La Vénus Noire

C’est un film troublant, dérangeant, pénible, montrant jusqu’à la nausée les détails de la vie courte et pénible de Saartjie/Sarah.
Finalement, de tous ces gens qui prennent plaisir à la regarder, les pires sont les scientifiques. Ces londoniens et ces français qui viennent voir son exhibition sont décrits comme se laissant prendre à une pièce de théâtre. Sarah mime la sauvage, les effrayant. Mais, dans le film, ils ne peuvent pas ne pas se rendre compte qu’elle ne l’est pas. D’autre part, chaque fois qu’elle souffre, le réalisateur montre des spectateurs qui ne supportent pas. Cela se passait pourtant il y a 200 ans… C’est proche et pourtant bien loin… Le réalisateur ne nous épargne pas la déchéance de Sarah… devenant une prostituée, frappée de syphilis et mourant seule. L’actrice, Yahima Torres, est … extraordinaire. Je ne sais pas quels maquillages ont été utilisés pour la faire ressembler à la vraie Sarah. Ce qui est incroyable dans ce film, c’est la façon qu’a Cuvier de considérer cette femme. Se basant sur des mesures de son corps… il en parle comme si elle était le chaînon manquant entre l’Homme et l’orang-outan, rapprochant ses fesses énormes des attributs sexuels des guenons qui se gonflent lors de l’oestrus, parlant de race, et ne montrant pas de respect envers elle. D’autre part, on est surpris par son intérêt envers les nymphes (petites lèvres) sur-développées de Sarah. Pourtant, la variabilité de forme et de taille des nymphes est grande… Il suffit de regarder un peu sur le Web pour voir que nombre de femmes, blanches et blondes, ont des nymphes qui dépassent largement des grandes lèvres. D’ailleurs, en Afrique, certaines tribus avaient des coutumes bizarres, et antagonistes : certaines trouvaient les nymphes longues comme inesthétiques… et coupaient ce qui dépassait ; alors que d’autres valorisaient les longues nymphes, poussant les jeunes filles, encouragées par leur mère, à agrandir leurs nymphes en tirant dessus, jour après jour… À rapprocher avec certaines tribus pour lesquelles le nec plus ultra pour les femmes était d’avoir des seins longs et plats… et qui, elles aussi, tiraient dessus pour les allonger. Enfin, le découpage de Sarah en morceaux qui ont été longtemps exhibés est dérangeant. Certes, la science demande de conserver des spécimens pour servir de référence… sauf que Sarah était une femme, et pas la représentante d’une espèce de singe. Mais, aujourd’hui encore, des gens donnent leur corps à la science sans savoir que des étudiants vont apprendre à utiliser leur scalpel sur leurs chairs mortes. Enfin, à la fin du film, on est surpris par la phrase de ce représentant de l’Etat sud-africain qui dit que Sarah, « où qu’elle soit », appréciera d’avoir été ramenée dans son pays. Bon sang ! Elle est morte ! Elle n’est plus ! Elle n’est plus nulle part ! Son corps, ses ossements, qu’importe ! Ce ne sont plus que des atomes, en vrac. Elle n’est plus.
Ce film sert un peu à nous remémorer comment était notre vision des « autres », avant… Mais son sort n’était pas forcément très différent de tous ces gens, difformes ou bizarres, qui étaient exploités par d’autres… alors qu’ils avaient la même couleur de peau que les spectateurs. Et la vie des pauvres était effroyable, à cette époque…

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4 Réponses to “La Vénus Noire”

  1. Une femme libre Says:

    La vie des pauvres est encore tout à fait effroyable, maintenant, en 2010. On n’a qu’à regarder les reportages sur Haïti.

    Je suis contente que vous alliez voir les films avant moi. Vous m’épargnez de me déplacer pour rien.

    Un bon que j’ai vu « Crime d’amour » avec Ludivine (j’adore ce prénom) Sagnier. Le dernier film du défunt Alain Corneau.

    Et un autre que j’ai détesté « L’arbre et la forêt », long, lent, angoissé et pénible. J’avais hâte que ça finisse.

  2. Ephémère Says:

    J’apprécie aussi le récit des films et c’est tellement détaillé que l’on a l’impression d’y être – merci .
    Je ne vais pas très souvent au ciné mais j’apprécie un bon film.

  3. trex58 Says:

    Oh ! Je n’ai pas détaillé tout le film : 2h40 !!
    Les spectateurs étaient mal à l’aise en sortant… car le réalisateur a montré de nombreuses scènes plus ou moins de sexe où la particularité anatomique de Sarah en fait une prostitué particulière que les clients apprécient… Ces scènes sont difficiles à supporter, à force. C’est un bon film. Mais il ne fait pas rire… Non, il rend mal à l’aise.

  4. Une femme libre Says:

    Vu des films français vraiment excellents que je te recommande chaudement, Tony. L’enfance du mal, d’ Olivier Coussemacq. Vaut mieux ne pas savoir l’histoire, c’est encore meilleur. Plein de surprises. Bons acteurs. Atmosphère et contenu.

    Et « La sainte victoire », de François Favrat,moderne, enlevant et attachant. Deux styles totalement différents mais aussi intéressants l’un que l’autre.

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