Pourquoi la Poésie ?

La poésie me semble être née de diverses causes.

Tout d’abord, l’écriture étant venue après la parole, et le support physique à l’écriture ayant longtemps été rare et coûteux, les histoires ont été transmises oralement. Des conteurs concevaient des contes pour distraire hommes, femmes et enfants. Ces contes rassemblaient des histoires diverses et éparses, transmises oralement également. La prose est libre : pas de contraintes comme pour la poésie. Il est bien plus difficile de mémoriser un texte dans lequel n’apparaissent pas de contraintes, de règles, de trame comme pour un tissu. Ecrire un conte en vers (quelque soit la nature et les règles de ces vers) en facilitent la mémorisation : notre esprit, éduqué par la musique depuis si longtemps, aime les répétitions et les petits écarts par rapport à une règle ; et il en discerne également facilement les écarts qui sont des fautes, des erreurs. La poésie est donc une musique qui nous parle et dont nous comprenons le langage, une fois ses règles assimilées. Les conteurs de contes-poèmes devaient sûrement être capables de mémoriser de plus longues et plus complexes histoires que les conteurs de contes-proses. Et la Sélection Naturelle, poussée par le goût des Hommes pour les histoires riches et complexes, a dû favoriser la naissance des premiers contes-poèmes, puis leur développement.

Ensuite, les règles de la poésie sont une trame contraignante pour le conteur. C’est un lourd travail de mettre en poésie des idées ou un texte. Mais, une fois cet effort réalisé, le conte est un solide tissu : déplacez une phrase, ou un mot, et l’oreille repère tout de suite le manquement à la règle : le noeud ou le trou. La poésie est comme un encodage mathématique permettant de repérer les erreurs de transmission : le conte, une fois terminé, se fige, protégé contre les modifications accidentelles. Mieux, les règles permettent de limiter les possibles et aident à retrouver le mot et donc l’idée originelle.

Mais cette trame protège aussi le poème contre les modifications frauduleuses. Il est facile, pour un texte en prose, d’en changer légèrement une phrase, ou d’en enlever ou ajouter une phrase. Ainsi, les copistes du Moyen-Âge ont dû, copie après copie, transformer les textes qu’ils recopiaient, pour mieux « coller » à leurs idées. Mais, pour un poème, la trahison volontaire est un lourd travail. Changer un mot ou une phrase requiert un lourd travail, parfois même impossible tant l’encryptage est unique. Et plus les règles sont complexes, plus l’écriture est difficile et réservées aux génies, et plus la trahison volontaire du texte est difficile. La poésie se protège elle-même contre les faussaires et les censeurs. Et les poèmes sont difficiles à traduire, car concis et riches d’images complexes.

Enfin, la poésie sonne joliment à nos oreilles. Mieux, elle nous parle. Pour la musique, notre cerveau s’est habitué à attendre certaines « formules », et aime repérer certains petits écarts, et s’attend à trouver telle forme après telle autre. Pareil pour la poésie qui est une musique à nos oreilles, une fois assimilées ses règles propres. Celui qui écoute/lit une poésie voit sa structure et voit si elle est belle ou non. Cette « beauté » s’appuie sur la capacité innée de notre cerveau, à force de centaines de milliers de générations de primates parlant et chantant, à reconnaître les mots et la musique.

La poésie nous est une douce musique : le miel. Lorsque le texte est profond et nous fait réfléchir, on trouve l’absinthe-médicament. La poésie n’est vraiment belle que lorsqu’elle habille de soieries les pensées les plus profondes qui soient, comme la mélancolie, les amours impossibles, la folie ordinaire, le temps de vie qui s’écoule inéluctablement, la fragilité du bonheur, les amours perdues, l’impermanence de tout chose, etc : notre condition humaine. Je n’aime pas les poèmes qui se contentent d’être beaux, sans émouvoir notre âme de pauvre être humain perdu dans ce monde absurde.

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