Notre besoin de consolation est impossible à rassasier

C’est grâce à un spectacle présenté cette semaine à Meylan que j’ai découvert cette phrase, qui me parle.
C’est le titre d’un petit texte de Stig Dagerman, disponible ici.
Je ne dirai pas que je partage toutes ses idées… car il était en dépression quand il écrivit ce texte, et il mit fin à ses jours deux années plus tard. Mais ses mots sont forts, et font écho à ceux de Camus, même si leurs conclusions sont différentes. Et j’aime cette phrase-titre, puissante, évocatrice, résumant l’infinie souffrance de notre vie, consistant à constamment pleurer les bonheurs perdus à jamais, engendrant ce besoin d’être consolé de ces pertes répétées, inévitables, inéluctables, évidentes et attendues car faisant partie de l’essence même de notre vie – limitée dans le temps – et dont l’intérêt fondamental que nous lui portons vient de sa valeur infinie générée par sa finitude. Consolation que nous trouvons en nous divertissant de toutes les manières possibles ou en nous raccrochant à ce que la vie offre de plus beau : nature, enfants, amis, science, arts, etc. Mais il manque à ce texte dépressif un rappel de la capacité naturelle de l’Homme à accepter ses malheurs, à les ranger dans un tiroir, que l’on ouvre de temps en temps, et puis à pouvoir de nouveau voir et trouver d’autres bonheurs : renaître des cendres de son malheur.

De la phrase suivante : « Et, lorsque la dépression arrive finalement, je suis aussi son esclave. Mon plus grand désir est de la retenir, mon plus grand plaisir est de sentir que tout ce que je valais résidait dans ce que je crois avoir perdu : la capacité de créer de la beauté à partir de mon désespoir, de mon dégoût et de mes faiblesses. » je reconnais ce plaisir que j’ai eu de pouvoir, lorsque je souffrais et désespérais, créer une « certaine » beauté dans quelques textes et poèmes, puis maintenant un peu dans la photographie, grâce à l’énergie et à la folie que me donnait cet état de transe formidable (à mon niveau…) dans laquelle j’étais et qui me permettait d’écrire de « belles » choses. Restons modeste : ces textes (maintenant ces photos) me semblent beaux par rapport à ce que j’ai pu être capable d’écrire auparavant et par rapport à ce que la moyenne des gens arrivent à écrire. Mais, bien sûr, face à l’Everest de la littérature, je resterai à jamais coincé dans le camp de base. Ce n’est pas grave. Le plaisir fut grand de, quelques fois, pouvoir écrire un peu mieux que d’habitude. Mais je ressens bien ce que disait Stig : aimer souffrir et aimer son désespoir parce que, en réaction, cela donne une force incroyable pour en sortir, un flot d’hormones qui bouleversent la pensée et la libèrent et permettent aux mots de sortir bien plus facilement, venant du fond inconscient de son âme, et de s’arranger entre eux d’une belle et spontanée façon, qui n’a rien à voir avec la création née d’un travail et d’une science : en venir à aimer son désespoir parce qu’il est une force créatrice… Jeter les mots tels qu’ils viennent, et se rendre compte, avec la confirmation d’autrui, qu’ils sont beaux parce qu’ils viennent directement d’une pure émotion, c’est … beau. Il est beau de pouvoir annihiler le désespoir par la beauté. Mais il faut quand même savoir accepter de renoncer au désespoir et donc à la beauté qu’on ne pouvait créer que sous l’emprise de ce désespoir, pour atteindre à un bonheur plus simple, moins torturé. Stig n’a pas pu. Il n’a pas pu renoncer au pouvoir créatif que lui donnait sa dépression. Mais son époque était bien différente… Mais, je me rassure, il reste bien des raisons extrinsèques de désespérer sans que je me tourmente moi-même, à la recherche par exemple de défis impossibles à relever, comme de défaire la noirceur de l’image que mon obstination à créée chez quelqu’une qui avait touché à un ressort caché de mon âme. Le malheur saura bien me frapper sans raison et me replonger dans le désespoir ! Ne désespérons pas ! Car le désespoir est toujours là, à nous attendre au coin du bois, compagnon fidèle du malheur. Il saura bien revenir. Saurai-je alors encore le combattre en essayant de l’utiliser, de le détourner, de l’oublier, pour l’annihiler, pour créer cette « beauté » (relative, par manque de dons), qui me sert d’antidote ? On verra bien. Profitons de l’accalmie dans mes malheurs. Finalement, la vie est belle ! 😉

Et je ne suis pas dupe : ce petit texte n’est qu’un moyen.
Maintenant, la vie, la vraie vie : acheter le pain, quelques salades, et aller à la piscine. Bref, aller à la rencontre des autres, créer des possibles avec les autres, plutôt que de tourner en rond avec des mots.

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