Archive for octobre 2011

Que faire ?

2011/10/30

Que faire de cette journée ?
Il semblait devoir faire beau et, ayant mangé de bonne heure, j’étais prêt à aller dans le Trièves, faire des photos sur SES traces. Mais le temps n’est pas d’accord, et les nuages sont là de nouveau, amenuisant la lumière, insuffisante pour faire ressortir les paysages.
Que faire ? Je me sens vide… Pas de chat à caresser. Pas de chatte femme à caresser et embrasser. Bon, je blague… J’ai l’esprit ailleurs… dans un mal-être pénible, dans une mélancolie qui m’empêche d’être dans l’instant présent. Je n’arrive plus à lire. Je n’arrive plus à me bloquer quelque part pour un moment. Nulle envie de trier, tirer et retoucher mes photos en retard. Pas envie de regarder les 3 DVDs empruntés à mon CE ; j’aurais l’impression de perdre mon temps… alors que je le perds à tourner en rond. Faire quelque chose ou ne rien faire… That is the question ! Dans « Poulet aux prunes », Nasser-Ali tombe amoureux, puis s’enfuit quand il voit qu’il ne peut pas l’épouser, revient longtemps après, toujours vivant grâce à sa musique et sa douleur qu’il sait faire passer par son violon ; mais, lorsque ce violon est détruit, puis lorsqu’elle feint de ne pas le reconnaître, le voilà détruit, sans plus aucune raison de vivre, malgré femme et enfants qu’il a délaissés, et il se laisse mourir, sans plus de raison de vivre… Triste histoire. Bien romantique. À faire pleurer dans les chaumières. Comment vivre sans amour ? Sans amour, on n’est rien ! Oui, mais on aime quelqu’une, qui en aime un autre, et quelqu’une vous aime que vous n’aimez pas ! Mais que c’est compliqué ! et triste… « Vous ne voyez pas la larme qui coule, là ? » Putain de merde ! Que faire de cette journée, si douce ? Rien. Tomber dans le néant. S’abrutir de musique (pas trop fort quand même…) ? Se saoûler la gueule (pas bon non plus pour mes acouphènes, merde !!) ? Aller traîner dans les rues de Grenoble, comme un vieux con ? Se coucher sur le canapé en lisant de vieilles BDs à moitié oubliées ? Bon, voyons voir s’il y a des sorties OVS intéressantes, quand même. Quant au cinoche, j’ai bien du mal, seul…
Journée de Merde !
« Dites ces mots : Ma vie. Et retenez vos larmes » A.

L’apocalypse tranquille

2011/10/29

« L’apocalypse tranquille », c’est le nom du billet de Monsieur Nicolas Baverez dans Le Point de cette semaine.

Pour lui : la France reste le seul pays développé qui s’échine à maintenir le modèle « caduc » d’économie fermée et administrée, voire crypto-staliniste, des années 1960.

D’abord, « Apocalypse », cela veut dire : Révélation. Le sens de « catastrophe finale » ou « fin du monde » est venu ensuite.

Que dit son billet ? Que c’est foutu : la débâcle est proche. Comme dans « Le Titanic » (le naufrage, pas le film), le paquebot « France » coule alors que nos politiciens continuent à dire que tout va bien. Je pense qu’il a raison. Le « bon sens » commun nous dit de façon claire et évidente qu’on ne peut pas longtemps dépenser plus qu’on ne gagne. Vous avez essayé ? Cela fait 30 ans que la France vit à crédit (notre dette égalera 90% du PIB en 2012). Et, pour lui, la France est plus malade que l’Italie. Tout ceci serait simplement amusant s’il n’y avait pas les conséquences funestes qui vont nous tomber dessus : soit l’Etat se décide enfin à agir, et une partie des français va hurler ; soit l’Etat continue dans sa lancée à dépenser en empruntant ce que nous n’avons pas, et ce sont tous les Français qui vont hurler. Hurler, parce que la fête va devoir s’arrêter : blocage voire diminution des salaires et des retraites des fonctionnaires, réduction de la fonction publique, réduction des aides sociales, augmentation du temps de travail. Les Français pratiquent la pensée magique : il y aurait une richesse à mieux partager, et ils oublient qu’il faut d’abord la créer avant de la redistribuer. Depuis des années, notre économie s’essouffle, alors que l’Etat nous fait croire que tout va bien en continuant à emprunter sur le dos de nos enfants (et de ceux qui travailleront encore dans les années qui viennent, s’ils ont la chance d’avoir encore un travail).

Non, je ne suis pas optimiste.

Boris Vian

2011/10/29

J’ai lu avec beaucoup d’intérêt et de plaisir l’interview de la femme de Boris Vian : Michelle. J’ai retenu surtout ces remarques sur la famille de Boris : « Cette famille m’a d’abord semblé merveilleuse: on parlait beaucoup à table, très librement, et en faisant constamment des jeux de mots enfantins. Puis je me suis aperçue que c’était une fausse liberté. On ne parlait que de petites choses, jamais de la politique, de la guerre ou de ce qui aurait demandé une opinion. etc » Ensuite, elle dit combien ceci était difficile pour Boris. Et je suppose que son besoin d’air et de vie venait de cet enfermement. Elle dit aussi que, à cette époque-là, comme il n’y avait rien à faire, « tout le monde » écrivait des poèmes, pour s’amuser. C’est vrai que, si Vian avant 18 ans aujourd’hui, il serait en train de jouer en réseau sur son PC tout en téléchargeant une dizaine de feuilletons américains… Finalement, l’ennui, ça a du bon !

Ca fait longtemps que je n’ai pas lu de Vian. Je ne m’en souviens plus guère… à part ce recueil de poèmes : « Cantilènes en gelée », dont l’un, « Mer de chine » je crois me souvenir, est un très mauvais souvenir… J’aurais mieux fait de ne pas acheter ce recueil. Enfin, il y a prescription… Elle a dû oublier. Pour rompre, je le lui avais envoyé. Elle me l’avait renvoyé déchiré en petits morceaux. Hummmm Je n’aime pas être loin de ceux que j’aime. Cinq heures de train, plus une 1/2 heure de mobylette, c’était trop pour moi, à 20 ans. La voir une fois tous les deux ou trois mois, cela m’était insupportable. Toujours mon impatience et la solitude… Alors… de désespoir, j’avais détruit son amour naissant. Toujours le désespoir… Zut ! On peut reculer l’aiguille des montres d’une heure dans le temps, mais pas plus… dommage. Il y a des choses que je ferais autrement… aujourd’hui. Et il y a des imbéciles qui disent que, s’ils pouvaient revenir en arrière, ils ne changeraient rien ! Imbéciles heureux, qui n’ont pas été confrontés à des choix… difficiles. si l’on regarde son passé, il y a plein de petites choses qu’on aurait pu faire autrement, et on serait devenu tout autre. Que serais-je devenu si j’étais resté à Clermont-Fd ? Elle aurait fini par me laisser l’embrasser et lui caresser les seins… probablement. Petits seins de bakélite, cheveux de jai, peau de bronze, yeux en amande, caractère de cochon, corps menu à rendre fou, dents blanches, sourires incroyables, belle à en mourir. Je l’aurais épousée, probablement. Mais, admis à ce concours, je suis allé continuer mes études ailleurs… Ainsi va la vie. La vie d’étudiant (pas beaucoup d’argent, une veste de mauvais cuir, deux ou trois jeans, une mobylette puis une Simca 1000), ça ne permettait pas beaucoup de fantaisies, à cette époque, surtout dans ce trou paumé. Bon sang, ce que ça fait con d’écrire « À cette époque » !

Maison de retraite

2011/10/27

J’ai envoyé le dossier pour une demande de mise sous tutelle de ma mère. Les conclusions du médecin spécialiste du CHU et agréé par le Tribunal d’Instance sont claires : elle déménage grave… Sans rire, elle a la mémoire d’un poisson rouge et ne peut plus se débrouiller seule. Mais, là, au téléphone avec elle tout-à-l’heure – où elle était un peu mieux et gaie, riante même – je me rends compte combien il va être difficile de l’enlever de son environnement si familier (même si elle y perd ses clefs, ses papiers, son argent, etc ; avant de s’y perdre elle-même…) pour la mettre dans un environnement inconnu, au motif de la protéger. Regarder le temps qu’il fait sur le Puy-de-Dôme depuis sa fenêtre… voilà sa principale occupation. Elle ne peut plus vivre seule et refuse toute aide extérieure sauf de moi – mais j’habite trop loin ; mais l’arracher de son environnement risque bien d’accélérer sa déchéance.
Pfffffffffffff Encore une épreuve pas évidente à gérer : quand décider qu’il est indispensable de la mettre en maison de retraite pour la protéger ? au risque de précipiter sa fin. Elle a oublié que je suis venu la voir la semaine passée… Seuls son frigo et ses placards pleins le lui ont suggéré. Sa mort me serait moins douloureuse que ça : hésiter entre charybde et scylla, savoir que -peut-être- l’enlever de son environnement, où elle vit depuis 45 ans, va l’anéantir. Attendre qu’elle ne reconnaisse même plus son appartement, ou moi… ça risque bien d’être trop tard.

Yoga

2011/10/27

J’ai commencé le yoga donc. Je dirais que c’est une éloge de la lenteur, permettant de reprendre contact avec son corps, de calmer son esprit, de rester en forme. J’aime bien. Mais mes pensées divergent trop encore ; il me faudra mieux calmer mes pensées.

Poulet aux prunes

2011/10/26

Bien ! C’était un bon moment. Un film différent, bizarre, attachant, triste, rigolo parfois. Un OVNI. Ah ! L’amour… C’est qu’il l’aimait vraiment. Et elle aussi. Nasser-Ali, Farenguis, Ariâne, Cyrus, Lili. Et un petit goût de l’Orient comme on aimait qu’il soit, avant les barbus. Maintenant, plus de robe légère, plus de rouge-à-lèvre… des draps noirs pour se cacher des regards concupiscents. Bon, décrit comme dans le film, c’était sympa l’Iran. Nostalgique. Nasser-Ali a une âme d’artiste. Et il faut souffrir de ne pas avoir ce qu’on désire le plus au monde pour donner le meilleur de soi. Il s’est éteint comme une bougie quand la flamme qui le portait s’est éteinte, feignant de ne pas le reconnaître à Ishram. Une histoire d’amour. La vie et ses mauvaises surprises. Un bon film !

Lybie – Tunisie – Islam

2011/10/24

Hip hip hip Hourra !! Les Lybiens sont enfin libres !

Quant aux Lybiennes, elles sont enfin de nouveau libres de se partager leur seigneur et maître avec une autre esclave ou bien d’aller se faire lapider.

Anecdote personnelle. Ce matin, quelqu’un m’a demandé de l’aide pour démarrer sa voiture, en panne de batterie. En retard pour retourner au boulot, embêté de voir qu’il s’agissait d’une grosse Mercedes diesel comparée à ma petite Fiesta essence (avec donc le risque de « fatiguer » ma batterie), embêté par les manières trop familières et insistantes de cet inconnu, j’ai quand même cédé face à son insistance. Après, pour me remercier de mon aide, il m’a souhaité que Dieu satisfasse ma vie amoureuse. Je lui ai répondu que c’était bien aimable, mais que j’étais athée. « Athée ? » Il ne savait pas ce que voulait dire ce mot… Après lui avoir rapidement expliqué, il m’a demandé en quoi je croyais (mais que lui répondre ? là, au bord de la route ?!) puis il m’a dit plusieurs fois et le regard presque sévère que je devais croire. Je sens comme un retour à la folie religieuse… genre de celle qui a entraîné la St-Barthélémy. Quand j’habitais en Tunisie, entre 82 et 84, jamais personne ne m’avait fait de remarque sur mes croyances.

Y’aura-t-il une majorité islamique aussi en Tunisie ?
Si, oui, la Barbarie sera de l’autre côté de la Méditerranée. Et je n’ai pas dit « de nouveau » : les tunisiens que j’ai connus et fréquentés à cette époque vivaient tranquillement leurs croyances, et c’était le sud : Gabès, pas Tunis. Il ne s’agit pas d’un retour vers l’Islam d’origine, mais de quelque chose de plus complexe. L’Islam de Mohammed se voulait apporter une amélioration pour son peuple, il y a 14 siècles… La Charia se basant sur le Coran et les Haddiths, et les Haddiths étant des paroles supposées de Mohammed donc invérifiables et surtout disant tout et son contraire et disant surtout que l’homme est supérieur à la femme, la Charia instaurée de nouveau en Lybie n’est pas l’Islam de Mohammed, c’est le pouvoir des hommes sur les femmes, c’est le retour à la folie des hommes. En Lybie, on ne tuera plus des hommes ou des femmes parce qu’ils s’opposent au pouvoir d’un dictateur, on tuera et on abrutira parce qu’ils voudront se rebeller contre une loi qui leur semble dépassée et parce qu’ils voudront vivre leur vie comme ils veulent. Enfin… une petite partie des Lybiens, car ceux-ci sont passés rapidement des tribus et des clans aux 4×4, à la climatisation, aux paraboles (tournées vers l’Arabie Saoudite ?), et aux téléphones portables, et il faut plus de temps que cela pour libérer les hommes et les femmes des liens claniques et du poids de la tradition. Ce ne serait pas bien grave… si la Lybie n’était pas riche de pétrole et farcie d’armes en tous genres.

L’avenir du monde s’assombrit encore…

Passion simple

2011/10/23

Cath avait parlé de ce livre, d’Annie Ernaux, décrivant la passion d’une femme pour un homme. Je viens de le lire, dans la journée. 77 pages. Quelques unes dans le lit ce matin, bien plus au soleil au Jardin de Ville cet après-midi, et le reste dans mon lit ce soir. Je suis un peu déçu. De ne pas savoir comment a commencé cette passion, pourquoi il (A.) lui est devenu si important, c’est-à-dire à quels manques ou désespoir il a répondu, pourquoi elle avait besoin de lui et de cette passion à ce moment-là dans sa vie, quelle fêlure attendait cet homme. Mais, comme elle le dit, elle ne voulait pas expliquer, mais seulement exposer. Car il lui semblait qu’expliquer aurait été reconnaître une erreur ou un désordre dont il aurait fallu qu’elle se justifie. Je suis également un peu déçu par l’absence de description de ce qui était l’essentiel pour elle : les séances de sexe avec lui. Car il n’y avait rien d’autre d’important en lui pour elle, que le sexe.
Une femme a vécu un peu (beaucoup je crois) cela pour moi, l’an passé. Ariane. C’est elle qui venait chez moi. Et elle était folle du plaisir que je savais lui donner, par ma patience et ma tendresse. Elle a beaucoup pleuré, face à ma simple tendresse et à ma simple bienveillance pour elle, qui étaient les prémices de l’amour peut-être ; car je pensais à une autre… qui s’en foutait. Et elle était mariée. Il faudra que je raconte cette histoire. J’en ai déjà peut-être parlé, je ne sais plus… Il faudra peut-être que j’écrive un livre, avec plusieurs chapitres, un par femme. Peut-être. La passion… Il y a quand même des choses qu’elle dit et qui ressemblent à ce que j’ai vu ou moi-même ressenti, plusieurs fois. Oui, je suis peut-être en manque de ressentir la même folie en moi, qui me donnait des ailes, mais m’empêchait de voir la réalité, c’est-à-dire la non-réciprocité souvent ou la difficulté pour elle à accepter ce « trop » de moi.
Nous, les hommes, pouvons « donner » notre corps à une femme, si elle le désire tant. L’inverse est moins courant.

Démence

2011/10/22

Verdict : ma mère est atteinte de démence moyennement sévère. Je vais faire une demande de mise sous tutelle. Puis je devrai rapidement la mettre dans un EHPAD. Pour la protéger. Déjà, j’ai coupé le gaz et installé une plaque électrique chez elle. Elle habite à 300km de chez moi et à 400km de chez ma demi-soeur, qu’elle ne veut plus voir depuis des années.

Pour ceux qui, comme moi, n’avaient pas eu de contact avec une personne atteinte de démence, c’est assez bizarre. Elle a la mémoire d’un poisson rouge, mais se souvient de son passé. Comme elle oublie ce qu’elle fait, et ne retrouve pas son sac ou ses clef, elle invente des explications : voleur rentré pendant la nuit. Pour expliquer son congélateur vide ou la vaisselle sale, elle invente des visiteurs. Elle croit que sa fille était là hier alors qu’elle ne l’a pas vue depuis 6 ans. Elle prend une poupée pour une petite fille. Elle parle à la voix enregistrée sur mon répondeur comme si c’était une personne. Elle ne sait plus quel jour, quel mois et quelle année nous sommes ; mais elle sait que nous sommes en automne. Elle n’arrive plus à trouver la bonne clef pour ouvrir chacun de ses verrous. Elle invente qu’il y a un nouveau magasin d’alimentation près de chez elle pour expliquer qu’elle peut se débrouiller seule et donc qu’elle n’a pas besoin de l’aide-ménagère que j’ai essayé de lui fournir, alors qu’elle n’est plus capable de faire de courses. Elle mélange les publicités et vieilles revues avec les courriers importants, de sorte que me voilà avec 4500€ de dettes en retard à payer en urgence. Etc.

C’est triste et émouvant. Je sens, parfois, qu’elle appelle au secours. Parfois, elle sent que quelque chose d’anormal se passe. Une fois, elle m’a dit qu’elle devenait folle puisqu’elle confondait une poupée avec une petite fille. Une fois… comparé aux 30 messages laissés en 5 jours sur mes deux répondeurs parlant de cette petite fille dans son lit qui ne mange ni ne parle. Car je ne peux plus lui répondre à chacun de ses appels : je lui réponds et, 5 minutes plus tard, elle me rappelle ayant oublié qu’elle m’a déjà eu au téléphone. Elle sait qu’elle a quelque chose à me dire, et retrouve mon numéro de téléphone écrit en gros au-dessus du téléphone, mais ne sait plus très bien pourquoi elle appelle.
Pourtant, alors que nous mangions et que je la prenais en photo, elle souriait, d’un beau sourire simple et bon, heureuse du simple plaisir de manger du raisin ou un oeuf dur, ou du pain frais avec du beurre et des radis. Des morceaux d’elle s’en vont.

Dans son cerveau qui s’étiole se débat un esprit qui s’évapore. Elle perd des facultés de mémorisation fondamentales alors que sa capacité à raisonner est encore bonne. Elle s’en va. Elle n’a plus vraiment conscience : de sa vie, de sa décrépitude, de sa mort prochaine sans doute. C’est émouvant, et triste. Mais c’est la vie. Elle ne parle plus, comme il y a deux ans, que je l’aide à mourir si elle perdait la tête. Elle a perdu la tête. Et c’est ma mère. Depuis longtemps, semble-t-il, elle est un peu perdue dans sa vie. Son père, victime du syndrome du Golfe pendant la guerre de 14-18, était un peu fou et très difficile et a dû installer chez lui une atmosphère difficile et lourde. Elle se sentait moins aimée que ses demi-soeurs, enfants d’un premier mari mort à la guerre. Elle se débrouillait moins bien qu’elles à l’école et ses parents l’ont poussée à apprendre la dactylographie. Elle est partie à 17 ans pour aller travailler : Vichy, puis Nice. Elle a logé quelques nuits chez les « bonnes » soeurs qui l’ont jetée à la rue quand elles ont vu qu’elle n’était pas croyante. Elle a été engrossée à 25 ans par un hiérarchique marié qui l’a jetée ensuite. Elle a connu mon père, qui était marié et qui a dû être attendrie par elle avec sa fille, ils m’ont eu, il a divorcé puis ils se sont mariés, mon père est mort (suicide) quand j’avais 13 ans, et elle a alors plongé dans une dépression dont je pense qu’elle n’est jamais sortie : il y a des vies où il y a trop de malheurs, et cela empêche d’avoir une vision claire de la vie et de sa vie. À part un peu de bonheur pendant quelques années d’enfance et pendant une quinzaine d’années avec mon père, sa vie a été triste et difficile, et elle a été comme absente de sa vie. La honte d’être mère sans être mariée, à cette époque, a dû la faire se replier, s’éloigner de sa famille. Puis se retrouver veuve dans de telles circonstances a dû achever de la détruire, la transformant en un petit robot vivant au jour le jour et incapable de retrouver la joie de vivre et la capacité à revivre. Ainsi, elle ne voulait voir mes enfants qu’en photos et ne les a vus qu’une vingtaine d’heures en tout, malgré nos efforts. Ainsi, pendant plusieurs années, elle n’a pas voulu me voir. Etc. Et j’ai hérité de son histoire : sa façon d’être m’a construit d’une façon particulière. Et mes enfants ont hérité de cette histoire. Depuis ce début du XXième siècle, entre une femme dont la famille de vignerons est ruinée par le phylloxéra et un homme détruit par la guerre, jusqu’à aujourd’hui : une chaîne de souffrances mal digérées qui génèrent d’autres souffrances. Nous sommes le résultat de notre jeunesse et des failles et souffrances de nos parents. Et nous portons cela pendant des années, mus inconsciemment par des traumatismes ou histoires mal comprises et non digérées. Et nous transmettons cela, inconsciemment, à nos enfants, ajoutant, par nos propres erreurs et souffrances, une nouvelle couche. Comment arrêter cette chaîne néfaste ? La famille de mon épouse a eu elle-aussi ses souffrance et ses secrets (grand-père mineur silicosé mort avant la retraite, mère enceinte à 18 ans, bébé mort à 1 ans, AVC mortel à 60 ans, grand-mère devenant folle de douleur et déclarant un Alzheimer, crise cardiaque, enfant si difficile à avoir, sur-amour pour les enfants, etc). Tout un héritage qui se traduit encore, secrètement, par une difficulté à vivre « bien », en conscience. Ma fille qui a vu agoniser et mourir sa grand-mère à 6 ans. Mon fils qui a été gravement malade à cause d’un connard de médecin. Et mon épouse si vite morte d’un cancer du côlon, partie sans avoir jamais vraiment pu nous dire au-revoir et parler de sa mort, à cause de la morphine et des dégâts au cerveau de la chimiothérapie et des métastases. Rien que du bonheur !! Pourtant, aujourd’hui, il faisait si beau, et c’était un plaisir de sentir le soleil. La vie, c’est un drôle de truc. Avoir conscience qu’on vit, c’est pas vraiment un cadeau, car on sait aussi qu’on va mourir. On voit son passé, et on a quelques idées sur les moments désagréables (voire TRÈS désagréables) qui risquent de nous tomber dessus dans le futur. Reste le présent. Surfer sur le haut de la vague, en attendant qu’elle meure sur le sable.

Ma mère s’en va. Elle est déjà pas mal partie, même… Il reste des photos, où elle sourit. Des photos, en Noir & Blanc, de bonheurs passés. Des malheurs, il n’y a pas de traces. À part, peut-être, la lettre écrite par mon père la veille de son suicide. Mais, dans cette lettre, il y a beaucoup d’amour.
Vivre « en conscience » chacun des instants de sa vie. Pour vivre vraiment. Donc, vivre moins vite. Donc, avoir un regard tranquille sur le monde, les sens et son esprit grands ouverts, pour capter et comprendre le maximum de choses. Pas facile… et j’y arrive moins bien ces derniers temps me semble-t-il. Car je me couche trop tard. Finalement, ne pas être satisfait de ma condition, cela me pousse à me questionner, à me faire avancer. Devrais-je redouter le bonheur de relations avec mes enfants enfin redevenues « normales » ? ou devrais-je redouter de trouver enfin une femme avec qui je serais heureux ? Les gens heureux n’ont pas d’histoire… Finalement, le bonheur endort ! La souffrance (enfin, un PEU de souffrance !) aiguise l’esprit et force à se poser des questions que, sinon, on a plutôt envie de ne PAS se poser.

Bah… Demain, je vais voir si l’équipe de France de rugby réussit à nous offrir de beaux moments de jeu ! Qu’ils gagnent ou perdent, je m’en fous ! Mais voir de belles actions, même écrasées par la force des All-Blacks, ça c’est un plaisir. Et, demain soir, je fêterai l’anniversaire de mon fils. Alors que, pour une amie, elle fêtera en même temps sa naissance et la mort de ses deux parents et d’un frère. La vie est une vraie salope ! Et elle a une imagination incroyable pour nous faire découvrir que le pire est toujours à craindre. Comment se remettre de tant de malheurs ? Hummm Je pense que l’Evolution a dû (comme d’habitude !) sélectionner ceux qui ont trouvé des solutions pour survivre aux malheurs. Ainsi, je me souviens que la dépression a des avantages. À condition d’en sortir.

Bon, au lit ! 😉

La télé rend con !

2011/10/22

La télé nous rend tous cons. Je m’en doutais… mais il me manquait des preuves. Ces preuves, je les ai entendues lors de la conférence de M. Michel Desmurget, directeur de rechercher à l’INSERM et auteur du livre : « TV lobotomie : la vérité scientifique sur les effets de la télévision ».

Sa conférence est un réquisitoire contre la télévision, et surtout contre la télévision vue par les enfants, de tous âges. Les nombreuses études qu’il a lues, ainsi que son propre travail, montrent que le rapport entre la télévision et les difficultés de nos enfants est le même qu’entre le tabac et le cancer : la télévision rend con, fait mourir plus jeunes, fait grossir ou devenir anorexique, rend plus violent, réduit la maîtrise du langage, diminue l’intelligence et la créativité, diminue la capacité à être attentif et donc à lire, etc. Mais elle fait vendre. La télévision est construite pour préparer les téléspectateurs à absorber inconsciemment les publicités, en utilisant quelques mécanismes simples. Exemple : la violence stresse ; sous stress on mémorise mieux ; donc les programmes sont conçus pour amener les spectateurs au meilleur état psychique permettant de mémoriser des marques et des réflexes. Nous sommes devenus des chiens de Pavlov. De plus, la télévision empêche nos enfants de s’ennuyer et donc de laisser libre cours à leur imagination. Les exemples qu’il a citées d’observation et d’expériences et de calculs statistiques sont évidents. Ainsi, aux USA, la baisse de réussite au fur et à mesure des années à un test général pour entrer en université est parfaitement corrélée à l’introduction progressive des télévisions dans les foyers américains.

Alors, si vous avez des enfants : pas de télé avant 6 ans ! Ensuite un nombre limité d’heures de télévision par … semaine !! Le mieux, c’est de jeter sa télévision, ou de l’enfermer dans un meuble dont vous gardez la clef afin de ne l’utiliser que pour les moments extraordinaires (comme la finale de rugby de demain !).