Lettre à Elle

« Elle » l’a reçue hier. Tel que.

Je ne suis pas content du mail que je t’ai écrit dimanche soir.
J’étais mal, triste, déboussolé, anéanti, un peu en colère.
Toutes ces larmes m’avaient épuisé, et je me suis couché à 11h, avec un mauvais mal de tête malgré un cachet, et j’ai mal dormi, et j’ai été une loque toute la journée au boulot.
Je me suis mal exprimé sur différentes choses.
J’ai parfois dit des choses un peu blessantes pour toi, parce que j’ai souffert ce dimanche après-midi. Mais je sais que souffrir fait partie de la vie, qu’il faut l’accepter quand on ne peut pas l’éviter.
J’ai aussi parfois essayé de te convaincre, de te reconquérir, choisissant des mots plutôt que d’autres. Je n’ai pas toujours été « vrai » dans ce long mail. Il m’aurait fallu plus de sérénité.
Je n’étais pas tout à fait moi-même, pas au mieux de ce que je peux être.
Tes sentiments envers moi sont forts. Cela s’est vu dans les mois passés à tes sourires, à ta joie, à ton bonheur d’être avec moi. Cela s’est vu à ton plaisir de voir combien je suis attentif à toi, combien j’essaye de te connaître et de comprendre qui tu es. Tous les deux, nous essayons de comprendre le plus de choses possibles, pour mieux nous comprendre aussi, pour ne pas simplement vivre, mais pour essayer de vivre un peu plus « en conscience » : être conscients de nos faiblesses, et des causes qui nous poussent à dire et à agir. Tâche infinie et impossible, bien sûr, car nous sommes complexes, changeants, dépendants de tout ce qui se passe dans notre inconscient, et qui nous manipule et nous pousse, dans un sens ou dans un autre : nos désirs, nos rêves, nos peurs, les souvenirs qui nous font inconsciemment réagir d’une façon qui nous surprend.
Le sexe, ça se passe essentiellement dans le cerveau. Si tu j’ai pu faire naître autant de plaisirs en toi, qui t’ont surprise et bouleversée, par leur force et leur répétition, que tu n’avais jamais connus à ce point, ce n’est pas seulement parce que je suis attentif, tendre, attentionné, et débordant de désir, pour le sexe et pour toi, ce n’est pas seulement parce que je suis un « bon amant », ou que parce que j’ai des sentiments forts envers toi. C’est aussi, et surtout, parce que tu as de forts sentiments envers moi et que, dans ces moments-là, tu as confiance en moi ; ce qui fait que, dans ces moments-là, tu laisses ton corps et ton âme libres de vivre vraiment ces instants de plaisir : tu te laisses aller, sans retenue, tu laisses parler tes désirs, ta part animale ; tu oses relâcher ton contrôle. Dans ces moments-là, nous sommes bienveillants l’un envers l’autre, nous sommes nous-mêmes, nous vivons intensément un don l’un pour l’autre, nous communions nos corps et nos pauvres âmes, nous arrêtons le temps, nous sommes libres, hors du temps, libérés des contraintes. Et nous sommes heureux d’avoir trouvé quelqu’un qui prend soin de nous, de notre corps et de notre âme, perdus dans ce monde absurde. Dans ces moments-là, nous sommes « sauvés ». Et, après, tu gardes mon odeur sur toi. Mais après aussi, quand les hormones du plaisir et tu bonheur se dissipent, tu t’inquiètes, tu réfléchis, tu raisonnes, tu as peur de t’être ainsi laissée aller, tu as peur de ce qui peut arriver, de devenir dépendante, d’avoir perdu ta cuirasse, de souffrir trop plus tard. C’est cela ? Toutes ces raisons que tu trouves : différences, affinités, etc., ce sont des raisons que tu forges pour nier l’évidence, pour reprendre en main ta vie pour revenir dans la direction que tu t’es choisie, qui t’a semblé être la bonne. Et cette certitude te soutient. Le bonheur n’existe que par opposition à d’autres moments, plats, tristes, douloureux. La souffrance, physique ou psychique, est inévitable. Il faut savoir accepter le bonheur qui est là, dans l’instant, dans les jours qui s’écoulent. Car le futur n’est pas garanti… Bien sûr, il faut agir pour le futur, aussi. La difficulté est d’associer les deux. Et puis, peut-être bien que tu n’as jamais rencontré d’homme qui, comme moi, fait si attention à l’autre. Enfin, pas toujours… Mais, oui, si je fais ainsi des kms pour venir te voir, si tu fais ainsi des kms pour venir me voir, c’est bien qu’il y a quelque chose qui nous pousse ?! Ce n’est pas simple. Rien n’est simple. Mais tu anticipes peut-être bien un peu trop de possibles futurs déplaisants. Oui, je suis gamin au point de ne pas trop penser à la suite. C’est pareil à mon boulot : parfois, enthousiaste, je me lance dans des aventures qui, ensuite, se montrent parfois trop difficiles pour moi. Mais comment savoir si l’on peut grimper en haut de la montagne sans essayer ? Je ne réfléchis pas. La montagne me plaît, alors je monte. Oui, je suis écartelé entre un gamin et quelqu’un qui essaye d’être sage. Oui, je peux faire l’amour de façon intense et belle et essayer, maladroitement, de comprendre ce qui se passe en nous et d’essayer de le décrire. Oui, dans n’importe quelle relation, il y a des hauts, et des bas, et la possibilité d’une fin. Je peux diriger et définir des projets informatiques complexes et me laisser aller chez moi. Oui, je peux m’enthousiasmer et puis avoir des craintes, irraisonnées. Je peux parfois oser sans réfléchir et réfléchir trop au point de ne pas oser. Oui, je suis parfois incohérent, bizarre, changeant, adaptable. Je suis plein de choses. Je suis riche de ma bêtise et de mon intelligence (limitée). Mais j’essaye d’avancer, dans le domaine le plus difficile : me comprendre, et trouver du bonheur. Le temps et les bonheurs que j’ai gâchés avant, les souffrances que j’ai vécues, cela me pousse à essayer de trouver du bonheur : et je ne conçois pas le bonheur seul, mais à deux. Et je suis d’une grande maladresse. Et, moi aussi, j’ai des doutes, des hésitations, des hauts et des bas. Je suis compliqué… mal construit, mal fini. Toi aussi. Nous sommes tous mal dans notre peau d’humain, mortel, imparfait, fragile, à la recherche du bonheur (qui s’échappe dès qu’on croit l’atteindre). Le bonheur, ça peut être très simple… Ca pourrait être très simple. Comme tremper un bout de pain dans de l’huile d’olive quelque part dans un endroit frais et doux, à l’ombre, l’esprit en repos et au calme, sans souci ni tension, juste dans l’instant présent. La difficulté est d’être dans l’instant présent tout en sachant que le nombre de ces instants est limité. Tout en sachant que nous avançons inéluctablement. Alors, j’ai envie de profiter du printemps, de l’été, du soleil, de la douceur, de la chaleur, de la Nature renaissante, avec quelqu’un, plutôt que seul. Quelqu’une qui, comme toi, me plaît, bien qu’imparfaite et changeante. Ensuite ? Ensuite, je n’en sais rien. C’est trop loin. On verra bien. Je sais qu’on ne peut pas faire de plan pour le futur, que nos espoirs peuvent être amèrement détruits. Mais c’est comme ça. C’est absurde. C’est la vie. Il faut juste faire avec. Saisir des petits bonheurs quand ils se présentent. Dans le passé, j’en ai loupés beaucoup… d’où mon désir, insatiable, de prendre le bonheur quand il se présente, sans trop réfléchir, comme un enfant parfois, ou comme un ado. Sinon, espérer le bonheur dans le futur, ce n’est pas bien raisonnable ni sage… Oui, je ne suis pas fini, inégalement développé, parfois responsable et parfois non. Et alors ? Je ne me contente pas de vivre sans penser. Je ne m’illusionne pas en me noyant dans la théorie et en me réfugiant hors de la vie. Je mélange les deux : réfléchir à ma vie, et essayer de vivre. Maladroitement. Et sexuellement, bien sûr. Tant que ça fonctionne… et que je peux ressentir ces moments si intenses. Oui, je reviens encore au sexe. Mais il n’y a pas que ça entre nous. Tu le sais bien. Entre deux séances de plaisirs intenses et partagés, je ne t’abandonne pas et je ne vais pas vivre dans mon coin en attendant que mon désir revienne. Je reste près de toi, attentif, attentionné, maladroit, essayant de comprendre pourquoi, parfois, un visage dur et fermé remplace tes sourires. Je t’observe, pour te comprendre. Tâche impossible, bien sûr. Mais peut-être plus facile pour moi que pour toi. Il est si difficile de se comprendre soi-même… Et, quand tu parles de moi, en bien ou en mal, je suis heureux d’en apprendre sur moi, de l’extérieur, et de quelqu’un qui tient à moi.
Oui, j’avais promis de ne pas écrire… Je me suis parjuré, désolé.

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