Madrigal

Trouvé ce beau poème de Pierre de Ronsard, aux Baux-de-Provence, imprimé par Louis Jou.
Trouvé aussi un tirage de « De soi-même« , de Clément Marot.

Si c’est aimer, Madame, et de jour, et de nuict
Resver, songer, penser le moyen de vous plaire,
Oublier toute chose, et ne vouloir rien faire
Qu’adorer et servir la beauté qui me nuit :

Si c’est aimer de suivre un bon-heur qui me fuit,
De me perdre moymesme, et d’estre solitaire,
Souffrir beaucoup de mal, beaucoup craindre, et me taire,
Pleurer, crier mercy, et m’en voir esconduit :

Si c’est aimer de vivre en vous plus qu’en moymesme,
Cacher d’un front joyeux une langueur extrême,
Sentir au fond de l’âme un combat inégal,
Chaud, froid, comme la fièvre amoureuse me traitte :

Honteux, parlant à vous, de confesser mon mal !
Si cela c’est aimer, furieux je vous aime :
Je vous aime, et sçay bien que mon mal est fatal :
Le coeur le dit assez, mais la langue est muette.

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