Le Miel et l’Absinthe

« Le Miel et l’Absinthe » est un petit livre du philosophe André Comte-Sponville sur le livre « De rerum natura » (« De la nature des choses ») du poète-philosophe romain Lucrèce. Le genre de livre qui, en général, fait fuir le lecteur « standard », car si éloigné de nos préoccupations actuelles (se divertir…). Cela veut-il donc dire que je suis « anormal » de consacrer du temps à un tel livre ? Je suis en interrogation et en recherche, certainement… il n’est jamais trop tard ! Temps perdu ? Vanité de vouloir m’élever ? M’en fous. J’aime lire de tels livres, c’est tout ce qui compte.

En cette lointaine époque, l’absinthe est un médicament, au goût âpre et fortement désagréable. Pour réussir à convaincre les enfants d’avaler cette antique « huile de foie de morue », l’usage consistait à enduire de miel les bords de la coupe contenant l’absinthe-médicament. Le miel devait donc remplir deux rôles : attirer la bouche de l’enfant, et lui cacher le goût de l’absinthe.

Lucrèce est un « traducteur » d’Epicure : il transmet l’oeuvre de son maître. En fait, sans Lucrèce, on ne connaîtrait qu’une petite partie de l’oeuvre d’Epicure, qui a disparu. D’ailleurs, il s’en fallut de peu que ce long poème disparaisse lui-aussi, car il faut bien dire que ces idées ne plaisaient guère aux copistes chrétiens qui ont fait survivre tant d’oeuvres (et ont dû laisser ou faire disparaître tant d’autres…).

Epicure rejetait l’utilisation de la poésie. Mais Lucrèce passa outre. Pour lui, la poésie est le moyen pour faire passer la « pilule amère » de la doctrine d’Epicure, qui n’est guère agréable à entendre par ceux qui rêvent de vie éternelle… La poésie est le miel. Et la doctrine d’Epicure est cette absinthe âpre qui nous est un médicament pour nous aider à (mieux) vivre. Epicure parle de la sagesse, de l’ataraxie. Lucrèce parle du chemin qui précède cette sagesse.

J’aime la poésie, même si je suis un bien mauvais poète ! Mais la poésie, grecque puis romaine, n’a pas grand chose à voir avec les règles de notre poésie française actuelle. Ecrit en « hexamètres dactyliques« , le « de rerum natura » est très difficile à scander maintenant, tant les règles de cette époque nous sont éloignées, car basées sur la longueur des syllabes. Pas de rimes à cette époque, et le nombre de syllabes est variable. Ce qui compte, c’est le respect d’une règle de base : 6 dactyles composés chacun d’une syllabe « longue » suivie de deux syllabes « courtes » (un « doigt » composé d’une longue phalange suivie de deux petites), avec de nombreuses complications et subtilités que j’ai survolées… Bref, un autre monde, incompréhensible sans un long et difficile travail.

Mais j’approuve l’idée de mettre en poème les idées, surtout celles d’Epicure avec la sensibilité sombre de Lucrèce. La poésie est un formidable outil, en plus d’être une si belle forme d’expression.

Comte-Sponville fait revivre un monde d’idées révolutionnaires. Epicure/Lucrèce est le premier Athée, les premiers à dire si clairement les dangers des Religions, en plus de donner le principe de base de la philosophie : apprendre à connaître la nature des choses pour mieux comprendre la vie. Il est à moitié surprenant de voir que, 20 siècles et plus plus tard, les religions sont toujours là… La mauvaise herbe repousse partout où le jardinier ne travaille pas.

Lucrèce, comme d’autres, comme Camus ou Shopenhauer, a dit la tragédie de l’Homme. Et, à notre époque, on n’aime guère parler de notre « condition humaine ». Mieux vaut parler du dernier feuilleton américain à la mode ! Mais, bon, j’ai toujours été trop sérieux… toujours intéressé à comprendre… sans avoir forcément les capacités à tout bien comprendre, ni à prendre le chemin de l’épicurisme, ni même à m’intéresser aux choses essentielles. Je me suis perdu dans diverses folies et délires… Mais, bah, qu’importe.

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3 Réponses to “Le Miel et l’Absinthe”

  1. Boris Nikto Says:

    Bonjour,

    Là je vous rejoins totalement. Je n’ai malheureusement pas encore lu le livre de Sponville mais j’ai lu une bonne partie du Rerum Natura de Lucrèce. J’ai une émission dans laquelle Sponville parle justement de son ouvrage, une émission enregistrée à la Radio Suisse-Romande (RSR).

    Sérieux? Mais pourquoi diable faudrait-il déconner tout le temps, rire pour un rien et en toutes circonstances? N’est-ce pas là justement ce que décriait Pascal Bruckner dans on Euphorie perpétuelle? Et j’y souscris totalement. Si je souris plus souvent qu’à mon tour, je ne ris que quand ça en vaut le coup. Soyez rassuré, vous n’êtes pas seul.

  2. trex58 Says:

    Je viens d’acheter une traduction du « De rerum natura ». Reste à la lire… cela viendra, un jour.

    Ah ! Il m’est plaisant d’être conforté dans mon idée que toujours rire n’est pas forcément la meilleure chose à faire. Et puis, ceux qui rit tant devant les autres, comment sont-ils une fois seuls chez eux ?

    Mais, bon, entre rire tout le temps de pas grand chose et avoir une simple gaieté pour accueillir la vie, il y a une différence. Je veux être sérieux à l’intérieur de moi et gai (mais sans rire de tout et de rien) à l’extérieur, avec les autres. Garder une vision claire de ma mortalité tout en prenant plaisir de la vie. Prendre les coups du sort sans trop en souffrir, car rien n’est grave face à la maladie.

  3. Boris Nikto Says:

    Très bien dit cher ami. Je ne pourrais être plus d’accord. Un heureux mélange de stoïcisme, d’épicurisme et de spinozisme me semble tout à fait dans vos cordes. Bonne lecture!

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