique, souvent un peu « loupée », incomplète, avec des « accidents », mais avec une douceur particulière. Le collodion humide est une technique photographique primitive : on étale un produit sensible sur une plaque de verre, au pinceau, et on ne dispose que de quelques minutes pour prendre la photographie et fixer l’image : il faut donc disposer d’un « laboratoire » ambulant, comme autrefois.
Elle a pris en photos sa vie familiale. Et elle a choqué en prenant en photo ses enfants nus, sans aucune pudeur, simplement dans l’attitude naturelle qu’ils prenaient lors des vacances d’été. D’autre part, ses enfants, surtout ses filles et surtout l’une des deux, ont développé l’art de poser. En plus, vue la technique employée, le « modèle » doit se figer et le nombre de prises de vue est limité : cela entraîne des attitudes « particulières ». Elle a également pris en photo le corps de son mari, malade d’une maladie dégénérative. Elle a également pris des photos choquantes, comme celle du billet précédent. Et puis elle s’est mise à photographier son chien mort, puis ses restes une fois décomposés. Puis elle s’est mise à photographier les corps en décomposition d’un centre américain de police scientifique étudiant les étapes de la décomposition de corps laissés en pleine nature : « What remains ». Son oeuvre est … particulière, mais se vend très bien. Ainsi, la magnifique photo suivante (Emmett, Jessie and Virginia, 1989), que j’adore, a été vendu plus de 20.000$ :

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Et celle-ci (Candy Cigarette) a été vendu plus de 60.000 $ :

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Sur cette photo, Jessica a CINQ ans !

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Ses photos allient différentes qualités : un côté familial unique, des poses magnifiques, des regards directs et francs, des enfants aux beaux visages, un Noir&Blanc doux et subtil, des tirages souvent presqu’à la taille des négatifs, une technique de prise de vue rares et des tirages en nombre limités sur de beau papiers, et … le temps qui a passé, et des sujets qui ont choqué l’Amérique pudibonde : des enfants nus, un corps malade, des cadavres.

C’est C. qui me l’a fait découvrir. Mais, moi, je n’aime pas « What remains ». C. a également trois enfants : deux filles et un garçon également… Elle s’inspire de Sally Mann pour son travail, plutôt en Polaroid et sténopé N&B et diapo. La création consiste toujours à reprendre le travail d’autres, à s’en inspirer pour trouver son propre « monde ».

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6 Réponses to “Sally Mann”

  1. Rose Says:

    La mise en scène de ses propres enfants, les photos de cadavres, c’est complètement malsain. Cela crée un malaise.
    Qu’est-ce que tu penses de la photo d’Helmut Newton « Crocodile eating ballerina », une image reprise par une psychanalyste dans le reportage suivant, à faire suivre, et complètement scandaleux !

    • trex58 Says:

      HN

      Hummmmù Je pense que c’est réalisé à partir de : soit un alligator empaillé et une modèle, soit à partir d’un alligator empaillé et d’un mannequin en bois.

      Est-ce scandaleux ? Je ne trouve pas vraiment.
      Est-ce utile ou beau ? Je ne trouve pas non plus.
      Il y a un moment où les photographes ne savent plus quoi faire pour se renouveler…

      Quant aux photos de Sally Mann : pour ses enfants, ces photos de ses enfants nus ont été faites à une époque où le Web n’existait pas. D’autre part, je pense que c’est venu naturellement. D’ailleurs, son fils Emmet a décidé d’arrêter de poser nu à 8 ans. Il ne s’agissait pas, pour Sally Mann, d’UTILISER ses enfants, mais de montrer la réalité de leur vie familiale : l’été, ses enfants allaient à peu près nus. Ils vivent en Virginie, un état du sud des USA, et apparemment, les « moeurs » sont moins « coincées » qu’au nord. Ces photos de ses enfants, je les trouve belles, car elle n’a fait que prendre en photo sa vie, son bonheur. Et ses photos n’ont aucun caractère sexuel ou érotique. C’est un jeu, autour de la vie et de l’innocence. D’autre part, c’est le propre de nos société judéo-chrétiennes de voir le mal dès qu’on montre les corps. Enfin…. c’est récent. La nudité, avant, était courante.
      Quant aux photos de cadavres… je pense effectivement que Mme Mann est passée un peu de l’autre côté du miroir. Je pense que c’est lié à la maladie de son mari. C’est aussi lié à une vie à la campagne : les animaux (chiens, vaches, etc) naissent et meurent. Prendre en photo un corps mort et en cours de décomposition naturelle, c’est … paradoxalement insister sur l’importance de la vie sans ignorer ce que nous sommes : mortels. Dans d’autres civilisations, on découpe les cadavres pour qu’ils soient mangés par les charognards.

      Malsain. Malaise. Dans nos sociétés qui cachent et nient la mort, ce rappel à notre finitude/mortalité n’est pas inutile. Mais ce n’est pas le genre de photo que je ferais. Quoique… j’ai bien pris un pigeon écrasé en photo et en ai fait une belle photo, en Noir&Blanc : une « nature morte ».

      Accepter notre impermanence, c’est accepter de voir la beauté des enfants et de la vie, et d’accepter que cela n’a qu’un temps. Simplement, dans nos sociétés, nous ne sommes plus habitués à voir la mort en face. J’ai vu le DVD « What remains », mais je n’ai pas trop aimé ni j’ai acheté le livre ou le DVD. Mais cela a élargi ma façon d’appréhender la photo. Faire des photos, ce n’est pas uniquement montrer le bonheur, la beauté, la joie de vivre, la vie… c’est aussi montrer la vérité crue.

  2. marlaguette Says:

    Sorte d’exhibitionnisme encore plus que malsain… le beau est utilisé à de drôles de fins… j’aime pas, ça me dérange…

    • trex58 Says:

      Hummm Si, tu parles d’exhibitionnisme pour les photos de Sally Mann, les premières, celles qu’elle a faites de sa famille (« Immediate family »), ce n’était pas vraiment ça puisqu’elle n’exposait pas encore (je pense, à vérifier).

      Qu’est-ce que le « beau » ? C’est l’image ? L’effet que cela fait sur celui qui regarde ? Ou bien la beauté est dans celui qui regarde ? Questions complexes mais importantes.
      Je suis plutôt « classique » : images simples et naturelles, ou poses simples de nues pour obtenir des lignes et courbes en elle-mêmes.

      L’art, aujourd’hui, est perverti par le marché ! Il n’y avait bien que Van Gogh pour peindre sans vendre, il y a longtemps…

      Mais, « être dérangé », c’est parfois un bien : sortir de ses schémas de pensée, être poussé(e) à reconsidérer sa façon de voir le monde. Mais il y a des limites…

      Et ce déménagement ? C’est fini ?!

  3. Encolie26 Says:

    Eh bien moi , je partage complétement l’avis de Tony. Rien de malsain, rien d’impudique ou de vulgaire. La vie et la mort avec une grande simplicité. J’ai vécu comme cela enfant , au 3/4 nue et sans avoir à subir de honte. Donc , je crois que les jugements négatifs sont liés au contexte socio-culturel et à la mesure du puritanisme religieux qui sévit en occident.
    La beaute vient de la formidable utilisation de la lumière. le N&B évite la vulgarité et rappelle en effet avec humanité que nous sommes mortels. La mort est une question,Sally montre la finitude. Le contraste est étonnant avec les photos de ces enfants.
    Elle montre aussi son questionnement sur la douleur, sans doute sa façon à elle de dire ce qui ne sort pas en mots.
    Courbet , Goya, Picasso ont aussi été critiqué en leur temps pour avoir peint « cruement » la vie , la guerre. La photo, la peinture ,l’Art en général, cela ne doit pas être toujours « esthétique ».
    C’est une façon de « parler », de dire le monde dans lequel on vit, d’exprimer ses sentiments. La notion du beau est subjective et appartient à celui qui reçoit l’oeuvre.
    Je ne crois pas qu’un peintre fasse une toile pour que ce soit beau.
    Photographier ses enfant c’est fixer un moment éphémère …nous ne restons pas comme cela et pour une mère ( et les pères aussi!) c’est terrible. J’ai regretté de ne pas avoir pris plus de photos pour marquer le temps qui passe, les petits évènements. Le bonheur qui passait.
    Alors ..je hais les albums numériques qu nous font croire que l’image c’est de la photo.

  4. trex58 Says:

    La photographie fixe les instants. C’est son pouvoir. Et sa beauté.

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