We need to talk about Kevin

« We need to talk about Kevin ».
Hummmmmmmmmm Putain de film.
(Attention : je révèle des moments du film. À lire après l’avoir vu.)
Prenons-le à la rigolade : c’est ce qui arrive quand une femme intelligente, urbaine, voyageuse, et mignonne, tombe amoureuse d’un buveur de bière pas très beau, amoureux, mais qui n’a pas inventé le fil à couper le beurre. Bon, je suis méchant pour Frank…
Sinon, LA question, c’est : « Eva est-elle responsable de cette horreur ? »
Hummmmmmmmmm Bon, elle a une dépression post-partum et son putain de mioche pleure tout le temps. Est-ce qu’elle le câline assez ? Est-ce que, épuisée par le manque de sommeil et la fatigue qui s’ensuit, à cause de ce mioche qui hurle tout le temps, elle n’est plus capable, au moment fondamental, de lui donner l’amour nécessaire pour qu’il grandisse sainement ? Je ne pense pas. Il est né avec quelque chose d’un peu différent et qui, hélas, grandit. Mais, d’abord, est-ce possible ? Est-ce qu’une telle pathologie mentale est possible ? Peut-être pas comme c’est décrit dans le film (ou dans le livre aussi sans doute). Mais il y a bien des personnes qui ne ressentent que de la froideur. Si je me souviens bien, il y a des centres du cerveau qui sont indispensables pour ressentir des émotions. Si ces centres sont sous-développés… alors il manque à l’enfant ce qui est indispensable pour qu’il crée du lien. Hummm Pas sûr de moi, pas du tout. Il faudrait l’avis d’un psy : je demanderai à l’ami de ma voisine !
Bon, c’est un film dur, mais intéressant, et très bien joué. Et pas de sang qui gicle, comme dans « Drive ». Juste un enfant froid qui n’a besoin et envie de tendresse que lorsqu’il a de la fièvre. Pas le genre de film super-gai… mais, bah !, j’ai vu pire.
Au fait, cette phrase « We need to talk about Kevin » n’est pas dite dans le film. Mais il y a une phrase proche dite deux fois, quand Eva propose à son mari de parler de leur couple, sans les enfants.
Le film ne montre jamais Kevin avec ses camarades d’école. Et le drame arrive parce que ses parents parlent de se séparer : son univers explose, ses jouets se séparent, autant foutre le bordel avant.
Quant à la fin : certains criminels finissent par prendre conscience de l’horreur de ce qu’ils ont commis et, parfois, ils se suicident. Là, Kevin commence juste à ne plus savoir pourquoi il a fait ça… Pourra-t-il vivre avec cette horreur en tête ? Pas sûr. Quant à Eva, c’est un miracle qu’elle ait tenu. Et tout montre qu’elle l’aime, malgré tout. Elle s’est sentie coupable, et s’est punie en ne se battant pas beaucoup au tribunal. Si elle avait d’abord eu une fille qui pleure normalement, tout aurait été différent.
Il faudrait une formation obligatoire pour devenir parent ! ha ha ha ha !

P.S. Deux remarques :
– Eva n’a pas eu les mêmes soucis avec Celia : elles communiquent très bien. On peut se dire que, au deuxième enfant, elle a plus d’expérience ; mais cela pousse plutôt à dire que c’est Kevin qui a un problème.
– Eva est restée dans son quartier : aux USA, c’est tellement facile de partir dans un autre Etat et de refaire sa vie. Elle est donc restée exprès, près de la prison de son fils, mais aussi dans son quartier. Deux choses : 1) elle aime son fils, malgré tout, et elle a l’espoir qu’il change. Mais je crains que, s’il change suffisamment, il ne pourra pas supporter ce qu’il a fait… 2) elle a accepté de « payer » pour le mal que sa famille a fait : perdre son procès, être insultée.

P.S. Une remarque :
Il y a une scène fondamentale, me semble-t-il : c’est lorsque Kevin demande à sa soeur de venir dehors ramasser ses flèches pendant qu’il tire et qu’Eva brutalement dit « NON ! ». Par ce cri, elle montre qu’elle pense que Kevin pourrait faire du mal à sa soeur, accidentellement ou pas. Mais je ne me souviens pas si c’est avant ou après l’accident à l’oeil… Par ce cri, Kevin comprend que sa mère pense qu’il a, ou a peur qu’il ait, basculé dans le pire. Elle lui montre le chemin, elle lui dit ce qu’il doit faire… sans le savoir. Savoir qu’il peut être un monstre l’a-t-il transformé en monstre ?

P.S. Finalement, ce massacre, c’est encore une façon trouvée par Kevin pour défier sa mère, pour lui faire du mal. S’il tue son père et sa soeur, mais pas sa mère, c’est qu’il veut lui faire du mal, le mal le plus profond qui soit possible : lui retirer ceux qu’elle aime, et qu’il ne lui reste que lui. Bref, il cherche son amour, ou bien il la provoque pour savoir jusqu’où il peut aller pour qu’elle ne l’aime plus, ou bien pour prouver qu’elle a tort de l’aimer. Mais elle continue de l’aimer. Malgré tout, elle est là, en prison, pour le voir ; et il fait (enfin) surface : il ne retrouve plus la raison qui l’a poussé à commettre ces horreurs : il devient enfin humain. Comment pourra-t-il vivre avec la compréhension de l’horreur qu’il a créée, sans se suicider… Avec l’amour de sa mère.

P.S. Honte et/ou culpabilité ? Eva se sent-elle coupable ? Ou a-t-elle honte ? Au procès (le sien ?) elle a accepté sa « punition » sans faire de recours. Elle est restée en ville et subit donc les regards, insultes, vexations, et même coups, des parents des victimes et/ou des gens du quartier. Mais elle reçoit aussi de la sympathie de victimes. Car elle est aussi du côté des victimes. Culpabilité ? Honte ? Je ne saurais dire…

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6 Réponses to “We need to talk about Kevin”

  1. jean paul galibert Says:

    Bonjour, je tiens un blog de philosophie,
    et je viens de poster un billet sur la gentillesse :
    « LES GENTILS SONT-ILS GENTILS ? »
    (Ou bien ont-ils en fait d’autres motivations ?).
    Vu ce que vous écrivez, j’aimerais bien avoir votre avis.
    http://jeanpaulgalibert.wordpress.com/
    A bientôt, peut-être…

    • trex58 Says:

      J’ai mis un avis, mais avant de vraiment lire tout ce dont j’avais besoin pour formuler un avis utile et proche du sujet. Il me faudra mieux m’imprégner du contexte du billet pour être moins hors sujet !

  2. jean paul galibert Says:

    Vous êtes en plein coeur du sujet, je crois…

  3. jean paul galibert Says:

    Je vous remercie vraiment pour votre commentaire.
    Il y en a eu beaucoup depuis, mais peu qui aient
    votre audace dans l’affrontement du vécu.
    Je crois que c’est le plus difficile,
    en philosophie.

    • trex58 Says:

      Ah ! J’ai eu peur d’avoir glissé hors du sujet, à cause de la fatigue due à l’heure tardive. Avec la fatigue, les barrières tombent. Surtout chez moi qui n’ai que peu de pudeur et peu de honte. Nous ne pouvons comprendre le fonctionnement des autres qu’à partir de ce que nous avons déjà vécu, non ? Être gentil, la gentillesse. C’est comme le sourire de Gandhi : quand on sait que l’autre, comme soi-même, n’est que de passage et que nous partageons tous les mêmes difficultés et souffrances, être aimable/gentil envers l’autre, c’est lui donner ce qu’on désire soi-même recevoir. Mais, bon, entre les belles idées et la pratique, ce n’est pas si facile… Finalement, c’est à peu près cet amour dont parle le Jésus des origines, avant la religion qui s’est emparée d’une belle idée pour en faire l’horreur que nous connaissons maintenant. C’est ce que semble dire Christian de Duve dans son dernier livre, d’après l’interview que j’ai lue dans Le Point de la semaine passée. J’ai un peu honte de me dire que je pense des choses proches des tout premiers textes sur Jésus… (avant la grande connerie qui a suivi) mais pourquoi pas.
      Allez, je vais me coucher !

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