Aimer

Aimer, c’est se rendre tendre et vulnérable.
Alors que, pour vivre seul, il faut se durcir, pour tenir, malgré les manques.
Alors, pour celui/celle qui voulait être dur pour réussir les buts qu’il s’était assignés, pour réussir ce qui lui semblait donner un sens à sa vie, aimer, cela veut dire redevenir faible. Et cela fait peur. Peur de se perdre dans un chemin trouble et incertain, un cul-de-sac peut-être, loin de ce qu’il/elle pensait être le « bon » chemin, peur de ne plus pouvoir poursuivre ce chemin solitaire dans lequel il/elle avait (enfin) trouvé un équilibre.
Celui/celle qui vit seul/e se cuirasse, se durcit. Et, lorsque l’amour (pour employer le mot le plus simple) le/la prend, il/elle se sent comme un Bernard L’hermite, sans le coquillage dur qui le/la protège des coups.

Aimer, c’est faire dépendre son bonheur personnel d’une autre personne. Et, alors, on tremble pour l’autre, de peur qu’il tombe malade et que, en le perdant, on perde ce qui nous faisait tenir, de peur de se retrouver de nouveau seul, perdu. Et, face à cette personne forte qu’on voulait/croyait être, on a un peu honte, de se « laisser aller » ainsi.

Aimer, c’est ne plus être seul face à la vie et à la mort. C’est sentir que notre vie a un sens parce que nous comptons pour une autre personne. Et, face à ce chemin vers la déchéance et la mort, nous avons moins peur, car chacun pourra soutenir l’autre, car nous nous sentons plus vivant parce que quelqu’un pense à nous. Ou parce que nous retrouvons une forme proche de cet amour parental qui nous a permis de nous construire Homme ?

Aimer, pour une femme surtout, c’est aussi parfois devenir dépendant des plaisirs que l’autre lui donne. Si les sentiments sont forts et profonds, le sexe est plus qu’un simple plaisir, c’est un abandon dans les bras de l’autre, en confiance. C’est une communion. Pas que dans le plaisir, mais aussi et surtout dans le don à l’autre, où chacun est tendre pour l’autre et se préoccupe de ce qui se passe chez l’autre, oublieux de soi-même parfois, où chacun, alternativement ou simultanément, prend son plaisir sexuel et prend un autre plaisir à donner du plaisir à l’autre. Face à l’impermanence, faire l’amour devient une évasion, hors du temps. Un moment d’extase, pas que par les sens physiques, mais par le toucher délicat de deux corps mortels, par la tendresse que deux âmes perdues dans ce monde absurde se donnent l’une à l’autre. Être touché, simplement une main qui parcourt doucement et tendrement son corps, c’est sentir la réalité de son corps/âme : ces caresses dessinent les contours d’un corps que nous oublions trop parfois, et ces caresses préliminaires, bien que n’ayant rien d’explicitement érotique, émeuvent profondément mon âme, car rendant toute la surface de ma peau extrêmement sensible, éveillant dans la carte mentale de mon corps des réseaux de neurones qui m’amènent « ailleurs ».

« Elle » se voulait forte. « Elle » s’était construit une cuirasse. Mes sentiments, mes attentions, ma tendresse, dont je suis capable pour toute femme qui me plaît, et plus encore pour elle, tout cela l’a dépouillée de cet armure qui la protégeait. Sa peau/âme tendre exposée à ses sentiments envers moi, face à nos imperfections, face à l’incertitude de ses sentiments envers moi, face à sa difficulté à se laisser approcher puis toucher par tout homme à chaque retrouvaille (souvenir d’un traumatisme lointain ?), face à notre altérité et à nos différences, et oublieuse de toutes nos ressemblances et de tout ce qui nous rapproche, elle a eu peur. Je comprends cette peur, cette crainte d’une prise de risque, cette peur de – plus tard – connaître de nouveau une déception, une séparation. Mais, quelques soient la force des sentiments de deux personnes, il y aura toujours un moment où ils seront séparés, ne serait-ce que par la mort. Dans la relation qui lie un homme et une femme, il faut s’abandonner dans le présent, dans les « moments simples », sans penser au futur. Et cela, à chaque fois. Jusqu’à ce que le miracle ne fonctionne plus, demain, dans 3 mois, dans 2 ans, ou jamais ; on ne sait.
Et, face à cet homme qui prend soin d’elle comme jamais l’un de ses hommes ne l’avait fait, elle se sent perdue, prise dans une relation d’une forme nouvelle pour elle. Surprise de se voir différente, surprise de voir que son corps/âme peut jouir ainsi si fort et si souvent, déclenchant à chaque fois des tsunamis de plaisir qu’elle avait rarement connus, à une vitesse et fréquence qui lui semblaient impossibles, tellement elle avait défini ses possibles sexuels en fonction de ses expériences passées, elle a probablement peur de se sentir différente, autre qu’elle croyait être, depuis si longtemps. Pourtant il est évident que, dans la rencontre charnelle de deux corps/âmes, la tendresse fait des merveilles.
Mais ce n’est pas que sexuel, face à un homme qui lui donne plus d’attentions qu’elle n’a jamais reçues, elle se retrouve face à l’inconnu, face à quelque chose d’elle qu’elle ne connaît pas et n’imaginait pas : quelqu’un l’accepte telle qu’elle est, avec ses défauts, ses hauts, ses bas, ses coups de griffes lorsque l’absence de sa cuirasse la gratte ; et elle est différente de ce qu’elle a jamais été. Et, face à cela, elle n’a pas envie de jouer un rôle, de faire semblant, comme elle l’a déjà fait pour d’autres. Face aux bas de ses sentiments, elle a peur de retomber à faire semblant, d’accepter (la présence, le sexe) alors qu’elle n’a pas envie.

Aimer trouble, bouscule, bouleverse, fait subir des bas vertigineusement profonds suite à des hauts si délicieux. Aimer remue, fait douter, remet en cause ce qui semblait sûr, rassurant, clair. Aimer quelqu’un, c’est faire face à un nouvel inconnu, un nouveau chemin dans sa vie auquel on n’était pas préparé. Cela fait peur. C’est normal. C’est la vie. Aimer est une épreuve, qui rend nos nuits moins sereines. C’est un mélange de souffrances et de bonheur. Mais, sans souffrance, pas de bonheur. Il vaut mieux souffrir (un peu) et être ainsi bouleversé et se sentir vivre intensément, que de pourrir doucement dans la tranquillité d’une vie sans amour. De toute façon, quand on est pris par une rencontre, on ne décide pas… Simplement, il faut oser aller vers l’autre, rencontrer, donner ses chances au hasard.

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6 Réponses to “Aimer”

  1. marlaguette Says:

    Comme je l’aime ce Mr Hasard 🙂

  2. trex58 Says:

    Oui, l’autre qu’on rencontre par hasards, sous ses abords premiers parfois bizarres, surprenant, inquiétant, peut-être même un peu repoussant, peut être l’un de ceux qu’on attend, qu’on cherche inconsciemment, ou qui peut nous « correspondre ». En prenant la peine de le découvrir et de mieux le connaître, on peut trouver en lui quelque chose qui nous convient, même si l’on ne le cherchait pas consciemment. De toute façon, en le connaissant mieux, on prend le risque de s’attacher à lui.

    Alors, « donner ses chances au hasard », cela consiste à voir du monde ! Et dans des circonstances où les barrières tombent, mais en évitant les situations où tout s’écroule, comme les boîtes de nuit.

    Se montrer, observer, discuter, et se laisser charmer, et charmer… en toute sincérité.

  3. miaasublime Says:

    Intéressante réflexion que ce petit texte!

  4. trex58 Says:

    Epître de St-Paul aux corinthiens :
    « J’aurais beau avoir la science, la connaissance, la foi et le don des langues, il n’en resterait pas moins que sans l’amour je ne suis rien. »

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