Philosophie Mag : La Mort

Au menu du dernier numéro de « Philosophie Magazine » : la mort. Chouette ! Je connais un peu.
Voici un extrait de l’interview de Pierre Zaoui, philosophe, auteur de « La Traversée des Catastrophes ». Certaines des ses phrases me rappellent des souvenirs… J’avais repoussé la pensée de la mort de mon épouse jusqu’au dernier moment… ne préparant rien pour la suite.

Q. Parmi les catastrophes existentielles que vous analysez, quelle place la mort occupe-t-elle ?

Le philosophe, en général, raisonne essentiellement sur le fait de sa propre mort ou sur la possibilité du meurtre de l’autre. Mais le plus insupportable selon moi, ce n’est pas cela. C’est la mort de celle ou celui qu’on aime. L’expérience de la maladie et l’expérience amoureuse me semblent de ce point de vue bien plus fondamentales que celle de la mort ou du meurtre. D’abord, parce qu’aimer c’est toujours aimer au risque de la mort de l’autre, qui est d’une tout autre teneur affective et conceptuelle que sa propre mort. Ensuite, parce qu’aimer ou accompagner l’être aimé tombant malade, c’est chercher justement, non à dénier ou relativiser abstraitement la mort – c’est au contraire l’absolu le plus concret et le plus épouvantable -, mais à en repousser l’échéance et la pensée le plus loin possible.

Q. La mort est-elle une catastrophe ordinaire ou extraordinaire ?

Sauf catastrophe majeure (guerre, génocide…), la mort est toujours extraordinaire pour soi et ordinaire pour tous. Ce qui me paraît toutefois extraordinaire, au sens de magnifique, c’est de parvenir à vivre les expériences de la maladie, de la perte et de la reconstruction comme des expériences ordinaires. C’est-à-dire parvenir à vivre et à aimer encore pendant et après. Car n’est-ce pas cela une expérience extraordinaire, ce qui nous marque et nous fêle sans briser nos forces d’amour et de curiosité ? Ce qui n’est pas nécessairement confortable. Penser ses fêlures sans les dénier ni les magnifier, c’est se retrouver aussi éloigné de sa jeunesse insouciante – quand on ne voulait entendre parler ni de la mort ni de la souffrance – que de ceux qui ne pensent qu’à cela et y voient le sens ou le moteur premiers de la vie.

Publicités

5 Réponses to “Philosophie Mag : La Mort”

  1. jobougon Says:

    Je crois qu’en effet la mort est un thème central dans la vie. Il me semble qu’une des plus grandes missions qu’un être humain ait à accomplir est de s’y préparer au mieux qu’il puisse faire. L’idée seule de notre propre disparition peut gâcher des vies entières. La peur est une émotion primaire sensée servir à la survie de l’espèce. Parfois elle envahit de ses angoisses, rendant incapable de vivre une vie digne de ce nom. Une médecin psychiatre a fait sa renommée en étudiant ce sujet en accompagnant les personnes en fin de vie, Elisabeth Kubler-Ross. Ce qu’elle a mis à jour dans ses travaux est utilisable pour comprendre comment fonctionne le deuil. Nous en faisons tout au long de notre existence et la phase dépressive qui suit n’est jamais facile à passer. En fait nous traversons cinq phases dans le deuil, qui sont la colère, le marchandage, le déni, la dépression et l’acceptation, et ceci dans le désordre le plus total sans être sûrs d’arriver à la dernière, auquel cas les médecins psychiatres considèrent qu’au bout d’un an environ si le deuil n’est pas fait c’est qu’il est pathologique. Mais s’il n’y avait que cela dans l’être humain de pathologique… Nous plaisantons parfois avec mes collègues en disant que la différence entre les patients que nous soignons et nous les soignants, c’est que nous, nous savons que nous sommes fous. Et je rajouterais ma note en disant que finalement ce n’est pas toujours le cas.
    Bisous et amitiés d’internaute.

  2. trex58 Says:

    Ma modèle, Lala, 25 ans, belle et intelligente, a des angoisses de mort : elle ne supporte pas l’idée que la vie très agréable qu’elle a puisse, un jour, s’arrêter… Mais, face à cela et à d’autres soucis dans son couple, elle veut comprendre et avancer… Il faudra que je lui en reparle.

    Le deuil : oui, je connais ces étapes… Je ne pense pas avoir vécu les deux premières étapes : colère et marchandage. J’ai été trop occupé pendant 5 mois : la voir à l’hôpital, travailler un peu, la maison, mon fils, dormir, manger, trajets… et je n’ai guère eu le temps de penser. Mais j’ai pleuré, beaucoup. Et j’ai dormi, heureusement, comme une masse, chaque nuit, courte mais suffisante. Le déni, c’était l’espoir insensé jusqu’au bout… ce qui a peut-être empêché la colère ou le marchandage de venir puisque, l’espoir étant encore là, il n’y avait pas lieu de se rebeller contre l’inacceptable mort que je ne voyais pas, tout en voyant bien sa déchéance… Et l’acceptation, brutale, de sa mort, les derniers jours. Et l’acceptation, en 1 ou 2 ans, de la perte de ma vie antérieure et de la nécessité de reconstruire ma façon de vivre et donc d’être…

  3. trex58 Says:

    Nous sommes fous… fous de savoir que nous vivons et que cela aura une fin, fous de comprendre ce qui se passe et de ne pas vraiment en tirer les conséquences : nous allons mourir, un jour. Nous vivons une vie absurde, qui ne sert à rien, puisque, de toute façon, il ne restera rien de NOUS, sinon des traces qui ne sont pas NOUS. Alors, que nous nous laissions aller, ou que nous dépensions une énergie folle, que nous passions des heures à écrire dans un blog, que nous consacrions notre temps à des occupations futiles, que nous créions une oeuvre qui nous survivra (ou pas), que nous travaillions comme une brute pour nous enrichir et donner du luxe à notre famille ou nous-mêmes, ça ne sert à rien : un jour, nous ne serons plus. Il y a, bien sûr l’amour bienveillant que nous pouvons donner aux autres (conjoints, enfants, amis), comme une chaîne positive qui va se transmettre et auréoler de « bonheur » la vie des autres après notre mort… Oui, mais c’est quoi, le bonheur ? ha ha ha !!! Non, il ne reste que l’instant… l’instant que je consume en ce moment à écrire ces niaiseries évidentes… au lieu d’aller prendre ma douche et d’avoir ainsi plus de temps cet après-midi pour être – peut-être – avoir d’autres, dont la compagnie m’est indispensable, hélas, car je suis un maudit primate grégaire et pas un ours solitaire, ou au lieu d’aller rejoindre ma voisine et sa délicieuse enfant de 4 ans et manger ensemble et goûter à la douceur de la beauté d’une enfant qui découvre le monde et construit SON monde, par toutes les expériences de vie auxquelles elle participe, et moi contribuant ainsi à agrandir la richesse de ses expériences de vie, souvenirs qu’elle aura oubliés quand je ne serai plus… Impermanence, tu nous tues ! 😉
    Alors, suis-je fou ??? Fou du besoin de serrer un être qui m’aime et que j’aime dans mes bras… Alors, je crois que je vais aller me soigner un peu en recevant les bisous de la petite Marie…
    En attendant, mourir ne me fait pas peur. Philosopher, c’est apprendre à mourir. Sauf que, si on passe trop de temps à philosopher, on ne vit pas vraiment… Il y a un équilibre à trouver entre les deux, comme toujours… Qu’importe tout ce que j’apprends si, face à celle qui me plaît, je suis incapable d’agir de façon à laisser les chances de naître peut-être en elle un sentiment réciproque, amitié ou amour ? Qu’importe tout ce que je sais si, pris d’un sentiment qui me bouleverse et m’envahit, je perds tout le peu de moyens dont je dispose et si je laisse mes sentiments prendre le dessus et annihiler en moi toute raison ? Mourir n’est rien. C’est ne pas réussir à vivre ses possibles qui est douloureux… sachant que la liste des ses possibles s’amenuise peu à peu et que la tension du sablier qu’on voit se vider, de plus en plus vite, rend fébrile et maladroit. Mais, entre tous les possibles, lesquelles ont un sens ? lesquels valent la peine qu’on s’y jette ? Ressentir de l’amour envers quelqu’une me porte, car je suis plein d’hormones de plaisir et plein d’enthousiasme débile… mais c’est bon… Et, n’étant plus aimant, n’étant plus plein de ces pensées pour elle, je me sens assez vide… Allez, je vais voir le sourire de Marie ! Bon remède !

  4. Ephémère Says:

    Beaucoup de choses très vraies …
    mais ça demande une relecture calme …
    Petite Marie vous gardera dans ses souvenirs de construction de sa vie !
    le voisin de maman un peu fou ! car très bavard ! mais tellement enrichissant ! merci –

    bonne journée

  5. trex58 Says:

    Oh ! Je ne suis pas fou avec Marie ! Ni très bavard ! Car elle me bat largement ! Et, question folie, la maman de Marie, elle connaît ! Car elle travaille elle-aussi en psychiatrie… Enrichissant ? Hummm je ne sais pas… puisque j’ai saoûlé celle qui m’intéressait à force de lui dire des bêtises… « Toute vérité n’est pas bonne à dire »… Ah ! Ces putains de proverbes à la con qui nous jettent à la figure toute la complexité de la vie humaine…
    Bonne journée aussi !

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s


%d blogueurs aiment cette page :