Un heureux évènement

J’ai vu « Un heureux évènement » ce mercredi, au Pathé. C’était la grande salle, pleine au tiers environ (normal pour un mercredi, non ?).
J’ai aimé le film ! même si, finalement, il n’est pas extraordinaire. Louise Bourgoin y joue très bien ! Comme Pio Marmai également. La première partie est très enlevée ! grâce aux hormones ! Alors que, dans la deuxième partie (après l’accouchement), nous sommes en plein dans les difficultés et la réalité, en dépression post-partum comme le dit le sketch de Florence Foresti. Le film montre bien, je trouve, la réalité de l’arrivée d’un enfant dans un couple : un grand coup de pied dans le bonheur à deux et qui implique une remise en cause et un réajustement des acteurs du couple. Bon, bien sûr, les deux grands-mères sont … atypiques, voire caricaturales. Et Josiane Balasko joue très bien.
Ce film est un peu la première partie de « La guerre est déclarée », qui explore un des possibles avec l’arrivée d’un enfant : la maladie grave. Et bientôt va sortir un autre film qui montre pire encore : « We need to talk about Kevin » : quand la mère n’accepte pas l’enfant, celui-ci se développe mal et, privé de relations privilégiées avec sa mère, il devient froid et dangereux.
Pour revenir à cet « heureux évènement », ça manque de grands-pères ! Et d’hommes aussi : Ela, Barbara, et les 2 grands-mères, face au père, avec juste un ami et un gynécologue aux petits rôles. Déséquilibré ! Ah ! Ces femmes ! En lisant la biographie d’Eliette Abécassis, qui a écrit le livre éponyme du film, on comprend mieux : le père est philosophe, et la mère enseigne la psychologie de l’enfant, et elle-même est agrégée de philosophie et l’a enseignée. Le livre et donc le film sont finalement une synthèse de cet héritage, hormis le judaïsme du père (historien renommé de la pensée juive), à moins que j’aie loupé des signes dans le film. En tout cas, le livre et le film sont issus de la confrontation d’une femme élevée dans les mots et la pensée avec la réalité brutale de son corps physique et animal. Barbara, en enfantant, perd sa liberté ; et Eliette, le jour de son mariage, ne voulait plus se marier, et a divorcé depuis. À 20 ans, elle a été agoraphobe pendant deux ans, montrant sa sensibilité et difficulté face aux autres quand elle était jeune adulte (42 ans maintenant). Nous voilà en plein dans la discussion actuelle, permise par la contraception : les femmes doivent-elles accepter leur destin de femelle : enfanter ? ou doivent-elles pouvoir choisir la liberté, au risque de ne pas vivre tous les possibles de leur corps-âme, y compris les désagréments (voire perte irrémédiable d’un corps « parfait », illustrée par ce corps qui ne ressent plus de plaisir sexuel au début) entraînés par une grossesse et l’aliénation due aux responsabilités qu’entraîne l’arrivée d’un enfant ? Nous, les hommes, sommes libérés de ces choix-là… hélas. 😉 Si l’on considère que les épreuves de la vie forcent les Hommes à se reconstruire mentalement à cause de « petites morts », les hommes actuels, privés des rites d’initiation et de passage de l’enfance à l’âge adulte, restent de grands enfants… Être enceinte, puis accoucher, c’est prendre le risque de la mort et de la vie, car on oublie (grâce à la Médecine) tous les risques naturels d’une grossesse et la proportion d' »accidents » lors des accouchements. « Donner la vie » est une expérience unique, magique, mais dangereuse. Et élever un enfant, c’est de l’esclavage à notre époque : moins d’aide de la famille, exigence énorme pour l’éducation, nécessité de « bien faire », etc. Aucun parent ne peut être parfait. Et aucun d’entre nous ne sort indemne de sa jeunesse, car héritant des « troubles » passés de nos parents. Allez ! une psychanalyse obligatoire pour tous à 21 ans ! 😉

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4 Réponses to “Un heureux évènement”

  1. miaasublime Says:

    Je n’ai pas vu le film, mais je reviens juste sur l’une de vos phrases : « élever un enfant, c’est de l’esclavage à notre époque ». Je le comprends dans le sens où les parents seraient « esclaves » de leur devoir/rôle de parents. Et je ne partage pas votre vision des choses, car je la trouve bien dépourvue de sentiment et très expéditive.
    Mon fils se réveille ; il a faim : je vais le nourrir et par la même occasion satisfaire un besoin commun, celui d’échanger de la tendresse. En le nourrissant, je ne me considère pas comme esclave : j’ai CHOISI de lui donner le sein, à la demande. Même si ça signifie se lever toutes les 2 heures la nuit. Assumer toujours.
    L’esclavage ici ne naît pas avec l’enfant, ce sont d’autres diktats sociaux qui le créé ; car, oui, demain, en allant travailler, il faudra pourtant que j’ai l’air fraîche de celle qui a dormi tout son saoul…

  2. trex58 Says:

    Hummmm Je sens un léger énervement… Par « esclavage à notre époque », je ne voulais bien sûr pas parler des contraintes des mères qui choisissent de suivre la voie naturelle et de donner le sein à leur enfant. Je veux dire qu’avant, quand j’étais enfant par exemple, les parents ne consacraient pas tant de temps à s’occuper de leurs enfants, car ils recevaient beaucoup d’aide de la famille, des amis, voire des voisins, grâce à une vie moins citadine et à des générations vivant dans le même village, et d’autre part les enfants avaient moins de devoirs et moins d’activités extra-scolaires. Et, également, il ne fallait pas les protéger des pervers sur le Web, ni les empêcher de regarder des films porno, ni de jouer à la console pendant des heures, ni de passer tout leur temps au téléphone. Avant, on les laissait seuls dehors ou avec des copains beaucoup plus souvent, d’où « la guerre des boutons » et aussi pas mal d’accidents…
    Avoir un enfant, cela entraîne des contraintes. Mais, normalement, on est prévenu avant !
    Quant à donner le sein, je regrette que mon épouse ne l’ait pas fait… Cela me semble pourtant si naturel, évident. Il aura fallu d’énormes campagnes de publicité pour nous faire croire que le biberon, c’est mieux que donner le sein.
    Félicitations de vous réveiller toutes les deux heures la nuit ! Moi, à ce rythme, je ne tiendrais pas longtemps… et c’est sûr que mon humeur et mon moral en aurait été détruit. Mais, bon, les hommes, c’est pas comme les femmes ! c’est moins résistant !!
    Allez… je dis souvent des bêtise. Mais pas là. En tout cas, mes souvenirs de mes enfants en bas-âge datent un peu… il faudrait qu’ils se décident bientôt à me faire réviser ! 😉

    Je le redis : sentir, jour après jour, grandir un enfant dans son ventre, le mettre au monde, l’allaiter, le voir grandir et s’ouvrir au monde : c’est magnifique. Mais ce bonheur se paye de risques et de transformations physiques et de la perte d’une vie de couple tranquille.

    Voyons, si j’avais été une femme… aurais-je franchi le pas ? Probablement…

  3. Encolie26 Says:

    « Elever un enfant c’est de l’esclavage aujourd’hui ». Je partage cet avis peu ou prou. Il me semble que la société industrielle n’a pas seulement inventé l’objet manufacturé mais aussi le devoir de perfection… la possession d’objets parfaits pour être « in ». (qu’est-ce qu’être out? … autre débat)
    Je me rappelle il y a trente ans presque avoir refusé de lire les bouquins de Dolto, Françoise Pernoud, Elle et autres guides. J’ai écouté le bon sens de ma belle-mère et fuit ma mère imperméable (au sentiment maternel), j’ai eu peur comme toute jeune maman et malgré mon instinct imbibé d’Afrique, je n’ai pas réussi à échapper à un conformisme distillé dans les médias : Bonne mère, bonne épouse, cadre actif, faire les confitures, rester mince, souriante… il fallait être parfaite comme dans les magazines pour être jugée comme une femme accomplie… libérée. LIBEREE!??? non esclave!
    Mes enfants devaient répondre à des normes de réussite, d’habillement, de loisirs même. Un enfant de cadre se doit d’être le reflet de la réussite paternelle. Bien propre, longues études qui flattent l’égo etc.. Tout a explosé, mon ex-mari ne s’en est pas remis. Ma mère me disait « de mon temps, on ne se posait pas de question sur le bien-être psychologique des enfants. Ils poussaient dans le cadre « tribal » (rue, quartier, famille sociale et religieuse). Le groupe faisait l’enfant plus que les parent seuls. « Ma mère disait aussi « on n’élève pas un enfant, on le dresse! » bon.. ça bousille ça.
    Elle ne comprenait pas grand chose à la vie moderne, au désir des femmes, à nos objectifs.. Mais elle exigeait de pouvoir parler de la réussite des ses petits-enfants … comme une retombée d’investissement (?). Par instinct, j’ai allaité avec un grand bonheur, porté, bercé et massé mes enfants comme je l’avais vu faire enfant ; mais pour le reste j’ai été incapable de m’isoler des désirs inconscients de satisfaire à une certaine « perfection », jusqu’à l’épuisement…. heureusement, malgré mes erreurs, je les ai aimés.
    « Le sein à la demande »…c’est aussi un diktat.
    « Avoir l’air fraîche quand on n’a pas assez dormi »… c’est une se soumettre à une norme… produire une image de perfection. Les hommes au boulot (ceux qui ne se lèvent pas la nuit), les patrons, seraient incapable de supporter la baisse de performance d’une jeune maman ? (baisse de performance = retour au foyer) . Un plaidoyer implacable pour réserver les postes aux hommes. Alors pour garder nos jobs … soyons « parfaites ». Moi , tous les jours je vois des jeunes papas avec des cernes à cause des « nuits trop courtes », improductifs… Mais on ne leur propose pas de rentrer à la maison.
    Bon, je m’arrête, je vais m’énerver. Je ne sais pas si je vais aller voir le film finalement 🙂
    Merci Tony pour le coup de gueule.

  4. trex58 Says:

    Les femmes d’aujourd’hui sont « libérées » : hier, à la terrasse de mon café favori place du Trib, j’étais assis à côté de deux jeunes femmes : elles ont bu chacune deux desperados tout en fumant 5 ou 6 cigarettes chacune en une demi-heure…

    Nous nous construisons des idées de ce qu’il faut être et de ce que nous devons faire, basées sur … beaucoup de vent. Quoi que nous fassions, nous faisons des erreurs. Reste à ne pas culpabiliser et à s’en rendre compte assez vite pour pouvoir rectifier. Or ce monde moderne ne nous laisse pas beaucoup de temps. Et, avant, quand les gens avaient un peu plus de temps, ils ne l’utilisaient guère pour réfléchir…

    Allaiter ses enfants, ce n’est pas essentiel. Les aimer, oui. Reste à savoir comment les aimer, sans tout permettre. Trouver le « juste milieu », comme toujours. Mais, pour le trouver, il faut pouvoir trouver le temps de réfléchir, d’observer. La vie moderne nous en empêche et beaucoup d’entre nous sont fatigués et lâches et préfèrent laisser la télé envahir la vie de la famille. Être heureux ensemble dans une famille, cela demande de faire des choses ensemble avec joie. Mais la joie n’est pas toujours au rendez-vous… et elle ne se commande pas ; c’est un état d’esprit, c’est sourire !

    Hommes et femmes ne sont pas égaux, car ils sont différents. Et les entreprises se foutent des souffrances et difficultés de chacun, pourvu que le chiffre d’affaire, le carnet de commande et la marge se portent bien.

    Ce qui marche pour l’une ne marche pas forcément pour l’autre : chaque histoire est différente. Je connais un peu la tienne, Encolie, mais je ne connais pas bien celle de Mia, qui est plus jeune aussi. L’une vient d’accoucher, l’autre vit loin de ses enfants adultes.

    L’essentiel est de rester en forme, physiquement et intellectuellement. Et ce monde moderne nous laisse peu de temps pour récupérer. Pourquoi, au boulot, si on a un coup de barre en début d’après-midi, ne peut-on pas faire une petite sieste (15mn) réparatrice ? C’est comme quand on conduit : une pause toutes les 2 heures.
    Mia, plus important que donner le biberon, c’est d’être en forme et garder les idées claires et – SURTOUT ! – conserver sa joie de vivre. La fatigue fait beaucoup de mal. Prends soin de toi.

    Bon, je manque un peu de vigueur et de clarté… conséquence probable de ma journée en montagne, qui m’a épuisé physiquement… Je vais me coucher !!

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