Melancholia

« Melancholia » de Lars Von Trier.
Bon, si vous avez des antécédents familiaux de dépression, encore plus si vous êtes en dépression, et surtout si vous avez peur de la mort et avez des tendances suicidaires, n’allez pas voir ce film ! Car il est déprimant…
En plus, il est à moitié loupé. Mais à moitié réussi aussi.

(attention : la suite de ce billet dévoile le scénario. Lisez-le APRÈS avoir vu le film)

La planète Melancholia, qui était restée cachée depuis longtemps, se met en tête de croiser l’orbite de la Terre. La croisera-t-elle ? ou pas ? Le générique ne nous cache pas la vérité : la Terre va se faire engloutir par la grosse Melancholia : on va TOUS mourir ! Rien de neuf… sauf que, excepté une possible guerre nucléaire généralisée et instantanée, nous ne sommes pas supposés mourir tous à la même seconde… 6 milliards d’âmes arrivant au Ciel toutes en même temps : ça va faire des bouchons au péage ! Paradis ou Enfer ? Et les âmes des autres animaux, où c’est qu’elles vont attendre elles-aussi que le Bon Dieu fasse le tri ? 😉

Première partie : Justine. Justine se marie. Elle en a rien à foutre, elle déprime. Ce mariage, en costume 3-pièces et pièce montée, elle en a rien à foutre, et nous non plus. C’est long et lent. La mère est insupportable, le père a la chair faible, le beau-frère a plein d’énergie (et d’argent), la soeur est pleine d’amour pour sa soeur. La mariée était en blanc… mais elle pisse sur le golf et viole un jeune homme consentant toujours sur la pelouse du golf, mais ne se donne pas à son époux, qui se tire. Elle dit ses quatre vérités à son ignoble patron, qui se tire. Et personne ne la claque !

Deuxième partie : Claire. Quelques temps après le mariage foiré. Charlotte Gainsbourg vieillit mal… ou alors elle a trop pris la gueule de l’emploi : celle qui a peur de mourir. De toute façon, son mari a eu plus la trouille qu’elle : il tire sa révérence avant, seul, dans un « long » sommeil. Finalement, face à la mort qui devient évidente, la dépressive Justine se sent en pleine forme : sans doute se dit-elle qu’elle n’aura pas à se suicider. Ou, plutôt, quand sa vie est déjà vide, quand on n’a rien ni personne à perdre, on ne craint pas la mort. Quant à Claire, son énergie et son courage s’effilochent, apeurée, ne sachant que faire pour sauver Léo, son fils. L’Apocalypse est là : Justine tourne le dos à la planète qui vient gober la Terre et reste parfaitement calme, Léo ferme les yeux dans la cabane magique, et Claire hurle sa peur en voyant arriver sa mort.
La Fuite, l’Acceptation, l’Ignorance, la Peur.
Qu’importe, puisque la Mort avale tout et ne recrache rien.
Et Justine qui nous avait asséné la nouvelle qui nous fout encore plus les jetons : il n’y aurait pas d’autre vie dans l’Univers…
Oui, ce qui manque dans ce film, c’est l’humour noir face à ce qui est horrible mais sur lequel on n’a pas prise. Il nous manque une bonne vanne à la Desproges, du genre : « Ca tombe bien ! Ca fait un mois que j’ai pas fait la vaisselle ni le ménage chez moi : j’aurai plus de retard ! »

Bon, l’idée était pas mal, même si de nombreux bouquins de Science-Fiction ont LARGEMENT déjà utilisé cette idée. Le choix d’observer un petit groupe de personnes isolées, en refusant le spectacle des foules terrorisées qui fuient (pendant que des voyous brisent connement les vitrines et pillent les magasins d’électronique ou de fringues !), est une bonne idée. Ce huis-clos rappelle d’autres films. Et cette méchante planète, qui s’approche puis s’éloigne puis revient, a le meilleur rôle. D’ailleurs, on attend la suite ! Melancholia, ensemencée de quelques molécules et de pas mal d’eau, finira peut-être bien elle-aussi par porter la vie : des petits Hommes bleus ?

Stanley Kubrik ou Steven Spielberg auraient fait mieux, je pense… en faisant monter la pression chez les uns, tout en montrant le calme innocent et l’acceptation des autres.
D’ailleurs, côté caméra, c’est pas le pied non plus : pas mal d’images floues, et une caméra qui bouge trop et nous donne le tournis. Mais que le paysage est beau depuis le château ! la pelouse, les arbres taillés et alignés, la mer, les îles rocheuses si près, et la Lune et Melancholia qui se montrent en même temps.

Déprimant… La Fin du Monde, sans humour ni espoir, c’est vraiment déprimant. Heureusement que, après la séance, nous sommes allés nous boire un petit quelque chose dans un resto japonais tenu par un petit chinois très sympathique et souriant, à la philosophie simple et rustique, mais efficace.

Bon, il faut que je range mon appart avant la Fin du Monde ! Dehors, le soleil apparaît enfin, mais toutes les montagnes sont dans les nuages. VdM !

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4 Réponses to “Melancholia”

  1. marlaguette Says:

    Je refuse de lire ton billet en entier…j’attends que le film sorte dans une salle locale et je veux me faire ma propre idée… Et il faut aussi que je ménage à fond avant cette P—– de fin du monde …. C’est plus déprimant qu’un film peut-être raté !
    Bisouille quand même pour te donner un chouilla de courage !

  2. trex58 Says:

    Oui, oui. Ne lis pas tout ce billet, qui dévoile trop de choses.
    Mais je te conseille un doublet : Melancholia en premier, puis « L’art de séduire » ensuite, juste après ! Ou alors, vas-y avec des amis et faites-vous un resto ou un bar après. Mais, seule, vaut mieux pas. Ou alors, faut être vacciné. Les deux amies d’OVS qui ont vu le film avant moi ont pleuré, et la troisième a quitté la salle dans la première heure (indisposition à la clim ? ou sujet trop fort pour elle ?).
    Faire le ménage : déprimant ? Mais non, c’est fun ! Mets de la musique !
    Merci pour le bisou ! Quant au courage, je vais l’utiliser tout de suite pour aller vite acheter mon pain avant que les rares boulangeries encore ouvertes soient dévalisées !

  3. Encolie26 Says:

    J’ai vu ce film et j’ai trouvé un bon commentaire sur le site du Monde. Arrivé à un certain degré de mélancolie , la mort est une délivrance accueillie comme une joie.
    Je pense aussi que Kubrick aurait fait du sujet mieux mais j’ai apprécié que ce ne soit pas fait dans le style « La guerre des Mondes » avec 3000 figurants qui hurlent.
    Dans le petit groupe avec lequel je suis allée voir le film , pas mal de femmes, qui ont commenté le choix du mari. Premier réflexe est de le trouver lâche (mais ça on a l’habitude…), d’autres étaient convaincus qu’il savait depuis le début mais craque à la fin. Pour moi il est seulement le symbole des Hommes qui croient en la toute puissance de la science, agissant comme Dieu et constatant comme des enfants qu’ils n’ont pas le pouvoir définitif d’influer sur tout. Renoncer à la toute puissance ou se tuer. Pour moi les trois personnages sont des archétypes, des symboles. L’hyper-sensibilité de la mélancolique lui permet d’être prête avant les autres, de profiter des derniers instants. Le dernier acte humain sera créatif et magique (la cabane). C’est là l’exceptionnel différence entre les humains et le règne animal.

  4. trex58 Says:

    Melancholia : le sens antique de mélancolie est légèrement différent du mot dépression. « Bile noire », état réservé aux génies, me dit Wikipedia. D’autre part, elle n’aboutirait pas toujours à un résultat négatif, comme le deuil dont le travail permet de renaître à la vie.
    Mais, effectivement, pour Justine, la planète Melancholia vient résoudre ses soucis : elle accueille avec tranquillité ce qui la libère. À moins que, guérie de sa mélancolie, elle accepte calmement ce qui arrive et qui est inéluctable : inutile de se battre contre ce pour quoi on est désarmé : l’acceptation. Comme le moine bouddhiste de je ne sais plus quel film l’an passé qui se laisse emporter par la vague assassine.
    Pour le mari, le choc est d’autant plus rude que sa croyance en l’infaillibilité des sciences lui a totalement fait omettre l’hypothèse que ce soit la fin : il n’est pas préparé, le choc est trop fort pour lui, si prêt de la fin. Mais, comme certains qui se pendent sachant pertinemment que ce sont d’abord leurs proches qui les trouveront, il ne va pas au loin cacher sa mort. Lâche ? Peut-être. Mais, surtout, il laisse son fils face à sa mort, sans lui apporter son aide spirituelle. Mais, puisque notre esprit ne survit pas à nos corps, à quoi bon ? Qu’y-a-t-il d’important à faire lorsque plus rien ne compte car tout disparaîtra ?
    Enfin, où est la religion dans tout ça ? Pas de supplique à un Dieu. Pas de cris ni d’injures à un Dieu injuste. Pas non plus de commentaires sur l’ennui de Dieu lorsque toute ses créatures auront disparu…
    Oui, une fin du monde sans Dieu : Dieu est bien mort.
    Oui, cette cabane magique pour l’enfant, l’innocent, c’est une idée merveilleuse, un peu comme ces constructions qui ne durent que le temps de les prendre en photo, comme ces mandalas (cercles !) de sable tibétain.
    Cette fin du monde, de toute vie dans l’Univers comme le dit Justine qui semble avoir un « don », c’est le néant, une accélération du temps, puisqu’un jour notre planète sera cuite et avalée par notre Soleil qui aura gonflé démesurément.
    Beau sujet, bonnes idées, mais – en plus des erreurs cinématographiques – il manque un petit quelque chose dans ce film… L’espoir ?! Comment vivre sans espoir ? Peu de films sont allés aussi loin pour dire que tout est impermanent.

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