Ce qu’aimer veut dire

Voici un livre intéressant : « Les métamorphoses de l’amour », chez Grasset, du philosophe Nicolas Grimaldi.
Voici les passages qui m’ont le plus frappé dans son interview pour Le Point de la semaine passée.

L’amour est une révélation.
– La solitude n’est pas insurmontable. Alors que nous sommes dans une solitude naturelle, presque originaire, nous découvrons soudain que l’autre, comme nous, attend un autre pour rompre sa solitude.
– L’autre n’est pas fatalement une énigme. Il n’est pas nécessairement incompréhensible. Au contraire, il peut m’être si intime, et je peux lui être si intime, qu’il me semble l’avoir toujours connu et que lui me connaît mieux que je ne me connais moi-même.
– Il existe quelqu’un dont je n’ai pas spontanément à me méfier. L’état d’innocence semble retrouvé. Entre nous, rien ne fait d’ombre, pas d’arrière-pensées, la peur n’a pas lieu d’être. Pas plus que la pudeur. Ni la honte. Elle m’aime comme je suis, je la prends comme elle est…
– La volupté. Le plaisir sexuel est la seule expérience qui soit sa propre justification : il se suffit à lui-même. Parvenir à cette transe voluptueuse à deux fait de l’autre, si l’on peut dire, un co-célébrant. En résiliant chacun sa propre identité, en nous rendant plus attentif à l’autre que sensible à nous-même, nous accédons ensemble à des confins de l’absolu.
– D’une façon plus vraie, plus lucide, et plus pathétique, l’amour vrai n’est pas suscité par la découverte de la perfection mais, au contraire, par la disgrâce, l’infortune et la déchéance. Au lieu d’être rendus amoureux par ce que nous pouvons recevoir, nous le sommes aussi, et peut-être plus souvent, par ce que nous pourrions donner. L’amour aurait alors son origine non pas dans un narcissisme originaire, mais dans une générosité vitale spontanée. Il faut distinguer l’ordre de la représentation et l’ordre de la vie. L’ordre de la représentation est celui où nous sommes soucieux avant tout de l’image que les autres ont de nous, où règne la tentation de plaire, d’être envié et d’être convié. Tout autre est la vie, qui ne cesse de s’épandre et se diffuser comme une lumière ou un flux. Nous vivons d’autant plus que nous transfusons notre propre énergie dans une autre. Ou bien la femme aimée sera un avantage de plus pour me faire admirer, ou bien je suis tellement émerveillé de son existence que je voudrais contribuer à son accomplissement. L’ordre de la représentation n’est pas celui du bonheur mais celui de la rivalité, constante et toujours malheureuse. À ce malheur de la séparation il n’y a de bonheur que par l’amour. Lui seul, l’amour, peut nous procurer ce sentiment que toute distance, toute séparation, sont abolies et que nous vivons dans une nouvelle innocence.

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