Libérez-vous !

Cela fait un moment que je tourne cette idée dans ma tête, rédigeant des bouts de chapitres en marchant en montagne, et qui s’effacent donc au fur et à mesure que je ne les couche pas sur le papier : écrire un livre intitulé « Libérez-vous ! », alternant les points de vue opposés sur différents sujets, afin de montrer que le « juste milieu » est la cible, et que c’est à chacun de trouver ce juste milieu en faisant l’effort de « penser sa vie » un minimum plutôt que de toujours se laisser emporter par elle. Pas un guide d’agir, mais un guide de réflexion sur ce qui nous entrave.
Ce titre, « Libérez-vous ! », c’est en écho au mauvais pamphlet « Indignez-vous ! ».
Mais, s’il faut se libérer, cela veut donc dire que nous sommes des prisonniers, des prisonniers d’habitudes et de pensées que nous avons acquises sans y penser. Donc, s’en rendre compte, c’est une première étape.
Mais, une fois libre, que faire de cette liberté ? Sur les rails d’une vie non choisie, on n’a pas à réfléchir, à choisir ! Choisir, voilà bien une peur profonde : l’angoisse de faire le « mauvais » choix. Pourtant, on peut se laisser guider par notre « instinct ». Enfin, une fois libéré de tout ce qui bridait notre pensée et notre « moi », probablement que l’évidence du « bon » choix se fera toute seule. Le « bon » choix… Mais y-a-t-il de « bons » choix ? À chaque instant où nous décidons de faire « ainsi » plutôt qu' »autrement », nous devons bien en accepter les conséquences, fussent-elles funestes. Et, sans erreurs, sans tomber régulièrement le nez dans le caniveau, peut-on vraiment avancer ? Ce sont bien nos « erreurs » et la douleur des conséquences qui nous poussent à plus activer notre « boîte à penser » lors des prochains choix. C’est comme la douleur physique : sans la sensation de brûlure, nous laisserions nos mains dans l’eau bouillante, nous condamnant à l’amputation. Suivre des habitudes et des règles, imposées par notre culture sociale ou familiale, cela nous simplifie la vie … apparemment. Mais, s’il est nécessaire que les enfants obéissent aux règles imposées par les parents, afin de survivre darwinement, il faut bien, à un moment, qu’ils rejettent ces règles imposées et définissent les leurs : sans cela le passé se reproduirait et la stagnation s’installerait, sans cela nous serions tous des robots.
Libérons-nous ! mes frères et soeurs ! 😉
.
.
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Oui, mais de quoi ?
Et que faire de cette liberté ? Et que faire si nos choix nous détruisent un peu et nous font haïr nos choix passés ?
Et, pour être libre, il faut donc nous libérer des « impedimenta » : tout ce qui nous retient, nous entrave, tout ce qui nous pèse. Comme : nos possessions, nos rancoeurs, nos regrets…
Être libre, c’est donc aussi se libérer du passé : pas l’oublier, mais le digérer. Et c’est aussi se libérer de la fuite en avant vers le futur : ne pas rêver l’impossible, mais rendre possible nos rêves. Et, donc, c’est vivre dans le présent. Justement, j’ai des choses à faire : acheter le pain, faire les courses, puis m’installer devant le match de Rugby France – Nouvelle Zélande. Du concret. 😉 Mais, quels sont mes rêves et mes espoirs ? L’immortalité ? foutaises. L’ataraxie ? je m’ennuie déjà rien qu’en y pensant. Eviter les souffrances ? elles semblent bien inévitables. Sourire ? Rire ? Oui, tiens, mieux vaut en rire ! Ha ha ha !! Passer le flambeau ? Transmettre quelque chose ? c’est aussi une forme d’immortalité. Et, d’une certaine façon classique, je suis immortel tant que mes gènes survivent dans mes enfants ; mais, bon, c’est très stupide aussi.
Être libre ? Oui, mais quoi faire de cette liberté ? Hummmmm Voilà un bel et beau sujet, à traiter en dizaines de milliers de pages… ha ha ha !
Allez, aux courses !

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2 Réponses to “Libérez-vous !”

  1. Encolie26 Says:

    Depuis de nombreuses années, j’ai près de mon lit une petite carte avec, calligraphié, une phrase de Montaigne « la vraie liberté c’est de pouvoir toute chose sur soi ».
    Je l’ai faite mienne et je me rends compte chaque jour de sa valeur et de sa profondeur.
    Il n’y a peut-être pas de notion universelle de liberté mais celle-ci me parle. Elle définit la liberté comme avant tout un rapport à soi-même et donc pas un empiètement sur les autres. Elle dit aussi que c’est à la mesure de sa propre personnalité. Je n’y vois pas le surhomme qui aurait un pouvoir auquel d’autres n’auraient pas accès, je n’y vois pas la limitation puisqu’à tout âge finalement ce pouvoir sur soi peut évoluer. Il y a aussi une notion d’exigence qui me plait. On ne peut pas se plaindre sans cesse quand on n’a pas de courage sur soi-même.
    Sortir d’un moment difficile où l’on a subi peine, souffrances, blessures des autres, c’est redécouvrir que les évènements peuvent aussi dépendre de nous seuls. Donc les choix dont tu parles plus haut mais pas seulement.
    C’est expérimenter le bonheur de décider pour soi et plus en fonction des autres. Ne plus être défini par les autres, par des membres familiaux qui prétendent vous connaitre « mieux que vous même », qui savent ce qui est bon pour vous ! par exemple…
    A partir du moment où je fais un choix, je l’assume complètement avec son lot de vicissitudes, de difficultés parfois mal évaluées.
    J’ai choisi, je suis claire, je sais que je peux le faire et j’assume les conséquences. Du coup je me sens libre par ce que je peux entreprendre à ma mesure. Le tout est évidemment de ne pas être dans une surestimation de soi qui conduit à l’échec. Bien que l’on puisse considérer celui-ci comme formateur. Enfin, c’est dur à avaler pour un petit moment.
    Que faire de cette liberté : excellente question. La première chose qui me vient à l’esprit c’est créer, expérimenter, découvrir… c’est là que toute la diversité humaine prend son sens.. peindre, faire de la cuisine une passion, visiter la planète, bâtir un nouveau monde, apprendre à jouer de la musique… c’est infini…
    Avec la liberté, c’est la notion de plaisir qui vient… le bonheur.
    Avant de donner un mot d’ordre aux autres , il faut l’expérimenter soi-même.
    Je sais que, dans mon entreprise, la liberté que j’affiche en ayant été capable de m’expatrier seule, de prendre un poste avec des risques, de braver les différences culturelles est source de jalousies, d’incompréhension et d’admiration parfois. La plupart du temps, les gens n’aiment pas voir la réussite de ceux qui prennent le risque de la liberté de penser et d’agir. Je rencontre beaucoup de gens médiocres qui se réjouissent si je tombe, si j’ai des périodes de doutes… ils peuvent alors voir leur manque de liberté comme une prison sécurisante. La liberté fait peur….
    Je ne comprends pas quand tu dis « nos choix nous détruisent un peu ». Oui, si on parle d’un passé où l’on a comme moi obéi pour répondre à une image sociale et familiale. Ces choix ont été destructeurs. Ensuite la thérapie, en faisant son ménage salutaire m’a permis d’accéder à la liberté intérieure. Pour ma part, c’est aussi un chemin dans la spiritualité pour la « lessiver » des scories, des rites des croyances inutiles. Là aussi je me sens très libre et on peut venir me challenger sur le sujet, je n’ai pas peur.
    Le prix à payer pour l’instant c’est la solitude.
    La liberté c’est aussi me rendre compte que l’on est seul et que c’est dans l’altérité que se trouve le bonheur.
    C’est pourquoi je suis joyeuse quand je rencontre de belles personnes… c’est la liberté que j’expérimente qui l’a permis.
    Excuse-moi pour la réponse un peu longue mais tu nous propose des sujets philo… et je n’en ai jamais fait !

  2. trex58 Says:

    Pour ma phrase « nos choix nous détruisent un peu », elle n’est pas claire… Je voulais dire, comme toi, que – parfois – nous faisons de mauvais choix qui conduisent à des conséquences graves, comme une perte d’une partie des fonctions de notre corps. Exemple : acheter une moto, prendre du plaisir à rouler vite, se casser la figure, et se retrouver sur un fauteuil roulant à vie. Ou, comme moi, vouloir participer au Gala de l’Ecole de sa fille et se bousiller définitivement les oreilles. Nos choix, parfois, entraînent une perte d’une partie de nous-même, définitivement. Alors, la leçon est dure…

    Merci pour ce beau commentaire ! qui n’est pas trop long.

    Notre liberté s’arrête là où commence celle des autres.
    Et merci pour cette belle phrase de Montaigne, qui cristallise en quelques mots ma pensée un peu floue.

    Quant au courage sur soi-même… je ne suis pas un très bon exemple. Bon en paroles, moins bon dans la pratique du courage de ma liberté. Mais il faut bien commencer quelque part ! Prendre conscience d’abord. Me libérer des voiles qui obscurcissent mon jugement.

    « décider pour soi et pas en fonction des autres », où « autres » peut désigner ses enfants, par exemple. Oui, mais, pour décider de sa vie sans trop penser à ses enfants devenus grands, il faut aussi avoir pu faire son deuil de l’époque où ils étaient à la maison, et donc faire son deuil de ces moments de bonheur, et trouver d’autres façons d’être heureux.

    Si c’est bien à chacun de décider des directions de sa propre vie, l’autre peut quand même avoir une vue plus claire que soi-même de ce qu’on est. Je veux dire que, parfois, on n’est pas conscient de toutes les conséquences de ses paroles ou actes, et donc l’autre, en observateur extérieur, peut nous permettre de voir ce que nous n’arrivons pas à voir, car noyé dans l’enthousiasme ou la peine par exemple. Ils ne nous connaissent pas forcément très bien, mais ils nous renvoient en miroir une image de nous qui nous aident à mieux comprendre l’impact sur eux de nos paroles et actes.

    On peut aussi faire des choix en sachant sciemment qu’on n’en a pas évalué les conséquences et qu’on peut risquer gros. Mais ici « sciemment » veut bien dire qu’on accepte d’avance toutes les avanies possibles. Comme démissionner de son entreprise sans solution de repli parce qu’on juge qu’on a fait un très mauvais choix et qu’on s’y abime et qu’il faut immédiatement partir dans une autre voie ; mais il faut avoir d’autres cordes à son arc et une énergie sans faille. Ou bien tomber amoureux.

    Quant à oser écrire un livre sur ce que chacun pourrait/devrait libérer en soi, c’est aussi un moyen pour l’auteur de mieux voir les chaînes dont il a su se libérer, mais aussi celles qui l’entravent encore. Les chaînes psychologiques étant les plus difficiles à rompre peut-être.

    Quant à partir ailleurs (autre entreprise, autre pays), je m’en sens incapable : je n’ai plus envie de lutter pour me faire une place parmi de nouveaux collègues et obtenir une « meilleure » place. Par contre, j’ai envie de mieux vivre dans mon travail et avec mes collègues, et d’avoir du temps pour moi au-dehors. Et, lorsqu’on a craqué une fois, on reste fragile et on a terriblement peur de retomber au fond de la piscine. Être en forme physique et psychique pour avoir les idées claires, voilà mon but.

    La liberté fait peur : oui. Surtout si on a « quelque chose » plutôt que « rien ». Quand on crève de faim quelque part, pourquoi ne pas partir ailleurs ? comme les paysans affamés d’Irlande (et d’ailleurs) il y a 3 siècles. Alors que, installé dans un « bonheur » bourgeois, comme un commerçant pour qui tout marche bien, on n’a guère envie de tout perdre. L’esprit d’aventure confine parfois à la bêtise. Quand on n’a rien à perdre, on est libre.

    Devenir libre, c’est devoir faire face par soi-même et prendre des décisions. L’esclave, parfois, se trouve « bien » dans ses chaînes…

    « voir son manque de liberté comme une prison sécurisante » : nous recherchons aussi l’homéostasie : prendre soin de notre corps et de notre personne, pour vivre longtemps encore. Vivre peu mais intensément ou vivre longtemps mais mollement ? À chacun de décider, selon ses possibilités, mais à condition d’avoir les idées claires et ne pas avoir l’esprit embrumé par des idées qui ne sont pas les nôtres.

    « Être libre des croyances inutiles » : un article de je ne sais plus quelle revue que je lis parle de notre libération des religions, mais pour un retour vers des croyances antérieures, vers la « pensée magique », vers l’idée de forces invisibles qui dirigent nos vies (qui se manifesteraient lors du tirage de cartes du Tarot par exemple), vers des idées du genre que les fantômes existent (et donc que la mort n’est pas la fin), etc. C’est de ce genre de croyances qu’il me semble qu’il nous faut nous libérer : accepter notre impermanence et notre finitude, aussi inconcevables et douloureuses soient-elles. Car, en zeitnot, quand on sait que le temps nous est compté, nous savons qu’il nous faut faire des choix, les « bons » choix, au lieu de laisser filer le temps…

    « Le prix à payer pour la liberté, c’est la solitude. » Oui, difficile d’avoir une pensée (un peu) différente dans un troupeau de moutons bêlants. Les Hommes n’aiment pas ceux qui pensent autrement qu’eux. Les Sociétés d’Hommes ont toujours rassemblé des personnes qui partagent un grand nombre d’idées communes. Ce n’est que récemment dans l’histoire de l’Homme, avec l’apparition des grandes villes il y a 3 ou 4000 ans, que des personnes pensant différemment ont pu vivre ensemble. Enfin, il me semble…

    La vie sans les autres n’a ni sens ni joie ni bonheur. Nous sommes des primates grégaires, pas des ours !

    Quant à la philo, j’ai eu 6 au BAC… Mais, là, dans ces discussions, chacun explore le coeur de la philo : essayer de penser sa vie et chercher quoi en faire.

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