Archive for août 2010

Lucrèce et l’amour

2010/08/31

Voici la traduction d’André Comte-Sponville (en alexandrins sans rime), tirée de son livre « Le miel et l’absinthe » d’une partie du livre du « de rerum natura » qui parle de l’amour, physique et sentiments. ACS dit de ce texte : « Quel plus beau texte, dans l’antiquité, sur le coït ? Quel plus sévère sur l’amour ?  » Je suis d’accord avec lui.
En lisant ce texte, rappelez-vous bien que c’est la traduction d’un poème écrit il y a 20 siècle à partir d’idées conçues il y a 23 siècles : ils savaient bien peu de choses sur le fonctionnement des corps, mais beaucoup sur l’âme.
Aujourd’hui, on dit « épicurien » comme synonyme de débauché. C’était aussi, pendant longtemps, un moyen pour beaucoup pour dénigrer les idées d’Epicure, qui allaient contre l’ordre établi (mariage, suprématie de l’homme sur la femme). Non, être épicurien, c’est vivre dans la mesure, dans le juste milieu, une sorte de sagesse bouddhique mais avec l’acceptation des plaisirs naturels de la vie, dont le sexe.

L’adolescent fougueux, dès que circule en lui
La semence mûrie en un jour dans son corps,
Voit en rêve venir de charmants simulacres,
Avec un beau visage et un teint éclatant,
Qui excitent l’endroit tout gorgé de semence :
Au point que bien souvent, rêvant à l’acte même,
Il répand la liqueur qui souille sa tunique.
Cette semence, c’est elle en nous qui s’agite,
Dès que notre croissance a mûri nos organes.
Mais toute excitation varie selon les êtres :
Seul un humain émeut en l’homme la semence.
Dès qu’elle abonde trop, venant de tout le corps,
Descendant à travers les membres, les organes,
Elle vient s’amasser en certains lieux sensibles,
Excitant aussitôt les parties génitales.
Les voilà stimulées, toutes gonflées de sève ;
La volonté surgit d’en souiller qui l’on aime :
L’esprit vise le corps qui le blessa d’amour.
Car toujours nous tombons du côté de la plaie,
Notre sang vient tacher qui nous porta le coup,
C’est sur notre ennemi que coule le jet rouge…
Ainsi de l’homme atteint par les traits de Vénus
Que lui lance un garçon aux membres féminins
Ou une femme offrant l’amour par tout son corps :
Il tend vers qui le frappe, il brûle de le prendre,
D’évacuer dans son corps la liqueur née du sien ;
Car son désir muet appelle le plaisir.
Voilà ce qu’est Vénus, ce qu’on nomme l’amour,
Voilà quelle douceur en nos cœurs goutte à goutte
Vénus a distillée. Puis vient le froid, l’angoisse…
L’aimé est-il absent ? Son image partout
Est présente, son doux nom toujours nous obsède…
Nous ferions mieux de fuir très vite ces images,
De n’alimenter pas notre amour davantage,
De tourner notre esprit vers un quelque autre objet!
Le premier corps venu suffit à notre sève ;
Pourquoi la réserver pour un unique amour
Qui nous voue à tout coup au chagrin, aux soucis ?
À le nourrir, l’abcès se ravive et s’incruste.
La frénésie s’accroît, le mal devient plus grave,
Si de nouvelles plaies n’effacent la première,
Si tu ne dévies pas les élans de ton cœur,
Si tu ne viens trouver au hasard des rencontres,
Pour te soigner errant, la Vénus vagabonde !
Car éviter l’amour, ce n’est pas se priver
Des plaisirs de Vénus ; c’est en jouir sans rançon.
Le plaisir est plus pur chez les amants sereins
Que chez ces malheureux dont l’ardeur passionnée
Erre et flotte indécise au seuil même d’aimer.
Par quoi jouir d’abord ? Par les yeux ? Par les mains ?
Ils étreignent leur proie, la griffent, lui font mal ;
Morsures et baisers lui meurtrissent les lèvres !
C’est que la volupté chez ceux-là n’est pas pure ;
Des aiguillons secrets les pressent de blesser
Qui fait surgir en eux ces germes de fureur.
La douceur de Vénus, au plus fort de l’amour,
Vient freiner ces élans ; voilà que le plaisir
Entre eux se fait caresse, apaise les morsures.
L’amour espère un temps éteindre dans sa cause
Le feu qui le consume ; il n’en est rien, jamais ;
Car la nature même impose le contraire.
C’est bien l’unique cas où plus nous possédons
Plus notre cœur s’embrase en des désirs furieux.
Aliments et boissons pénètrent notre corps,
Viennent le remplir tout, organe après organe.
Ainsi la faim, la soif s ‘apaisent aisément.
Mais du plus beau visage et du teint le plus frais
Rien ne pénètre en nous dont nous puissions jouir,
Sinon, mais si ténus, de vagues simulacres,
Comme autant d’espoirs vains que seul le vent emporte…
On dirait un dormeur qui rêve qu’il a soif
Et ne trouve pas d’eau pour éteindre ce feu.
Une rivière ? Il court. Ce n’était qu’un mirage…
Il meurt de soif au fond du torrent où il boit !
Ainsi sont les amants ivres de simulacres :
La vue de l’être aimé ne peut les rassasier,
Leurs mains rien arracher de ces membres graciles ;
Ils errent incertains sur le corps tout entier.
Enfin ils vont cueillir la fleur de la jeunesse ;
Ils sentent dans leurs corps la volupté qui monte ;
Vénus va féconder le sillon de la femme;
Leurs deux corps vont se fondre, ils mêlent leurs salives
Ils s’aspirent l’un l’autre, ils se boivent, se mordent…
En vain ! Leur corps ne peut absorber l’autre corps,
Non plus qu’y pénétrer et s’y fondre en entier.
C’est pourtant, dirait-on, le but de leur combat,
Tant ils sont enchaînés par les liens de Vénus,
Tant ils se liquéfient aux spasmes du plaisir !
Enfin, quand le désir explose, il se détend ;
Après tant de violence un court répit s’installe ;
Puis un nouvel accès de fureur les reprend :
C’est qu’ils ne savent pas eux-mêmes ce qu’ils veulent ;
Ils ne peuvent trouver de remède à leur mal,
Ils ignorent la plaie secrète qui les ronge.
Ce n’est pas tout : ils se consument à la peine ;
Toute leur vie dépend des caprices d’un autre ;
Leur bien part en fumées, en tapis, en cadeaux ;
Ils oublient leurs devoirs. trahissent leur honneur.
À leurs pieds parfumés brillent des escarpins,
Leurs doigts scintillent d’or, de diamants, d’émeraudes,
La pourpre sur leur corps boit la sueur de Vénus.
L’argent qu’ont amassé leurs parents part en robes,
En bandeaux, en tissus d’ÉIide ou de Céos.
Ce ne sont que festins, que fêtes raffinées,
Coupes toujours remplies, parfums, bijoux, guirlandes…
Vains efforts ! De la source même des plaisirs
Quelque chose d’amer surgit comme une angoisse
Qui jusque dans les fleurs prend l’amant à la gorge.

C’est le défaut de ceux qu’aveugle la passion :
Ils voient en leur aimée plus d’attraits qu’elle n’a.

Elle ne gémit pas toujours d’un amour feint,
Cette femme qui joint son corps au corps de l’homme,
Mouillant de ses baisers ses lèvres qu’elle aspire.
Elle est souvent sincère et veut que le plaisir
Les mène tous les deux jusqu’au bout de l’amour.
Les femelles sinon, chez les oiseaux, les fauves,
Le bétail, ne pourraient se soumettre à leurs mâles,
Sans la chaleur du rut en elles qui les brûle,
Sans le plaisir reçu de ceux qu’elles font jouir.
Vois quelle volupté mutuelle les enchaîne,
Jusqu’à les torturer dans leurs chaînes communes !
Souvent, aux carrefours, voulant se séparer,
Deux chiens avec ardeur tirent en sens contraire
Sans pouvoir s’échapper des filets de Vénus.
Pourquoi s’uniraient-ils, si des plaisirs si forts
Ne servaient pour eux deux et d’appât et de piège ?
Le plaisir, j’y insiste, est donc bien partagé.

Sans le secours des dieux, sans les traits de Vénus,
Même une femme laide est aimable ou peut l’être.
Tout son comportement, son plaisant caractère,
Les soins attentionnés qu’elle donne à son corps,
Font naître en toi le goût de partager sa vie.
Au reste l’habitude est propice à l’amour ;
Car les plus légers chocs, répétés sans relâche,
Triomphent doucement de toute résistance.
Ainsi les gouttes d’eau qui tombent sur la pierre,
Finissent par percer le plus dur des rochers.

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Epicure et Lucrèce

2010/08/28

Lucrèce était un disciple romain d’Epicure.
Epicure a énoncé une doctrine philosophique, définissant l’organisation du monde, et visant à l’ataraxie : jouir des plaisirs simples de notre vie. Epicure définissait une sagesse et semblait l’avoir atteinte.
Alors que Lucrèce, dans son poème « de rerum natura », reprend la doctrine de son maître mais, par la forme tourmentée de son texte, montre que cette sagesse est pour lui un but, qu’il n’a pas atteint.
Epicure était grec et vivait 3 siècles avant Lucrèce. La Grèce était constituée de petites villes, indépendantes ou associées. Il y avait des guerres, de temps en temps.
Lucrèce a vécu dans la capitale (1 million d’habitants) d’un énorme empire, à une époque troublée, en pleine guerre civile, avec des guerres, des révoltes d’esclaves, avec la peur de se faire empoisonner.
Bref, l’un (Epicure) a vécu une époque calme, dans un jardin, alors que l’autre (Lucrèce), dont on sait bien peu de chose, a probablement (cela transparaît dans son poème) souffert de différentes façons.
Du premier, il ne reste que quelques fragments de textes. Du second, son poème a réussi presqu’intégralement à traverser l’enfer du christianisme et ses autodafés.
Epicure était un sage, genre moine tibétain, à l’abri des soucis… Lucrèce a dû beaucoup souffrir et cela lui a donné – en plus de la capacité à comprendre, maîtriser, sublimer la doctrine de son maître à penser – l’inspiration pour écrire un texte sublime, magnifiquement humain et moderne, éternel, qui surprend – 20 siècles après – par la clarté de son analyse du monde, de la vie et de la mort, de l’amour. 17 siècles avant les Lumières, il avait déjà tout compris, et de nombreux philosophes se sont inspirés de son oeuvre. Bien sûr, la physique atomiste d’Epicure et de Lucrèce est loin de la réalité ; mais cette idée d’atomes éternels et inchangeables, comme constituants premiers de tout le reste, se déplaçant dans le vide, est incroyable à cette époque lointaine où ils savaient si peu de choses sur la réalité physique de notre Univers.

Homosexualité

2010/08/28

Je suis embêté par ma position sur l’homosexualité (avec jeu de mots). Car, si je trouve « beau » que deux femmes se fassent l’amour, je n’ai pas le même avis pour deux hommes…
Pour deux raisons.

L’une, classique, est liée à notre nature. La sodomie est rarement pratiquée dans la Nature. Les primates simulent plutôt qu’ils ne pénètrent vraiment. Et si quelques animaux la pratiquent, j’ai lu que c’était souvent pour évacuer du vieux sperme, toxique et inefficace ; bref, une alternative en attendant de passer aux choses sérieuses : une vraie et bonne femelle. De plus, la Nature ne nous a pas construits (au sens Darwinien) de telle sorte que la pénétration anale génère du plaisir : les connexions nerveuses ne sont pas conçues comme celles de la verge, pas pour transmettre du plaisir… Bien sûr, il paraît que les caresses de la prostate sont agréables… Et, finalement, le vagin des femmes ne devient source de plaisir que par une éducation des sens (ou grâce au clitoris qui y affleure…) : on pourrait imaginer la même chose pour l’homme, sauf qu’il n’y a pas de clitoris affleurant en ce lieu… Quant à la pédérastie grecque entre homme adulte et jeune homme, on a beaucoup exagéré… Bref, pour faire bref et cru, la Nature n’a pas vraiment conçu notre trou-du-cul pour en faire un centre de plaisirs. Même si certains et certaines en ressentent.

L’autre est liée au plaisir. Le plaisir sexuel des hommes est plus bref et moins puissant que celui des femmes (appelez-vous le lapin qui tombe en syncope au moment de l’éjaculation). Pour l’homme, quelques secondes de plaisir après une plus ou moins longue « montée en puissance » suite à un désir puissant, et c’est tout (hélas…). La Nature a mis en nous (les hommes) le désir de vite remplir le « vase » de ces dames, probablement parce que nos ancêtres primates ont pratiqué pendant longtemps ce que l’anthropologue Picq appelle : « la guerre du sexe » : comment « foutre » rapidement une femelle, être le dernier à le faire, et évacuer auparavant le sperme du précédent grâce à la forme « pompe à sperme » de notre verge. Bref, quelques mouvements rapides, et une éjaculation suivie d’un plaisir intense mais bien bref. Le plaisir devait plus venir de l’adrénaline ressentie lors du jeu de cache-cache avec le mâle protecteur de la femelle convoitée ! Pour les femmes, l’orgasme est moins souvent obtenu mais bien plus goûteux, avec des manifestations parfois bruyantes. Bref, jouir se conjugue surtout au féminin ! Pourquoi ? Probablement d’abord parce que le plaisir ressenti avec un partenaire régulier, dans une relation de confiance, la pousse à recommencer avec ce même partenaire, celui qui est le père de ses petits. Pour une femelle humaine, pour qui l’élevage des petits ne peut se faire sans l’aide d’un partenaire (et d’autres femmes), il est crucial de garder près de soi, jusque vers les 6 ans de l’enfant, un mâle qui les protégera et l’aidera. Se donner à ce mâle, jouir de lui, et lui montrer par des manifestations sonores et gestuelles combien c’est bon, c’est s’assurer qu’il restera. C’est créer un lien, un attachement, une relation de confiance, et un plaisir partagé : la femelle qui jouit et le mâle qui jouit de voir l’effet qu’il lui fait…

Bref, pour un homme, jouir de son propre plaisir n’est qu’une partie du plaisir de l’acte sexuel. Jouir de voir jouir sa partenaire, avoir la satisfaction de la voir manifester bruyamment son plaisir, est son complément. Alors, pour un homme, il me semble que voir jouir son compagnon est bien en-dessous du plaisir qu’une femme a à faire et voir jouir une autre femme. Même si, dans les deux cas, l’autre est un miroir de soi, avec le même corps et la même jouissance, il me semble que deux femmes jouissant ensemble, avec ou sans accessoires, cela doit être un long et beau spectacle, bien plus beau à voir et à entendre que celui de deux hommes ensemble ! 😉

En conclusion, si le plaisir d’un homme est la somme du plaisir des deux partenaires, la meilleure formule pour optimiser cette somme, c’est : 1 homme + 1 femme !
CQFD.

Photo numérique : kit de départ

2010/08/28

La photo numérique n’a pas tout à fait supplanté la photo argentique. Mais… elle a ses avantages. Bon, j’aime toujours l’attente que génère l’argentique : le rouleau terminé, le rembobiner (pour du 24×36), sortir le rouleau, l’emmener chez un photographe pour développer le film et faire une planche-contact, attendre, regarder quelles photos sont réussies et demander des agrandissements, et attendre encore, avant de voir le résultat. Ca, c’était avant… Avec le numérique, on voit tout de suite si c’est loupé ou pas. Quant à savoir si c’est réussi, il faut voir les photos sur un écran (étalonné…), et on n’imprime que rarement… et c’est toujours aussi cher. Et il faut quand même passer beaucoup de temps à trier les photos ! Avant, on faisait au mieux avec les rares clichés réussis et, si on tirait soi-même, on avait le bonheur de voir apparaître l’image dans le bac… Maintenant, au lieu de passer des heures debout dans le noir (inactinique), on reste assis des heures devant son écran… Et, avec le sténopé en 6×9, c’est pire : on ne sait pas exactement quelle zone on prend en photo puisqu’il n’y a pas de viseur, il faut faire des calculs savants pour trouver le temps d’exposition (de la seconde à des minutes, voire des dizaines de minutes…), et c’est la galère pour réussir à voir le résultat sur papier parce que le 6×9, ça passe pas dans les passe-vues standard… Bref, ce sont deux mondes différents. J’aime les deux. Et il y a aussi le monde du Grand Format, avec des films de taille 4″x5″ (voire bien plus grand) : une précision extrême !

Pour le reflex numérique, voici la description d’un kit de départ que je propose, basé sur la gamme Nikon (prix FNAC/Amazon sur le web, mais on peut sûrement trouver moins cher que la FNAC et peut-être moins cher qu’Amazon…) :
– Boîtier Nikon D90 nu (830€/710€)
– Assurance complémentaire pour le boîtier (50-100€)
– Objectif Nikkor 50mm 1.4G (450€/370€)
– Filtre UV Hoya 58mm (30€/22€)
– Télécommande (?€/21€)
– 2 à 4 cartes-mémoire SANDISK SHDC Extreme 8GO à 20MO/s (presque 600 photos par carte) (40€/30€ par CM)
– Boîte pour ranger les cartes-mémoire (15€?)
– Sac Vanguard (39€)
– Logiciel Adobe Lightroom (290€) (Ou Capture NX2 : 154€)
– Disques durs (original + sauvegarde) Externe 2″1/2 USB 500 GO (2×75€)
Total : de 1984€ à 2064€ à la FNAC pour 2 à 4 cartes-mémoire et Adobe Lightroom. Au moins 210€ moins cher en prenant boîtier+50mm+filtre chez Amazon.
Sans compter le PC… qui doit être suffisamment récent et puissant pour calculer rapidement les images. Sinon… sinon on passe son temps à attendre.
Bien sûr, on peut pirater le logiciel… Mais ce n’est valable que pour essayer quel outil convient. Après, il faut bien l’acheter un jour (il y a des prix pour étudiants, je crois).

Le D90 est un 1/2-format (la moitié de la surface d’une pellicule 24×36). Les plein-format sont … chers et lourds ! Ce qui veut dire que, en prenant des objectifs plein-format (surtout ne pas acheter d’objectif 1/2 format Nikon DX), il faut multiplier la focale affichée par 1.5 . Quant à l’objectif à focale fixe 50mm (donc 75mm en équivalent grand-format), en bougeant pour se mettre à bonne distance, cela remplace bien un zoom ! Et c’est bien plus léger ! Le 75mm est très bien pour le portrait. Bon, un zoom 24-70 (donc équivalent 36-105mm), cela offre d’autres choses… mais l’ouverture du diaphragme est limitée à 2.8, moins lumineux que le 1.4 du 50mm. Mais ce n’est pas le même prix… Un zoom 24-70mm 2.8G fait 1800€ à la FNAC.

Bibliothèque du sexe

2010/08/22

Et ma bibliothèque va encore s’agrandir … avec : « Le secret des femmes , Voyage au coeur du plaisir et de la jouissance », d’Elisa Brune et Yves Ferroul, aux éditions Odile Jacob. Le Nouvel Obs en parle. Mais il faut attendre le 28 août… Sinon, en attendant, on peut faire des travaux pratiques ! Des volontaires ? 😉 Ou alors, Le Nouvel Obs donne aussi une référence intéressante : « La revanche du clitoris », de Maïa Mazaurette, Damien Mascret, à La Musardine.
Bonne lecture !

Acheté ! Je suis impatient de le lire…

Vacances en Suisse

2010/08/22

Je reviens de passer presque six jours en Suisse, dans le Valais, au nord de Chamonix. Ils y parlent français, avec une pointe d’accent et quelques expressions étonnantes, comme ce « tout soudain » qui veut dire « tout de suite ». Le Rhône passe au milieu de la vallée, entourée de hautes montagnes. Le village, Ovronnaz, est à 1300 mètres d’altitude, entre Sion et Martigny, bien exposé au sud, avec quelques pistes de ski et une petite station thermale. Le village n’était il y a peu qu’un hameau, voire simplement la réunion des chalets des bergers gardant les vaches (Hénain, Blanche) à l’estive. La vallée et ses coteaux sont totalement consacrés à l’agriculture : arbres fruitiers et cultures vivrières au fond de la vallée, et la vigne sur les coteaux, sur TOUS les coteaux ! avec des pentes incroyables, et jusqu’à 800 mètres d’altitude pour les vignes exposées plein sud.
Il n’a pas fait beau… hélas. Sauf une demi-journée et le jour du départ, snifffff. Dépaysement incomplet, mais accueil dans une famille amie. Finalement, je n’ai pas fait beaucoup de choses et le temps était très frais et humide, mais qu’importe, tellement il m’était doux d’être accueilli et de passer ces jours en tranquilles discussions, sans PC ni téléphone (incompatibilité d’humeur entre ma carte SIM et SwissCom, et prix exorbitant des forfaits internet en Suisse). Piscine thermale et sauna, beau musée à Martigny, lac perdu après une route effrayante de vertige, visite du lac à Montreux, courses à Sion, « Grey’s anatomy » saison 2. Je voulais prendre des photos… mais la pluie et le brouillard et la brouillasse n’y sont guère favorables, sauf si le soleil fait se lever la brume matinale, ce qui n’a guère été le cas. J’étais prêt à faire de grandes balades en montagne… mais je n’étais pas en manque et, aujourd’hui, j’ai même volontairement manquer mon RV montagnard avec cette si belle journée d’août. Non, ces jours me furent délicieux d’être simplement là à partager le temps, lent et tranquille, de personnes agréables et accueillantes, en semi-vacances, malgré leurs soucis… Je les remercie pour leur gentillesse. Et, retrouvant ma solitude, ces moments simples me manquent. Une famille me manque… encore et toujours. Des liens amicaux avec des personnes proches, aussi… Une vie plus lente et plus simple, aussi, sans doute. Une petite maison au calme avec un petit jardin et un ou deux arbres, aussi… Bref, un bonheur simple.

Pourquoi la Poésie ?

2010/08/22

La poésie me semble être née de diverses causes.

Tout d’abord, l’écriture étant venue après la parole, et le support physique à l’écriture ayant longtemps été rare et coûteux, les histoires ont été transmises oralement. Des conteurs concevaient des contes pour distraire hommes, femmes et enfants. Ces contes rassemblaient des histoires diverses et éparses, transmises oralement également. La prose est libre : pas de contraintes comme pour la poésie. Il est bien plus difficile de mémoriser un texte dans lequel n’apparaissent pas de contraintes, de règles, de trame comme pour un tissu. Ecrire un conte en vers (quelque soit la nature et les règles de ces vers) en facilitent la mémorisation : notre esprit, éduqué par la musique depuis si longtemps, aime les répétitions et les petits écarts par rapport à une règle ; et il en discerne également facilement les écarts qui sont des fautes, des erreurs. La poésie est donc une musique qui nous parle et dont nous comprenons le langage, une fois ses règles assimilées. Les conteurs de contes-poèmes devaient sûrement être capables de mémoriser de plus longues et plus complexes histoires que les conteurs de contes-proses. Et la Sélection Naturelle, poussée par le goût des Hommes pour les histoires riches et complexes, a dû favoriser la naissance des premiers contes-poèmes, puis leur développement.

Ensuite, les règles de la poésie sont une trame contraignante pour le conteur. C’est un lourd travail de mettre en poésie des idées ou un texte. Mais, une fois cet effort réalisé, le conte est un solide tissu : déplacez une phrase, ou un mot, et l’oreille repère tout de suite le manquement à la règle : le noeud ou le trou. La poésie est comme un encodage mathématique permettant de repérer les erreurs de transmission : le conte, une fois terminé, se fige, protégé contre les modifications accidentelles. Mieux, les règles permettent de limiter les possibles et aident à retrouver le mot et donc l’idée originelle.

Mais cette trame protège aussi le poème contre les modifications frauduleuses. Il est facile, pour un texte en prose, d’en changer légèrement une phrase, ou d’en enlever ou ajouter une phrase. Ainsi, les copistes du Moyen-Âge ont dû, copie après copie, transformer les textes qu’ils recopiaient, pour mieux « coller » à leurs idées. Mais, pour un poème, la trahison volontaire est un lourd travail. Changer un mot ou une phrase requiert un lourd travail, parfois même impossible tant l’encryptage est unique. Et plus les règles sont complexes, plus l’écriture est difficile et réservées aux génies, et plus la trahison volontaire du texte est difficile. La poésie se protège elle-même contre les faussaires et les censeurs. Et les poèmes sont difficiles à traduire, car concis et riches d’images complexes.

Enfin, la poésie sonne joliment à nos oreilles. Mieux, elle nous parle. Pour la musique, notre cerveau s’est habitué à attendre certaines « formules », et aime repérer certains petits écarts, et s’attend à trouver telle forme après telle autre. Pareil pour la poésie qui est une musique à nos oreilles, une fois assimilées ses règles propres. Celui qui écoute/lit une poésie voit sa structure et voit si elle est belle ou non. Cette « beauté » s’appuie sur la capacité innée de notre cerveau, à force de centaines de milliers de générations de primates parlant et chantant, à reconnaître les mots et la musique.

La poésie nous est une douce musique : le miel. Lorsque le texte est profond et nous fait réfléchir, on trouve l’absinthe-médicament. La poésie n’est vraiment belle que lorsqu’elle habille de soieries les pensées les plus profondes qui soient, comme la mélancolie, les amours impossibles, la folie ordinaire, le temps de vie qui s’écoule inéluctablement, la fragilité du bonheur, les amours perdues, l’impermanence de tout chose, etc : notre condition humaine. Je n’aime pas les poèmes qui se contentent d’être beaux, sans émouvoir notre âme de pauvre être humain perdu dans ce monde absurde.

Le Miel et l’Absinthe

2010/08/22

« Le Miel et l’Absinthe » est un petit livre du philosophe André Comte-Sponville sur le livre « De rerum natura » (« De la nature des choses ») du poète-philosophe romain Lucrèce. Le genre de livre qui, en général, fait fuir le lecteur « standard », car si éloigné de nos préoccupations actuelles (se divertir…). Cela veut-il donc dire que je suis « anormal » de consacrer du temps à un tel livre ? Je suis en interrogation et en recherche, certainement… il n’est jamais trop tard ! Temps perdu ? Vanité de vouloir m’élever ? M’en fous. J’aime lire de tels livres, c’est tout ce qui compte.

En cette lointaine époque, l’absinthe est un médicament, au goût âpre et fortement désagréable. Pour réussir à convaincre les enfants d’avaler cette antique « huile de foie de morue », l’usage consistait à enduire de miel les bords de la coupe contenant l’absinthe-médicament. Le miel devait donc remplir deux rôles : attirer la bouche de l’enfant, et lui cacher le goût de l’absinthe.

Lucrèce est un « traducteur » d’Epicure : il transmet l’oeuvre de son maître. En fait, sans Lucrèce, on ne connaîtrait qu’une petite partie de l’oeuvre d’Epicure, qui a disparu. D’ailleurs, il s’en fallut de peu que ce long poème disparaisse lui-aussi, car il faut bien dire que ces idées ne plaisaient guère aux copistes chrétiens qui ont fait survivre tant d’oeuvres (et ont dû laisser ou faire disparaître tant d’autres…).

Epicure rejetait l’utilisation de la poésie. Mais Lucrèce passa outre. Pour lui, la poésie est le moyen pour faire passer la « pilule amère » de la doctrine d’Epicure, qui n’est guère agréable à entendre par ceux qui rêvent de vie éternelle… La poésie est le miel. Et la doctrine d’Epicure est cette absinthe âpre qui nous est un médicament pour nous aider à (mieux) vivre. Epicure parle de la sagesse, de l’ataraxie. Lucrèce parle du chemin qui précède cette sagesse.

J’aime la poésie, même si je suis un bien mauvais poète ! Mais la poésie, grecque puis romaine, n’a pas grand chose à voir avec les règles de notre poésie française actuelle. Ecrit en « hexamètres dactyliques« , le « de rerum natura » est très difficile à scander maintenant, tant les règles de cette époque nous sont éloignées, car basées sur la longueur des syllabes. Pas de rimes à cette époque, et le nombre de syllabes est variable. Ce qui compte, c’est le respect d’une règle de base : 6 dactyles composés chacun d’une syllabe « longue » suivie de deux syllabes « courtes » (un « doigt » composé d’une longue phalange suivie de deux petites), avec de nombreuses complications et subtilités que j’ai survolées… Bref, un autre monde, incompréhensible sans un long et difficile travail.

Mais j’approuve l’idée de mettre en poème les idées, surtout celles d’Epicure avec la sensibilité sombre de Lucrèce. La poésie est un formidable outil, en plus d’être une si belle forme d’expression.

Comte-Sponville fait revivre un monde d’idées révolutionnaires. Epicure/Lucrèce est le premier Athée, les premiers à dire si clairement les dangers des Religions, en plus de donner le principe de base de la philosophie : apprendre à connaître la nature des choses pour mieux comprendre la vie. Il est à moitié surprenant de voir que, 20 siècles et plus plus tard, les religions sont toujours là… La mauvaise herbe repousse partout où le jardinier ne travaille pas.

Lucrèce, comme d’autres, comme Camus ou Shopenhauer, a dit la tragédie de l’Homme. Et, à notre époque, on n’aime guère parler de notre « condition humaine ». Mieux vaut parler du dernier feuilleton américain à la mode ! Mais, bon, j’ai toujours été trop sérieux… toujours intéressé à comprendre… sans avoir forcément les capacités à tout bien comprendre, ni à prendre le chemin de l’épicurisme, ni même à m’intéresser aux choses essentielles. Je me suis perdu dans diverses folies et délires… Mais, bah, qu’importe.

Droite et homosexualité

2010/08/22

Deux citations troublantes de députés de Droite dans le numéro du Point du 19 août :

Christian Vanneste : « L’homosexualité n’est pas dangereuse, elle est inférieure à l’hétérosexualité. Si on la poussait à l’universel, ce serait dangereux pour l’humanité ».
Jacques Myard : « Pourquoi attribuer [avec le PACS] des droits et donner des créances sur la société à des personnes [les homosexuels] qui ne lui apportent rien ? »

Ces messieurs devraient relire (Ooops ! lire !) certains livres qui expliquent le rôle positif des homosexuels dans leur famille : libres d’enfants, ils aident leur fratrie à mieux s’occuper des leurs (ce qui favorise donc la perpétuation de leurs gènes).

D’autre part, avec un peu d’humour…, moins il y a d’hommes en compétition pour la « chasse » aux femmes, plus le ratio femmes/hommes est intéressant pour les hétérosexuels hommes ! Au moins, cela compense l’augmentation du nombre de lesbiennes.

Et, avec plus de sérieux, face à l’augmentation affolante de la population humaine sur Terre, l’homosexualité est une solution (parmi d’autres) pour diminuer le nombre de naissances (à condition qu’ils s’abstiennent, pour les lesbiennes, de procréer, s’entend). Quant à l’adoption d’orphelins par des homosexuels/elles, c’est un débat non encore abouti : quel impact a sur le psychisme d’enfants le fait d’être élevés (avec amour, bien sûr) de parents du même sexe ? Même si, dans de telles couples, une répartition des rôles masculin/autorité et féminin/tendresse traditionnels peut – bien sûr – apparaître.

« L’homosexualité est inférieure à l’hétérosexualité » ? Veut-il dire par là que les homosexuels jouissent moins, moins souvent et moins fort ? 😉 Ou, par extension, que les homosexuels sont inférieurs aux hétérosexuels ? Certains disaient des juifs qu’ils étaient inférieurs à d’autres… Qu’il se rassure : il restera toujours des hommes pour trouver que les femmes sont belles et désirables !

Quant au PACS entre homosexuels, si cela les aide à former un « couple » plus stable, avec donc moins de risques de MSTs dont le SIDA, tant mieux.

Bref, je suis hétérosexuel. Mais ce que font d’autres adultes consentants entre eux ne me regarde guère… à condition qu’ils ne veuillent pas, un jour, imposer leur point de vue à tous les autres.

Droit à l’image des personnes

2010/08/15

La loi française est claire sur le droit à l’image des personnes. Mais, franchement, entre l’Angleterre où le droit à l’image n’existe pas et la France où il n’est plus possible de prendre quelqu’un en photo dans la rue sans lui demander son accord, il y a certainement un meilleur point d’équilibre… D’ailleurs, si le droit à l’image avait existé dès le début de la photographie, nombre d’oeuvres célèbres n’auraient pas pu voir le jour… Quant à demander à quelqu’un s’il est d’accord pour le prendre en photo puis prendre la photo, essayez pour voir ! Le refus est le cas général. Mais, même s’il y a accord, quelle valeur artistique ou comme témoignage a cette photo, une fois que le sujet principal a pris conscience de la présence de l’objectif et qu’il pose ? Comment capter des expressions naturelles dans la vie publique de tous les jours s’il faut prévenir à l’avance… Il y a là quelque chose qui me semble aberrant… Bien sûr, il faut protéger les personnes de l’utilisation dégradante de leur image, mais pourquoi empêcher de voir leur visage, photographié dans un lieu publique, dans une exposition de photos ? Ainsi, il y a quelques années en Italie, Mario Giacomelli ne s’est pas gêné pour photographier des vieillards séniles dans des hospices, ou bien des prêtres jouant au football ou dans la neige. Ces photos, magnifiques par leur contraste de noir et de blanc, seraient impossibles aujourd’hui… Pourtant, elles ont une profonde valeur de témoignage de l’époque, en plus du côté émouvant de ces personnes perdues dans leur folie, et en plus du côté artistique et philosophique qui nous montre ce qui nous attend peut-être… Bref, comment montrer le monde aujourd’hui ? En allant hors de la France ? En ne prenant en photo que des étrangers ? Ces festivaliers d’Avignon, qui posaient avec plaisir devant mon objectif il y a un mois, voudront-ils un jour s’opposer à voir leur visage, pris en photo en public dans la publicité de leur art, dans une exposition (à supposé que mes photos le méritent, bien sûr !) ?

hospices

Baiser

Giacomelli