Elle

Ne pas aller la voir.
Ne pas lui téléphoner.
Ne pas lui écrire.
Attendre.
Attendre qu’elle vienne prendre des nouvelles de moi, peut-être.

Pour moi : me permettre de digérer la douleur de l’interruption trop brutale de cette relation. Apprendre à vivre sans elle, en sachant que je ne peux pas la voir.

Pour elle : lui permettre de se calmer, de retrouver sa liberté, de faire retomber son besoin inhérent de solitude. Lui laisser le temps pour que le souvenir des moments heureux ensemble lui revienne, pour qu’elle fasse la part entre le bénéfice de ce que je lui apporte et ce qui lui pèse. Laisser passer suffisamment de temps pour que le sentiment que quelque chose lui manque par mon absence lui vienne : pour que le désir de prendre de mes nouvelles, d’entendre ma voix, et de me revoir, lui vienne. D’autant plus qu’elle va être très occupée pendant les 15 jours qui viennent : un chantier et son premier stage.

Attendre… Je ne suis pas bien fort pour ça. Les jours me semblent si longs… Heures et jours que je n’utilise pas bien. Je fais de la photo : c’est déjà ça. Transcender ma douleur dans la pratique d’un « art » ? fut-il futile et virtuel comme la photographie.

Attendre. Dans 15 jours exactement, si son chantier et son stage ont bien marché, elle sera heureuse et voudra peut-être partager sa joie avec quelqu’un ? Ou bien, au contraire justement, cela lui sera la preuve que, seule, elle peut être heureuse… Sans parler du risque qu’un contact précédent ne refasse surface. Ou qu’une rencontre nouvelle se fasse… À moins que cela ne se passe mal ? je ne lui souhaite pas.

Espérer que, avec le temps, elle se souvienne des bons moments, oublier un peu ceux où son besoin de solitude était exacerbé par ma présence… C’est bien gentil… mais notre cerveau est conçu pour mémoriser les événements pénibles, afin de les éviter. C’est l’Evolution qui a mis ce mécanisme en place, pour que ceux qui ont survécu à des épreuves s’en souviennent et les évitent par la suite. Nous sommes toujours des hommes de Cro-Magnon, formés pour survivre à une Nature dangereuse…

Bon sang ! 15 jours à attendre ! L’idée m’est insupportable ! 15 jours à attendre de savoir si je compte suffisamment pour elle pour que, inquiète ou intriguée, elle vienne prendre de mes nouvelles (ou pas). Et je fais quoi, moi, pendant ce temps ? Je me fais mettre en coma artificiel pendant 15 jours ?! Et si, au bout de ces 15 jours, elle ne s’est pas manifestée, je fais quoi ? Je repars pour 15 jours de plus ? ou je prends l’initiative de l’appeler au téléphone… au risque de ne pas tomber sur un moment où elle est disponible et attentive et ouverte à l’idée que – finalement – j’ai de bons côtés…

Je me sens totalement à la merci de quelque chose que je ne maîtrise pas… de quelque chose avec lequel je n’ai même pas le droit d’interférer afin de laisser agir la levure miraculeuse : le calme, l’oubli, le manque, le désir !

Et ne pas tomber non plus dans l’espoir débile que, si jamais elle me rappelle, tout va reprendre comme avant… Si elle appelle, cela risque bien d’être seulement en amie. Même si, inconsciemment, elle a un manque et un désir, elle risque bien de ne s’autoriser à me rappeler qu’en amie. Alors, à moi de faire ce qu’il faut pour la reconquérir (si je veux toujours d’elle à ce moment-là…) : juste lui proposer quelque chose de simple : une balade en montagne par exemple, comme on se l’est dit cet hiver. Contrôler mon désir et attendre que le sien pour moi revienne… Ne pas la toucher et attendre que l’envie de ma tendresse et de mes mains la pousse à faire le premier pas. Problème : comme tous les hommes, j’ai bien du mal à discerner ce qui est une avance de ce qui est simplement une gentillesse de pure forme ; et, pour éviter les impairs (plaquer sur un sourire l’idée que cela veut dire plus…), j’ai (comme beaucoup d’hommes) tendance à ne pas croire ce que je vois (ou crois voir).

Que ne donnerais-je pas pour, de nouveau, marcher la main dans la main avec elle, sous le soleil, dans un lieu nouveau et charmant…

Je suis pathétique…
Et il faut que j’arrête de regarder si j’ai reçu un mail d’elle…

Respecter son désir d’être tranquille un moment…

VdM

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6 Réponses to “Elle”

  1. Leto Says:

    Vu de loin, tu vas faire peur, effrayer et éloigner.
    Si tu serres trop ta bouée, elle va éclater.
    Tu penses trop à toi, pense à elle.

  2. trex58 Says:

    « Pense à elle » ? Mais je pensais à elle ! Trop… Non, sans rire, j’ai été un ange. Seulement, comme les anges, je lui ai trop collé après… ce qu’elle ne supporte pas.

    Oui, à trop insister, on fait peur, on effraie, et on éloigne l’autre.
    Là, je vais faire le mort, et vivre ma vie.
    Dans 15 jours, on verra si ça va mieux, si tous les sentiments qu’elle a eus et exprimés envers moi lui sont revenus, effaçant ce sentiment, qui lui est propre, d’être trop « serrée ».

  3. Leto Says:

    test de robustesse

  4. trex58 Says:

    « Test de robustesse » ? Ah ! oui ! Ha ha ha !

  5. miaasublime Says:

    Tout cela me rappelle furieusement les algorithmes de programmation ou les scénario de vente par téléphone : si, alors, sinon, alors…

    Et si, au lieu de cogiter, de supposer ce qu’elle veut/voudra ou pas, vous commenciez par accepter que vous ne pourrez pas maîtriser toutes les données en ce qui la concerne, sur le pourquoi réel de ce « besoin d’air » et que vous lui laissiez le droit de garder le silence sur cet aspect là. Cela vous permettrait sans doute de pouvoir la recontacter plus tard, pas forcément dans 15 jours, mais quand l’envie sera trop grande et de simplement prendre des nouvelles d’elle (pas de votre histoire à tous les deux!) et de lui dire que vous êtes toujours partant pour cette balade en montagne si/quand elle voudra. Et ne pas revenir sur ce qui vous tracasse. Elle finira bien par vous le dire, d’elle même, quand elle aura pris assez de recul.

  6. trex58 Says:

    Tout raisonnement passe par des hypothèses. À chaque possibilité, il faut mettre un « poids », indiquant la portée présumée du rôle de chacune de ces possibilités.
    De plus, le fait d’exposer ces hypothèses à la personne concernée, cela lui permet de voir clairement des choses qu’elle s’obstinait à ne pas voir peut-être. Mais, bon, je ne suis pas son psy… Mais, aussi, elle est elle-même en ce moment en recherche d’être mieux avec elle-même, de comprendre les causes de sa façon d’être, et de s’en libérer. C’est comme pour son addiction à la cigarette : le désir de s’en libérer vient d’elle-même, et je n’ai fait que l’aider.
    Quant à son « besoin d’air », c’est elle qui en a beaucoup parlé, me prévenant de sa nature versatile, me prévenant de ces moments de repli sur elle.
    Il y a une cause profonde à sa difficulté à être avec les autres, parfois. Sa petite enfance. Elle hérite aussi d’une lourde histoire du côté de sa mère. Des choses non digérées. Peut-être encore des non-dits…

    Oui, je la recontacterai plus tard pour prendre de ses nouvelles (son chantier, son stage), comment elle va. Je lui parlerai de cette balade que nous voulions faire ensemble. Et je ne parlerai pas de tout ça, et je ne demanderai pas de reprendre là où nous en étions : j’essaierai de recommencer à zéro. Ce n’est pas possible, bien sûr… mais il faut oublier un peu les difficultés et revenir à l’essentiel.

    Bon, je vais marcher en montagne.

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